samedi 20 décembre 2014

Mots clés : Jules Verne - Hetzel - deux éléphants - couleur violette – Noël.


La période des fêtes de Noël, et des cadeaux qu'on s'offre à cette occasion, est un moment privilégié pour tous les libraires, qu'ils proposent des ouvrages anciens ou modernes. Beaucoup d'entre eux voient leur chiffre d'affaire faire un "bon bond", comme on peut aussi le constater dans d'autres secteurs !  Il y a cependant des produits phares - [dos au] c'est le cas de la dire - que les librairies anciennes  mettent en avant, plus que d'autres, à cette période, ce sont les cartonnages éditeurs de type "Jules Verne & Hetzel" Voici donc un ouvrage emblématique des Voyages extraordinaires : "Vingt mille lieux sous les mers" dans un cartonnage "aux deux éléphants", et dans une livrée violette remarquable !


Je vous rappelle que ce roman d’aventures de Jules Verne, composé en 2 parties de 24 et 23 chapitres, est le sixième de la série des Voyages extraordinaires. Il a été publié chez Hetzel, à Paris,  en 1869. Un monstre marin effrayant a été signalé dans diverses mers par plusieurs navires… Une expédition s'organise à bord de la frégate américaine Abraham Lincoln. Elle a notamment à son bord le capitaine Faragutt, le canadien Ned Land,  le fameux naturaliste français Aronnax du Muséum de Paris  et son fidèle domestique Conseil. Le but de cette expédition est de débarrasser les mers de cette abominable menace.


Ils réalisent cependant que ce qu’ils avaient pris pour un monstre n’est autre qu’un navire sous-marin, le Nautilus ! Les trois naufragés sont faits prisonniers et se retrouvent à bord du Nautilus. Ils font alors connaissance de ce mystérieux équipage et de son capitaine, Nemo, un personnage à l’attitude très énigmatique. Ils découvrent très vite que le capitaine Nemo, qui a conçu les plans du Nautilus, goûte très peu la fréquentation des humains. Il se refuse à leur rendre la liberté. Les trois naufragés séjourneront ainsi près de huit mois dans le Nautilus...


La collection de certonnages d'éditeur "aux deux éléphants" a été créé par Engel fin 1875 pour L'Ile Mystérieuse. Elle sera confiée par Hetzel  au relieur  Lenègre  pour la sortie d’un nouveau roman de Jules Verne Un Capitaine de Quinze Ans, en 1878. La plaque restant toujours réalisée par Souze, comme pour l'ouvrage que j'ai présenté, hier. Le cartonnage aux deux éléphants concernera 24 volumes, 23 doubles un seul triple. Il sera édité de 1875 à 1891 dans treize teintes différentes. Si l'on s'en réfère aux dates du catalogue en annexe à la fin d'ouvrage sur cet exemplaire, notre couleur violette est une édition de 1882.  


Il existe 8  types connus pour ce cartonnage, cinq pour Lenègre (le notre en fait partie) et trois pour Engel. Ils sont toujours très recherchés quand ils sont en bel état. Les corps des ouvrages seront imprimés par Gauthier Villars et une des caractéristiques commune à tous ces exemplaires est la présence fréquente de rousseurs… Pierre



VERNE (Jules). Vingt mille lieues sous les mers. Paris, J. Hetzel et Cie, s. d. [1882]. Un volume in-4 (28/19); Cartonnage éditeur, percaline violette "aux deux éléphants", décor polychrome, toutes tranches dorées, gardes colorées. Illustrations de Neuville et Riou. Reliure signée Lenègre et plaque de Souze. Une très discrète restauration (3cm) sur le premier plat. Premier plat rutilant, belle gouttière, des rousseurs modérées.  Bel état. Vendu

vendredi 19 décembre 2014

Nouvel alphabet militaire par Léon Vanier et H. De Sta. Remarquable !


