mardi 19 octobre 2010

Eugène Borel : Chrestomathie du XIXeme siècle...


" Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone." Paul Verlaine ? A moins que ce ne soit Alfred de Musset ? Non… Lui c'est " Les plus désespérés sont les chants les plus beaux. Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots " dans Nuits de mai ou plutôt La nuit de Mai ! A moins que ? ( je sanglotte !)

Je suis peut-être le seul mais il m'arrive de m'embrouiller les pinceaux dans les poèmes et dans les poètes du XIXeme siècle, en particulier.

Si, comme moi, vous rechercher un ouvrage de référence et que vous êtes un tant soit peu bibliophile, vous vous attacherez à posséder une belle édition.

L'édition d'Eugène Borel est de celles-là.


Eugène Borel (1802 /1866) est un écrivain suisse dont je n'ai pas trouvé de biographie mais dont le nom pourrait être confondu avec un autre Eugène Borel, plus connu, avocat et homme politique suisse, de la même époque comme lui. Il semble avoir eu, pourtant, son heure de gloire puisqu'il s'est placé, lui-même, à côté de Victor Hugo dans ce florilège de poètes célèbres. Le titre de l'œuvre est d'ailleurs qualifié du terme de "Chrestomathie du XIXeme siècle " qui regroupe, par essence, les meilleurs des auteurs du siècle. L'éditeur nous en propose pas moins de 150, dont les plus célèbres bercent encore le souvenir de nos années d'études.


Lamartine : L'isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes,
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur…


Marceline Desbordes-Valmore : Les roses de Saadi

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir...


Sainte-Beuve : A Madame Victor Hugo

Un pur et chaste amour où l’ange peut descendre.…
Qui ne veut et n’aura rien d’elle que son cœur.
Tu n’as jamais connu, dans nos troubles extrêmes.
Caresse ni discours qui n’ait tout respecté ;
Je n’ai jamais tiré de l’amour dont tu m’aimes
Ni vanité ni volupté...


Charles Baudelaire : L'albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux...

Et vous ? Quelques vers ont marqué votre mémoire ? Pierre


BOREL (Eugène). Album lyrique de la France moderne (Chrestomathie du XIXème siècle). Stuttgart, Deutsche verlags-Anstalt, 1904, in-8. reliure en Demi-cuir et papier coloré, dos lisse décoré de motifs et de filets dorés, 4 faux nerfs estampés en creux, titre et nom de l'auteur en lettres dorées, tranche supérieure dorée, gardes en papier gris bleus rappelant les encadrements art-déco présents autout du texte de l'ouvrage. XVI, 426 pp. Dixième édition, avec 31 portraits, revue et remaniée par Marc-A. Jeanjaquet. Chaque page est décorée d'un encadrement art nouveau en bleu. Recueil de morceaux choisis de 140 auteurs classiques du XIXe siècle, dans une jolie reliure. Très bel état intérieur et extérieur. 48 € + port

12 commentaires:

Anonyme a dit…

La Villanelle de Théophile Gautier

Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux, nous irons, ma belle,
Pour cueillir le muguet aux bois;
Sous nos pieds égrénant les perles
Que l'on voit, au matin trembler,
Nous irons écouter les merles
Siffler.

Le printemps est venu, ma belle;
C'est le mois des amants béni;
Et l'oiseau, satinant son aile,
Dit [des]1 vers au rebord du nid.
Oh ! viens donc sur le banc de mousse
Pour parler de nos beaux amours,
Et dis-moi de ta voix si douce:
«Toujours !»

Loin, bien loin égarant nos courses,
Faisons fuir le lapin caché,
Et le daim au miroir des sources
Admirant son grand bois penché ;
Puis chez nous tout joyeux, tout aises,
En paniers, enlaçant nos doigts,
Revenons rapportant des fraises
Des bois.

Pierre a dit…

Alfred de Musset : Adieu !

Adieu ! je crois qu'en cette vie
Je ne te reverrai jamais.
Dieu passe, il t'appelle et m'oublie ;
En te perdant je sens que je t'aimais.

