mercredi 7 mars 2012

Étudiants et Grisettes romantiques par Paul Jarry. Un autre monde...

Autrefois on appelait Grisette la simple casaque grise que portaient les femmes du peuple. Bientôt la rhétorique s'en mêla. Les femmes furent appelées comme leur habit. C'était le contenant pour le contenu. Les grisettes ne se doutent guère que leur nom est une métonymie. Mais voyez un peu ce que deviennent les étymologies et les grisettes ! La grisette n'est pas même vêtue de gris. Sa robe est rose l’été, bleue l'hiver. L'été, c'est de la percaline ; l’hiver, du mérinos.


La grisette n'est plus exclusivement une femme dite du peuple. Il y a des grisettes qui sortent de bon lieu. Elles l'assurent du moins. Je ne sais à quoi cela tient, peut-être à la lecture des romans, mais d'habitude, si la grisette est née en province, elle a failli épouser le fils du sous-préfet de sa petite ville, le fils du maire de son village, quelquefois le maire lui-même. Si Paris fut son berceau, elle eut pour père un vieux capitaine en retraite ; ses bans ont été publiés à la mairie du onzième arrondissement ; son futur était sous-lieutenant ou auteur de mélodrames : le mariage a manqué par suite d'un quiproquo. En général, la grisette a eu des malheurs ; malheurs de famille, mais le plus souvent malheurs d'amour. Toute grisette est nubile.


On reconnaît une grisette à sa démarche, au travail qui l'occupe, à ses amours, à son âge, et enfin à sa mise. La grisette marche de l'orteil, se dandine sur ses hanches, rentre l'estomac, baisse les yeux, vacille légèrement de la tête, et, pour tacher de boue ses fins bas blancs, attend presque toujours le soir.


Elle travaille chez elle, loge en boutique ou va en ville. Elle est brunisseuse, brocheuse, plieuse de journaux, chamoiseuse, chamarreuse, blanchisseuse, gantière, passementière, teinturière, tapissière, mercière, bimbelotière, culottière, giletière, lingère, fleuriste ; elle confectionne des casquettes, coud les coiffes de chapeau, colorie les pains à cacheter et les étiquettes du marchand d'eau de Cologne ; brode en or, en argent, en soie, borde les chaussures, dévide le coton, l'arrondit en pelotes, découpe les rubans, façonne la cire ou la baleine en bouquets de fleurs, enchaîne les perles au tissu soyeux d'une bourse, polit l'argent, lustre les étoffes ; elle manie l'aiguille, les ciseaux, le poinçon, la lime, le battoir, le pinceau, la pierre sanguine, et dans une foule de travaux obscurs que les gens du monde ne connaissent pas même de nom, la pauvre grisette use péniblement sa jeunesse à gagner trente sous par jour… Dans le cas probable où cette somme ne suffirait pas, c'est le monsieur qui paie les dettes. Elle l'estime à cause de son âge et de ses procédés. L'ami de raison a cinquante ans, et n'est pas jaloux. Il fut épicier, ou bien marchand de drap en gros.


Il faut signaler un autre payeur : c'est l'ami des dimanches, le jeune homme, l'étudiant dépeint dans le livre du jour... La grisette l'adore tout juste une fois par semaine. Ses fonctions qui se continuent parfois jusqu'au lundi matin, se résument en deux mots : procurer de l'agrément à la grisette. C'est lui qui mène dîner à la campagne, qui mène danser à la Chaumière ou au bal du Saumon ; c'est lui qui régale du spectacle.


L'âge de l'ami des dimanches est de dix-huit à trente ans. Il est peintre en portraits ou en bâtiments, étudiant en droit, en médecine, en pharmacie, ou en musique ; vaudevilliste honoraire ou figurant à la Gaîté ; commis ou clerc ; blond ou brun, préférablement brun ; car la grisette est souvent blonde. Elle adore les contrastes… La grisette a un âge fixe. C'est-à-dire qu'une grisette ne saurait avoir ni moins de seize ans, ni plus de trente. Avant seize ans, c'est une petite fille ; après trente ans, c'est une femme. Le nom de grisette ne lui est applicable que dans l'intervalle qui sépare ces deux âges ! (texte d'après Ernest Desprez)