Pierre Léon Vanier est né à Paris en 1847 si l'on consulte l'excellent site qui retrace sa carrière. Issu d'un milieu modeste, il débute très jeune comme commis à la librairie Gosset, située boulevard des Italiens, vers 1862. Parallèlement à son emploi, il suit des cours du soir à la Sorbonne. Muni de quelques économies, il lance lui-même sa librairie en 1869, 6 rue Hautefeuille.


Sergent de mobiles durant le siège de 1870, il rouvre son commerce après les événements et se lance dans l'édition à partir de 1876. Son goût le porte d'abord à publier des récits d'aventures illustrés comme ceux de Paul-Ernest Lesage, dit Sahib (1847-1919) ou encore de Paul Léonnec (1842-1899). Il n'hésite d'ailleurs pas à mettre la main à la pâte en légendant les albums de son ami H. de Sta (Henry de Saint-Alary, 1846-1920).


Établi au numéro 19, quai St Michel, à partir de 1878, c'est sa rencontre avec Jacques Madeleine qui le décide à se lancer dans l'aventure poétique avec l'édition d'une revue néo-parnassienne, Paris-Moderne, dont le premier numéro paraît en mars 1881. C'est là que Courteline prendra son envol ! Et ce fut l'origine du Vanier "hyper-littéraire ", comme l'écrivit Verlaine dans Les Hommes d'Aujourd'hui. C'est surtout à partir de 1884, avec l'édition de Jadis et Naguère de Verlaine et des Syrtes de Moréas que Vanier entre dans l'aventure symboliste. Avec la publication des Déliquescences d'Adoré Floupette, il devient le " Lemerre du Décadisme ". Néanmoins, Jean-Louis Debauve nous rapporte des témoignages de contemporains de Vanier qui soulignent davantage l'avidité de réclame du bibliopole que son intérêt pour la poésie symboliste ou décadente.


Outre Les Hommes d'Aujourd'hui dont il reprend l'édition à partir de 1885, Vanier éditera la revue Le Rêve et l'idée, durant les années 1894 et 1895, que dirigeront Maurice Le Blond et Saint-Georges de Bouhélier. On trouve à son catalogue : Vignier, Baju, Vielé-Griffin, Merrill, Morice, Huysmans, Willy... et, lorsqu'on tape " L. Vanier " sur le catalogue en ligne de la BNF, nous ne dénombrons pas moins de 647 notices, dont celle concernant le fameux Jacques Plowert et son Petit glossaire pour servir à l'intelligence des auteurs décadents et symbolistes. Après sa mort sa veuve géra son fonds encore quelques années, puis elle le céda à Albert Messein en 1903.


C'est un aspect moins connu de l'éditeur que nous vous faisons découvrir ici. Associé pour les dessins à son ami H de Sta, Vanier publiera un remarquable alphabet à l'attention de la jeunesse, chaque planche étant montée sur onglet avec des illustrations aquarellées de toute beauté. Les planches sont précédées d'une page de texte expliquant le rôle de chaque militaire depuis l'Artilleur jusqu'au Zouave. Hachette s'était à la même époque spécialisée dans les alphabets populaires pour enfants. Il s'agit ici d'un alphabet pour grands enfants, pour collectionneurs, pour amateurs de Militaria, pour amateurs de Plats historiés ; en un mot, d'un ouvrage pour bibliophiles ! Pierre


VANIER & STA. Armée française.  Nouvel alphabet militaire, texte explicatif de Vanier et dessins par H. de Sta. Paris, Léon Vanier, Léon, 1883. Edition originale. 1 volume in-4 (28/23). Cartonnage d'éditeur, percaline bleue, plat orné d'un décor historié polychrome signé Paul Souze, gardes colorées. 51 pages, 25 planches montées sur onglet. Une mouillure à l'angle supérieur droit du plat. Le reste en excellent état. Pas de rousseurs. Une petite rareté, quand même… 240 € + port

jeudi 18 décembre 2014

Commandant Driant/ Capitaine Danrit : l'étoffe des héros...


