vendredi 22 mai 2015

L'édition originale française du Petit Prince. Une remarquable histoire éditoriale…

Si vous demandez à un étranger quel est le livre qui représente le mieux la France, il est vraisemblable que "Le petit Prince" se classera toujours dans le peloton de tête des ouvrages préférés. Il n'est pas nécessaire de présenter ce texte désormais universel et ce personnage venu d'une toute petite planète, possesseur d'une fleur unique au monde, objet de tout son amour et de tous ses tourments : merveilleux et poésie imprègnent le récit. Les dialogues du Petit Prince avec la rose, le renard, l'allumeur de réverbère et l'auteur sont encore dans toutes les mémoires. Est-ce un monument de la littérature française ? Les avis divergent. Il n'empêche que le livre est bon et qu'il peut être lu par tout le monde, la jeunesse ayant cependant été le cœur de cible de Saint-Exupéry… L’écrivain-pilote s’est d'ailleurs beaucoup investi dans la composition de cet album singulier, dont il a dessiné lui-même les illustrations et qu’il a voulu à son image et d’universelle portée.


Aussi intéressante est l'histoire éditoriale de l'ouvrage. Nous sommes à la fin de la deuxième guerre mondiale et Saint-Exupéry est un héros de la France libre. L'édition originale sera donc américaine (New-York, 1943). L'édition française du Petit Prince, achevée d'imprimer le 30 novembre 1945, aurait dû paraître pour Noël 1945 mais la publication sera finalement repoussée jusqu'en avril 1946. C'est cette édition que je propose aujourd'hui à la vente.


Si l'on se réfère au site dévolu à cet ouvrage (vous pouvez cliquer), Le Petit Prince est donc paru en France à titre posthume, trois ans exactement après l’édition américaine. Cette édition est reliée de toile bleue, estampée d’une illustration en premier plat et du signe "Nrf" en premier et second plat. Elle était protégée par une jaquette imprimée bien qu'il soit relativement rare de trouver une première édition française avec cette jaquette - vraiment - originale. 


Le livre est composé de 93 pages foliotées. La mention "Gallimard" figure en page de titre. Au verso de cette dernière figure de la liste des œuvres de Saint-Exupéry (Courrier Sud, Terre des Hommes, Pilote de Guerre, Lettre à un Otage). On notera avec curiosité que Vol de Nuit n’y est pas.. En page 97 se trouve l’achevé d’imprimer dont vous avez ici le cliché :


Cette mention est immédiatement suivie d’un numéro de compostage estampé dans la page. Aucune mention de justification n'est donnée mais ce premier tirage aurait compté 12750 exemplaires sur papier Hélio typo Navarre numérotés. Ce ne serait pas une rareté, donc, si nos chères têtes blondes n'avaient pas cette fâcheuse habitude de détruire les livres pour la jeunesse qu'on leur propose...


N’ayant pas à sa disposition les aquarelles originales, l’éditeur n’a pas eu d’autre choix que de repartir de l’édition américaine en langue française. Malgré l’approximation des dessins et des couleurs et quelques coquilles, parfois assez mystérieuses, liés à la recomposition du livre, cette première édition française sera très proche de la newyorkaise. Ces coquilles furent corrigées dans les éditions suivantes. Seule une des ces petites erreurs est restée présente durant de longues années dans les éditions françaises car, précisément, elle n’avait pas été identifiée comme une erreur : il s’agit du numéro affecté par l’astronome à l’astéroïde qu’il découvre, 3251 à Paris et 325 à New York. Sur cette même page, on pourrait aussi constater que l’étoile que l’astronome observe à travers son télescope n'est pas présente dans cette édition originale française. Pierre


SAINT-EXUPERY (Antoine de). Le petit Prince. Paris, Gallimard, 1945. Un volume in-8. 93 pages. Reliure éditeur pleine toile bleue estampée au premier plat d'un dessin du petit Prince et du logo nrf au premier et au second plat. Pas de jaquette. Illustrations noir et couleurs de l'auteur in-texte. Achevé d'imprimé daté du 30 novembre 1945. Première édition française de ce texte. Dos insolé. Cartonnage en très bon état sans jaquette. Intérieur très frais. Peu fréquent à la vente. 430 € + port

jeudi 21 mai 2015

Lettres à Sophie par L. Aimé Martin : Dites-le avec des fleurs...