L'ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente relate ceci et encore plus… Il est richement illustré par des lithographies ou des gravures sur bois de bout où vous reconnaîtrez, à défaut de signature, le style de Gavarni, Daumier, Cham, de Beaumont, Berr et Charles Vernier. Il s'agit d'un tirage numéroté sur pur fil Lafuma. Après cette agréable lecture, comme moi, vous pourrez fredonner ce refrain bien connu de Véronique de Messager : Une grisette mignonne est une aimable personne…

Les grisettes n'existent plus, n'est-ce pas ? Pierre


JARRY (Paul). Étudiants et Grisettes romantiques. Paris, Le Goupy éditeur, 1927. Grand in-8 broché de 156 pages finement illustré de gravures hors texte et in texte. Exemplaire numéroté sur vélin pur fil Lafuma. Très bel état. 45 € + port

mardi 6 mars 2012

Gustave et Georges Fraipont, illustrateurs. Surtout Gustave…


Comme il y a chez les illustrateurs Deveria des approximations entre les œuvres de Achille et Eugène, le frère, il y a eu, plus tard, chez les illustrateurs Fraipont des amalgames entre les œuvres de Gustave et Georges, le fils. Gustave Fraipont, (1849-1923) est un peintre, dessinateur, aquarelliste et pastelliste, graveur aquafortiste et lithographe, écrivain et affichiste français. Belge de naissance, il s'était fait naturaliser après la guerre de 1870 à laquelle il participe, du côté des français. Professeur de dessin à la Maison d'éducation de la Légion d'honneur, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la technique du dessin. En 1885, il fournit des illustrations pour la série Le Littoral de la France chez l’éditeur Victor Palmé. Il illustre également des livres sur Paris et les régions françaises.


Il publie des livres pour enfants tels que André le meunier et Yves le marin. Il illustre par ailleurs les Lettres de mon moulin, les Contes de Perrault, Robinson Crusoé, Câline de Zénaïde Fleuriot. Il réalise de nombreuses affiches pour les compagnies de chemin de fer, notamment les Chemins de fer de l'Ouest et du Nord, ainsi que des documents officiels et des titres papier. L’Album Mariani confirme sa réputation en 1913.


Collaborateur de nombreux journaux et revues, tels que le Courrier français et Paris illustré, il est nommé peintre de la Marine en 1905. Durant la Première Guerre mondiale, il réalise plusieurs compositions pour le journal L'Illustration, notamment sur les monuments détruits par la guerre : Halles de Ypres, cathédrale de Reims et hôtel de ville d'Arras.


Gustave Fraipont est le père de Georges Fraipont (1873-1912), sociétaire des Artistes Français également illustrateur. Ce dernier est, quand à lui, reconnu avant tout comme peintre et ses œuvres sont recherchées par les amateurs.


Ce sont deux ouvrages totalement composés par Gustave Fraipont (texte et illustrations) que je vous présente aujourd'hui à la vente. Il s'agit de cartonnages historiés à la couverture flatteuse. Le premier est un ouvrage d'apprentissage de l'aquarelle qui ravira les peintres du dimanche (et peut être ceux du mardi, sait-on jamais…). Le deuxième est un "enfantina" patriotique. Le nationalisme est un sujet tabou, aujourd'hui. Pas facile à vendre... Mais, sait-on jamais ? Pierre


FRAIPONT G. L'art de peindre à l'aquarelle. Par G. Fraipont, professeur à la légion d'honneur. Ouvrage accompagné de 300 dessins inédits de l'auteur et de 6 fac-similés d'aquarelles. Marines, paysages, fleurs, natures mortes, animaux, figures. Paris Librairie Renouard, H.Laurens éditeur. Sans date (1894). Format fort in-8. Cartonnage historié, percaline verte polychrome. Titre en lettres dorées. Dos historié. Second plat avec vignette de l'éditeur en noir. Tranche supérieure dorée. Pas de rousseurs. Une traînée noire en bas du dos. Bon état. Photos sur demande. Vendu


