samedi 30 août 2014

Voyage de Dalmatie, de Grèce, et du Levant par George Wheler.


Certains livres de voyage voyagent plus que leurs lecteurs. C'est le cas de cet exemplaire qui a parcouru depuis sa publication au 17eme siècle, de nombreuses lieues, de nombreux milles marins et autant de kilomètres avant de se sédentariser sur les confortables étagères d'un libraire du Caire.


L'égyptien est bon relieur, bon restaurateur ; ce ne sont pas les moindres de ses qualités ; mais l'art de la dorure, en ce beau pays, s'est vraisemblablement perdu avec l'embellissement des derniers tombeaux des pharaons… Qu'importe ! L'ouvrage est dans un état exceptionnel, il est complet et prêt à affronter, quelques siècles durant, les exigences des bibliophiles du futur…


Je profite de sa courte escale sur les rayonnages de ma librairie tarasconnaise pour vous en faire une description flatteuse. Il s'agit de la première édition française d'une relation de voyage effectuée par le botaniste anglais George Wheler, voyage qu'il effectua en compagnie de Jacob Spon, autre érudit à partir de 1675, en Italie, à Constantinople, en Asie mineure, puis à Athènes.


Il forme un complément au récit du même voyage que Spon publia en 1678. Outre des détails très exacts relevés dans les pays et villes traversés, on y trouve l'une des meilleures descriptions anciennes d'Athènes et des antiquités grecques. Ce sont cependant les descriptions du voyage en Dalmatie (Yougoslavie) et en Turquie qui nous offrent, à mon avis, les plus originales illustrations sous forme de gravure sur cuivre de belle qualité.


L'édition est ornée de 92 planches, dont 16 de médailles en début d'ouvrage et de 4 planches dépliantes, d'un tableau et d'une carte repliée. Cette relation de voyage est divisée en six parties : Un voyage de Venise à Constantinople, une description de Constantinople, un voyage à travers l'Asie mineure, Un voyage de Zante à Athènes, une description d'Athènes et divers voyages à partir d'Athènes vers les provinces environnantes.


Tout autre qu'un lecteur de ce livre pourrait penser que le voyage de ces deux compères s'est déroulé selon un plan bien établi et avec un calendrier programmé de longue date. C'est oublier que les conditions de voyage, au 17eme siècle, répondaient à des contraintes qu'on ignore aujourd'hui. Ainsi l'auteur nous explique que, devant aller visiter une région, l'ambassadeur du coin l'a prévenu qu'une sévère épidémie de peste faisait des ravages au sein même des monuments à découvrir ! Wheler, qui n'était pas plus bête qu'un autre, décida alors d'aller en direction opposée de celle qui était prévue…


Les progrès dans la sécurité des voyages en Asie mineure sont cependant relatifs : qui choisirait d'aller faire un voyage d'étude dans certaines régions du Moyen Orient, de nos jours ? Par moment, on regrette un peu la peste qui ne choisissait pas ses victimes sur leurs idées ou sur leurs croyances… Pierre
  

Wheler, George. Voyage de Dalmatie, de Grèce, et du Levant. Enrichi de Médailles, & de Figures des principales Antiquitez qui se trouvent dans ces lieux, avec la description des coutumes, des villes, rivieres, ports de mer, & de ce qui s'y trouve de plus remarquable. Amsterdam, Chez Jean Wolters, 1689. 2 Volumes in 12. Élégante reliure contemporaine pleine basane cerise, dos à nerfs, titre et tomaison en lettres dorées, toutes tranches mouchetées, gardes colorées, emboitage bordé. Tome I : [2ff-titre frontispice], [6ff avertissement], [16ff médailles], 301pp.  Tome II : [1f titre],  p307 à p607 (pagination continue), [5ff table avertissement]. Carte dépliante et nombreuses planches, 4 planches d'inscriptions (dont 3 dépliantes). Restauration récente de qualité. Bel état. Vendu

vendredi 29 août 2014

Théophile Gautier : Lettre à la Présidente. Curiosa...