Louis-Aimé Martin, qui écrivit sous le pseudonyme de L. Aimé Martin (1782-1847) fut professeur à l'école Polytechnique, puis conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Élève et ami de Bernardin de Saint-Pierre… il épousera sa veuve ! Ami de Lamartine, ce dernier fera son éloge funèbre en l'église Saint Germain des Prés, en évitant soigneusement de faire la même chose !


Aimé-Martin se fit d'abord connaitre, sous le pseudonyme de Charlotte de Latour, par Le Langage des fleurs, premier ouvrage sur ce thème si tendance aujourd'hui. Il fut l'éditeur de Bernardin de Saint Pierre et publia de nouvelles éditions de Racine, La Rochefoucauld, Molière mais c'est une charmante œuvre de vulgarisation scientifique, en prose entremêlée de vers qui lui donnera la renommée.  Ses Lettres à Sophie furent plusieurs fois rééditée au 19e siècle.


Jean Paul, sur le blogue du bibliophile (vous pouvez cliquer) nous apprend que sa première bibliothèque fut cédée au libraire Antoine-Augustin Renouard qui garda les meilleurs exemplaires et dispersa le reste lors d'une vente en 1825. Très peu de temps avant sa mort en 1847, Aimé-Martin avait cédé sa deuxième bibliothèque à Joseph Techener. La première partie fut vendue dans la salle de vente Techener du 4 rue de la Bibliothèque du Louvre, du lundi 15 au samedi 27 novembre 1847. La deuxième partie devait être vendue dans l’appartement d’Aimé-Martin, 15 rue des Petits-Augustins, du lundi 21 au mardi 29 février 1848. La troisième partie, la moins importante, fut vendue 4 rue de la Bibliothèque du Louvre, du mardi 20 au vendredi 23 décembre 1848.


Personnellement, j'aime beaucoup ce type d'ouvrage et j'y trouve une mine d'informations que l'on m'a cachées toute ma vie : L'azote, par exemple… 
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" Comme l'oxygène, l'azote est toujours combiné. La manière la plus commode de l'étudier est de le prendre à l'état de gaz. Ce gaz fut d'abord nommé air phlogistiqué par Piestley, d'après le système de Sthal. Lavoisier le nomma mosette athmosphérique. Dans la nouvelle nomenclature, il a pris le nom de gaz azote, de "a" privatif et – n'en déplaise à  Belkacemator - du grec "zoé" qui signifie vie [L'état de celui qui possède de la vitalité] parce que son inspiration tue les animaux*.


Bertholet découvrit que ce principe était un des composants de l'ammoniaque et qu'il est en grande importance dans la chair des animaux. Il compose sous une forme élastique, environ les 3/4 de l'atmosphère. Il y a une foule de procédés pour l'obtenir ; les huiles volatiles et surtout celle de térébenthine donnent un moyen prompt et facile d'extraire de l'azote.


Expérience : Posez sur l'eau un bocal de verre ; cette eau étant surnagée d'un peu d'huile de térébenthine, l'huile absorbera bientôt l'oxygène de l'air. L'eau montera d'un cinquième [?] et vous n'aurez dans le bocal que du gaz azote. Cette expérience prouve combien il est dangereux d'habiter des appartements dont les boiseries sont fraichement vernies. Il en est de même avec les fruits qui mettent facilement l'azote de l'air à nu. Je citerai un exemple dont j'ai été témoin : deux jeunes personnes couchèrent à la campagne dans une chambre qui contenait une récolte de fruits ; elles furent toutes les deux asphyxiées dans leur lit et il fut impossible de les rappeler à la vie […]. Fourcroy a découvert, il y a vingt cinq ans que les vessies natatoires des carpes et autres poissons contiennent de l'azote ; ce qu'il est aisé de vérifier en crevant ces vessies sous des cloches pleines d'eau […]"


