jeudi 1 mars 2012

Achille et Eugène Devéria, illustrateurs romantiques...

Philippe Gandillet avait présenté, il y a quelques temps, un petit ouvrage libertin illustré par Devéria. Je savais qu'une incertitude existait sur le prénom de l'illustrateur car deux frères, excellents graveurs, avaient marqué leur époque de leurs talents respectifs. Mais quel était celui qui s'était osé au "curiosa" ?


Il a fallu que j'acquière un excellent ouvrage bio, bibliographique et généalogique sur nos deux artistes pour tirer cette énigme au clair. Elle n'était pas bien compliquée, en fait, cette énigme et il me suffisait de surfer sur la toile pour avoir la réponse... Mais vous savez bien que je suis plutôt du genre "livre" !


Achille Devéria (1800-1857), dessinateur et lithographe français s'exerça dans des genres très divers et c'est à lui que l'on doit les petits dessins libertins qui enchantent les amateurs de "curiosa". On lui doit aussi plusieurs tableaux religieux, et des aquarelles fort recherchées. Il est le premier qui ait su appliquer la couleur à la lithographie. Ami proche de Victor Hugo, lui-même amoureux du beau sexe, on imagine que son atelier a du en voir de toutes les couleurs… Il produisit ainsi un grand nombre de gravures libertines, allant souvent jusqu'à doubler d'une version libre ses compositions les plus officielles.


Dans son livre Causeries sur les artistes de mon temps, Jean Gigoux écrit d'Achille Devéria : "Il finit par perdre le respect de son art, au point d'oublier la nature et les maîtres. Insensiblement, les éditeurs l'abandonnèrent, tant il se négligeait. Il en fut réduit à faire des portraits à vingt francs, qu'il brossait en deux heures". Maximilien Gauthier, dans l'ouvrage que je vous propose aujourd'hui, nous trace un portrait fort différent de l'artiste : Homme fidèle en amitié, protecteur de sa famille et travailleur infatigable. D'ailleurs, n'est-ce pas Victor Hugo qui écrivait à Lamartine, en parlant d'un portrait de ce dernier ? : "Devéria a fait un portrait de vous que j'ai trouvé beau et que je lui ai conseillé de publier. C'est une grande et noble figure qui débarbouillera l'idée étrange que le public devait se faire de vous d'après tous les petits portraits coquets, mignards et décolletés qui couvraient vos éditions…"


Eugène Devéria : C'est le jeune frère. La famille Devéria est une famille d’artistes, avec Achille et Eugène, mais aussi Laure la benjamine, qui montre un réel talent de dessinatrice et expose avec succès au Salon. Elle meurt prématurément en 1838. Eugène Devéria montre des dispositions précoces pour le dessin et son frère Achille le fait d’abord entrer aux Beaux-Arts, où il étudie sous la direction de Girodet et de Lethière, puis prend lui-même en main la formation de son cadet. En 1827, son tableau monumental La Naissance de Henri IV est un véritable triomphe.


À la suite de ce succès, le jeune peintre reçoit de nombreuses commandes officielles, il participe au chantier de l’église de Notre-Dame de Lorette à Paris, à celui de Fougères en Bretagne… Mais le triomphe de 1827 ne se renouvelant pas, il accepte en 1838 la proposition de quitter la capitale pour Avignon où on lui propose de refaire tout le décor peint de la cathédrale Notre-Dame des Doms. L’ampleur de la tache, l’insalubrité des lieux et une dramatique inondation où il manque périr avec sa famille épuisent le peintre qui, malade, affaibli, quitte la ville papale pour se rétablir en Béarn. En 1841, guéri, il s’installe définitivement à Pau où il restera jusqu’à sa mort en 1865 et se tournera vers la religion protestante. Ce n'est donc pas lui, époux aimant et détaché de la bagatelle, qui a dessiné les gravures coquines présentées dans le billet, mentionné en début d'article (il suffit de cliquer sur le mot souligné). C'est Achille !!! Pierre


GAUTHIER Maximilien. Achille et Eugène Devéria. Paris, 1925, Floury éditeur. Format in-4. Broché, couverture rempliée, collection "La vie et l'art romantiques". Monographie très documentée. 170 pages. Nombreuses illustrations dans le texte et à pleine page. 36 planches dont 3 en couleurs et un fac-similé. Généalogie, catalogue et bibliographie. Très bel exemplaire sur beau papier. Vendu

4 commentaires:

Bertrand a dit…

Passionnant ! j'aime beaucoup le travail d'Achille Deveria que je connais mieux que son frère (trop sage... ;-).
J'ai sous les yeux une jolie dame dessinée à la pierre noire sur papier teinté, exécuté sans doute vers 1825 ?

Je vous le présenterai ce soir, pour l'occasion, sur le Bibliomane moderne, pour servir de pendant à votre beau billet.

B.

Pierre a dit…

J'ai aussi un penchant pour Achille et ses gravures historiques bourrées d'anachronismes. Les gravures libertines ont un côté décalé très charmant aussi. Pierre

Bertrand a dit…

C'est en ligne ici : "Jeune femme sortant de son lit" dessin original à la pierre noire sur papier teinté par Achille Devéria (1800-1857).

http://le-bibliomane.blogspot.com/2012/03/jeune-femme-sortant-de-son-lit-dessin.html

Bonne soirée ! Bonnes vacances !

B.

Pierre a dit…

J'aimerais bien sortir du même ;-)) Bonnes vacances. Pierre