Pas de pleurs, pas de plainte vaine.
Je sais respecter l'avenir.
Vienne la voile qui t'emmène,
En souriant je la verrai partir.

Tu t'en vas pleine d'espérance,
Avec orgueil tu reviendras ;
Mais ceux qui vont souffrir de ton absence,
Tu ne les reconnaîtras pas.

Adieu ! tu vas faire un beau rêve
Et t'enivrer d'un plaisir dangereux ;
Sur ton chemin l'étoile qui se lève
Longtemps encor éblouira tes yeux.

Un jour tu sentiras peut-être
Le prix d'un coeur qui nous comprend,
Le bien qu'on trouve à le connaître,
Et ce qu'on souffre en le perdant.

Lauverjat a dit…

Musset toujours (1836):

Chanson de Fortunio

Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
Vous la nommer.

Nous allons chanter à la ronde,
Si vous voulez,
Que je l'adore et qu'elle est blonde
Comme les blés.

Je fais ce que sa fantaisie
Veut m'ordonner,
Et je puis, s'il lui faut ma vie,
La lui donner.

Du mal qu'une amour ignorée
Nous fait souffrir,
J'en porte l'âme déchirée
Jusqu'à mourir.

Mais j'aime trop pour que je die
Qui j'ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer.

Textor a dit…

Holà, les gars, reprenez-vous ! C'est le fait d'avoir laissé la voiture au garage faute d'essence qui vous déprime à ce point ? :)

"Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.



T

Pierre a dit…

Vous avez raison, Textor ! Le temps invite au spleen mais il ne faut pas en abuser ;-)) Pierre

Nadia L* a dit…

Soyons plutôt romantiques...



Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! Cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

P. Verlaine (1866)

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N'est-ce pas notre rêve à tous ?
Bonne journée Messieurs les bibliophiles...

Pierre a dit…

Merci, Nadia, pour ce rayon de soleil ! Pierre et beaucoup d'autres, je pense...

Jeanmichel a dit…

Nadia L, c'est pile poil celui que j'aurais choisi, mais j'aurais cru qu'il n'avait fait vibrer l'âme que des adolescents du sexe masculin.
Avec aussi sans doute la "Fantaisie" de Nerval (Il est un air pour qui je donnerais, etc.) ou quelque extrait d'un des poèmes en prose de Paul Fort, tel que : Du coteau qu'illumine l'or tremblant des genêts, j'ai vu jusqu'au lointain le bercement du monde, j'ai vu ce peu de terre infiniment rythmée me donner le vertige des distances profondes.

Textor a dit…

Je vois que nous avons tous été très marqués par le Lagarde et Michard !!

Pierre a dit…

Une référence qui est encore demandée en livres épuisés. Le succès ne trompe pas !

calamar a dit…

A Diane Salviati

Vous qui avez escrit qu'il n'y a plus en terre
De Nymphe porte-flèche errante par les bois,
De Diane chassante ainsi comme autres fois
Elle avoit fait aux cerfs une ordinaire guerre,

Voyez qui tient l'espieu ou eschauffe l'enferre,
Mon aveugle fureur, voyez qui sont des doigts
D'albastre ensanglantés, marquez bien le carquois,
L'arc et le dard meurtrier, et le coup qui m'aterre,

Ce maintien chaste et brave un cheminer accord :
Vous diriez à son pas, à sa suite, à son port,
A la face, à l'habit, au croissant qu'elle porte,

A son oeil qui domptant est toujours indompté,
A sa beauté severe, A sa douce beauté
Que Diane me tue, et qu'elle n'est pas morte.

Aggrippa d'Aubigné.
Trouvé dans "Sonnets d'amour", Paris, Compagnie des Arts graphiques, 1942, 21 gravures originales. Une belle anthologie...

Pierre a dit…

Cela me donne une idée ^^
Le livre des sonnets chez Alphonse Lemerre ( c'est sa semaine de promotion) Nous en ferons le tour demain !