mardi 18 juin 2013

Au Jardin des gemmes : Rosenthal, Carré, Piazza...


Chaque pierre précieuse (chaque gemme, disent les professionnels) possède sa propre symbolique ; la force pour le diamant, la passion pour le rubis, la pureté pour le saphir ou encore la fertilité pour l’émeraude. Elles permettent donc de délivrer un message. Il est évident que si vous avez une forte passion pour le cœur pur de votre compagne qui porte votre enfant, cela va vous coûter un max !!


Je vous dis cela car si l'on en croit les sites autorisés qui s'autorisent des prophéties qui se révèlent toujours justes, en moins de trois ans, s'ils ont fait face à une augmentation vertigineuse des prix des gemmes de l’ordre de 100 à 500%... ils prévoient pourtant que cela devrait encore continuer dans l'avenir !


Les causes de ces augmentations sont multiples, parmi lesquelles la raréfaction du brut de grande qualité couplée à une belle grosseur (pierre centrale de bijou), la forte demande mondiale, notamment du marché intérieur des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et des coûts d’exploitation et de transport plus élevés en raison de la hausse des matières premières (bon ! faut pas exagérer, quand même,1 kg de rubis en colissimo, ça s'amortit facilement, je pense…)


Ces augmentations ne peuvent techniquement pas s’arrêter, surtout à long terme, la quantité de pierres disponibles diminuant en parallèle de l’augmentation de la population… Plus rentable que la pierre précieuse, je ne vois donc que le livre ancien et éventuellement l'autographe ! C'est pourquoi un ouvrage - en édition de tête - avec une suite - en très petit nombre - traitant des pierres précieuses - c'est presque un "jackpot " assuré…


On doit à Leonard Rosenthal, homme d'affaire ayant fait fortune dans le bâtiment et diamantaire à ses heures, cette édition de 1924 éditée à petit nombre chez Piazza éditeur. 


L'auteur nous conte quelques légendes attachées à l'émeraude, au rubis, et au saphir, illustrées de 12 compositions hors-texte de Léon Carré, contrecollées et entourées d'un bel encadrement or. Deux chapitres supplémentaires abordent la magie des pierres et les superstitions qui s'y attachent. On doit les illustrations à Léon Carré (1878 – 1942), bien connu des amateurs, et artiste attitré de la maison Piazza pour qui il dessina de nombreux ouvrages à caractère orientaliste.

Quand on associe un professionnel de la pierre précieuse pour le texte, un illustrateur talentueux, un éditeur renommé et une reliure flatteuse pour recouvrir le tout, on ne peut dire que : " Gemme " !  Pierre

ROSENTHAL (Léonard). Au Jardin des gemmes. Paris : H. Piazza, 1924. Un volume In-4. Reliure demi-maroquin ver à coins, plats bordés d'un filet doré, dos lisse avec titre, nom de l'auteur et motifs de couleur or, tranche supérieure dorée, gardes colorées. [4ff], 121 pp, [12ff- suite], [3 ff dont table]. Couverture illustrée conservée.  Première édition illustrée de cet ouvrage consacré aux bijoux et pierres précieuses, ornée de 12 aquarelles hors texte de Léon Carré sous serpente légendée, reproduites sur papier couché et contrecollées. Edition numérotée sur simili-Japon, la notre exemplaire de tête avec suite portant le n° 204. Dos insolé. Très bel exemplaire. Vendu

lundi 17 juin 2013

L'orientalisme romantique par l'image avec Etienne Dinet…


L'Orient a, de tous temps, attiré les artistes, écrivains et dessinateurs de notre vieille France. La Fontaine a ainsi utilisé des récits d’animaux propres au domaine arabo-persan qui lui ont servi de sources dans la composition de ses Fables. Au début du xviiie siècle, le début de la traduction des Mille et Une Nuits par Galland va permettre la création d’un vaste imaginaire oriental qui deviendra un élément essentiel de la littérature occidentale. J'en veux pour preuve les nombreuses "turqueries" éditées au XVIIIeme siècle. J'en ai présenté quelques unes sur le blog que vous pourrez retrouver ici, et ici encore, si cela vous dit…


Montesquieu et d'autres philosophes feront du despotisme oriental admis, le socle d'une critique du despotisme occidental controversé. Le but de la démonstration n’est pas réellement de condamner l'ordre politique oriental mais de démontrer que l’État absolutiste français est une orientalisation " contre-nature " du système politique en place, et que la notre propre nature modérée incline vers la liberté… (on ne parle pas encore de laïcité !)