FRAIPONT G. La jeunesse héroïque. Histoires vraies. Préface de Edmond Haraucourt. Texte et dessins de G. Fraipont. Paris F. Lointier éditeur, pas de paginations (40ff). Format petit in folio. Plat historié bleu clair - représentant un jeune scout, titre et auteur en lettres rouges, noires et dorées - signé Engel relieur. Titre horizontal au dos. Une petite tâche d'encre noire sur le plat, lettres de la page de titre colorées en rouge par ancien propriétaire. Nombreuses illustrations. 35 € + port


lundi 5 mars 2012

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : De l'influence de la maladie sur le caractère par le Docteur Fiessinger…

Je découvre quelques fois sur les rayonnages de la boutique de Pierre, notre librairie tarasconnais, des ouvrages au propos lumineux, à l'esprit sensé, inventifs, pertinents, spirituels et à la rédaction parfaite mais dont la renommée n'a pas été à la hauteur des espérances de leur auteur (sic). La grande considération dans laquelle me tiennent mes lecteurs me permet d'assurer, à coup sûr, que cet écrivain accédera enfin à une reconnaissance méritée si je fais une présentation simple et concise de ses livres, présentation enrichie de quelques extraits qui vont étayer la causerie, bien entendu ! J'ai d'ailleurs découvert dernièrement, par le plus grand des hasards, un écrivain du début du XIXeme siècle (Victor Quelquechose…) qui a écrit un excellent livret de comédie musicale sur "Notre-Dame de Paris". Cet écrivain, bien conseillé, mériterait un petit coup de pouce pour voir son œuvre, enfin présentée dans les vitrines des librairies parisiennes…


L'auteur dont je vais vous parler aujourd'hui est un médecin. Il est le fils de Charles Fiessinger, praticien à Mutzig, et le père de Noël. Fiessinger, médecin et savant, lui aussi. Né Charles-Théophile, Charles Fiessinger (1857- 1942) s'est élevé grâce à son énergie, son dévouement et sa passion au premier rang des praticiens français. Ses études, excellentes dès leur début, ont été malheureusement interrompues en juillet 1870, par le déclenchement de la guerre franco-prussienne.


Il a déployé partout une incroyable activité, aussi bien physique qu'intellectuelle, suivant de nombreux malades et se levant tous les matins vers 4 h, pour s'instruire, rédigeant ses observations, des articles et des ouvrages, notamment des Travaux d'épidémiologie portant sur la grippe infectieuse, ou la scarlatine à Oyonnax et environs (1891). Ces travaux ont été récompensés par l'Académie de Médecine, qui l'a élu membre correspondant en 1896, alors qu'il n'avait pas 40 ans. Parmi ses ouvrages médicaux, dont certains ont connu plusieurs éditions et ont été traduits dans différentes langues, on peut citer: " La thérapeutique en 20 médicaments ", " Vingt régimes alimentaires ", " Le traitement des maladies du coeur et de l'aorte ", "l'hygiène des gens pressés ", etc...


Mais c'est Charles Fiessinger, le philosophe et le moraliste, que nous aborderons ici avec ses maladies des caractères. Si l'on excepte quelques passages, imprégnés d'un esprit patriotique légèrement partisan (il était le médecin et l'ami de Déroulède), vous serez surpris de la pertinence du propos. Cet homme a ma considération et mon appui posthume. Votre dévoué. Philippe Gandillet.


La brutalité allemande : La grossièreté de la nourriture amenant, comme nous l'avons dit, l'alourdissement du grand sympathique, s'unit chez l'allemand à la signification de sa philosophie pour engendrer la brutalité de l'esprit et la sauvagerie des actes…


Le grand sympathique féminin : Chez l'homme, la pensée peut demeurer fixée dans le cerveau. Étant une émotive, la femme lui impose la complication d'un circuit à travers les branches du grand sympathique. La pensée part du cerveau, ébranle les régions irritables du système nerveux viscéral, et revient au cerveau chargée d'ondes émotives et passionnelles…


Ceux qui ont chaud : Si le grand sympathique fonctionne énergiquement chez les deux, quand même l'intelligence est différente. C'est l'activité de la pensée qui vaut la frilosité de l'homme. La femme en général appuie des sentiments véhéments sur des associations d'idées lentes. Elle s'irrite, se bute, se cramponne. Démontrez lui qu'elle a tort, elle ne veut rein entendre. Son opiniâtreté décèle son impuissance ; elle a chaud… L'homme autour de sa colère groupe des jugements qui se heurtent. Il a froid !