La vie d’Émile Driant fut celle d'un héros militaire. Pas étonnant, donc, que les aventures de ses personnages de roman nous emportent avec lui dans l'extraordinaire ! Je ne m'étendrai pas cependant sur sa carrière. Retenons qu'il fut un brillant officier injustement brimé en raison de son amitié filiale pour le général Boulanger.


Émile Driant quitte l’armée en 1906 à l’âge de 50 ans. Son retour à la vie civile coïncide avec les élections législatives de mai 1906. Il commence alors une carrière dans le milieu politique et se présente dans la circonscription de Pontoise (Seine-et-Oise) où il est battu.


Aux élections du 24 avril 1910, le commandant Driant est élu au premier tour pour le siège de député dans la troisième circonscription de Nancy sous l’étiquette de L’Action Libérale, un mouvement républicain. Le député nancéien devient rapidement un des porte-paroles de l’armée à l’Assemblée Nationale en intégrant notamment la commission de l’armée et en intervenant souvent à la Chambre des Députés sur les questions de la défense française, de l’infanterie ou encore de la Tunisie et du Maroc.


Parallèlement à sa carrière politique il écrit des récits d'aventure à l'attention de la jeunesse. Couronné par l’Académie Française avec la trilogie La guerre de demain, Driant se consacre alors pleinement à sa passion : l’écriture. Sous le pseudonyme de "Capitaine Danrit" , anagramme de son nom, il se caractérise par une œuvre littéraire influencée par Jules Verne où il glorifie les soldats d’hier et argumente son esprit de revanche sur l’état allemand. Ses principales œuvres sont La guerre des forteresses (1892), L’invasion noire (1894), La guerre fatale (1898), L’invasion jaune (1905), Vers un nouveau Sedan (1906), L’aviateur du Pacifique (1910) ou encore La guerre souterraine (1913). Je vous propose aujourd'hui un ouvrage écrit en 1911 "Au dessus du continent noir". Cet ouvrage a ceci de remarquable qu'en dehors du récit, il soit parfaitement illustré par Dutriac, parfaitement relié par Engel et parfaitement conservé par ses anciens propriétaires !


Dès le début de la Grande Guerre, le "Capitaine Danrit" demande au ministre de la guerre de reprendre du service. Malgré son âge (59 ans) et son passé militaire conflictuel avec ses supérieurs, le ministre accepte la demande du Commandant Driant et ce dernier se retrouve dès les premiers jours d’août en première ligne dans le 1er Bataillon de Chasseurs à Pied. Sa conduite héroïque lui vaut d’être Officier de la Légion d’Honneur le 20 novembre 1914.


Fin 1915, Driant tente d’alerter les élus, depuis son poste de commandement au bois des Caures, sur une possible attaque allemande sur la ligne Verdun-Nancy. En vain… Le commandement français continue de désarmer ce secteur pour d’autres régions jugées prioritaires. Il mourra en héros le 22 février 1916 lors de la bataille de Verdun... Pierre


DRIANT (Commandant. Capitaine Danrit).  Au dessus du continent noir. Paris, Flammarion, s.d. 1 volume in-4 (28/19). Cartonnage d'éditeur en pleine percaline rouge, orné d'un important décor polychrome sur le plat supérieur, dos lisse illustré. Toutes tranches dorées. Engel relieur. Illustrations de Dutriac. Ouvrage en bel état intérieur et extérieur. Sans frottements sur le plat. 90 € + port

mercredi 17 décembre 2014

Cartonnage personnalisé de Jules Verne : Cinq Semaines en Ballon-Voyage au Centre de la Terre.