C'est la colonisation commencée avec l'Empire puis développée avec l'Administration républicaine qui va créer un nouvel engouement pour ce thème. Au Moyen-Orient, certains y verront plus une atteinte aux valeurs de l'Islam qu'une main-mise géographique ou politique. Il faut rappeler que si la Religion Catholique a permis d'installer la laïcité, il en va tout autrement avec l'Islam…


Voici un florilège d'odes à la culture orientale écrites au tout début du XXeme siècle. Il s'agit de scènes de la vie arabe en quatre thèmes : la féminité, la psychologie de l’être humain, la géographie des paysages, et la foi. L'auteur, Slimane Ben Ibrahim Bamer est né en 1871. Il fut associé à toute la vie artistique et spirituelle de Étienne Dinet, le célèbre illustrateur de cet ouvrage qui en est le vrai fleuron pour l'éditeur Piazza !


Artiste peintre et écrivain orientaliste, Alphonse-Etienne Dinet est né à Paris en 1861 dans un milieu bourgeois. Son passage à l'École des Beaux-arts de Paris fut couronné de succès. Il obtient en 1884 la médaille du Salon des Arts plastiques du Palais de l'Industrie, qui lui accorde une bourse pour l'Algérie, pays qu'il avait déjà visité en 1883. Il y resta cette fois-ci cinq ans. A son retour à Paris en 1889, il présente à l'Exposition Universelle une série de toiles réalisées à Bou-Saadâ, ce qui lui vaut une médaille d'argent.


Subjugué par la magnificence du Sud algérien, il entreprend en 1905 un autre voyage, et s'installera à Bou-Saadâ, pour y vivre définitivement. Avec l'aide de son ami Slimane Ben Brahim Baâmar, l'auteur, avec qui il parcourt le désert et se familiarise avec les tribus nomades et bédouines, découvrant la tradition arabo-berbère. Ce qui le poussera à se convertir à l'Islam en 1913 en devenant Nasreddine Dinet…

Étienne Dinet a produit au cours de sa carrière une quantité d'études, de scènes, de croquis, de portraits d'une lumière flamboyante. Il a participé régulièrement à des expositions spécialement consacrées à l'orientalisme. Après un pèlerinage à La Mecque qu'il accomplit en 1929, il meurt Le 24 décembre de la même année à Paris et sera inhumé en 1930 à Bou-Saadâ où son ami le rejoindra à son décès.


En 1906, l'artiste publia Mirages, illustré de 24 scènes de la vie arabe. Ce livre sera ensuite réédité sous le titre Tableaux de la vie arabe mais nous en donnons, ici, l'édition originale numérotée avec ses tableaux hors-textes en couleurs. L'ouvrage est ici recouvert d'une magnifique reliure à plaque, d'inspiration orientaliste signée Durvand. Du grand Art… Pierre


BEN IBRAHIM (Sliman) & DINET (Etienne). Mirages. Scènes de la vie Arabe. Paris, H Piazza, 1906. Un volume petit in-4.  Reliure plein-maroquin cerise à décors d'encadrement dorés formant sur les plats des écoinçons et un motif central arabisants en noir et or, dos avec un décor d'encadrement identique, contre-plats de maroquin cerise avec 5 filets d'encadrement filet sur les coupes et les coiffes, gardes moirées rouges, tranche supérieure dorée. Ouvrage présenté dans un emboîtage aux bords maroquinés. Couverture et dos conservés. 222 p, [6ff]. Ouvrage illustré de compositions en couleurs d' Etienne Dinet, dont 24 hors-texte. Un des 348 exemplaires de tête, sur vélin (numéro 99). Infimes rousseurs, menus défauts de reliure. 870 € + port

samedi 15 juin 2013

Une petite curiosité pour faux-cazinophiles : La Pucelle en Enfer...


Les éditions de Cazin sont maintenant bien répertoriées grâce à J.P Fontaine et on peut s'amuser à rassembler, dorénavant, les faux-cazins remarquables.