FIESSINGER (Docteur Ch). Les maladies des caractères. Etude de physiologie morale. Paris, librairie académique Perrin, 1916. Broché in-8. 271pp. Beau papier, pas de rousseurs. Très bel état. 22 € + port

samedi 3 mars 2012

Pour ou contre l'amour ? Par Georges Pavis chez René Kieffer…

A cette simple question, j'aurais tendance à répondre : Contre. Mais tout contre, alors !!

On doit à René Kieffer (1876-1963) d'avoir développé le sujet. Relieur , il a exercé son métier pendant toute la première moitié du xxe siècle. D’abord disciple de Marius-Michel, il adopte le style Art Déco dans les années vingt. De 1919 à 1923, il exécute les reliures que dessine Pierre Legrain pour Jacques Doucet. Dans les années vingt, il est à la tête d’un atelier important, pouvant relier jusqu’à 2000 volumes par an, en 1928. De l’atelier René Kieffer sortent aussi bien des reliures modestes que les reliures les plus luxueuses, aux décors d’avant-garde.


À partir de 1909, René Kieffer se lance dans l’édition de livres de luxe illustrés. Au début des années vingt, il ouvre une librairie sur les lieux de l’atelier de reliure. Les trois activités principales de René Kieffer que sont la reliure, l’édition et la librairie sont liées par leur objet commun : le livre. Elles fonctionnent étroitement ensemble.


Le catalogue des productions René Kieffer est donc composé de deux parties, l’une consacrée aux éditions, l’autre aux reliures prévues pour ces éditions. Nous aborderons ici uniquement la première partie puisque l'ouvrage que je propose à la vente, aujourd'hui, est présenté sous forme de feuilles dans un étui. Un acheteur aurait pu tout à fait échanger cet exemplaire contre un exemplaire relié s'il l'avait commandé à la boutique. C'est comme cela que cela se passait…


Le catalogue des éditions René Kieffer comporte 131 éditions illustrées, de 1909 à 1950. La production offre une évolution sans surprise. L’activité éditoriale reste modeste de 1909 à 1919 mais elle reprend alors et augmente jusqu’en 1925 où elle culmine, avec vingt nouvelles éditions pour cette année, puis elle baisse à nouveau, tend à disparaître dans les années trente, mais se maintient par la sortie de quelques volumes jusqu’en 1950. Le ralentissement des années trente s’explique par le discrédit qui touche la bibliophilie en général après la production pléthorique et inégale des années vingt. Ce discrédit a touché tous les éditeurs de luxe sans exception, je le rappelle !


La spécialité de René Kieffer est l’édition illustrée humoristique, caractère auquel se joignent d’autres thèmes appréciés, comme l’érotisme, la misogynie, la satire. Les professions libérales, en particulier les médecins, semblent constituer une part importante de la clientèle de René Kieffer, d’après le nombre de publications qui semblent leur être dédiées.


Les illustrateurs des éditions René Kieffer sont très nombreux : on en compte soixante-dix. Beaucoup sont aujourd’hui inconnus. Pour quelques-uns (Joseph Hémard, Jacques Touchet, Sylvain Sauvage, Pierre Brissaud, Jacques Drésa et Georges Pavis), l'association avec René Kieffer restera une clé de voûte de leur carrière. Le premier, il leur donne l’occasion de s’exprimer dans le livre de luxe, par la technique qu’ils maîtrisent le mieux : l’illustration au trait coloriée au pochoir.