Il y avait longtemps que je n'avais pas présenté d'ouvrages de Jules Verne. La raison ? Les cartonnages Hetzel qui avaient la fâcheuse tendance à se négocier au prix de l'or, se proposent aujourd'hui à des prix plus raisonnables. Les collectionneurs peuvent donc légitimement reprendre leur place à côté des spéculateurs… Bienheureux les possesseurs de collections importantes qui peuvent encore les distiller en fonction de leur besoin de trésorerie, à l'heure de la retraite. Les plus malins d'entre eux savent que ce système de capitalisation est parfait car les frais d'entretien - par rapport à l'immobilier, par exemple - sont nuls. Je ne vois que les autographes pour assurer un rendement plus élevé !


Voici donc un exemplaire sympathique. Il appartient à la catégorie des "Cartonnages", sous catégorie "Voyages Extraordinaires ", variété "volume double", genre " cartonnage personnalisé", couleur "brique", état "bon". Les connaisseurs apprécieront…


Lancés en juillet 1866 et destinés à réunir les romans de Jules Verne, déjà parus ou à paraître, les " Voyages extraordinaires " paraissaient généralement, d'abord en feuilleton dans le Magasin d'Education et de Récréation ou dans des quotidiens comme le Journal des Débats ou Le Temps puis, jusqu'en 1893, ils étaient publiés dans une édition de petit format (in-18), non illustrée.


L'édition illustrée de grand format (in-4), paraissait ensuite en un volume simple, double ou, dans trois cas (L'Ile Mystérieuse, les enfants du capitaine Grant et Mathias Sandorf) en volume triple.


Le premier voyage édité, Cinq semaines en ballon est de 1863. De 1863 à 1905, la maison Hetzel éditera les 54 volumes de Jules Verne qui composent les 64 Voyages extraordinaires auxquels on peut rajouter l'étrange aventure de la mission Barsac écrite totalement par son fils Michel Verne et publiée par Hachette. Certains comportent une suite pour faire un volume complet comme, par exemple, Un billet de loterie suivi de Frritt-Flacc


Je vous propose aujourd'hui un des premiers volume-double en premier tirage. Il s'agit d'un cartonnage personnalisé. Chaque volume de cette collection possède un premier plat décoré avec des thèmes tirés de l'ouvrage.  Ici pour "Cinq semaines en ballon - Voyage au centre de la terre", les deux illustrations figurent dans un cercle représentant un ballon et des animaux préhistoriques. La reliure est signée Lenègre. Un exemplaire peu fréquent à la vente, même chez mes confrères spécialisés, et à un tarif raisonnable qui devrait convenir au Père Noël… Pierre


VERNE (Jules). Cinq semaines en ballon-Voyage au centre de la terre. Jules Verne, les Voyages extraordinaires. Paris, bibliothèque d'éducation et de récréation J. Hetzel et Cie, 18, Rue Jacob (sd pour le premier volume, 1871 pour le deuxième. Percaline d'éditeur rouge brique, toutes tranches dorées, gardes colorées. Sur le premier plat, un décor doré à l'or fin représentant deux motifs dans un cercle de feuillage doré ; un ballon en perdition pour «Cinq semaines», et un lac souterrain avec animaux préhistoriques pour le «Voyage», dos lisse avec caissons et lettres dorées. L'ouvrage est illustré de gravures in-texte de Montaut et de Riou. Ouvrage non restauré. Signes d'usure discrets aux coiffes, petits manques de percales aux mors, aucunes rousseurs, très frais. Peu fréquent à la vente. Vendu

mardi 16 décembre 2014

La Nouvelle méthode raisonnée du blason par Menestrier. Un exemplaire presque parfait...



