vendredi 31 octobre 2014

Dictionnaire politique et critique de Charles Maurras par Chardon et Pélissier.


Peut-on lire Charles Maurras sans cautionner ses idées, et en particulier son antisémitisme ? L’antisémitisme d'État de Charles Maurras est une forme d'antisémitisme théorisée pour qui cette sorte d'antisémitisme serait différente de " l'antisémitisme de peau ". C'est un antisémitisme politique. Il ne serait ni biologique, ni religieux. Le problème, c'est que la deuxième guerre mondiale - et le génocide juif qui a été perpétué pendant le conflit - a montré que les conséquences de son raisonnement ont rendu l'écrivain inexcusable !


Il semble, qu'au départ, ce raisonnement s'appuya sur la dénonciation du règne de l’argent. Mais alors que Drumont se focalisera, à la même époque, sur les juifs dans la dénonciation de ce que le duc d’Orléans appelle à l’époque " la fortune anonyme et vagabonde ", Maurras insère sa dénonciation dans la théorie des Quatre États confédérés - Francs maçons, juifs, protestants et métèques - qui est avant tout un anti-communautarisme et un refus de la constitution d’états dans l’État.


Son antisémitisme d’État qui vise à donner un "statut" aux juifs - on sait malheureusement ce qu’il en fut dans l’histoire -, est hérité à la fois de la méfiance traditionnelle de l’Église à l’encontre du peuple "déicide" et de la dénonciation du cosmopolitisme de l'élite financière dans une judéophobie ambiante !


Cependant, contrairement à une œuvre comme celle de Drumont, qui s’écroule si on en retire l’antisémitisme, celui-ci n’a jamais occupé la place centrale dans la pensée de Charles Maurras. Aussi peut-il avantageusement être lu en dehors de cet héritage mort. C'est pourquoi, j'ai présenté quelques œuvres de l'auteur sur ce blog, en particulier lorsqu'elles touchaient à l'amour de la Provence.


Je vous propose aujourd'hui l'édition complète du Dictionnaire politique et critique établi par les soins de Pierre Chardon entre 1932 et 1934. Il s'agit d'un remarquable dictionnaire qui donne une idée saisissante de la pensée de Charles Maurras. La plupart des grands noms de la littérature de la période 1880-1930 y figurent.Il permettra aussi, éventuellement, aux lecteurs de se forger leur propre idée sur l'écrivain, d'étayer leur mépris par des références indubitables ou de moduler l'avis des bien-pensants qui n'ont jamais lu Maurras, par la lecture de ses écrits.


C'est un vrai dilemme pour le libraire d'ouvrages anciens que de savoir s'il faut exhumer les écrits peu glorieux des auteurs du passé. Certains écrits doivent être gardés car ils font partie de notre patrimoine littéraire, politique ou historique. Doit-on soustraire certains livres aux lecteurs ?  Quel écrivain ne s'est jamais fourvoyé dans ses écrits ? Vous pouvez me donner votre sentiment là-dessus. Pierre


MAURRAS (Charles) - CHARDON (Pierre). Dictionnaire politique et critique établi par les soins de Pierre Chardon + Complément au Dictionnaire politique et critique établi par les soins de Jean Pélissier (25 fascicules) + Additifs au Complément au Dictionnaire politique et critique (6 fascicules). Paris, Arthème Fayard et Cie (étiquette contre-collée sur Cité des Livres), sd (1931-1934). 5 volumes et fascicules grand in-8. Broché. Bel état. Rare collection complète. 480 € + port

jeudi 30 octobre 2014

Les Moralistes français : Pascal, La Rochefoucauld, la Bruyère et Vauvenargues présentés par Sainte Beuve.