J'ai déjà présenté sur le blog (vous pouvez cliquer) la Pucelle d'Orléans, " poëme en vingt-un chants avec des notes, auquel on a joint plusieurs pièces qui y ont rapport. A Londres sans nom d'éditeur, 1780. 2 volumes in-18 ". Cette édition  présente un frontispice et 21 vignettes à mi-page non signées, gravées par Jean Duplessis-Bertaux.


Dans le même format, je viens de dénicher une édition assez rare de ce même poème héroï-comique riche de 3 frontispices et de 21 gravures fort joliment déshabillées, copiées sur celles de l'édition in-4 de la société littéraire typographique de Kehl en 1789. Alors, bien évidemment, ce n'est pas un " Cazin " mais c'est tout aussi charmant… Pierre


VOLTAIRE (François-Marie Arouet dit). La Pucelle d'Orléans, poeme héroï-comique en vingt-un chants. A Londres, sans nom d'éditeur, 1790. 1 volume in-18. Reliure en plein veau, marbrée, dos lisse orné, filet sur les coupes, gardes colorées. 3 frontispices (Voltaire, Jeanne d'Arc et l'Ane devant un sarcophage en fin d'ouvrage) et 21 gravures à l'aquateinte non signées copiées sur celles de l'édition in-4 de la société littéraire typographique de Kehl en 1789. Reliure usée, une coiffe refaite, intérieur frais sur papier bleuté. 45 € + port

Histoire de Rome : Lettres écrites sous le règne d'Auguste quand celui-ci s'appelait Octave…



Le 2 septembre de l'an 31 avant JC, une grande bataille navale se déroule près d'Actium, sur la côte occidentale de la Grèce, non loin de Corfou. Octave (ou Octavien), fils adoptif et petit-neveu de Jules César, bat Marc Antoine et Cléopâtre, les amants les plus célèbres de l'Antiquité, sinon de toute l'Histoire. Marc Antoine, amoureux de la reine d'Égypte, avait rompu l'accord de Brindes qui le liait à son rival. Il avait répudié sa femme Octavie, soeur d'Octave, et préparé l'avènement d'un royaume oriental. Octave ayant fait ouvrir un testament que Marc Antoine avait imprudemment laissé à Rome, les Romains furent scandalisés d'apprendre que pour lui, l'héritage de César devait revenir à Césarion, le fils adultérin de l'ancien dictateur et de Cléopâtre.

Là-dessus, Octave presse le Sénat romain de déclarer la guerre à Cléopâtre. Il ne dit rien d'Antoine, qui est encore influent à Rome, mais il se porte avec sa flotte au-devant de son rival. Antoine et Cléopâtre cinglent avec leur flotte du côté de la Grèce occidentale. Ils disposent d'environ 300 navires romains et 200 égyptiens. Octave a quant à lui 400 navires (et 37.000 hommes de combat). Il est aussi assisté par un ami d'enfance qui est un amiral de génie, Agrippa.


Après plusieurs mois de course-poursuite, Antoine et Cléopâtre se trouvent piégés au sud de l'île de Corfou. La chaleur, la malaria et la soif les poussent à forcer le blocus d'Octave et à engager le combat. Ayant enduré beaucoup de pertes, la flotte de Cléopâtre arrive à se dégager et à gagner la pleine mer. La reine se retire du champ de bataille avec une soixantaine de vaisseaux et... son trésor, sans demander son reste.


Antoine, incrédule ou découragé, déserte sa flotte. Il consomme l'échec de son camp et offre une victoire totale à son ennemi. C'est la fin des guerres civiles qui ont suivi l'assassinat  de Jules César. Antoine rejoint Cléopâtre dans la capitale des Ptolémées, Alexandrie. Mais la reine s'enferme dans son mausolée et refuse de revoir son amant. Elle lui fait dire qu'elle est morte ! Désespéré, Antoine se poignarde... et expire dans les bras de Cléopâtre.


Octave débarque à son tour à Alexandrie. Il veut avant tout cueillir le fruit de sa victoire. Il met la main sur le trésor des Ptolémées pour s'assurer à Rome un magnifique triomphe. Il impose aussi à l'Égypte, qui est alors le «grenier à blé» de la Méditerranée, un énorme tribut afin de pourvoir aux distributions gratuites de céréales dont bénéficient les citoyens de Rome. Cléopâtre tente de refaire au vainqueur le coup de la séduction. Mais Octave ne se laisse pas fléchir. Elle préfère alors rejoindre son amant dans la mort...