Voici un ouvrage qui a sa place de choix dans toute bonne librairie ancienne de la place. Il était donc temps que je le présente pour faire partie de la confrérie des détenteurs du Menestrier…


Selon "La langue du blason", blog dédié à l'héraldique, le Père Claude-François Menestrier occupe une place toute particulière dans l'histoire de l'héraldique et surtout dans sa mise en place en tant que science théorique. Son œuvre est un outil pédagogique, spécifique aux Jésuites. Le déclin de leur influence à la Révolution interdira l'étude de cette matière, faisant tomber dans l'oubli l'enseignement spécifique de cette science. Après l'abandon de la rhétorique, du grec, du latin de l'héraldique, du dessin, de la musique et maintenant de l'histoire, on peut dire que notre enseignement fout le camp ! ;-))


Claude-François Menestrier naît à Lyon, rue Lanterne, le 9 mars 1631, d'une famille originaire de Franche-Comté. A seize ans, il est admis dans la communauté des jésuites et passe son noviciat à Avignon. Comme tous les jeunes jésuites, il enseigne dans le cycle de rhétorique dans les collèges de la Compagnie de Jésus, à Chambéry, à Grenoble, à Vienne, puis au collège de la Trinité, à Lyon. En tant que professeur d'humanités et de rhétorique, il devient responsable des ballets et des tragédies présentées par ses écoliers lors des fêtes de fin d'année.


Partout où il passe, il se distingue par sa mémoire que l'on dit prodigieuse, ainsi que par une maîtrise rigoureuse des langues anciennes et modernes. De retour à Lyon, il se consacre à la théologie, à l'étude des textes sacrés et à la langue hébraïque. En 1658, lors d'une visite de Louis XIV à Lyon, les jésuites organisent une fête dans leur collège et en confient la direction et la réalisation à Menestrier. C'est ainsi qu'il commence à s'intéresser aux images, à la peinture, aux emblèmes et aux devises propres à embellir les fêtes, les palais ou les lieux publics.


L'année suivante, paraît son premier traité sur les blasons : Le véritable art du blason, complété de nombreuses fois par la suite. En 1669, il quitte Lyon, voyage en Italie et en Allemagne, étudie les monuments de l'Antiquité, enrichit ses connaissances sur les plus illustres familles d'Europe. Dans les années 1690, suite à la révocation de l'Edit de Nantes, les jésuites installés à Paris sont contraints de quitter la ville. Menestrier rentre brièvement à Lyon et commence à rédiger son vaste projet d'une "Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon", qui restera inachevé. Il meurt le 21 janvier 1705 à Paris.


A la fois, philosophe des images, historien, prédicateur, metteur en scène et honnête homme, Menestrier est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art héraldique, les fêtes, les ballets, l’histoire et la rhétorique. Voici aujourd'hui à la vente l'œuvre qui l'a rendu célèbre dans une réédition de 1761. Un ouvrage qui ne remplace pas le "Olivier" mais qui s'y adosse. Pierre


MENESTRIER (P. C. F. de la Compagnie de Jésus). La Nouvelle méthode raisonnée du blason, pour l’apprendre d’une manière aisée, réduite en leçons, par demandes & par réponses. Lyon, chez Pierre Bruyset Ponthus, 1761 - Lyon, Bruyset Ponthus, 1761. Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée. Un volume petit in-8 (17/10,5). Reliure plein veau fauve marbré, dos lisse orné de caissons fleuronnés, pièce de titre maroquinée, lettres dorées, tranches jaspées, gardes colorées. [5ff-titre], 298 pp, [13ff-table], [22ff-priv]. Frontispice, nombreuses planches hors-texte en taille. Très bel exemplaire parfaitement relié. 320 € + port

lundi 15 décembre 2014

Deuxième causerie du lundi de Philippe Gandillet : Parce que Noël approche…


En ouvrant la porte de la librairie ce matin, mes pieds ont buté sur quelques décorations de Noël achetées par Pierre à l'occasion des fêtes de fin d'année. Je sais que ces fêtes sont, pour lui, un grand moment d'espérance. Il croit toujours au Père Noël et attend avec une feinte naïveté qu'on lui prouve le contraire… Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, moi qui ne crois plus en rien, de recevoir ce matin une lettre en provenance de la voie lactée ! Je vous en retranscris intégralement le contenu.