Un livre qui est fait pour les bibliophiles curieux, même si vous ne vous prénommez pas "Sophie", évidemment. Pierre * A contrario, il permet cependant, sous forme liquide, de conserver les spermatozoïdes…


MARTIN (Louis-Aimé). Lettres à Sophie, sur la physique, la chimie l'histoire naturelle, avec des Notes par M. Patrin, de l'Institut. Onzième édition. Paris, Ledentu, 1833. 2 volumes in8. Reliure pleine basane jaspée havane,  encadrement des plats par une roulette dorée, dos lisse, pièce de titre maroquinée noire, tranches marbrées, gardes marbrées. Complet en 2 volumes. Tome 1 : [2ff titre], xvij, [1f ], 448pp. Tome 2 : [2ff titre], 418p. Onzième édition augmentée de la théorie du calorique rayonnant. 6 gravures couleurs hors texte. Défauts d'usure aux coiffes et coins, intérieur très frais. Bel exemplaire. 75 € + port

mercredi 20 mai 2015

La Science française : 35 portraits de scientifiques qui ont marqué l'histoire...


Les Expositions internationales sont de grandes expositions publiques tenues régulièrement à travers le monde depuis le milieu du XIXe siècle. Elles ont été créées pour présenter les réalisations industrielles des différentes nations. Aujourd'hui, elles représentent toujours la vitrine technologique et industrielle des pays participants, témoignant des progrès de la révolution industrielle.


La première Exposition universelle se déroula à Londres en 1851. À l'origine, chaque pays disposait d'un espace réservé dans un pavillon central. À partir de 1867, des pavillons nationaux firent leur apparition. En principe, ils étaient attribués seulement s'il y avait des choses à présenter que le pavillon central ne pouvait accueillir. Ils ne tardèrent pas à se généraliser, les nations exposantes construisant des pavillons typiques de l'architecture de leurs pays.


Avec la merveilleuse scène du "Golden Gate" comme arrière-plan, les architectes, les artistes et les paysagistes de l'Exposition internationale de San Francisco construisirent en 1915 une ville comme sortie d'un beau rêve… Les réalisations architecturales abordaient  toutes les lignes de l'activité humaine divisées en départements comme suit :


 "A" Arts -Fine; "B" -Éducation; Économie -Social "C"; "D" Arts -Libéral; "E" -Manufactures et les industries variées; "F" -Machines; "G" -Transport; "H" -Agriculture; "I" -Agriculture (produits alimentaires); "K" -Horticulture; "L" -Mines et de la métallurgie.


Le progrès aidant, une des caractéristiques les plus attrayantes de cette Exposition fut l'éclairage électrique. Cette Exposition
commémorait  aussi l'inauguration du canal de Panama et la construction de la ville de San Francisco en 1776 et sa reconstruction après le séisme de 1906.


A cette occasion, la Maison Larousse fit éditer un ouvrage en 2 tomes qui rassembla les scientifiques qui, dans tous les domaines, avaient marqué l'histoire de la France. C'est l'ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente. Le principe de ce livre est de retracer des biographies sur les scientifiques qui ont fait briller la science française depuis le 16ème siècle. Certes, le livre peut paraître chauvin au premier abord mais Lucien Poincaré se justifie relativement bien dans son introduction au sujet de ce choix. On assiste à quelques hauts et forts " cocoricos ", bien évidemment, mais il faut bien justifier la détestable réputation que les français ont à l'étranger…