Voilà ! Ce n'est qu'un épisode du règne d'Auguste mais reconnaissez qu'il est le socle idéal sur lequel écrire un drame en Alexandrin (Ah ? C'est déjà fait ?). L'ouvrage que je vous propose à la vente aujourd'hui est d'une grande rareté. Cela ne signifie pas, par ailleurs, qu'il y ait encore des amateurs d'histoire romaine…  Pierre


VESOUL (Jean-Antoine Marc de). Lettres écrites sous le règne d'Auguste,  précédées d'un Précis historique sur les Romains et les Gaulois depuis leur origine jusqu'à la bataille d'Actium. Un volume in-8. A Paris, chez Ducauroy: Déterville: Bertrand , An XI-1803. xxxviij, 393pp. Reliure pleine basane marbrée, dos lisse orné, pièce de titre maroquin cerise aux lettres dorées, filet sur les coupes, tranches mouchetées, gardes colorées,1 tableau dépliant en début d'ouvrage. Menus défauts de reliure, coiffes refaites. Intérieur frais malgré des brunissures clairsemées. 65 € + port

vendredi 14 juin 2013

Recueil des lettres de Madame la marquise de Sévigné à Madame la comtesse de Grignan, sa fille. Edition Rollin 1735-1737.


A Tarascon, ce vendredi 14 juin 2013.

Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d'envie…


Enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n'est-il pas juste, une chose que l'on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde, une chose qui comble de joie tout bibliophile ; une chose enfin qui se fera aujourd'hui, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue; une chose qui se fera aujourd'hui, et qui ne sera plus faite demain.


Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : Je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! Il faut donc vous la dire : je présente aujourd'hui sur le blog, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. D'aucuns diront : Voilà qui est bien difficile à deviner ; c'est Anatole France ?  Point du tout, Monsieur. C'est donc Frédéric Mistral ? Point du tout, vous êtes bien provincial. Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c'est Paul Lacroix.  Encore moins ! C'est assurément Alphonse Allais. Vous n'y êtes pas…


Il faut donc à la fin vous le dire : je présente aujourd'hui, sur son blog Madame, Madame de... devinez le nom : je présente Madame de ! Par ma foi ! Ma foi jurée ! Madame, la grande Madame ; Madame, petite-fille de Sainte Jeanne de Chantal ; Madame, cousine de Roger de Bussy Rabutin ; Madame d'Eu, Madame de Sev, Madame de Sévi, Madame de Sévigné ! Marie de Rabutin-Chantal ; marquise de Sévigné, la seule épistolière française qui fût digne de l'Académie.


Voilà un beau sujet de discourir car je présente ici l'édition en partie originale de 614 de ses lettres. Pauline de Grignan, marquise de Simiane, petite-fille de l’intéressée, décida en effet de proposer une publication de la correspondance de sa grand-mère au regard de son intérêt  pour l'histoire. Elle confia ce soin à un éditeur qui publia d'abord 402 lettres en 1735 et 212 lettres en 1737 (614 au total). D'autres lettres furent encore proposées par la suite.


Si vous souriez, si vous doutez que je propose une telle édition sur mon blog, si vous dites que je me gausse, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle vantardise, que cela est bien surprenant à imaginer ; si, enfin, vous vous dites que ces exemplaires seraient mieux sur les rayonnages d'un grand libraire de la place : nous trouverons que vous avez raison ; nous avons vraiment trop de chance ! Pierre*


* à la façon de Mme de…


SEVIGNE (Marie de Rabutin Chantal marquise de). Recueil des lettres de madame la marquise de Sévigné à madame la comtesse de Grignan, sa fille. 6 volumes in-12. A Paris, Chez Rollin, 4 volumes de 1735, 2volumes de 1737. Reliure plein veau brun, dos à nerfs, caissons ornés et dorés,  pièces de titre en maroquin cerise, tranches rouges, gardes colorées. Deux portraits-frontispice gravés (tomes I et V). xxxj, 452pp, 483pp, 479pp, 441pp, [20ff table], xiv, 482pp, [3ff], 504pp, [19ff table]. Petits travaux de vers et quelques mouillures claires disséminés, menus défauts de reliure, quelques restaurations. Edition en grande partie originale conforme à la première grande originale d'importance publiée entre 1734 et 1737. Bel ensemble avec des défauts qui ont été pris en compte dans l'estimation. 520 € + port

jeudi 13 juin 2013

Recueil de pamphlets à propos de Charles de Luyne, Connétable de France et favori de Louis XIII.‎ Quatrième et derniere édition de 1628...