S'il fallait n'avoir lu qu'un seul livre, ne se souvenir que d'un seul pour étayer le tunnel qui nous mène à la lumière, l'ouvrage que je propose aujourd'hui à la vente serait celui-ci ! Rassemblés par Sainte Beuve qui nous présente une notice pour chacun des écrivains étudiés, il allie l'érudition, la critique, le délassement et nous engage à la réflexion.


J'ajouterai que le titre de l'ouvrage – Les moralistes français – "tue-l'amour" de l'achat impulsif, associé à une reliure délicieusement vieillotte, qui relègue souvent ce type de livre sur les étagères poussiéreuses des rayonnages inaccessibles de nombreux confrères, me permets de vous proposer cet excellent recueil à un tarif très raisonnable. Qu'importe !  Le trésor est dedans. Une boite de Pandore qui nous donnerait l'espérance de pouvoir nous améliorer…


Quatre écrivains ont été judicieusement réunis par Sainte Beuve dans ce volume. Ils forment un groupe si distinct et si remarquable qu'il n'est pas nécessaire de justifier leur association. Elle est si naturelle qu'ils ont souvent été publiés ensemble… Moralistes ! Ce n'est être moraliste que de vouloir se comporter en exemple ou de brocarder intelligemment les travers de nos contemporains ! C'est être juste et lucide.


Ce qui justifie ce nouveau recueil, c'est le travail considérable qui est fait sur le texte de ces écrivains. Le texte des pensées de Pascal a été restitué conformément aux manuscrits. Les œuvres de Vauvenargues ont été accrues presque du double. On a apporté également d'importantes améliorations au texte de La Rochefoucauld et à celui de La Bruyère.


Il fallait tenir compte de ce travail dans une nouvelle publication d'ensemble, et c'est ce qu'à fait l'éditeur Garnier Frères en s'aidant des éditions les plus recommandables… Il n'est pas besoin d'insister sur l'intérêt que les remarquables notices de Sainte Beuve ajoutent à ce travail.


Cette excellente publication se termine par des tables analytiques très utiles et, pour ainsi dire, indispensables pour la lecture de ce genre d'ouvrage. Vous pourrez alors, comme moi dans un commentaire, choisir quatre pensées qui résument votre humeur du jour… Pierre


SAINTE-BEUVE. Les Moralistes français. Pensées de Pascal.  Maximes et réflexions de La Rochefoucauld. Caractères de La Bruyère. Œuvres de Vauvenargues. Paris, Garnier Frères, 1875. Textes soigneusement révisés, complétés et annotés à l'aide des travaux les plus récents de l'érudition et de la critique. Précédés d'une notice sur chacun de ces écrivains par Sainte-Beuve. Ornés de quatre portraits gravés sur acier par MM. Goutière et Delannoy. Un volume in-4. Reliure demi-chagrin cerise, percaline estampée sur les plats, dos à nerfs, caissons ornés de motifs dorés en encadrement de filets dorés, toutes tranches dorées. Texte sur 2 colonnes. Menus défauts de reliure, rares rousseurs. 58 € + port

mercredi 29 octobre 2014

Le théâtre du Siècle d'Or en Espagne avec Lope de Vega et Calderon...


Au XVIIème siècle, le théâtre occupe une place fondamentale dans la société espagnole. On appelle d'ailleurs cette période "L'Espagne du théâtre d'Or".  Il se rapproche, par sa conception, du théâtre de Shakespeare. Le genre théâtral est la " Comedia " structurée en trois actes appelés les " journées ". Fidèle à l'esprit baroque de l'époque, ce théâtre ne respecte pas forcement la règle des trois unités qui sera, plus tard, la règle du théâtre classique français.


Ce genre théâtral conjugue tragédie et comédie. Les auteurs y exposent l'histoire de l'Espagne ; de ses mœurs, de sa vie sociale et spirituelle. Il parle de l'amour, des femmes et de l'honneur de Dieu. L'Eglise entretient, pour cette raison, des relations très ambiguës avec ce théâtre. Elle lui emprunte, ses comédiens pour représenter les saints dans ses fêtes religieuses, lui prête ses auteurs les plus talentueux pour financer ses bonnes oeuvres… Cependant, elle reproche aux comédiens leur vie dissolue, leur refuse le sacrement et condamne les Comedias qu'elle considère comme une école de l'immoralité !


