lundi 4 octobre 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : A propos d'Epictète…


Il semblerait que la présentation par notre libraire, en début de semaine dernière, d'ouvrages "A l'enseigne du pot cassé" ait trouvé parmi les lecteurs quelques amateurs. J'en veux pour preuve le petit différent exposé par JPP sur l'appartenance du volume "Pensées et entretiens d'Epictète" à l'une ou à l'autre des collections de l'éditeur. Il m'a suffit de chercher, parmi les trésors de la librairie, les deux exemplaires en questions pour constater qu'à la fois, JPP (appelons-le Jean-Pierre pour cette fois) et Pierre avaient raison.


Vous pourrez constater que l'édition originale numérotée de 1927 appartient à la collection Antiqva et que l'édition numérotée de 1937 appartient à la collection Magna. Les deux ouvrages sont illustrés par le même graveur et présentent des papiers de belle qualité ainsi que des formats très proches. Il n'est pas impossible qu'une coquille d'imprimeur ou un faisceau d'incompétence soit à l'origine de cette différence, tout simplement ! Vous pourrez les comparer en lisant cette petite causerie et nous dire éventuellement quelle est celle qui a votre préférence…


C'est une brève missive amenée par l'accorte préposée à la distribution du courrier, ce matin, qui est le point de départ de cette causerie :

Cher Maître,

Vous qui savez tout sur tout, pouvez-vous nous parler d'Epictete ? J'ai une dissertation demain matin et comme tout le monde utilise Wikipédia, je fais appel à vos lumières pour paraître, un tant soit peu, original…

Signé : Une lectrice de terminale L.


Chère amie,

On ne connaît pas exactement les dates de la naissance et de la mort d'Epictete comme on ignore presque tout le détail de sa vie. A-t-il vraiment existé, en fait ? Oui, si l'on en croit les professeurs de philosophie. D'origine Grecque, il passa de longues années à Rome comme esclave sous le règne de l'affreux Néron et mourut à un age avancé pour l'époque sous le règne de Marc-Aurèle. Il faut croire que sa jeunesse fut pauvre et malheureuse ; sa condition inférieure, quand il fut amené à Rome, porte naturellement à le penser. Mais dès cette époque, il pratiquait la haute et fière philosophie stoïcienne, le plus mâle effort vers la vertu qu'ait accompli l'esprit humain, avant que la doctrine chrétienne vint apporter aux hommes le principe divin de toute vertu féconde…


Le maître d'Epictete, Epaphrodite, l'avait pris un jour pour hochet de ses amusements brutaux ; l'esclave grec qui souffrait d'une jambe malade avertit son maître qu'il risquait de la lui casser ; l'avertissement ne produit aucun effet et quelques instants plus tard, Epictète poussé trop violemment se brisa la jambe. " Je vous l'avais bien dit, observa-t-il avec calme, que vous me la casseriez !" Ce trait répond bien à la philosophie morale de cet homme qui avait su affranchir sa raison et sa volonté de tous ses désirs.


Epictète professe que l'homme est vraiment libre quand, nul événement, nulle contrainte n'a prise sur lui. Il doit se réfugier dans une morosité de façade et renoncer pour cela à toute ambition, quelle qu'elle soit, et à toutes les choses qui ne dépendent pas de son vouloir et de sa raison, sans aller jusqu'au mariage, quand même ! Qu'importe si la fortune lui échappe, si les impôts lui volent le fruit de son travail, si ses amis le trompent, si son honneur lui est ravi, si son patron le harcèle ou s'il est atteint d'une grave maladie par la négligence coupable d'individus irresponsables ! Volontairement soumis à la sagesse de la providence, il restera libre et heureux.


Nous comprenons bien que la doctrine d'Epictète est noble mais il faut l'adoucir, en quelque sorte, pour qu'elle soit réalisable. Le détachement n'empêche pas le plaisir et il convient d'en jouir avec bonheur comme un esprit que rien de périssable n'enchaîne. On voit bien par ces brèves considérations de quelle manière et par quels principes cette doctrine nous permet, aujourd'hui, de faire la queue à la Poste ou à la Sécurité Sociale tout en élevant notre âme vers la perfection des sentiments. Abstine et sustine – sache t'abstenir de râler et souffrir ton mal en silence – voilà la maxime qui doit vous permettre de faire face au monde moderne avec des principes qui appartiennent au monde passé

Votre dévoué. Philippe Gandillet


Pensées et entretiens d'Epictète. Éditions du pot cassé. Collection Antiqva. 1927. Très bon état de l'intérieur, rousseurs sur la couverture, petite restauration dos, dos insolé. Exemplaire numéroté sur papyrus de Tsahet. Vendu


Pensées et entretiens d'Epictète. Éditions du pot cassé. 1937. Très bon état 'intérieur et extérieur, quelques rousseurs sur le 4eme de couverture. Exemplaire numéroté sur papier de Bornéo. Vendu

22 commentaires:

calamar a dit…

"ne pleure pas, petite fille, ne pleure pas
même si les gens sont méchants ne pleure pas".