Il fait mauvais avoir été conseiller d'un grand de ce monde quand le vent tourne ; c'est toujours vrai…
Connétable, grand fauconnier de France, favori de Louis XIII, Charles d’Albert duc de Luynes (1578 - 1621), poussa le roi à se défaire de Concini à qui il succéda à la tête du gouvernement de 1617 à 1621. Fait duc et pair de France, aussi avide que son prédécesseur, il devint à son tour l’objet de la même aversion que Concini au point qu’on lui souhaitait le même sort. Encore fallait-il préparer le terrain avec quelques pamphlets anonymes… C'est à quoi s'est attaché l'ouvrage de 1628 que je propose aujourd'hui à la vente.


La rapide ascension de Luynes ne pouvait que lui attirer des inimitiés. Un Concini avait suffit ! L’influence d’Henri II de Bourbon-Condé, réconcilié avec le roi, se faisant de plus en plus importante, la position de Luynes se fragilisa. Seule sa mort lui évita la disgrâce.


Des protestants ayant refusé le rattachement du Béarn à la Couronne, Louis XIII partit en campagne. Quelques mois après avoir ignoré les ordres du roi lors du siège de Montauban, permettant ainsi à la ville de recevoir de l’aide, Luynes fut chargé d’investir Monheurt alors en révolte. Victime de l’épidémie de fièvre pourpre qui y sévissait (rickettsiose), il mourut au camp de Longueville installé près de Monheurt (certains parlèrent d’empoisonnement…).


Ses équipages et ses meubles ayant été pillés avant qu’il eût rendu l’âme, il ne restait même plus un drap pour l’ensevelir. Un abbé se montra plus généreux en procurant ce qu’il fallait pour embaumer le corps qu’on transporta de place en place jusqu’à Amboise. Plus heureux que Concini, si sa dépouille voyagea sous les insultes ou l’indifférence elle ne fut point malmenée. Ultime dérision pour ce joueur invétéré, les valets qui accompagnaient le convoi jouaient aux cartes sur son cercueil !


Ce n’est qu’à Tours qu’on pût lui organiser des funérailles solennelles. Puis, on le mena au bourg de Maillé situé à deux lieues de Tours. Grâce aux largesses de Louis XIII , Luynes avait pu acheter ce domaine de Maillé en 1619 ainsi que le village qu’il avait rebaptisé Luynes [et qui s'appelle toujours ainsi, d'ailleurs].


L'ouvrage que je propose à la vente, ici, a près de 400ans. Vous serez, j'espère, plus charitable avec lui que ne le furent ses contemporains avec le Duc de Luynes… Pierre


LUYNES (Charles d'Albert, Duc de). Recueil des pièces les plus curieuses qui ont esté faites pendant le règne du Connestable de Luyne comme se voit par la Table suivante.... Quatrième édition, augmentée des pièces les plus rares de ce temps. Un volume format in-8 (16,5cm-9,5cm). Sans lieu, non nommé, 1628. Reliure plein veau de l'époque, dos à nerfs, caissons ornés et dorés, tranches sup et inf rouges, gardes colorées. [2ff bl], [20 ff – dont titre], 599pp, [4ff bl]. Quelques trous de vers, mouillures claires et feuilles jaunies. Défauts pris en compte dans l'estimation. Restaurations aux coiffes et aux mors. Bon état général. 90 € + port

mercredi 12 juin 2013

Odes de Pindare, le poète thebain par Pierre de Lagausie. Edition illustrée de 1626...

 

Libre traduction : Pindare, le poète thébain (de Thèbes, au nord d'Athènes) était natif de Cynoscéphales, bourg thébain. Il était le fils de Daïphantos, pour les uns, de Pagondas ou de Skopélion pour les autres. Son oncle paternel lui apprit l'art de la flûte. Sa mère se nommait Cléodiké.