Georges Pavis (1886-1951 ou 1977 selon les sources) fut un peintre français, aquarelliste et illustrateur. Né à Paris, il a été formé par Fernand Cormon à l'Ecole des Beaux-Arts, dès l'âge de 17 ans. Il a contribué à des magazines comme Le Rire et Le Sourire où il a été illustrateur avec Gus Bofa dès 1909. Il a illustré des livres de Roland Dorgelès, Victor Hugo, et a fait de séries de dessins pour le magazine La Vie Parisienne. Je pourrais vous parler du recueil de pensées qu'il nous présente dans cet ouvrage. Je pourrais vous parler des femmes et de l'amour. Je pourrais même vous sélectionner quelques aphorismes pertinents. Mais je préfère que vous gardiez, quand même, encore quelques illusions ;-)) Pierre


PAVIS, Georges. Pour ou contre l'Amour. 366 pensées recueillies, présentées et illustrées par Georges Pavis. Paris, René Kieffer, Relieur. 1947. Edition originale tirée à 950 exemplaires numérotés (N°421 sur vélin de Lana). Format grand in-8. En feuillets, avec un étui et emboîtage. Couverture rempliée. Nombreuses illustrations libertines en couleurs de Georges Pavis, certaines à pleine page, index des auteurs en fin de volume. Très bon exemplaire. Vendu

vendredi 2 mars 2012

Dictionnaire "presque" de l'Académie de Ribaut...

Il y a plusieurs explications à la dicopathie, c’est-à-dire à l’amour démesuré des dictionnaires, une maladie que je revendique avec quelques lecteurs et qui, bien que très contagieuse, incarne me semble-t-il quelques vertus. Ainsi, la fréquentation de longue date des dictionnaires d’hier et d’aujourd’hui entraîne une grande estime pour « celles » (peu nombreuses) et « ceux » (très nombreux) qui ont conçu et rédigé les dictionnaires… Je présenterai aujourd'hui un dictionnaire bien ordinaire qui complétera une collection de dictionnaires de L'Académie dont la première version de 1694 m'a été proposée dernièrement. Je n'avais pas les moyens de l'acheter… Je ne regrette rien (mais je pleurs encore de rage !)

Il nous semble intéressant de rappeler combien le dictionnaire monolingue français est né d’une nécessité : offrir à la langue française une légitimité, faire reconnaître celle-ci comme langue officielle, c’est-à-dire émanant d’autorités compétentes, qu’elles soient politiques ou culturelles. Il fallait en effet que la langue de l’État fasse autorité et que celle-ci soit aussi la langue des gens « lettrés », et donc celle de la culture. En somme que la pensée politique ou culturelle s’incarne dans une seule et même langue, reconnue.


* Ainsi, n’en soyons pas surpris, l’initiative vient de personnalités fortes. Charlemagne avait imposé le latin, Louis XI, roi habile s’il en est, avait souhaité de son côté installer la langue française comme langue du droit. Il n’y parvint pas mais François Ier, en 1539 et par le célèbre Édit de Villers-Cotterêts, réussit à instaurer la langue française en tant que langue de tous les documents officiels. Il s’agissait d’une manifestation forte du pouvoir royal, désormais en mesure d’imposer une langue pour l’État et son administration.


Et c’est à Robert Estienne, imprimeur érudit pour lequel François Ier éprouvait de l’admiration au point qu’il devint son traducteur pour les langues hébraïque et latine, que l’on devra le premier dictionnaire ayant le français en nomenclature et non plus le latin. De ce dictionnaire bilingue, le Dictionnaire françoislatin, devait naître le Thrésor de la langue française rédigé par Jean Nicot, diplomate qui fit connaître le tabac à la Cour, d’où la nicotine… On remarquera au passage que le titre choisi par Jean Nicot ne fait même plus référence au latin, alors même que l’ouvrage demeure un dictionnaire bilingue, ce simple détail préfigure une conception nouvelle : celle du dictionnaire monolingue français.


Quand ce dernier va-t-il s’imposer ? Au Grand Siècle par excellence, siècle de la centralisation et du développement de la notion d’État fort, pour l’heure une monarchie absolue avec Louis XIII et Richelieu, puis Louis XIV et Colbert. C’est à Richelieu qu’on doit la création de l’Académie française en 1635, chargée ni plus ni moins d’édifier un dictionnaire propre à fixer le lexique de la langue française, avec l’idée forcément battue en brèche par la suite qu’elle était arrivée à sa perfection et qu’elle n’évoluerait plus guère.


