jeudi 7 octobre 2010

Au temps des prédicateurs : L'abbé Poulle (1711-1781)


Si nous franchissons encore quelques années dans ce 18eme siècle riche en prédicateurs religieux, nous arrivons à des orateurs dont les noms sont moins connus que Bossuet, Fénelon, Massillon, Bourdaloue ou Fléchier mais qui ont marqué leur époque par la qualité de leurs prêches. Je vous présente aujourd'hui deux tomes des sermons de l'abbé Poulle.

Né à Avignon, en 1711, d'une famille de magistrats, il fut d'abord destiné à suivre la même carrière que ses aînés. Son premier goût fut celui de la poésie, et ses premiers essais, dont il puisa les sujets dans l'aventure de Damou et Phintias, et dans le dévouement héroïque de Codrus pour le salut de sa patrie, furent couronnés, en 1762 et 1753, par l'académie des Jeux Floraux. Mais ayant quitté le barreau pour embrasser l'état ecclésiastique, il renonça tout à coup au succès que les muses semblaient lui promettre, pour se livrer exclusivement à l'étude de l'art oratoire, et composa plusieurs panégyriques qui lui valurent la renommée.


Il faut imaginer, en lisant ses sermons pleins d'éloquence, qu'ils étaient dit avec emphase, moulinets du bras et zézaiements pincés, qu'ils étaient applaudis, que les sons en "ai" étaient prononcés "oi", que le "f" et le "s" se disaient pareillement, que le protocole obligeait au silence les auditeurs mais que l'on s'y ennuyait ferme tant la mode en cette fin de siècle poussait plus à la frivolité qu'à la quintessence des vertus chrétiennes… On n'allait plus dans les temples pour y entendre les vérités austères de la morale, on y était conduit par curiosité ! Un sermon était écouté dans les mêmes dispositions qu'un discours académique


Ses deux Exhortations de charité, prêchées, l'une en faveur des pauvres prisonniers, et l'autre en faveur des enfants trouvés, portent assurément l'empreinte du génie oratoire. L'abbé Poulle obtint, en récompense de son talent, la riche abbaye de Notre-Dame de Nogent, avec le titre de prédicateur du Roi, et fut appelé, en 1748, a prononcer le panégyrique de Saint Louis devant l'Académie Française. Fort paresseux, il ne composa plus aucun prêche lorsqu'il fut pourvu de sa charge. Ce qui fit dire à Louis XV : « Quand les poules sont grasses, elles ne pondent plus ! »


Content de la réputation de ses sermons, il ne se montra jamais empressé de jouir de la gloire d'auteur, et ce qui est peut-être un phénomène inouï pour un orateur, il garda quarante ans ses discours dans sa mémoire sans, en avoir jamais rien écrit. Ce ne fut que pour céder aux instances réitérées de son neveu, l'Abbé Poulle (encore ! Mais celui-ci tenta d'assassiner Sieyès), Vicaire-général de Saint-Malo , qu'il consentit enfin à les lui dicter en 1778 , trois ans avant sa mort. Ces discours, au nombre de onze, (+ 2 exhortations) parurent la même année à Paris, 2 vol. in-8. Ils ont été réimprimés en 1781, et à Lyon en 1818. Nous présentons ici l'édition originale. Pierre

POULLE, L'ABBÉ. Sermons de Monsieur l'Abbé Poulle. Prédicateur du Roi, Abbé Commendataire de Notre-Dame de Nogent. Tome I et II. Paris, Merigot, 1778, petit in-8, reliure demi-basane postérieure avec dos à nerfs et motifs et pièce de titre dorés. 2 volumes, 366 pp, 335 pp. Bel état. 60 € + port

6 commentaires:

Pierre a dit…

A la demande générale, on fera une petite pose dans les sermons ;-)) Pierre

calamar a dit…

pour la pronociation, ce ne serait pas plutôt l'inverse (les oi prononcés ai) ?
Par ailleurs, méfiez-vous, les gens d'armes sont sur la trace d'un dévaliseur de sacristies...

Pierre a dit…

Bonne remarque calamar ! Ce qui s'écrivait "oi" se prononçait "oi" !! C'est nous qui remplaçons, aujourd'hui, les "oi" par des "ai". Je m'ai gouré en écrivant comme je pensois ;-))

Essayer de déclamer un tel sermon devant un auditoire avec les intonations de l'époque doit être hilarant, enfin, la première minute... Par contre, on est ébahi devant la pertinence et la finesse du fond du propos. Pierre

Pierre a dit…

Je suis toujours surpris du grand nombre d'escrocs qui fréquentent les églises en semaine et du petit nombre de fidèles qui viennent le dimanche matin à l'office. J'aurais tendance à penser que ce ne sont pas les mêmes... Pierre

Nadia L* a dit…

Tiens... ça me rappelle une vieille discussion...

Pierre a dit…

...qu'il vaut mieux oublier ;-)) Tiens ! Si on parlait plutôt politique pour rester consensuel ? Pierre