On peut trouver dans ce recueil des mathématiciens (Poincaré), des médecins (Paré), des physiciens (Pascal), des chimistes (Lavoisier), des naturalistes, des biologistes (Pasteur). Cet ensemble de biographies relativement courtes donne au lecteur une bonne idée de ce que pouvait être la science et la vie des scientifiques dans la société aux différentes époques avec ses avantages et ses inconvénients. Les aspects scientifiques comme les aspects politiques et sociaux sont abordés de manière agréable et cohérente. On découvre aussi des scientifiques français peu connus et qui sont pourtant à la source de révolutions scientifiques majeures… Je vous propose d'ailleurs de me donner votre propre "top 20" des scientifiques qui vous semblent avoir marqué notre pays ! Pierre


[EXPOSITION UNIVERSELLE et INTERNATIONALE de SAN FRANCISCO]. Exposition Universelle et Internationale de San Francisco. La Science française. Paris, Larousse, 1915. 2 volumes in 8. Reliure pleine percaline bordeaux de l'éditeur, têtes dorées, 397 et 405 pages. 35 portraits hors-texte, dont les 2 frontispices. Tome premier : La Science française à l'Exposition de San Francisco - La Philosophie - La Sociologie - La Science de l'Education - Les Mathématiques - L'Astronomie - La Physique - La Chimie - La Minéralogie - La Géologie - La Paléobotanique - La Paléontologie Zoologique - La Biologie - Les Sciences médicales - La Science géographique. Tome second : Les Etudes Egyptologiques - L'Archéologie classique - Les Etudes historiques - Histoire de l'art - La Linguistique - L'Indianisme - La Sinologie - L'Hellénisme - La Philologie Latine - La Philologie Celtique - Les Etudes sur la Langue Française - Les Etudes sur la Littérature française du Moyen Age - Les Etudes sur la Littérature française moderne - Les Etudes italiennes - Les Etudes hispaniques - Les Etudes anglaises - Les Etudes germaniques - Les Sciences Juridiques et Politiques - Les Sciences Economiques. 45 € + port

mardi 19 mai 2015

Tacite. Nouvelle traduction de Jean-Baptiste Dureau. Bancable ?

Ave Vallaud-Belkacemator. Morituri te salutant !
Le gouvernement vient de voter un décret obligeant les communautés de commune à racheter tous les livres en latin et en grec qui sont catalogués chez les libraires d'ouvrages anciens afin d'indemniser une profession durement touchée par la réforme. En effet, l'enseignement de ces langues mortes risque tout bonnement de disparaître : le latin ne sera plus proposé obligatoirement dans tous les collèges à partir de la cinquième. Quant au grec, déjà malmené, on n’ose même pas l’évoquer…


Dans le projet de réforme soulignent les associations, l’enseignement des langues anciennes sera en effet tributaire des dotations horaires des établissements, et vaguement intégré aux "Enseignements Pratiques interdisciplinaires". Le chef d’établissement aura ainsi à choisir parmi 8 options pour l’année scolaire, parmi lesquelles un très flou "Langues et cultures de l’Antiquité ". La ministresse de l’éducation nationale avait assuré que l’enseignement du latin et du grec ancien serait " préservé ", lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Les promesses n'engagent que ceux qui les croient, comme d'habitude.


Ultime galop d'essai, je vous présente une traduction de Tacite (Publius Cornelius Tacitus) dans une remarquable édition ancienne. Historien romain, du début de l'ère chrétienne, Tacite était issu d'une famille de la Gaule transalpine, cette classe sociale dynamique et prospère qui servait de soutien à l'Empire depuis le déclin des familles patriciennes romaines. Maîtrisant parfaitement l'éloquence, il fit une brillante carrière politique. Toutefois, pour ne pas attirer sur lui l'attention de l'empereur Domitien (81-96), toujours prêt à exiler ou à faire assassiner les personnages illustres de l'Empire, il n'accepta le consulat qu'en 97, sous l'empereur Nerva.


