lundi 11 octobre 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : En avoir ou pas...


Je reçois ce matin avec les nouvelles du jour (pas folichonnes, en fait), un petit ouvrage libertin qu'un client propose à la vente avec un petit mot qui y est joint. Je vous le livre in extenso :

Cher Maître,

Je m'adresse à vous car je sais que vous êtes large d'esprit et que ce petit opuscule illustré, s'il fait offense à la pudeur, est signé pour les textes qui s'y attachent, par des personnes que vous portez dans votre cœur. Je sais donc que vous nous en ferez une présentation flatteuse et que je pourrai en tirer une juste rétribution. Votre commission sera la mienne…


J'ai découvert cet ouvrage par hasard, oublié dans un vieux grenier, au temps d'une enfance un peu désordonnée qui préférait la clé des champs aux servitudes scolaires. J'étais donc quelquefois condamné, après faute grave, à passer quelques heures dans ce lieu chargé de trésors. Mes honorables parents n'ont jamais su pourquoi j'acceptais cette punition sans maugréer. Elle me convenait fort bien : Ce grenier, garni de vieux meubles, et plein de paperasses anciennes, offrait à ma curiosité des possibilités d'exploration toujours renouvelées.


C'est au cours d'une de ces expéditions que je mis la main sur cet ouvrage licencieux. On s'imagine sans peine les impressions que j'éprouvai à la lecture de ces pages et combien l'éveil de mes sens s'accommodait de ces emprisonnements justifiés.


Plus tard, des confidences familiales m'apprirent qu'un ancêtre éloigné avait laissé à sa mort tous ces objets dans notre grenier. Il n'était revenu au lieu de sa naissance que pour y traîner un corps usé par la débauche. La réputation qu'il avait laissée était de celle qu'on réserve aux maudits. Je suis vieux maintenant et la commodité du regard a fait place à l'incommodité du désir… Cet ouvrage est fort bien écrit et fort bien illustré. Usez de votre influence pour en proposer la vente dans la boutique de votre ami libraire. Il a des tiroirs qu'il n'ouvre qu'à ses amis, parait-il ? Un jeune client fringant y trouvera peut-être son bonheur…


La signature est illisible mais l'adresse est claire. Il s'agit de mon voisin d'en face. Je me plie à sa demande par amitié et en raison de la haute estime que j'ai pour lui. Je dois néanmoins préciser tout de suite que je ne cautionne absolument pas ce genre d'ouvrage et je vous demande, aujourd'hui, de me soutenir dans ma légitime croisade contre le relâchement de la pudeur en France et tout particulièrement dans les musées…


Toutes les statues devraient porter des feuilles de vigne ! Cette proposition n'est pas le fruit d'une quelconque sénilité érotique de ma part mais s'explique par un besoin de respect de la morale chrétienne. Pour bien prouver mon ouverture d'esprit, je suis même prêt à accepter, et dans certaines conditions, que des feuilles de laurier couvrent les attributs masculins et féminins des statues antiques à la place des feuilles de vigne : C'est dire !!!


L'idéal serait, en fait, que ces mêmes statues portent au moins le caleçon de bain et sans vouloir paraître particulièrement pudibond, j'avais pensé soumettre à nos antiques sculptures, les exigences d'une tenue un peu plus mondaine : Petit complet de fantaisie pour le matin ; l'après-midi, la redingote ; au dîner l'habit avec la cravate noire remplacée par une cravate blanche pour les nocturnes. Pour la nuit un léger madras ou tout au moins un bonnet de coton serait le minimum requis.

Qu'en pensez-vous ? Votre dévoué. Philippe Gandillet.


INCONNU. Galanteries romantiques. Illustrations de Devéria. D'après des textes de Alfred de Musset, Charles Nodier, Beranger, Privat dAnglemont, Paul de Kock et Eugène Sue. A Cupidonopolis aux dépens d'une société de bibliophiles libertins. MDDLLXVIV. In-12 couverture rempliée illustrée. 81pp et 12 gravures colorées. Tiré à un nombre très restreint d'exemplaires pour quelques amateurs (On en saura pas plus). Beau papier épais. 110 € + port

11 commentaires:

Nadia L* a dit…

J'adore ce blog !

jpp a dit…

Doit-on chercher une signification cachée (ou "voilée"!) au fait que notre cher GANDILLET qui se la joue trés Tartuffe aujourd'hui propose en illustration à son billet une statue d'"HERMAPHRODITE"?
Je m'interroge....
Pour en revenir aux feuillages dissimulateurs, on pourrait envisager qu'ils soient "mobiles" et "variables" selon la sensibilité du spectateur........

Anonyme a dit…

Je souscris à l'idéal d'avoir des nus habillés et des papes et autres princes sans leurs pompes.

Jeanmichel a dit…

Je m'interroge, et le fait qu'il y ait sans doute une réponse simple me pousse à rendre publique cette interrogation : Que signifie ce MDDLLXVIV ?

Textor a dit…

2119 ? autant dire que la date est fantaisiste, sauf peut-^tre dans le calendrier Mayas ?

Pierre a dit…

La mention de date est volontairement fausse comme la mention de lieu et tout le reste... Seule certitude : Cet ouvrage a vraisemblablement été imprimé dans la première partie du 20eme siècle par des connaisseurs en "curiosa" qui n'ont pas été chiches sur la qualité de l'impression qui me semble bonne, donc sur le prix à payer pour posséder ce petit bijou de libertinage... Pierre

Anonyme a dit…

Il semble, JPP, qu'il y ait eu un malentendu entre la personne qui sculptait le haut de la statue que vous évoquez et celle qui sculptait le bas. Hermaphrodisme, vous dites ?

Un régime alimentaire à base d'escargots et de coquilles Saint Jacques pourvus des mêmes attributs pourraient-ils contribuer au phénomène ? Je compte sur votre réponse afin de préparer mon menu de Noël… Philippe Gandillet

Anonyme a dit…

J'adore ce genre de bouquins.
Il existe des petites merveilles de dessins animés,faits juste de dessins au crayon noir, mais je ne saurais plus les retrouver...
Ça c'est pour moi l'érotisme...galant!

Textor a dit…

Feuilles de Vigne farcies (recette)
- Faire revenir les oignons dans une poêle dans l'huile d'olive et laisser-cuire doucement jusqu'à ce qu'ils deviennent transparents. (Aîe !)
- Ajouter le riz et laisser cuire à couvert pendant 5 mn, (bon)
- Disposer les feuilles, la surface brillante en dessous, et mettre au centre de chacune d'elles une bonne cuillerée à café du mélange; replier la feuille, sans trop serrer car le riz gonfle deux à trois fois son volume à la cuisson, (on se doute)
- Disposer toutes les feuilles farcies dans une casserole peu profonde. Arroser avec le jus de citron…

Pierre a dit…

Et on met quoi alors pour cacher les attributs sexuels de nos statues ? Des ronds de serviette ?

Petite digression : Quelqu'un a-t-il une idée de la société bibliophile à l'origine de cette parution ? Pierre

Nadia L* a dit…

C'est pas le moment que je case ici ma recette d'hypocras, puisqu'on vire Maïté ?