dimanche 24 octobre 2010

Montesquieu, Cahiers 1716-1755 : Grands papiers – Grands soucis…


À toutes les époques, les éditeurs ont voulu distinguer des exemplaires de luxe.

Il s’agissait, à l’origine, de tirages de plus grands formats, d’où l’appellation « grands papiers ». Ces exemplaires en nombre limité que les éditeurs faisaient, dès le seizième siècle, tirer dans un format plus grand que celui de l'édition originale, permettaient de remercier une personne - soit à un mécène, soit le plus souvent le puissant personnage qui leur avait dispensé ou permis d'obtenir les "privilèges" qui leur étaient indispensables – en lui offrant un exemplaire unique et exceptionnel.


Ces livres, à tirages évidemment restreints sont numérotés et imprimés sur des matières nobles (peau de vélin et papier de Hollande pour les livres anciens, papier de Chine, du Japon et aussi papier de Hollande plus tard).

Ces « grands papiers » sont aussi appelés « exemplaires de tête » ou « tirages de tête ». Ils ont eu une grande mode dès la fin du XIXeme quand la bibliophilie est devenu le pré carré de certains amateurs fortunés.


Ces grands Papiers sont caractérisés - avant la reliure qui va éventuellement en minimiser les caractères - par des différences de longueur ou de largeur constatables entre les feuillets d'un volume dont les tranches de gouttière et la queue n'ont été ni ébarbées, ni rognées. Un livre à "témoins" est donc celui dont les tranches sont irrégulières. Dans les livres anciens, les témoins résultaient d'un pliage manuel, bien sûr.


Ces grands-papiers posent un problème délicat pour le relieur et surtout le doreur lorsqu'il faut manipuler les feuillets. Par exemple, il faut savoir que pour exécuter une dorure en tranche supérieure, il faudra procéder à un collage réversible de petits bouts de papier sur les différentes pages pour que le bloc cahier soit homogène et solidaire avant les manipulations qui vont aboutir à une reliure et à une dorure de qualité et qu'il faudra ensuite enlever ces petits bouts de papier avant de présenter l'ouvrage fini. Beaucoup de manipulations et de temps d'execution qui influeront sur le prix de l'ouvrage fini, donc...

De plus, comme le faisait remarquer Textor - la nature ayant horreur du vide - le bord de ces ouvrages a parfois tendance à s'affaisser avec le temps pour donner des reliures en "bec de canard" et le format de ces livres est souvent indéfinissable… (carré).


Il n'empêche que ces ouvrages sont souvent exceptionnels par la qualité de leur papier, par la beauté de leur reliure, par leur provenance et par les envois qui les émaillent. Ils ne sont pas toujours aisés à lire s'ils n'ont pas été rognés. Vous pouvez nous parler de votre expérience d'acquéreur.

Le livre de luxe doit-il être utile ? Pierre


MONTESQUIEU (Charles Louis de Secondat). Cahiers 1716-1755. Grasset. Paris 1941. Broché, format in-8, grand papier sur vélin pur fil n° 9 sur 168, exemplaire non rogné avec sa protection d'époque.306pp. Textes recueillis et présentés par Bernard Grasset. Entièrement revus sur les manuscrits par André Masson, archiviste-paléographe, conservateur de la Bibliothèque municipale de Bordeaux. Sur lui-même : portrait ; notes sur lui-même. Sur l'homme : sur le bonheur ; sur la jalousie ; sur la dévotion ; sur l'esprit ; sur l'âme ; sur les femmes ; conditions et professions ; prêtres et religieux. Sur les ouvrages de l'esprit : premiers temps des lettres ; littérature et civilisation ; sur la critique ; art d'écrire ; genres littéraires ; auteurs du 16e, 17e, 18e siècle ; sur les arts. Sur la chose publique : maximes générales de politique ; de la liberté politique ; des princes ; puissance des Etats ; républiques ; despotisme ; politique française et suisse ; soldats et armées ; sur le mariage ; commerces des Etats d'Europe ; finances d'Etat ; clergé. Fragments d'histoire : sur l'histoire de France. Caractères des nations : Grecs, Romains, Français, Anglais, peuples modernes, sur Paris. Croyances : judaïsme; christianisme, mahométisme, surnaturel. Sur les sciences. Préparations pour ses ouvrages et notes prises après leur publication. Pages de journal. Appendices. 15 planches n&b h.t. dont un portrait en frontispice. Vendu.

3 commentaires:

Nadia L* a dit…

Je comprends mieux en visualisant les photos, par quels tourments vous passez, vous, les relieurs.

calamar a dit…

j'en ai un, notamment, avec ces soucis. Il a été relié, ce qui a atténué un peu le problème, les témoins ne dépassant pas 2 cm. Mais il contient une suite sur chine, interfoliée dans l'ouvrage, ce qui complique la manipulation...
Je n'ai pas encore eu le courage de me lancer dans sa lecture, d'autant qu'il est non coupé, pour tout arranger. Mais il est fort beau, et je ne regrette pas du tout son achat.
(il s'agit des Syracusaines, chez Pelletan, 1900).
Nb : Pelletan, encore un très bon éditeur de ce temps-là !

Pierre a dit…

Pelletan, Pelletan... Voyons voir...

Quand j'ai découvert que pour dorer en tête il fallait une journée de - collage / décollage - de bout de papier (de la même épaisseur en plus), j'ai réalisé qu'un exemplaire rogné et doré sur les trois tranches était moins couteux à produire. Surprenant, non ?