Sa production littéraire, s'inscrivant dans le cadre de son amitié pour Trajan et Pline le Jeune, était appréciée par le milieu impérial. Tacite fut l'historien officieux du régime, ce qui ne l'empêcha pas d'être aussi un historien critique. Après la Vie d'Agricola (98), éloge funèbre de son beau-père, il publia la Germanie (vers 98), un traité sur les mœurs des Germains. Ces deux œuvres sont l'occasion d'une étude sociologique sur les "Barbares".


Le récit des campagnes d'Agricola en Bretagne, et la compilation des récits des campagnes romaines en Germanie permettent à Tacite de brosser un tableau socio-historique de ces populations frontalières qui, à partir du moment où l'on commence à s'y intéresser, n'ont de barbare que le nom : dépassant les préjugés traditionnels, Tacite tend à reconnaître l'existence de cultures et de sociétés non romaines. Cette reconnaissance indirecte de la spécificité des Bretons et des Germains détruit l'image d'une barbarie homogène se définissant par opposition à la culture méditerranéenne.


Après les Histoires dont il ne reste que quatre livres, et qui décrivaient l'Empire de 69 à 96 (depuis la mort de Néron jusqu'à la chute de Domitien), Tacite publia les Annales (écrites vers 115-117), qui constituent, sans doute, sa grande œuvre historique.  On doit à Jean-Baptiste Dureau de la Malle, en 1793, cette traduction de Tacite, qui fit sa réputation. L'édition que je propose ici est la première réimpression qui fut donnée après sa disparition. Pierre


TACITE (DUREAU DE LAMALLE trad.) Tacite. Nouvelle traduction. Deuxième édition revue et corrigée. Paris, chez Giguet et Michaud, chez Nicolle, de l'imprimerie Mame, 1808. 3 volumes in-8 (20 x 13 cm). Reliure plein veau marbré, encadrement des plats par une élégante roulette, dos lisses à caissons dorés et pièces de titres maroquinées, gardes colorées, roulette sur les coupes, tranches jaspées.  Vol. 1 : vij, lxiv, xx, une carte rempliée, 415 pp - vol. 2 : 2 f., 417 pp - vol. 3 : 2 f., 405 pp. Bel exemplaire très frais. Ancienne étiquette de libraire. L'édition complète se fit en 5 volumes. 110 € + port

lundi 18 mai 2015

Cours élémentaire de fortification et son Atlas par le colonel Emy. Pour empêcher Sedan...


"La science des fortifications a pour but d'accroître les positions d'une troupe militaire  afin qu'elle puisse se défendre contre un ennemi numériquement supérieur". C'est, en tout cas, la définition donnée en préambule de l'ouvrage que je propose aujourd'hui à la vente. Pour ma part, l'idée que je me faisais des fortifications était jusqu'à là architecturale ; la faute à Vauban et à Maginot dont la visite des imposantes constructions édifiées sur le parcours de mes vacances scolaires a grignoté quelques heures sur mon temps libre d'alors…


Les fortifications permettaient (permettraient toujours ?) de confier à de faibles troupes la garde et la défense d une position "soit qu'on veuille agir sur un autre point, soit qu'après un revers, il s'agisse d'attendre de nouvelles forces pour reprendre l'offensive "


À partir de la fin du XVIII siècle, la fortification doit répondre aux avancées techniques dans le domaine de l'artillerie : l'augmentation de la portée des pièces (qui passe de 600 à 3 000 mètres au début du XIX siècle), de la cadence de tir (grâce au chargement par la culasse), de la précision (grâce au canon rayé) et de la puissance des projectiles (obus cylindro-ogival muni d'une fusée percutante et rempli d'explosif) rendent inefficaces toutes les fortifications érigées selon les principes de la fortification bastionnée.


Les Français restent cependant fidèles aux principes de Vauban et de ses successeurs. En 1832, la prise de la citadelle d'Anvers est due au pilonnage de la place par les mortiers du général Haxo (plus de 39 000 obus et bombes sont tirés en 19 jours de siège). Une solution à l'augmentation des portées est alors de construire une ceinture de " forts détachés " pour maintenir l'assiégeant hors de portée du centre-ville à protéger. Cette solution est appliquée autour de Lyon en 1831-1852 (avec treize forts bastionnés et neuf redoutes), puis autour de Paris en 1840-1846 (avec quinze forts bastionnés et onze batteries placés de 1,5 à 5 kilomètres de l'enceinte).