Conséquence logique : les écrivains, pour être joués à la Cour très catholique des Grands d'Espagne, devront parfois devenir, comme Calderon ou  Lope De Vega, dont je vous propose aujourd'hui des ouvrages à la vente, des hommes d’Église...


L'œuvre de Calderon (1600-1681) débute quand celle de Lope de Vega (1562- 1635) s'achève. Une de ses œuvres les plus célèbres est La vie est un songe. Sa carrière théâtrale commence alors qu'il est au service du roi dont il devient le fournisseur quasi exclusif de divertissements théâtraux.
Membre de l'ordre franciscain, il sera ordonné prêtre en 1651. Dès lors, il n'écrira plus pour le théâtre populaire mais seulement pour les fêtes religieuses et pour la cour des comédies mythologiques.


Lope de Vega, son ainé, est considéré comme un chroniqueur de sa propre vie, qu’il retrace dans une œuvre quasi autobiographique. Ses amours tumultueuses lui valent une interdiction de séjour à Madrid et dans le royaume de Castille (1587). Ses aventures et ses déboires sont liés à sa passion irrépressible pour les femmes et la littérature. En 1609, il révolutionne le théâtre espagnol avec « Le Nouvel art de faire des comédies ».  Rimas sacras  (1614) est l’une des pièces maîtresses de la poésie lyrique castillane et universelle.


Je vous propose aujourd’hui de basculer vers ce Siècle d’Or qui a vu l’Espagne  rayonner sur tous les plans : littéraire et artistique, économique et politique. Les œuvres de Lope de Vega et de Calderon, publiées ici par les éditions Didier et Cie, sont des traductions d'Eugene Baret et d'Antoine de Latour précédées d'une étude sur chacun des auteurs. La reliure signée par Lemardeley est remarquable et les ouvrages présentent un très bel ex-libris de la comédienne Antoinette Legat. Comment résister à tant de charmes ? Pierre


CALDERON. Œuvres dramatiques de Calderon. Traduction de M. Antoine de Latour avec une étude sur Calderon des notices sur chaque pièce et des notes. Tome I : Drames – Tome II : Comédies. Paris, Librairie académique Didier et Cie, 1871 (tome I), 1875 (tome II). Deux volumes petit in-8 (18,5/12,5). Reliure demi-maroquin fauve, dos à nerfs, lettres dorées, gardes colorées, toutes tranches marbrées, reliure signée Lemardeley. LVI, 522pp, [2ff], 591pp [2ff].  Des rousseurs irrégulières. Dos légèrement insolé. Très bel état. Les deux ouvrages : 76 € + port


LOPE DE VEGA. Œuvres dramatiques de Lope de Vega. Traduction de M. Eugène Baret. Avec une étude sur Lope de Vega, des notices sur chaque pièce et des notes. Deuxième édition. Tome I : Drames – Tome II : Comédies. Paris, Librairie académique Didier et Cie, 1874. Deux volumes petit in-8 (18,5/12,5). Reliure demi-maroquin bleu nuit, dos à nerfs, lettres dorées, gardes colorées, toutes tranches marbrées, reliure signée Lemardeley. [3ff titre],[2ff], XXXII,474pp, [2ff] –[3ff], 570pp [2ff].  Des rousseurs irrégulières. Dos légèrement bruni. Très bel état. Les deux ouvrages : 76 € + port

mardi 28 octobre 2014

James Capper et la remarquable édition de son voyage vers l'Inde en 1785...