Encore enfant, selon Chamaléon et Istros, il fut pris par une étrange fatigue, alors qu'il chassait sur l'Hélicon ; endormi, une abeille déposa des rayons de cire sur ses lèvres. On dit aussi, qu'après avoir vu dans un rêve sa bouche regorgeant de miel, il devint poète.


À Athènes, ses maîtres furent Agathoclès ou Apollodore. Ce dernier, ayant quitté la cité pour diriger des chœurs cycliques, en confia plus tard la préparation au jeune Pindare. Pour avoir osé proclamer qu'Athènes « était l'appui de la Grèce », il fut obligé de s'acquitter auprès des Thébains d'une amende de mille drachmes, que les Athéniens payèrent à sa place.


Non seulement grand poète, il fut aussi béni des dieux. Ne vit-on pas le dieu Pan chanter entre le Cithéron et l'Hélicon un péan de Pindare ? En reconnaissance, il composa pour Pan un chant pour le remercier de la grâce insigne qu'il lui avait fait, chant dont le début est : « Pan, ô seigneur de l'Arcadie et gardien des saintes retraites ». De plus, Déméter lui apparut en songe pour lui reprocher de ne l'avoir pas encore célébrée. De fait, il s'empressa de lui dédier un poème qui commence de la façon suivante : « Déesse Thesmophore, aux rênes d'or ». Il fit dresser devant sa propre demeure un autel consacré à ces deux divinités.


Lorsque Pausanias, roi des Lacédémoniens, mit le feu à Thèbes, il ordonna d'inscrire ces mots au-dessus de sa maison : « Ne brûlez pas le toit de Pindare, le poète lyrique ». C'est ainsi qu'elle échappa à la destruction et qu'elle est aujourd'hui devenue le prytanée de Thèbes. Et quand, à Delphes, le prophète ferme le temple, il proclame chaque jour : « Que le lyrique Pindare participe au festin du dieu ! ». Il est vrai qu'il naquit lors de la fête de Pythique comme il le dit lui-même : « La fête quinquennale où je fus couché, dans mes langes choyé ».


Il vécut une génération après Simonide. On a en mémoire des œuvres de l'un et de l'autre. Simonide exalta la bataille navale de Salamine, tandis que Pindare célébra la royauté de Cadmos. Tous deux se rencontrèrent chez le tyran Hiéron de Syracuse. Pindare épousa Mégacléia, fille de Lysithéos et de Calliné, et eut un fils, Daïphantos, pour qui il composa un chant daphnéphorique, et deux filles, Protomachê et Eumétis.

Ils sont deux à avoir traduit Pindare au début du XVIIe siècle. La première traduction française est de Champenois François Marin en 1617. Pierre de Lagausie donne cette version en 1626. Il la dédie à M. de Sainct Blancat. 


Nous ignorons tout de Lagausie, le traducteur, à peine plus de Jean de Courbes, le graveur et de Jean Laquehay, l'imprimeur. Chaque ode est précédée d’une explication sommaire. L'ouvrage est dédié à Monsieur de Sainct Blancat, suivi d'une vie de Pindare, comprenant une traduction d'une partie de l'Ode deuxième et quatrième livre des vers d'Horace, où Pindare est loué…


Un clin d'œil mythologique : Une gravure représente, et c'est assez rare, une scène d'accouchement ! Il s'agit de Coronis mettant au monde Esculape grâce aux bons soins de son mari, Apollon, auréolé d'une couronne de lumière. J'aurais plutôt vu des cornes…  Pierre


LAGAUSIE (Pierre de). Le Pindare thebain traduction de Grec en François meslee de vers & de prose. Avec les figures qui representent les principales fables des Odes Olympiques, Pythiques. Nemeaques, et Isthmiques. A Paris, chez Jean Lacquehay, près le College de Boncourt, 1626. Un volume in-8. Reliure  plein veau jaspé, encadrement des plats par deux filets, roulette encadrant le contre-plat, dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièce de titre maroquin à lettres dorées, gardes colorées, toutes tranches rouges. Chiffres et nom d'une ancienne maison d'édition au contre-plat. [9ff dont titre frontispice], 461pp, [2ff]. Titre-frontispice à encadrement, 4 planches HT en taille-douce par Jean de Courbes. Traduit par le Sieur de Lagausie qui signe l'épître dédiée à Monsieur de Sainct Blancat. Infimes trous de vers. Très bel exemplaire. 490 € + port