Ô capitaine ! Mon capitaine ! Quand mon capitaine fracasse, il fait dans le concupiscent… C'est à peu près la réflexion – je vais à l'essentiel – qui m'est venue en feuilletant, d'une verge distraite, la lettre écrite par Théophile Gautier à la Présidente d'une association de membres érectiles…


Ce billet léger et sans autres vulgarités que celles contenues dans l'ouvrage montre bien à quel point le talent des artistes peut être multiforme et leur morale peu en adéquation avec la grandeur des sentiments étalés dans leurs œuvres majeures. Les sociétaires les plus assidus de cette noble Académie se nommaient Flaubert, Feydeau, Bouilhet, Baudelaire, Reyer, Preault, Maxime Ducamp, Henri Monier. Nul doute qu'ils aient trouvé, en ce lieu, l'écoute d'une Présidente attentive à leur souhaits les plus intimes et la bienveillance d'une maitresse experte en priapisme intellectuel… 


Cette lettre nous relate le déroulement d'un voyage vers l'Italie et, à la façon de "TripAdvisor", nous offre l'avis étayé d'un consommateur de jeunes autochtones de petite vertu. Pierre 


GAUTIER (Théophile). Une lettre. Suisse, réédition "aux dépens d'un groupe d'amateurs", de la lettre à la présidente, relation du voyage en Italie, en langue "grasse et colorée", collationnée sur l'originale de 1890, sd (1960). 48 pages, broché, ( 190 X 125 mm ). Exemplaire 286 sur 350 sur vélin de Renage. 19 € + port

jeudi 28 août 2014

Histoire des ouvrages des Savans par Monsr. B*** (Basnage de Beauval).


Voici un ouvrage que l'on pourrait n'aimer que pour son élégante reliure : plein veau glacé, filet d'encadrement estampé sur les plats, dos à nerfs recouvert d'une fine roulette, caissons fleuronnés et encadrements dorés, pièces de titre et de tomaison en maroquin tabac, roulette sur les coupes et les contreplats, gardes colorées et toutes tranches rouges. Certains bibliophiles s'en contenteraient ainsi… D'autres voudront savoir de quoi l'on parle dans cet exemplaire. Pourquoi pas ?


L'histoire des ouvrages des savans est une revue mensuelle d'érudition. On y parle souvent religion et pour cause… Henri Basnage de Beauval est né à Rouen le 7 août 1656. Fils de Henri Basnage de Franquesney, jurisconsulte, l'un des plus éloquents avocats au Parlement de Normandie selon Bayle, il mourut à La Haye le 2 avril 1710. Il est souvent confondu ou associé avec Jacques Basnage, son frère aîné, qui l'accompagna toute sa vie et dont on peut penser qu'il fut le collaborateur zélé.


L'année de la Révocation de l’Édit de Nantes (1685), Jacques Basnage partit pour Rotterdam où demeurait son ami Pierre Bayle depuis 1681. Henri Basnage rejoignit son frère en août 1687. Vous en déduirez donc qu'ils étaient vraisemblablement protestants… Trois ans plus tard, il s'installa à La Haye. Sa carrière de journaliste débuta dès son arrivée à Rotterdam. En 1694 il réussit à être reçu comme avocat au barreau de Hollande et, à partir de cette date, il conduit de front la carrière juridique et l'activité de journaliste.


Sa première œuvre, Tolérance des Religions, publiée grâce à Pierre Bayle en 1684 à Rotterdam énonce dans son titre la profession de foi de Basnage tout au long de sa vie. D'abord admirateur de Pierre Jurieu, il se détache de ses opinions dès 1688 et se range aux côtés de Bayle dans la controverse qui l'oppose à Jurieu sur le retour des Réfugiés.