Cher Maître,

La réputation du blog de votre ami libraire a doublé le nombre de bibliophiles croyant au Père Noël. L'équilibre financier de notre multinationale ne résistera pas à ce tel engouement. Je vous serais donc reconnaissant de profiter de vos célèbres causeries du lundi pour apporter, auprès de vos amis bibliophiles, un démenti formel à ma croyance. En raison d'un petit problème d'équilibre budgétaire, nous pensons qu'il est préférable, cette année, de centrer préférentiellement notre campagne de traîneau sur les cheminées des enfants. Je compte sur votre diligence. Petit Papa Noël.



Vous comprendrez, chers amis bibliophiles, que le Père Noël ne peut pas vous offrir tous les livres anciens que vous lui avez demandés car il n'a pas assez de place dans son traîneau ! Et en plus, il n'existe peut-être même pas ! Si vous postez votre lettre au Père Noël, malgré tout, pensez que c'est une lettre d'enfant en moins qui sera lue… Heureusement, les enfants savent de moins en moins écrire et en attendant que je sois, moi même, branché au réseau internet, vous pouvez tenter votre chance ! Je vous rappelle cependant les quelques règles à respecter pour écrire votre Lettre du Père Noël.


Choisissez une feuille de papier joliment imprimée. Faites quelques fautes d'orthographe et dites que vous avez été très gentil tout au long de l'année. N'oubliez pas de faire une notice très détaillée de l'ouvrage que vous souhaitez recevoir, surtout s'il est rare, afin de faciliter le travail de recherche auprès des libraires qui croient encore au Père Noël… Lorsque la missive est rédigée, il ne reste plus qu'à s'occuper de l'enveloppe.


N'importe quelle adresse conviendra mais si vous ajoutez : 33 500, Libourne, c'est le Père Noël en personne qui ouvrira votre lettre. Achetez éventuellement un joli timbre pour l'occasion car le Père Noël, comme beaucoup de bibliophiles, est un peu collectionneur... Dernier point : Vous pouvez aussi commander votre cadeau à Pierre en lui réglant directement votre ouvrage. Vous envoyez ensuite la facture au Père Noël qui vous remboursera votre achat. Dans ce dernier cas, il faut, bien sûr, croire fortement au Père Noël ! Votre dévoué. Philippe Gandillet

Première causerie du lundi de Philippe Gandillet : Indispensable pour entrer au Jockey-club !


Il est évident que si de nombreux bibliophiles ont la légitime impression d’appartenir à une communauté aux valeurs identiques, peu d’entre eux ont la chance, les moyens financiers ou le réseau nécessaire pour faire partie d’un club prestigieux. Il n’existe d’ailleurs plus, en France, de clubs bibliophiles dignes de ce nom. Ou plutôt, il n’en existe plus qu’un seul… mais au sein duquel vous n'imagineriez jamais rentrer, même en rêve : il s’agit du Jockey-Club.  Je serais enchanté de parrainer un des lecteurs de Pierre si l’occasion se présentait.


Modeste contribution à cette prestigieuse cooptation, il devra cependant acheter l’ouvrage que Pierre vous propose à la vente, aujourd’hui. Il s’agit de L’historique du Jockey-Club français depuis sa fondation jusqu'en 1871 inclusivement. Un de mes parrains me l’avait offert pour mon entrée. Je perpétuerai la tradition…


Bibliophiles, les membres du Jockey-Club ? Bien évidemment ! Et je peux même vous révéler que c’est Simier, lui-même, qui est à l’origine du fameux fer qui orne certains ouvrages de la maison ! Les clubs services – partenaires de nombreux salons du livre ancien - ne peuvent rivaliser… Ces cercles sont finalement bien plus sympathiques que les "Facebook" et autres réseaux sociaux dématérialisés qui peuplent la blogosphère. Je ne veux pas mépriser les excellents blogs de Pierre, Hugues et consort mais au Jockey-club, vous constaterez que l’usage du prénom, s’il est rare, n’empêche pas la vraie amitié ! Et la politesse veut que, même si l'on en doute, rien ne le laisse paraître… " C'est le seul endroit où on se fait des copains d'enfance à 60 ans" a coutume de dire, mon excellent ami R****, ancien Premier Ministre…


Il vous faudra, bien évidemment, passer la porte du cercle avec quelques beaux livres sous le bras, les maroquins ayant la préférence des vieux briscards de la politique et le cuir connolly celui des hommes d’industrie. Mais avant, il y aura l’épreuve de l’élection dans ce cercle que Marcel Proust décrivait comme le plus fermé au monde !