Au XVIIIe siècle, les encyclopédistes avec Diderot et d’Alembert ouvrent les savoirs aux domaines scientifiques et techniques avec l'Encyclopédie qui n'est pas un dictionnaire à proprement parler. Les dictionnaires commencent de fait à s’installer dans les lycées et dans tous les foyers de la bourgeoisie, se métamorphosant en efficace moyen d’affirmer vigoureusement la langue nationale contre les différents patois. C'est un de ces dictionnaires que je propose aujourd'hui à la vente. Il copie le dictionnaire de L'Académie en mieux… Mais je me demande ce que l'éditeur Ledentu allait faire dans cette bataille ? Pierre

* informations tirées d'une conférence dont je ne retrouve pas le nom de l'auteur, pour l'instant !


RIBAUT (C). Dictionnaire de la langue française rédigé d'après les Dictionnaires de l'Académie de Boiste, de Laveaux, etc… Paris, Chez Ledentu libraire, 1840. 2 volumes fort in-8, reliure pleine basane marbrée, dos lisse avec titre doré. Pas de rousseurs, une trace de mouillure très claire sur la première page du tome II, quelques petites taches d'encre. Très bon état. Vendu

jeudi 1 mars 2012

Achille et Eugène Devéria, illustrateurs romantiques...

Philippe Gandillet avait présenté, il y a quelques temps, un petit ouvrage libertin illustré par Devéria. Je savais qu'une incertitude existait sur le prénom de l'illustrateur car deux frères, excellents graveurs, avaient marqué leur époque de leurs talents respectifs. Mais quel était celui qui s'était osé au "curiosa" ?


Il a fallu que j'acquière un excellent ouvrage bio, bibliographique et généalogique sur nos deux artistes pour tirer cette énigme au clair. Elle n'était pas bien compliquée, en fait, cette énigme et il me suffisait de surfer sur la toile pour avoir la réponse... Mais vous savez bien que je suis plutôt du genre "livre" !


Achille Devéria (1800-1857), dessinateur et lithographe français s'exerça dans des genres très divers et c'est à lui que l'on doit les petits dessins libertins qui enchantent les amateurs de "curiosa". On lui doit aussi plusieurs tableaux religieux, et des aquarelles fort recherchées. Il est le premier qui ait su appliquer la couleur à la lithographie. Ami proche de Victor Hugo, lui-même amoureux du beau sexe, on imagine que son atelier a du en voir de toutes les couleurs… Il produisit ainsi un grand nombre de gravures libertines, allant souvent jusqu'à doubler d'une version libre ses compositions les plus officielles.


Dans son livre Causeries sur les artistes de mon temps, Jean Gigoux écrit d'Achille Devéria : "Il finit par perdre le respect de son art, au point d'oublier la nature et les maîtres. Insensiblement, les éditeurs l'abandonnèrent, tant il se négligeait. Il en fut réduit à faire des portraits à vingt francs, qu'il brossait en deux heures". Maximilien Gauthier, dans l'ouvrage que je vous propose aujourd'hui, nous trace un portrait fort différent de l'artiste : Homme fidèle en amitié, protecteur de sa famille et travailleur infatigable. D'ailleurs, n'est-ce pas Victor Hugo qui écrivait à Lamartine, en parlant d'un portrait de ce dernier ? : "Devéria a fait un portrait de vous que j'ai trouvé beau et que je lui ai conseillé de publier. C'est une grande et noble figure qui débarbouillera l'idée étrange que le public devait se faire de vous d'après tous les petits portraits coquets, mignards et décolletés qui couvraient vos éditions…"


Eugène Devéria : C'est le jeune frère. La famille Devéria est une famille d’artistes, avec Achille et Eugène, mais aussi Laure la benjamine, qui montre un réel talent de dessinatrice et expose avec succès au Salon. Elle meurt prématurément en 1838. Eugène Devéria montre des dispositions précoces pour le dessin et son frère Achille le fait d’abord entrer aux Beaux-Arts, où il étudie sous la direction de Girodet et de Lethière, puis prend lui-même en main la formation de son cadet. En 1827, son tableau monumental La Naissance de Henri IV est un véritable triomphe.