Henri Basnage a fondé et dirigé l'Histoire des ouvrages des savants (1687-1709), revue qui prenait la suite des Nouvelles de la République des Lettres. Ce sont six publications de septembre 1688 à février 1689 que je vous propose aujourd'hui à la vente.


Selon les thuriféraires* de Jacques Basnage, il aurait collaboré pour 81 articles au moins à la revue de son frérot. L'aide de Bayle commence à se réduire vers 1700. La maladie de Henri Basnage de Beauval interrompt le périodique en 1709. Sera-ce le sort de mon blog ? Pierre   

*  Hommage à J.P.M


BASNAGE DE BEAUVAL. Histoire des ouvrages des Savans par Monsr. B***, Docteur en Droit. Mois de Septembre 1688. Seconde édition revue & corrigée et mois de février 1689 (pagination continue). Reinier Leers, Rotterdam 1688/1689. 1 fort volume In-16. Reliure plein veau glacé, filet d'encadrement estampé sur les plats, dos à nerfs recouvert d'une fine roulette, caissons fleuronnés et encadrements dorés, pièces de titre et de tomaison en maroquin tabac, roulette sur les coupes et les contreplats, gardes colorées et toutes tranches rouges. Sans la page de titre du premier mois. Très bel état. 85 € + port

mercredi 27 août 2014

Voyage en Syrie par Berchem et Fatio : Une région toujours convoitée…


La rentrée est traditionnellement l'occasion de proposer aux clients de la librairie une nouvelle gamme de livres : Cette rentrée sera marquée du sceau des voyages… Un catalogue virtuel vous sera bientôt proposé avec des ouvrages allant du 17eme siècle au 19eme siècle et – si les vents nous sont favorables – un catalogue d’Égyptologie verra le jour à la fin de l'année.


Pour attiser votre curiosité, voici un ouvrage remarquable par sa rareté et par la qualité de son iconographie : il s'agit du Voyage en Syrie, en deux tomes in folio, de Max Van Berchem et Edmond Fatio proposé par l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire sous la direction de Paul Lacau en 1914 et 1915.


Ce bel ouvrage se recommande par ses planches comme par ses relevés et ses monographies archéologiques nous dit un article paru dans Persée. Diverses circonstances ont retardé la publication du voyage de MM. Max Van Berchem et Edmond Fatio, entrepris en 1895 dans l'intention de rassembler des matériaux pour le Corpus inscriptionum arabicarum, œuvre considérable à laquelle s'est consacré le premier de ces auteurs.


L'itinéraire part de Beyrouth, suit la côte jusqu'à Tripoli, gagne Qal'at el- Hosn, Salamiyyé, Alep, Antioche, Djisr esh-Shoghr, Lataquié et rejoint Beyrouth par la côte. On trouvera des indications topographiques, des horaires précis, puis se présentent les études archéologiques qui constituent la partie importante de l'ouvrage.


Après quelques notes curieuses sur les ponts du Nahr el-Kelb, du N. el-M'amel- ten, du N. Ibrahim, des considérations sur les constructions médiévales de Byblos, on trouvera des relevés du château de Museiliha, non loin de Batroun. Ce fortin, remarquable par la hardiesse de sa construction, remonte certainement au moyen âge ; mais on ne peut dire s'il est de construction franque ou arabe.


Les relevés des deux auteurs à Tripoli, les recherches poursuivies dans les textes par M. V. B., posent des problèmes qui appellent une étude monumentale approfondie de cette cité si pittoresque. Il faudrait notamment, par une exploration minutieuse de la grande Mosquée, déterminer ses rapports présumés avec l'ancienne cathédrale de Saint-Jean…


Au sujet de Salamiyyé, on relèvera que « les inscriptions arabes de Salamiyyé remontent, pour la plupart, aux premiers siècles de l'hégire. Ce fait anormal trahit la décadence précoce d'une ville jadis florissante, mais qui, sise à l'orée du désert, fut exposée de bonne heure aux incursions des tribus nomades. Telle fut, plus au nord, le sort de Qinnasrin, la Chalcis antique, plus au sud et un peu plus tard, celui des principales cités du Hauran ».