Alors que l'Espagne et le Portugal s'étaient réservés l'exploitation de l'Amérique - à la suite des découvertes de Christophe Colomb - tout au long du XVI siècle et XVII siècle, les autres puissances européennes s'étaient engagées dans une compétition acharnée pour constituer les plus grands empires coloniaux à l'est, avec un commerce florissant empruntant la Route de la soie ou la Route des Indes, par mer ou par terre.


Ce commerce était notamment celui des épices (poivre, clou de girofle, cannelle, noix de muscade...) produites dans les pays de l’océan indien et utilisées dans l’alimentation (notamment pour masquer le goût des viandes mal conservées), dans la pharmacie, et celui de la manufacture de tissus (indigo, coton et soie).


Si les européens s'étaient assurés le contrôle des côtes, le contrôle des voies terrestres était plus aléatoire… C'est pourquoi, en raison des progrès scientifiques et techniques, ce furent les transports maritimes qui furent rapidement privilégiés. La traditionnelle Route de la soie échappait à cette règle et elle fut adaptée, au cours du temps, en fonction des géopolitiques locales.


Pour simplifier, le voyage aller-retour pouvait emprunter, soit le Nil à Alexandrie et rejoindre la mer rouge en direction des Indes, soit partir de la côte palestinienne vers Suez et descendre le Nil, soit traverser le désert d'Arabie et rejoindre le Golfe persique dans un port sécurisé… Il fallait alors trouver des caravansérails, des animaux et des guides fiables… C'est à quoi James Capper (1743-1825)  s'attacha à la fin du 18eme siècle.


Ce fut simplement un marchand indépendant avant de devenir, en 1768, capitaine de l’armée de Madras. En 1773, il fut nommé, pour la Compagnie des Indes, commissaire général des côtes du Coromandel avec le titre de colonel. Cette partie du littoral de l'Inde est d'ailleurs juste à l'opposé des côtes de Malabar (côtes ouest)  que j'ai évoquées dernièrement à l'occasion de la présentation d'un ouvrage ancien de botanique (vous pouvez cliquer). En 1777, il fut envoyé en mission pour explorer la faisabilité d’une ouverture d’une nouvelle route entre l’Europe et l’Inde. C'est, en partie, le contenu de l'ouvrage que je présente ici.


Après une révolte en Inde en 1780, James Capper devint commandant d’artillerie à Madras. Il démissionna de la Compagnie des Indes en 1791 et retourna en Angleterre où il publia des ouvrages tournés vers la météorologie et l'agriculture. Il est représenté, en frontispice, racontant ses aventures à ses petits enfants...


Cet ouvrage comme son titre le mentionne - Observations sur le passage à l'Inde par l'Egypte ; De Vienne à Constantinople et Alep, et de là,  à Bagdad, et à travers le grand désert de Bassora, avec des remarques occasionnelles sur les pays voisins, et complété par des tableaux de ces différentes voies - nous relate un voyage vers l'Inde par terre, et par une route en partie inconnue à travers le grand désert. Je vous souhaite d'effectuer ce fabuleux voyage en tournant les pages de l'ouvrage que je propose à la vente, aujourd'hui… Pierre

 
CAPPER (James). Observations on the passage to India, through Egypt. Also by Vienna through Constantinople to Aleppo, and from Thence by Bagdad, and directly across the Great desert, to Bassora with official remarks on the adjacent Countries, an account of the different stages, and sketches of the several Routes on four Copper Plates. Londres, Faden, 1785. Un volume in-8 (23,5/15cm). Reliure contemporaine pleine basane cerise, dos à nerfs et lettres dorées, gardes colorées d'un rose des plus seyants (sic). Remarquable édition de cet important itinéraire, illustrée de 3 cartes dépliantes et d'une gravure hors texte dépliante. [4ff titre et avert], [xxxvi], 270pp, [1f bl], [8ff suppl]. Intérieur frais. Belles cartes. Rare ouvrage. 860 € + port

lundi 27 octobre 2014

Quatre-vingt-dix images sur les sports d'hiver par Samivel...