Debout, en jaquette, les parrains ont la mine des grands jours, grave, presque solennelle : si leur candidat est blackboulé par ceux qu'ils considèrent presque comme des membres de leur famille, ils le vivront comme un affront ! La tension, qui monte depuis quelques temps, est à son comble. Tout a commencé par la lettre que j’ai dû adresser à notre président - Le duc de B***, pour l’heure – afin de solliciter votre adhésion. Votre nom est désormais affiché dans l'enceinte très privée du Jockey-Club. C'est le point de départ de la campagne lancée par chaque parrain en faveur de son poulain. Moi, je dirais, par exemple : « C'est un garçon parfait, il a fait de brillantes études, il réussit très bien dans sa partie mais c’est en raison de sa passion pour les beaux livres que je l’ai choisi... et puis, vous le savez, c’est aussi pour faire plaisir à un petit libraire de Provence dont je vous ai déjà parlé… Ce sera un excellent membre ! ".


Ce n’est pas pour me vanter mais j’ai une grande influence sur mes collègues. Le respect qu’ils me portent et les nombreux signes d’amitiés qu’ils me témoignent font que les poulains que je parraine – il n’y a pas de candidat chez nous – ont toutes les chances d’être admis. Vous constaterez alors que "Le Jockey", c'est une grande famille. Ici, la règle est d’ailleurs de ne jamais se présenter entre membres. Tout le monde est supposé se connaître ; c’est plus facile, me direz-vous, quand on est un immortel comme moi. Je le concède…


De tous les cercles parisiens, le Jockey Club, créé en 1834 par la Société d'encouragement pour l'amélioration des races de chevaux, est donc l'un des plus sélects. Sans doute parce qu'il ne suffit pas, pour y entrer, d'avoir réussi dans les affaires ou d'occuper le devant de la scène médiatique. Ici, seuls le pedigree généalogique – quand on n’en a un - , la réputation ou la bienveillance d’un académicien suranné comptent. Votre amour des livres anciens et la passion pour la bibliophilie qui vous anime feront le reste. De plus, en entrant au Jockey, vous aurez accès à de nombreux cercles équivalents à l'étranger. Le Grolier Club vous ouvrira, alors, ses portes… Et tout ceci pour un seul ouvrage acheté à Pierre ? Quelle affaire ! Votre dévoué. Philippe Gandillet.


GIBERT (Charles-Camille-Alcée) et MASSA (Alexandre-Philippe Régnier, Marquis de). Historique du Jockey-Club français depuis sa fondation jusqu'en 1871 inclusivement. Paris, D. Jouaust, L. Cerf, Successeur, 1893. Un volume in-4 de 416-(3) pp. Reliure demi-maroquin lie de vin à coins, dos à nerfs, pièce de titre en maroquin havane, gardes colorées, tranche supérieure dorée. Edition originale. Tirée à 715 exemplaires. Un des 700 ex. sur vélin du Marais. Cet ouvrage, non mis dans le commerce et réservé aux seuls membres du Jockey-Club, contient des détails intéressants sur l'historique des courses et sur certaines écuries d'élevage ainsi que la liste des membres depuis la création du Jockey-Club. Ex-libris manuscrit avec les noms prestigieux des parrains de l’impétrant proprétaire (moitié du XXeme siècle). Une petite tâche sur le dos de la reliure, légèrement insolé. Très bel état général. 480 € + port