Chemin faisant, Max Van Berchem établit, grâce à un passage d'Istakhri, l'origine syrienne de l'édicule dit bait al-mal ou qoubbat al-khazna, « sorte de chambre haute en forme de prisme octogone, recouverte d'une calotte ovoïde et reposant sur huit colonnes », qu'on trouve dans les grandes mosquées de Damas, de Homset de Hama. Le savant auteur se demande si cette disposition ne serait pas antique. La visite des ruines d'Apamée est aussi l'occasion d'une de ces notices historiques auxquelles excelle M. Van Berchem…


Autre point parmi tant d'autres : l'étude historique du château d'el-Mar- qab (Margat) est très complète et aboutit à des conclusions nouvelles touchant l'âge des diverses parties de la forteresse qui constituait, pour les Croisés, le principal réduit de la côte phénicienne et qui renfermait, en temps de paix, jusqu'à mille hommes de garnison, sans compter le personnel civil ! Ce même voyage serait, de nos jours, plus périlleux… Pierre


BERCHEM (Max Van) et FATIO (Edmond). Voyage en Syrie. Le Caire, imprimerie de l'Institut français d'archéologie d'orient, 1914-1915. Deux volumes in folio. Reliure contemporaine demi-basane à coins couleur tabac, dos à nerfs. Tome I : XVI et 344 pages commençant à la page 105. Tome II : LXXVIII planches montées sur onglet, 40 pages d'index et de corrections. Très bel et rare exemplaire. Complet de toutes ses planches. Incomplet de la première partie du texte. 690 € + port

mardi 26 août 2014

Catéchisme philosophique de l'abbé De Feller...

Jésus Christ, Superstar des jeunes ?
Précisons-le tout de suite : le titre de "Catéchisme philosophique" donné à ce recueil est à prendre dans le sens le plus simple qui soit ; c'est le catéchisme des chrétiens. Il est enseigné ici par demandes et par réponses… Et comme tout catéchisme qui se respecte, il est à la fois trop simple et parfois trop érudit. Les dogmes du christianisme sont étudiés avec soins.


On se posera bien évidemment la question de savoir si ce catéchisme est encore nécessaire à la jeunesse française. Les athées – qui le sont, bien évidemment, avec raison – vous diront que l'on peut toujours l'étudier à l'âge adulte si la Foi vous tombe dessus comme une maladie contagieuse ou bien, alors que vous êtes caché derrière un pilier d'église ! Surtout ne rien imposer ! On se demande alors pourquoi imposer l'arbre de la connaissance à cette même jeunesse. Elle aura bien le temps de choisir les matières qui l'intéressent à l'âge adulte…  


Avec le judo, la danse, l'ordinateur, ...etc, les enfants sont débordés, mais éduquer un enfant exige cependant que l'on fasse des choix. Toutes les activités n'ont pas la même valeur éducative et le catéchisme n’est pas une activité comme les autres. L'inscription au catéchisme est une obligation pour une famille chrétienne, en fait !


La catéchèse l'aide à se structurer, à construire sa personnalité dans l'expérience de sa vie d'enfant et cela, non à partir d'une morale abstraite "il faut faire ceci, ne pas faire cela", mais à partir d'un exemple. C’est aussi lui donner l’occasion de réfléchir aux questions qu’il peut se poser sur lui-même, sur le monde et sur Dieu dont il entendra parler tout le temps et en particulier par les athées qui l'invoquent à toute occasion (surtout quand ils se donnent un coup de marteau sur le doigt !).


