jeudi 29 janvier 2015

Les aventures de Jean-Paul Choppart illustrées par Gérard-Séguin.



L'ouvrage présenté aujourd'hui est l'occasion de découvrir un dessinateur du 19eme siècle encore méconnu : Gérard-Seguin (1805 -1875)


C'est que cette période fut bénite pour les dessinateurs ! En 1841, Furne paie les hors texte de son Balzac au pro rata de la réputation des illustrateurs : cinquante francs pour Meissonier, quarante pour Gavarni, Nanteuil et Daumier, trente pour Travies, Staal et Bertall. Un illustrateur bien lancé pouvait gagner assez d'argent pour bien vivre. Achille Deveria recevait deux à trois cents francs par jour vers 1830, soit l'équivalent d'un bon salaire mensuel pour un ouvrier. A la même époque, Hetzel paie Grandville dix huit mille cinq cents francs pour les trois cent vingt illustrations des Scènes de la vie privée et publique des animaux, ce qui revient approximativement à un salaire de huit cents francs par mois.



Mais la carrière des illustrateurs reste courte. Mis à part Gavarni, endetté chronique, on pourrait citer l'exemple de Daumier qui termine dans la misère, ou de Thierry Johannot dont la fin n'est guère plus enviable selon les Goncourt qui notent dans leur journal " Johannot est mort. Il se trouva une centaine de francs pour l'enterrement, somme insuffisante…".


Jean Alfred Gérard-Séguin (dans son patronyme, Gérard est souvent pris à tort pour son prénom) exposa au Salon dès 1831. Ami d'Hetzel, il fut l'illustrateur de certains de ses ouvrages. Il a également participé à l'illustration du Livre des Enfants (1836-1838), des Aventures de Télémaque (1840), des oeuvres de Victor Hugo (1853), de la Comédie Humaine de Balzac (avec Bertall) et des Aventures de Jean-Paul Chopart (1843) que je propose ici à la vente.


Louis Desnoyers (1802-1868), journaliste et écrivain, publia ce roman, aujourd'hui considéré comme le premier exemple de roman-feuilleton. Il ne cessa d'y ajouter des épisodes au cours des éditions que le livre connut de son vivant. Il est resté un classique des livres pour la jeunesse et les rééditions se sont poursuivies au long du XXeme siècle. A sa carrière d'écrivain s'ajoute l'honneur d'avoir été le fondateur de la "Société des Gens de Lettres"…


Voici aujourd'hui à la vente, un petit ouvrage agréable, au charme un peu désuet, aux signes évidents d'usure ; un livre avec une histoire… Combien de jeunes gens ont souri aux aventures de ce héros, combien de parents l'ont choisi dans des boites surchargées de modestes bouquinistes, combien l'ont dépoussiéré pour en faire un cadeau présentable ? Moi, je trouve qu'il présente encore bien pour son âge, cet exemplaire ! Un bon petit livre sans prétention mais qui fera bonne figure dans n'importe quelle bibliothèque. Allons, laissons-lui encore une chance, à ce brave Choppart ! Pierre


DESNOYERS (Louis). Les aventures de Jean-Paul Choppart, illustrées par Gérard-Séguin, l'épisode de Panouille par Frédéric Goupil. Paris, chez J.J. Dubochet et Compagnie, 1843. Un volume In-8 (22cm/14cm). Demi-chagrin cerise, dos nerfs, caissons fleuronnés, titre en lettres dorées. Frontispice, titre, III-308 pp. Vignettes dans le texte. Premier tirage. Quelques brunissements de feuilles, quelques rousseurs, quelques signes de restauration ancienne. Petit livre sympathique. 27 € + port

mercredi 28 janvier 2015

Histoire, Géographie et statistique du département des Basses Alpes par l'abbé Féraud.


On sait peu de choses de l'Abbé J.J.M Féraud (1810-1897)  sauf que ce fut un historien passionné du département des Basses-Alpes aujourd'hui élevé au rang de département des Alpes de haute-Provence. La ville de Riez le vit naître ; ceci explique peut-être cela. Il y fit ses premières études à l’institution Augier. Il entre au Grand Séminaire en 1827 et pour parachever l’expression de sa foi qui, en même temps, lui ouvrait les portes de la "bonne société", il fut ordonné prêtre le 21 décembre 1833.


On le retrouve plus tard précepteur des enfants du juge de paix de Reillanne, village dont il fut d’ailleurs vicaire ainsi qu'à Manosque  et Valensole (rappelons qu’un vicaire est un prêtre assistant le curé desservant une paroisse).