Ce que ne pouvait deviner l'ouvrage proposé aujourd'hui [avec son remarquable Atlas], c'est que la guerre franco-allemande de 1870-1871 allait être marquée par les sièges de Strasbourg, de Bitche, de Metz, de Montmédy, de Verdun, de Belfort et de Sedan… La France se retrouvera fortement affaiblie et isolée du reste de l'Europe, sous la menace d’une Allemagne renforcée par le gain de l'Alsace-Lorraine.


Une des priorités sera alors de fortifier la nouvelle frontière. La guerre de 1914-1918 sera une guerre de tranchée parfois loin des fortifications… La nouvelle priorité sera donc ensuite d'étanchéifier cette frontière. La ligne Maginot fut donc construite entre 1928 et 1940 avec le succès que l'on connait…  En fait, la science des fortifications n'est pas une science exacte ! Pierre


ÉMY (Colonel A.R). Cours élémentaire de Fortification, fait à l'École spéciale militaire. Paris, J. Dumaine, 1843. Un vol. in-8 et un atlas in-4. Reliures de l'époque demi basane fauve, dos lisse, filets et lettres dorés. L'atlas contient 22 planches à double page gravées sur acier d'après les dessins de l'auteur et montées sur onglets. Intérieur frais, des rousseurs, une mouillure claire en coin des planches ne touchant pas les dessins. Bel ensemble en reliure uniforme. 260 € + port

samedi 16 mai 2015

Ce à quoi s'attachent les libraires...


Que penseriez-vous, chers lecteurs, d'un capitaine de navire qui entreprendrait un long voyage sans boussole, sans instruments de bord, sans gouvernail ou sans ancre ? Ce serait impensable… Que penseriez-vous d'un homme à qui l'on présenterait toutes les richesses de la terre, assemblées, en ne lui demandant que l'effort de les prendre et qui s'y refuserait obstinément ? Ce serait encore plus impensable… Que penseriez-vous d'une personne qui a les yeux pour voir, les oreilles pour entendre, une bouche pour parler, un cerveau pour penser, des mains pour agir et qui se rendrait volontairement aveugle, sourd-muet, paralytique et imbécile ? Inimaginable !


Il y a cependant, de par le monde, une grande quantité de gens comme cela.  Le plus grand bien de la terre leur a été conféré : l'existence…  Et l'outil le mieux adapté pour en profiter : l'intelligence. Leur existence, ils la dilapident ; leur intelligence, ils la laissent s'atrophier !


Le génie humain nous a pourtant comblés de dons inestimables comme le progrès de notre civilisation nous a comblés de trésors insoupçonnés. Parmi eux, il en est un qui les réunit tous : le livre ! Voulez-vous que Philippe Gandillet s'explique ?


Le livre concrétise entièrement la pensée du monde. Il offre au cerveau de chacun le produit substantiel du cerveau de tous. Malheureusement un grand nombre de gens ne lisent pas ou ne lisent plus, beaucoup lisent mal ou encore s'adonnent à des lectures qui les frustrent plus qu'ils ne les comblent… Au seuil d'une existence lucrative, ils s'installent le plus commodément possible dans leur profession et à l'aide du seul bagage qu'ils possèdent en entrant dans la vie active, ils se mettent en marche sur le long chemin feutré de l'insuffisance…  Ils restent "eux", toute leur vie durant, dans la position intellectuelle où ils se sont posés en débutant. Il n'est pourtant pas de période de la vie où la lecture ne soit pas fructueuse…