La participation à une communauté chrétienne lui donne la chance de vivre dans une société non basée sur la concurrence et la rivalité, mais sur des valeurs de partage et d'entraide. Le catéchisme apporte beaucoup sur le plan éducatif, mais son objectif est d'abord l'éveil et l'approfondissement de la foi, bien évidemment…


Certains parents ne veulent pas faire l'inscription au catéchisme pour que leurs enfants aient la liberté  de choisir leur religion. C'est tout à leur honneur, car il ne suffit pas d'imposer quelque chose aux enfants, il faut les suivre et les soutenir ! Pour ma part, enfant un peu balloté par les vents contraires, j'ai appris sur le tas – et très tard – en suivant l'exemple de vie de quelqu'un qui vient de disparaitre. J'ai beaucoup appris de lui. Et je l'en remercie.


Né à Bruxelles le 18 aout 1755, l'abbé De Feller termina sa carrière à Ratisbonne en 1802. L'époque était plutôt à la déesse "Raison". Pierre


FELLER (de), Abbe, F.X. Catéchisme philosophique, ou recueil d'observations propres à défendre la religion chrétienne contre ses ennemis.  Lyon, Guyot Frères, 1819. 2 volumes in-8. Ouvrage utile à ceux qui cherchent à se garantir de la contagion de l'incrédulité moderne, à se prémunir contre le danger des fausses doctrines, et à conserver le précieux dépôt de la Foi. Nouvelle édition, revue et corrigée avec soin. Demi-reliure basane fauve, dos lisse caissons avec pièce de titre et tomaison en basane verte et lettres dorées, plat de papier marbré, gardes colorées. 572pp + 504pp. Une petite restauration de papier sur le plat. Bel état sans le portrait annoncé de l'auteur (toujours absent). 65 € + port

lundi 25 août 2014

Conspiration de Saillans : Ouvrage publié par ordre en 1792. Ce qu'il arrivait alors aux frondeurs…


Le paysan des Cévennes n’avait pour l’Ancien Régime aucune antipathie. Cependant, homme de tradition, il voyait à regret le pays troublé par des innovations bruyantes et peu en harmonie avec ses idées catholiques, il déplorait l’attitude antireligieuse du nouveau gouvernement et fermement attaché au Roi, il réprouvait la conduite des chefs révolutionnaires de Paris.


Un homme ardent et dévoué, Claude Allier, prieur de Chambonas en Vivarais, conçut le projet hardi de grouper toutes les bonnes volontés pour profiter de l’état d’âme des montagnards de la région et tenter un mouvement royaliste. La Lozère, le Vivarais, le Gard, le Gévaudan et le Velay lui paraissaient disposés à prendre les armes contre les nouveaux potentats. Il s’assura le concours de chefs vaillants et déterminés, se créa des intelligences dans toute la région restée fidèle aux traditions politiques et religieuses du pays, et parvint en assez peu de temps à créer une organisation puissante dont il pensa tirer parti pour la lutte qu’il voulait entreprendre.


Claude Allier avait choisi comme point de concentration de ses troupes contre-révolutionnaires les châteaux de Jalès et de Bannes, perdus au milieu des Cévennes, au fond du département de l’Ardèche. Lorsqu’il jugea le mouvement assez avancé et l’instant opportun, il fit convoquer dans la plaine de Jalès, en août 1790, toutes les gardes nationales de la région " sous prétexte de leur faire renouveler le serment civique du 14 juillet ". Vingt mille hommes répondirent à l’appel du prieur de Chambonas, et, devant un autel dressé en plein air, prêtèrent serment de " défendre la nation, la loi et le Roi ". 


Une seconde fois, en février 1791, Claude Allier convoqua ses troupes dans la plaine de Jalès. Le « Camp de Jalès » devenait officiellement le centre de la résistance qu’allaient opposer à la Révolution tous les braves gens du pays. L’assemblée nationale en apprenant ce qui se passait dans les montagnes des Cévennes, ordonna l’arrestation de tous les chefs royalistes de la région et de Claude Allier. L’abbé de la Bastide, son frère, le procureur Rivière, les trois Allier, réussirent à se cacher. M. de Malbosc fut pris, enfermé dans la citadelle du Pont-Saint-esprit, et massacré impitoyablement.