A l’image de son compatriote en science astronomique, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, il commença un journal d’observation météorologique, il avait alors 25 ans. Mais sa véritable passion fut l’histoire. Il se fit une petite réputation comme écrivain-historien en faisant publier dans les Annales des Basses Alpes des documents sur sa ville natale : Riez. Et puis sa carrière d’historien bas-alpin  se poursuivit en prenant un peu plus d’ampleur. Il écrivit, en 1844, ce qui sera une espèce de brouillon de son œuvre monumentale sur le département : " Géographie historique et biographique du département des Basses Alpes "; œuvre que je vous propose aujourd'hui dans sa deuxième édition de 1861, illustrée de quelques croquis de villages à l'époque et d'une carte dépliante.


Il finira sa vie comme curé de Sieyes, faubourg de Digne rattaché à la ville en 1862, dont il écrira une monographie : " La Commune et les Seigneurs des Sieyes ". Cette dernière publication fut faite sous les auspices de la Société Scientifique et Littéraire des Basses Alpes (Provence historique, fascicule n° 153) dont il fut un des membres fondateurs et le premier président. Il termina sa vie à Digne où il fut nommé chanoine honoraire.   


Comme il l’a écrit : " C'est lorsqu'on a des bonheurs véritables, cachés à l'ombre des collines naturelles, qu'on peut le mieux se passer de plaisir ". Et il aurait dit volontiers aussi avec l'un de ses confrères : " Avez-vous remarqué que le Bon Dieu nous fait vivre dans le pays que nous aimons le mieux ? " C'est pas faux, ça…  


L'ouvrage que je propose ici a ceci de remarquable qu'il possède en contre-plat, la carte de visite-ex-libris d'un des membres souscripteurs de cette édition à petit tirage. Il est, de plus, agrémenté de petites gravures hors-texte et de deux portraits de personnalités qui ont marqué de leur empreinte ce département. S'il fallait faire une réédition de cet ouvrage aujourd'hui, nul doute que l'on y ajouterait le portrait de J.M.P***, personnalité attachante de la vallée de l'Issole dont le blog (on peut cliquer) nous révèle régulièrement le talent littéraire. Pierre
      

FERAUD (J.J.M). Histoire, Géographie et statistique du département des Basses Alpes. Digne, chez Vial, imprimeur-libraire, 1861. Un fort volume In-8. Demi basane aubergine, dos lisse, filets frappés à froid, titre doré, gardes colorées, tranches mouchetées. [xv titre-liste souscripteurs], 744 pp. Une carte de visite ex-libris d'un des souscripteurs en contre-garde. Ouvrage orné d'une carte repliée, de 7 planches HT (villages) et de deux portraits lithographiés. Très peu fréquent à la vente. Très bel état. Vendu

mardi 27 janvier 2015

Histoire géographique, naturelle, ecclésiastique et civile du diocèse d'Embrun par le curé Albert.


Embrun (associé à Gap depuis peu) est un diocèse discret dans l’Église de France, mais a comme représentant un des plus médiatiques Évêque de France : Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. C’est que la cathédrale  d’Embrun méritait un de ses meilleurs Apôtres ! C’est que l’orgue accroché au pilier central de sa cathédrale méritait d’accompagner ses meilleures voix : Les fameux « prêtres » de Mgr Di Falco…

Un autre ecclésiastique a marqué de sa présence le Diocèse d’Embrun : Le curé Albert (1717-1804). Les historiens briançonnais le reconnaissent comme le premier d’entre eux, au moins au plan chronologique. Son livre paru en 1783, si l’on fait exception d’éditions mal numérisées, n’a jamais été réédité. L’œuvre foisonne de fantaisies ainsi que de déclarations vengeresses à l’égard des hérétiques. L’intérêt essentiel réside dans les notices descriptives des communautés et paroisses à la fin de l’Ancien régime.


Il s’agit de l’œuvre d'un enfant du pays si l’on en croit la bibliothèque diocésaine et Mgr Depéry qui nous présente l’ouvrage. " L’auteur en est l’abbé Antoine Albert. Il serait né en 1717 à Chantemerle et connaît particulièrement bien le diocèse d’Embrun. En effet, il est curé dans le Queyras* puis de Seyne-les-Alpes de 1756 à 1802. Il décède dans cette dernière localité en 1804. Il est aussi l’auteur de manuels de prédications. Il est diplômé en droits canon et civil de l’université de Paris, il est également docteur en théologie ".