Les joies du Ski selon un magazine féminin feuilleté nonchalamment dans le cabinet de lecture de notre maison : - Le rêve : un appart cosy aux pieds des pistes, tout en bois avec 2 vraies chambres, un canapé où il fait bon se reposer après ses 6 heures de ski et un balcon pour prendre le soleil avec son café ... La réalité : un appart qui pue la chaussette mouillée, un cagibis en guise de chambre d'enfants, un balcon plein nord et une cuisinette dont le four grille mais ne cuit pas...


- Le rêve
: du blanc, du blanc, du blanc, et une neige de folie sur les pistes ! La réalité : du monde, du monde, du monde et la queue au télésiège !
- Le rêve : un ciel bleu glacier sans l'ombre d'un nuage, doux mais pas trop pour s'allonger sur un transat à midi pour le café. La réalité : du mitigé, une journée de purée de pois, du froid, le nez qui gèle et les doigts qui pèlent.


- Le rêve : Nos enfants sont en cours toute la journée, ils adorent y aller et s'éclatent en faisant des progrès. La réalité : ils geignent dès le deuxième jour parce que le mono, il est méchant, les enfants, ils sont pas ses copains et il n'arrête pas de tomber !


- Le rêve : Resto midi et soir, raclette, fondue, tartiflette, crêpes, tarte aux myrtilles, pas du light mais on s'en fout, on fait du sport toute la journée ! La réalité : 15 € la saucisse frites au resto d'altitude, tu ne le fais pas tous les midis ! Ô désespoir, tu dois te mettre aux fourneaux dans la cuisinette !
- Le rêve: Une bonne crêpe suivi d'un bon massage après le ski. La réalité: les gosses énervés dans 35 m², des jeux de sociétés et des chaussettes mouillées odorantes qui sèchent au radiateur électrique !


- Le rêve : Le retour, tout comme l'aller, se fit sans personne sur la route. La réalité: les bouchons dès la sortie de la station ! Sans oublier les plus petits habillés de la tête aux pieds, combinaison fermée, moufles aux mains qui lancent dans un cri "vite maman, j'ai envie de faire pipi", le moniteur de ski qui accueille la prunelle de nos yeux un peu apeurée en lui disant qu'en niveau 3ème étoile, les pistes, c'est que des rouges, les surfeurs qui te coupent la route alors que t'es tranquillou en train de te remettre en jambe, les chaussures qui t'engourdissent les pieds et que tu retires avec un grand "ahhhhhh" tout au bonheur de retrouver tes bonnes vieilles baskets confortables…


Samivel nous dresse, quant à lui dans l'ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente, un portrait tout en rêve de la montagne des années 1930… Pierre


SAMIVEL. -10. Quatre-vingt-dix images sur les sports d'hiver.‎ Paris, Delagrave, 1936. Petit in-folio (25/33cm). Cartonnage éditeur papier illustré en noir et bleu. 62 pages.‎ Edition originale. Cartonnage sali, angles supérieurs émoussés, signes discrets de restauration, intérieur frais. Exemplaire très correct. 95€ + port

samedi 25 octobre 2014

Hortus Indicus malabaricus de Van Rheede : Les vertus des plantes sont encore à explorer…


Voici, aujourd'hui, un ouvrage qui fait le bonheur de celui qui le présente. Non pas parce que ce dernier pense avoir des compétences supérieures à ses confrères pour faire sa présentation mais parce que le propriétaire de l'ouvrage, en me confiant sa vente, m'accorde sa confiance.


Pour les nations européennes qui s'étaient engagées au 17eme siècle dans la conquête du monde, dresser l'inventaire des flores locales constituait un enjeu prioritaire. Assez vite, en effet, les scientifiques s'intéressèrent  à la pharmacopée indienne afin de permettre à des apothicaires de s'installer pour soigner la communauté expatriée. De volumineux herbiers furent alors préparés par les Portugais, les Hollandais et les Anglais...