Il partit en janvier 1792 pour Coblentz où se trouvait la Cour. Reçu avec joie par les Princes, il leur exposa « avoir recruté à Nîmes, à Montpellier, à Arles, à Mende, au Puy, dans le Comtat et dans le Vivarais, 60.000 hommes » affiliés à la confédération de Jalès et prêts à se lever à l’appel des chefs royalistes. Le succès était assuré ! Les Chevaliers de Malte promirent de concourir au soulèvement et de débarquer dans le Midi avec leurs frégates. Tous les émigrés sollicitèrent l’honneur d’aller au camp de Jalès ; les Princes n’eurent plus que l’embarras du choix !


Ils lui ouvrirent un crédit de 300.000 livres et lui adjoignirent, pour commander les troupes, le Comte de Saillans, ancien lieutenant-colonel aux Chasseurs du Roussillon, émigré après l’échec du complot de Perpignan dont il avait été l’âme. La proclamation du comte de Saillans aux troupes royalistes, affichée dans tous les hameaux, faisait de son côté une grande impression. Rédigée dans un style abandonné depuis plusieurs années, elle avait « un parfum d’Ancien Régime » qui réveillait les plus endormis et annonçait la fin d’un mauvais rêve. La suite ?


Une armée arriva du Gard. Des gardes nationaux, des grenadiers, des volontaires accoururent de partout, et bientôt, écrasés sous le nombre, les royalistes étaient repoussés malgré les efforts héroïques de Dominique Allier et de Guilhaume de Mélon qui restèrent les derniers sur le champ de bataille. Après une défense désespéré, Jalès fut pris et livré aux flammes ; Saillans, fait prisonnier avec deux prêtres et quelques compagnons, fut conduit à la mairie des Vans où tous furent massacrés. Saint-André de Cruzières fut brûlé ; le feu détruisit en partie Bannes et Berrias… La tête du Comte de Saillans fut tranchée d’un coup de sabre et brandie ensuite comme un trophée au milieu des hurlements de joie de toute l’assistance… Rien de très original, donc ! 


Pour ceux que l'histoire n'intéresse vraiment pas – sommes-nous, en fait,  vraiment maîtres de notre destin ? - je leur propose alors d'acquérir ce rare ouvrage pour son élégante reliure… Les réalisations de Victor Champs sont recherchées par les collectionneurs, pour la bonne tenue de leurs corps d’ouvrage et le fini du travail. Avec Carayon, ils furent les relieurs qui, dans les travaux relativement simples, résumèrent le plus haut degré de la perfection d’exécution. Jean Stroobants travailla a ses côtés un moment ou tout au moins pour lui. Il lui succéda au 4 rue Gît-le-Cœur en 1904. Pierre


COLLECTIF. Conspiration de Saillans avec des pièces authentiques. Rédigé par ordre du département de l'Ardèche. Privas, De l'imprimerie de Pierre Guillet, 1792. Un volume, petit in-8. Demi reliure maroquin  cerise à coins, plat bordé d'un filet doré, dos à nerfs décoré aux petits fers, roulette sur les nerfs, filets dorés, tranche supérieure dorée, gardes colorées. Reliure signée par Champs-Stroobants. [2ff bl], [2ff titre], 124pp, [2ff bl]. Rare et bel exemplaire. 350 € + port

samedi 23 août 2014

Les textes massifs de Vercors aux Éditions de minuit…

Un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure...
La présentation d'un ouvrage de Jean Montagne illustré par Jean Bruller, il y a peu (vous pouvez cliquer), m'a rappelé que le dessinateur d'avant-guerre avait fait place à un monument de la littérature française de l'après-guerre.


Jean Bruller, dit Vercors (1902-1991), né de père anglais et de mère française, se fit d'abord connaitre comme dessinateur et illustrateur. Mobilisé en 1939 près du massif du Vercors, il entre dans la Résistance, prend son pseudonyme et collabore à "La Pensée Libre", puis fonde en 1941 avec Pierre de Lescure les Éditions de Minuit, clandestines, dont il dessine le logo.