Jeanmichel a dit…

Mais quand même, dire que la douleur n'est rien c'est reconnaître qu'elle existe.
Le stoïcisme est un concept qu'on peut envisager quand la vie est aimable. Rédiger sa déclaration d'impôts tout en souffrant d'une crise de coliques néphrétiques, ne pas broncher en assistant in extenso à un concert de Michel Sardou, babioles que tout cela...
J'aurais bien voulu le voir, l'Epictète, derrière ces philatélistes indécis ou ces personnes ayant une nécessité impérieuse de virer vingt euros d'un compte sur un autre avant d'en prendre quinze d'un troisième !

Anonyme a dit…

ai-je lu ou regardé trop vite mais je ne vois nulle part le nom de l'illustrateur. N'est-il pas indiqué dans l'ouvrage ?
Patrick C

Pierre a dit…

Les deux textes ont été traduits du grec par André Dacier de l'Académie Française et illustrés par Henry Chapront. Je crois avoir lu que le plus ancien texte manuscrit d'Epitecte qui nous reste date du 12eme siècle... Pierre

Pierre a dit…

Je crois, avec Jean-Michel, qu'une queue dans une file d'attente de la Poste permet de tester les limites de son propre stoïcisme. Personnellement, j'ai été, sur les conseils de mon médecin, obligé de remplacer cette philosophie du détachement, insuffisante pour affronter ce type de situation, par le fatalisme qui fonctionne très bien ;-)). Pierre

Anonyme a dit…

"La philosophie nous aide à supporter avec patience les malheurs des autres" - Orson Wells.

René de BlC

Pierre a dit…

Je ne connaissais pas Plume Latraverse, calamar. A diffuser. Merci. Pierre

Textor a dit…

Jeune étudiante de terminale L, je crois que pour avoir 10 sur 10 à votre composition, vous devriez citer cette formule d’Epictète : « Un combat entre une jolie fille et une jeune philosophe débutant est un combat inégal. Cruche et pierre, comme on dit, ne vont pas ensemble » et vous pourriez terminer en citant cette formule célèbre du Textor : « Epicure, oui ! Epictète, non ! »

T

Pierre a dit…

Cette journée ensoleillée sera sous le signe d'Epicure, c'est promis ! Pierre

Nadia L* a dit…

(surtout s'il y a frites, bière, et accorte serveuse !)

Textor a dit…

Tiens, Nadia est à l'Oktoberfest à Munich !!

Pierre a dit…

Je ne sais pas si Nadia est à Munich mais elle a de la mémoire ;-)) Il s'agit, en effet, du nirvana pour moi et pendant longtemps cela s'est même apparenté au Graal !! Pierre

Nadia L* a dit…

Et dans quel ordre classeriez vous les composants du Graal ? ou bien les 3 éléments sont-ils indisssociables ?
Que serait la frite sans la bière, la bière sans la serveuse qui l'apporte, voire la serveuse sans la frite ?

Pour info, je ne suis point à Munich, mais juste chez moi, où une intervention du pied me condamne à rester encore presque 3 semaines...

Pierre a dit…

Bonne convalescence, Nadia. Prenez tout ceci avec stoïcisme ;-))

Il est bien évident que les trois éléments que j'ai cité pour arriver à la félicité sont indissociables dans le temps. C'est pourquoi le bonheur est si difficile à atteindre (mais réalisable). Pierre

Livres XIX°.Cartonnages Romantiques a dit…

Si j'ai la frite avec une serveuse, un excés peut me mener en bière

Pierre a dit…

Donc, rester inébranlable, nous sommes bien d'accord... Pierre

Nadia L* a dit…

Finalement, vous avez des exigences fort raisonnables, Pierre, tant qu'elles restent dans le cadre du restaurant sympathique qui les abrite. Des frites, de la bière : voilà qui est aisé à se procurer (par là, vous avez déjà atteint les 2/3 du nirvana), quant à la serveuse pulpeuse (après la secrétaire qui ne l'est pas moins) elle aurait pu être un homme.

Réalisez-vous votre chance ?

Pour ne point la voir s'enfuir, il faut effectivement que tous ces ingrédients mêlés restent bien sagement dans la marmite qui les contient, et vous pourrez ainsi continuer à vous en repaître sagement.

Anonyme a dit…

oh là! Pierre les frites la bière etc c'est bien beau, mais quid de l'auteur des illustrations ?
Patrick C

Nadia L* a dit…

Mr Patrick C :
Pierre vous a répondu plus haut : "Les deux textes ont été traduits du grec par André Dacier de l'Académie Française et illustrés par Henry Chapront"...

Mais il est quand même bon que certains nous ramènent sur le droit chemin après que nous ayons bien digressé !

Pierre a dit…

Merci Nadia ! La philosophie nous amène vers la sagesse et évoque les moyens que nous utilisons pour l'atteindre. En parler n'est pas digresser, je vous rassure ;-)) Pierre

Nadia L* a dit…

Pierre : vous n'aviez donc pas senti l'ironie, déguisée sous l'humilité ?

Je suis un être taquin et impertinent... mais je ne fais rien pour m'en soigner !


(et tu me copieras 10 Pater et autant d'Ave !)

Anonyme a dit…

@nadia L* Merci beaucoup. Ma souris a dû faire défiler trop vite les commentaires et je n'avais pas repéré la réponse de Pierre.

patrick C