L’édition originale de l’ouvrage que je vous propose aujourd’hui à la vente, compte deux volumes, l’un de 562 pages, l’autre de 501 pages, avec une table des matières pour chacun d’eux et une page d’errata. Le premier tome est consacré à une histoire générale, à une géographie et à une
étude botanique : nous sommes à l’époque de l'Encyclopédie, cela se ressent bien évidemment : quelques années auparavant Rousseau herborisait, lui aussi… En outre, Antoine Albert évoque, à la page 152 Marcellin Fornier et son ouvrage historique sur les Alpes parmi les sources qu’il a consultées. C’est, enfin, l’époque où plusieurs ouvrages de botanistes paraissent dans les Alpes, notamment ceux de Dominique Villars.


Le premier tome de l’ouvrage est aussi celui où l’auteur publie des notices sur les vallées et paroisses du diocèse d’Embrun qui couvre une partie du nord des Hautes-Alpes actuelles et en même temps, en déborde. L’abbé Antoine Albert consacre le second tome de l’ouvrage à l’histoire ecclésiastique du diocèse en raison du grand nombre de chercheurs se consacrant à cette matière seule. Il commence par une présentation générale du diocèse d’Embrun, dont voici un extrait : " Il n’est pas surprenant, avec tant d’anciens privilèges, soit temporels soit spirituels, que plusieurs archevêques d’Embrun aient préféré cet archevêché aux sièges les plus brillants du royaume : que Jacques Gélu ait quitté celui de Tours, que Jean Girard ait renoncé à celui de Reims, et que Guillaume d’Avançon ait refusé ceux de Vienne et d’Arles pour se fixer à Embrun, ainsi qu’on le verra dans la suite de cette histoire ". La tradition perdure avec Mgr Di Falco…


Au-delà de son travail d’histoire religieuse, l’auteur dresse des notices pour chacun des archevêques. L’ouvrage contient aussi un long article, sur l’abbaye de Boscodon, des origines à sa fermeture effective en 1770, presque contemporaine de l’œuvre d’Albert. A noter qu’aujourd’hui, cette abbaye qui fut une grange à foin jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale est maintenant restaurée et accueille une communauté œcuménique de religieux et de laïcs. Leur bibliothèque vaut qu’on s’y arrête quelques temps : ce que j’ai fait !


Concernant Briançon, Antoine Albert écrit :On croit que c’est la plus haute ville du monde, ce qui paraît probable, parce que les Alpes sont les plus hautes montagnes de l’univers, et que Briançon est la plus haute ville des Alpes ". Malgré quelques sophismes comme celui-ci, les notices paroissiales, fort intéressantes en elles-mêmes, sont souvent utilisées par des historiens. Les bibliophiles apprécieront, en plus de l’intérêt patrimonial de l’ouvrage, le parfait état de conservation de notre exemplaire. Pierre

* Savez-vous quels sont les deux mois les plus froids dans le Queyras ? Juillet et Aout… car ce sont les deux mois où on arrête le chauffage dans les maisons ;-))


ALBERT (Antoine). Histoire géographique, naturelle, ecclésiastique et civile du diocèse d'Embrun, par M***, bachelier en droit canonique & civil de la faculté de Paris, & Docteur en Théologie. Sans nom de lieu ni d’éditeur, 1783. 2 tomes in-8. Reliure plein veau marbré, dos à nerfs, pièce de titre et de tomaison, caissons fleuronnés, toutes tranches rouges. Quelques restaurations récentes aux coiffes et mors. Intérieur très frais, menus défauts de reliure. Très peu fréquent à la vente. Vendu

lundi 26 janvier 2015

La Syrie, l’Égypte, la Palestine et la Judée par le Baron Taylor : quarté gagnant de la poudrière mondiale…



Il s'agissait alors d'un voyage historique, archéologique, descriptif et pittoresque… L'auteur ne pouvait pas prévoir que ces quatre pays allaient devenir, deux siècles plus tard, le théâtre d'un conflit politico-religieux à l'origine de la troisième guerre mondiale. Le baron Isidore, Séverin Justin Taylor (1789 –1879) fut un célèbre voyageur en Orient. Issu d’une famille d’origine irlandaise naturalisée française, il débute dans l’armée, se rallie à Louis XVIII, voyage beaucoup en Europe et ne prend sa retraite de l’armée qu’en 1843. Il est fait baron en 1825, lors du sacre de Charles X.  C'est sa carrière dans le monde de la culture qui le rendit célèbre.