C'est à quoi s'attachent les libraires : permettre à chaque personne de s'approprier le profit moral, intellectuel, et par conséquence matériel, de la lecture.  Il est cependant une catégorie de libraires qui méritent, plus que les autres, votre reconnaissance : ceux qui conservent, entretiennent et proposent des textes anciens qui sont le fondement de notre pensée moderne ; la pensée étant, alors, un peu comme une mine d'or où les pépites seraient cachées au plus profond du temps…


Ces richesses, il n'appartient qu'à vous de vous en rendre maître en choisissant, parmi les livres proposés dans ces boutiques ou sur des salons, ceux qui auront retenu votre attention.  N'ouvrez pas ces ouvrages si vous voulez vous maintenir dans l'état d'esprit d'un déshérité qui se confinerait dans l'ignorance ! Mais si vous voulez prendre à l'existence les meilleures ressources qu'elle peut vous fournir, si vous désirez sortir du rang ; vous élevez même ; alors feuilletez cet ouvrage et laissez-vous tenter par l'arbre de la connaissance…". Votre dévoué. Philippe Gandillet

vendredi 15 mai 2015

Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette par Mme Campan. Rare édition de 1823 en quatre volumes...

Madame Campan, Première Femme de chambre de la Reine Marie-Antoinette, est célèbre pour ses Mémoires, que je propose aujourd'hui à la vente. Proche de la souveraine, elle nous fait pénétrer, ici, dans l’intimité de la reine et apporte un nouvel éclairage sur sa personnalité. Mais la véracité de ses écrits est cependant discutée par les historiens contemporains…


Jeanne Louise Henriette Genêt, future Madame Campan, reçoit une éducation lettrée et apprend l’italien et l’anglais. A quinze ans, elle entre à la Cour de Versailles comme lectrice des filles cadettes de Louis XV. Lors de l’arrivée de Marie-Antoinette à Versailles en 1770, elle est assignée seconde femme de chambre de la jeune Dauphine. Madame Campan est officiellement nommée première femme de chambre de la Reine, seize ans plus tard, en 1786. Marie-Antoinette lui confie également la charge de trésorière et gardienne de ses bijoux.


Madame Campan devient rapidement la confidente et l’amie de la souveraine, partageant son intimité et les secrets de la Cour pendant dix-huit ans. Elle rédige ses Mémoires, sorte de fresque sur la vie de la Cour sous Louis XVI. Elle y dévoile la vie et la personnalité de la reine et offre une vision très personnelle et subjective des événements.


Elle s’éloigne de la famille royale lors de la Révolution mais entretient une relation épistolaire avec la reine. Ruinée après la Révolution, elle retourne à sa vocation première d’éducatrice et fonde à Saint-Germain un pensionnat de jeunes filles renommé.


Reconnue par Napoléon, dont elle avait élevé deux sœurs, l’Empereur la nomme en 1807, directrice de la maison d’éducation de la Légion d’honneur, à Ecouen. Elle conserve ce poste jusqu’en 1814, puis tombe dans la disgrâce au retour des Bourbons. Bien fait !


Les Mémoires de Madame Campan peignent, sous des traits touchants, le caractère de la reine et les chagrins dont elle était entourée sur le trône. Madame Campan la venge ici noblement des attaques et des calomnies dirigées contre elle… Pierre


CAMPAN (Jeanne Louise Henriette, femme de chambre de Marie-Antoinette) : Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre, suivis de Souvenirs et anecdotes historiques sur les règnes de louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI. Cinquième édition. Paris, Baudouin frères, 1823. 4 volumes in-12 (17/10,5). Reliure plein veau fauve raciné, plats encadrés d'une roulette, dos lisse orné de filets et motifs dorés, pièces de titre et de tomaison couleur cerise, filet sur coupe et coiffes, gardes colorées, tranches jaspées. [3ff titre]+ 354pp /  387pp / 386pp / 278pp. Illustré d'un portrait gravé en frontispice du tome 1 et du tome 2. Des coiffes légèrement arasées, un infime trou de vers en début du tome 1, quelques rousseurs. Un ex-libris d'époque. Très bel ensemble. 160 € + port