Dans ces eaux tropicales, une multitude de pathologies jusqu'alors inconnues décimaient alors les Européens. La gamme de plantes médicinales traditionnellement connues des européens était relativement peu étendue, en tout cas largement insuffisante pour leur permettre de créer de nouveaux remèdes. De plus, lorsqu'ils arrivaient en Inde, après de longs mois passés en mer, la plupart des médicaments européens étaient si altérés qu'ils ne parvenaient même plus à soigner les affections les plus courantes... Dans ce contexte, la connaissance des plantes non européennes et leurs propriétés curatives constituent un enjeu vital !


Dès le début du XVIe siècle, les Portugais explorent la diversité biologique du continent. Les Hollandais emboîtent le pas aux Portugais quelques décennies plus tard. Dans les années 1610, ils ouvrent une boutique d'apothicaire à Batavia - l'actuelle Djakarta - puis un jardin botanique pour y cultiver les plantes médicinales importées de différentes régions d'Asie du Sud-Est. Mieux implantés dans l'océan Indien que leurs concurrents anglais, les Hollandais utilisent alors leur connaissance de la flore tropicale asiatique pour exporter et cultiver les plantes dans des zones stratégiques de la région, comme au cap de Bonne-Espérance, à Batavia et à Ceylan.


L'ouvrage que nous proposons aujourd'hui à la vente est une compilation des plantes référencées sur les cotes de l'Inde. Elle fut menée par Hendrik Adriaan Rheede tot Drakestein [vous pouvez l'appeler Henrick Van Rheede], membre de la puissante Compagnie des Indes Orientales en 1657, puis Commissaire de la cote de Malabar (portion ouest du littoral de L'Inde) de 1669 à 1676, et enfin Commandeur Général de l'Inde.


Au cours des années 1670, il entreprend un travail gigantesque sur la flore de cette région. Il se fait épauler par des spécialistes indigènes qui identifièrent les plantes avec leur nom local et décrivirent leurs utilisations. Au total, Avec ses douze volumes in-folio et ses 791 gravures en noir et blanc, le Hortus indicus malabaricus deviendra vite la référence en ce qui concerne la flore du sud de la péninsule indienne.


La pharmacopée de Van Rheede sera publiée à Amsterdam entre 1678 et 1693, en partie à titre posthume. Le nom des plantes est donné en quatre langues à savoir : Latine, arabe, Konkani et Malayalam – deux langues indiennes.


C'est l'une des meilleures publications en sciences botaniques jamais publiées. Mais, attention ! Ce n'est pas une présentation synoptique et aucun des auteurs concernés par la description d'une plante n'avait pour objectif de la classer en fonction de ses caractéristiques physiques. Pour eux, il s'agissait avant tout de la reconnaitre et de répertorier ses usages ! Pierre


RHEEDE TOT DRAAKESTEIN (Henrik Adrian van). Hortus Indicus malabaricus, continens Regni malabarici apus Indos celeberrimi omnis generis Plantas rariores, Latinis, Malabaricis, Arabicis, & Bramanum Characteribus nominibusque expressas, [...] Notes et commentaires de Arnold Syen. Amsterdam: Johannis van Someren et Johannis van Dyck, 1678. Premier volume in-folio sur les douze de l'édition complète (38 x 27cm). Frontispice gravé, 57 planches de botanique montées sur onglet. Édition originale. Reliure contemporaine pleine basane cerise, plat estampé et orné en son centre d'un motif végétal doré, dos à nerfs, pièce de titre et lettres dorées, tranche supérieure dorée. Restauration récente, toutes les planches ont été remontées sur onglet.  Tête de série de la collection complète en 12 volumes dont le dernier fut publié en 1703. Brunissement des planches. Bon état général. Extrême rareté. 8400 € + port