À la suite de ce succès, le jeune peintre reçoit de nombreuses commandes officielles, il participe au chantier de l’église de Notre-Dame de Lorette à Paris, à celui de Fougères en Bretagne… Mais le triomphe de 1827 ne se renouvelant pas, il accepte en 1838 la proposition de quitter la capitale pour Avignon où on lui propose de refaire tout le décor peint de la cathédrale Notre-Dame des Doms. L’ampleur de la tache, l’insalubrité des lieux et une dramatique inondation où il manque périr avec sa famille épuisent le peintre qui, malade, affaibli, quitte la ville papale pour se rétablir en Béarn. En 1841, guéri, il s’installe définitivement à Pau où il restera jusqu’à sa mort en 1865 et se tournera vers la religion protestante. Ce n'est donc pas lui, époux aimant et détaché de la bagatelle, qui a dessiné les gravures coquines présentées dans le billet, mentionné en début d'article (il suffit de cliquer sur le mot souligné). C'est Achille !!! Pierre


GAUTHIER Maximilien. Achille et Eugène Devéria. Paris, 1925, Floury éditeur. Format in-4. Broché, couverture rempliée, collection "La vie et l'art romantiques". Monographie très documentée. 170 pages. Nombreuses illustrations dans le texte et à pleine page. 36 planches dont 3 en couleurs et un fac-similé. Généalogie, catalogue et bibliographie. Très bel exemplaire sur beau papier. Vendu

mercredi 29 février 2012

Romans et contes de Voltaire chez Henri Cyral, éditeur : Parfait !

On croit parfois avoir cerné l'ensemble d'une collection chez un éditeur, et puis on réalise que le principe d'une collection est de proposer des hors séries qui rendent l'acquisition d'une série complète, illusoire… C'est ce qui m'arrive dans la "collection française" de Henri Cyral, dont j'avais listé l'ensemble des parutions et dont je viens d'acheter un exemplaire non référencé : Romans et Contes de Voltaire en deux volumes illustrés par Daniel-Girard.


Inutile de vous dire que cette édition est parfaite, à tout point de vue, comme l'ensemble des parutions produites chez Cyral. Imprimée à 850 exemplaires en 1931, je propose un des 800 exemplaires sur papier vélin de Rives.


Parmi les récits proposés dans ce recueil, trois sont bien connus des lecteurs : Candide, Zadig et l'Ingénu. Vous pourrez découvrir aussi : Le monde comme il va, Memnon ou la sagesse humaine, L'histoire des voyages de Scarmentado, Micromégas, Le blanc et le noir, Jeannot et Colin, L'homme aux quarante écus, la princesse de Babylone et Le taureau blanc.


Il est impossible de cerner l'œuvre philosophique de Voltaire en quelques mots. On pourrait résumer le propos en : Suis-je heureux ? Puis-je l'être ? Et comment prendre la vie ? Voltaire trouble, ici, toutes les idées. Si la terre est une vallée de larmes comme il la présente, un monde meilleur n'existe pas. Il l'a pourtant porté, à bout de baïonnette, avec ses contemporains du siècle des lumières.


C'est que Voltaire avait perdu la Foi après le Désastre de Lisbonne… C'est du moins comme cela que ses exégètes expliquent son profond pessimisme dans l'homme et ses doutes sur l'existence d'une lumière divine. Et puis, il y a les guerres en Europe (la guerre de sept ans) qui n'en finissent pas. Voltaire part cacher ses restes d'optimisme à Ferney. La Suisse est un coffre dit-on… Jusqu'à là, Voltaire avait été candide et par un changement progressif, il devient pessimiste*. J'ai toujours pensé que Voltaire devait avoir un petit rire sardonique, aigu et pincé. Un rire qui met mal à l'aise. Mais je me trompe, peut-être. Pierre


* En ce moment, autour de vous, il y a les optimistes et les pessimistes : Les optimistes pensent que l'on va avoir de la merde pendant 40 ans. Les pessimistes pensent qu'il n'y en aura pas assez pour tout le monde ;-))


VOLTAIRE. Romans & contes. 2 volumes. Paris, Editions Henri Cyral, 1931. Hors série de la "collection française" non listé mais de format et de présentation identique à cette collection. Illustrations couleurs de Daniel-Girard. Format in-8. Broché à couverture rempliée et illustrée. 2 volumes de 376 et 339 pages. Un des 800 exemplaires sur papier vélin de Rives. Tirage total à 850 exemplaires. Papier cristal de protection d'origine. Bel exemplaire peu commun. Vendu