Accueilli dans le cénacle de Charles Nodier, foyer de la vie romantique à la mode, il s’essaye à la vie littéraire – il écrit notamment un Ismaël et Maryam ou l’Arabe et la chrétienne (1821), pièce de théâtre proche du style de Byron. Véritable touche-à-tout, il conçoit en 1818 le projet d’un immense inventaire des monuments de la France pour revaloriser un patrimoine architectural médiéval dont les romantiques redécouvrent la splendeur. Il est l'artisan majeur de la publication des Voyages pittoresques et romantiques de l’ancienne France (1820-1863) dont Adrien Dauzats, illustrateur, fut l’un des collaborateursles plus réguliers et fit intervenir notamment Géricault, Ingres et le jeune Viollet-le-Duc.


Il est nommé en 1824 commissaire-royal du Théâtre-Français. En 1828, il est envoyé en mission à ses frais pour quatre mois en Égypte, peut-être pour obtenir un obélisque, mais surtout dans le but de publier un ouvrage sur ce pays. En janvier 1830, il est chargé officiellement par le gouvernement français de faire transporter l’obélisque d’Alexandrie échu à la France et d’obtenir ceux de Louxor. Il diffère un peu son départ en raison, le 25 février 1830, de la première d’Hernani qu’il met en place au Théâtre-Français et qui déchaine la célèbre bataille.


En Égypte, les négociations qu’il faillit d’abord faire échouer sont menées par le consul général de France, Mimaut, et Taylor ne reste que spectateur. D’une naïveté trop coupable et inconscient des difficultés techniques soulevées par le transport d’un monolithe de cette importance, il pense que l’opération peut se faire en quelques mois et délègue sa tâche à l’ingénieur Linant de Bellefonds, présent alors en Égypte. Plus qu’à Louxor où se trouve l’objet de sa mission, ce voyage le conduit au Sinaï en Palestine, en Syrie et au Liban. C’est à Baalbek qu’il apprend le changement de régime en France, ce qui l’oblige à rentrer à Paris.


Son talent dans cette affaire consista surtout à faire passer son échec comme une réussite (Bonaparte avait fait de même 50 ans plus tôt !). Il présente sa mission comme peu onéreuse, alors que les sommes conséquentes engagées dans son voyage quasiment personnel le furent en fait en pure perte pour le budget national. Il appartint donc à un ingénieur moins mondain mais tout entier investi dans sa mission, Lebas, d’organiser au prix de plusieurs années de labeur le transfert de l’obélisque jusqu’à Paris. De ces voyages naissent néanmoins en 1837 une somptueuse publication : La Syrie, l’Égypte, la Palestine et la Judée considérées sous leur aspect historique, archéologique, descriptif et pittoresque (avec Louis Reybaud). C'est cet ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente… Et plus particulièrement le tome II consacré à L'Egypte ! De nombreuses gravures issues notamment des dessins de Dauzats et de Mayer lors de la mission de 1830 illustrent cette œuvre.


En 1853, il reprend son texte sous le pseudonyme de Laorty-Hadji (anagramme de Taylor), dans un petit volume sans illustration sur La Syrie, la Palestine et la Judée. Pèlerinage à Jérusalem et aux lieux saints ainsi qu’un second en 1856 sur L’Égypte. Entre-temps, il effectue une importante mission en Espagne pour acheter une collection de plus de 400 chefs-d’œuvre de maîtres espagnols afin de compléter la collection du Louvre. Nommé inspecteur des Beaux-Arts en 1838 (il finira membre de l’Institut et sénateur), il s’attache à mettre en place de nombreuses associations d’artistes protégeant les professions et les métiers d’art qui se développent au cours de ce siècle. Ce sera là, avec l’immense inventaire monumental, la grande œuvre de sa vie. A noter que la Fondation Taylor existe encore à Paris et assure  toujours la promotion de jeunes artistes... Pierre


TAYLOR (Baron) & REYBAUD (Louis). La Syrie, L'Égypte, La Palestine et la Judée, considérées sous leur aspect historique, archéologique, descriptif et pittoresque par Le Baron Taylor et Louis Reybaud. Paris, Au bureau central des dictionnaires, chez mame, 1837. Un volume in-4.  Reliure contemporaine, demi basane glacée à coins, dos à nerfs, filets dorés, titre en lettres dorées, gardes colorées. Tome II de ce voyage qui relate le voyage en Egypte. Pages 201 à347.  Mention de 100 gravures sur acier par Dauzats, Mayer, Ciceri fils, et gravées par Finden.  Brunissures et rousseurs. Bon document de travail dans une belle reliure. 130 € + port