Il y publie en 1942 son récit "Le Silence de la Mer", œuvre-culte de la Résistance, qui sera traduite en 70 langues, et qui lui vaudra le Prix Fémina en 1944. Le plus important pour la postérité n'étant pas d'avoir un prix mais de le refuser, ce prix sera dès lors attribué aux Éditions de Minuit dans leur ensemble. Le récit sera porté à l'écran en 1949 par Jean-Pierre Melville.


En 1948, il quitte les Éditions de Minuit. Compagnon de route du parti communiste jusqu'en 1957, il fut président du Comité National des Ecrivains créé par le PC. La petite histoire retiendra que contrairement à Aragon, Vercors – comme Camus – ne soutiendra pas le parti communiste français suite aux répressions de Budapest et quittera ce comité. Il fut cependant un ardent " commissaire inquisiteur " sous l'épuration. Il avait certainement plus de raisons que d'autres de l'être ? Voici une première liste des écrivains réprouvés de l'époque :


Jean Ajalbert, Michel Alerme, Paul Allard. René Barjavel, Pierre Béarn, Marcel Belin, René Benjamin, Jacques Benoist-Méchin, Pierre Benoit, Henri Béraud, Georges Blond, Emile Bocquillon, Henry Bordeaux, Abel Bonnard, Jacques Boulenger, Robert Brasillach. André Castelot, L.-F. Céline, Paul Chack, Félicien Challaye, Georges Champeaux, Jacques Chardonne, Alphonse de Châteaubriant, André Chaumet, Georges Claude, Lucien Combelle, Henri Coston, Guy Crouzet. Francis Delaisi, André Demaison, Paul Demasy, Pierre Dominique, Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Dyssord. Léon Emery, Marcel Espiau. Alfred Fabre-Luce, Bernard Fay, Fayolle-Lefort, Paul Fort, André Fraigneau, Robert Francis. Jean Giono, René Gontier, Bernard Grasset, Sacha Guitry. Abel Hermant, Jean de la Hire. J. Jacoby, Marcel Jouhandeau. Georges de La Fouchardière, René Lasne, Jean Lasserre, Alain Laubreaux, Jean de La Varende, J.-H. Lefebvre, Jacques de Lesdain, Jean Lousteau, Jean Luchaire. Xavier de Magallon, Jean Mariat, Jean Marquès-Rivière, colonel Massol, Camille Mauclair, Charles Maurras, Georges Montandon, Henry de Montherlant, Paul Morand, Morgin de Kéan, Fernand Monsacré, Anne Montjoux, Pierre Mouton. René de Narbonne. Pierre Pascal, Georges Pelorson, Armand Petitjean, Edmond Pilon, Henri Poulain, Armand de Puységur. Lucien Rebatet, Raymond Recouly, Jean-Michel Renaitour, J. Renaldi, Jules Rivet, J.-M. Rochard. André Thérive, Louis Thomas, Jean Thomasson.Henri Valentino, Vanderpyl, Charles Vilain, Maurice Vlaminck. Jean Xydias.


Aujourd'hui, qui enlèveriez-vous de cette liste ? Qui rajouteriez-vous ? Voici quatre petits ouvrages de Vercors publiés par les éditions de minuit après guerre. Témoins d'une époque, c'est sûr ! Pierre


VERCORS. Le songe. Paris, les éditions de Minuit, 1945. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Edition sur papier bleuté. Bon état. 18 €
VERCORS. La marche à l'étoile. Paris, les éditions de Minuit, 1945. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Bon état. 10 €
VERCORS. Les armes de la nuit. Paris, les éditions de Minuit, 1947. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Bon état. 10 €
VERCORS. La marche à l'étoile. Paris, les éditions de Minuit, 1949. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Bon état. 10 €