jeudi 14 octobre 2010

" Notre cher Péguy " par les frères Tharaud avec envoi...


La grande question n'est pas de savoir pourquoi, à la fin du XIXeme siècle et au début du siècle suivant, il y a eu autant de frères qui ont écrit à quatre mains - et qui ont eu un succès notoire – mais de savoir pourquoi le principe du binôme familial a disparu aujourd'hui – nous parlons littérature, bien sûr !

C'est la réflexion pertinente que j'ai eu, ce matin, en trempant consciencieusement ma tartine de confiture dans ma tasse de café, nonobstant le fait qu'ayant un démarrage de réveil un peu long, cette dernière s'est trouvée complètement ramollie dans le fond de ma tasse quand j'ai trouvé la réponse à cette question.


D'abord les faits : Les Goncourts, les Rosny, les Tharaud, les Margueritte, les Loti ou les Richepin – le père et le fils – sont autant de cas qui sont venus étayer ma réflexion.

Ensuite la réponse : Tout simplement parce que la natalité française ayant chuté aux alentours de 1,78 enfant par couple au cours du XXeme siècle, il est devenu impossible aujourd'hui - mathématiquement parlant, j'entends - pour un éditeur de réunir les conditions d'un succès littéraire familial et fraternel ! Si vous avez d'autres réponses à me proposer…


Jérôme (1874-1953) et Jean Tharaud (1877-1952) s'appelaient, en fait, Ernest et Charles. C’est Charles Péguy qui leur donnera les prénoms de Jérôme et Jean, le fondateur et l’apôtre de l’évangile. Saint Ernest et Saint Charles étaient pas mal, non plus…. Ils font leurs études à Angoulême, puis à Paris. Jean devint en 1901 le secrétaire de Maurice Barrès, poste qu’il occupa jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ils vont pendant cinquante ans poursuivre une œuvre à quatre mains, signant toujours de leurs deux prénoms, le cadet chargé du premier jet, l’aîné, Jérôme, étant responsable de la mise au point. Ils voyagent dans de nombreux pays, la Palestine, l’Iran, le Maroc, la Roumanie, et ramènent de leurs voyages la matière de reportages et de livres.


En 1919, de retour d’un voyage au Maroc, ils sont séduits par le charme de la vallée de la Rance (chez moi) et acquièrent une demeure au Minihic. Ils y vécurent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle cette demeure fut occupée et malmenée par l’armée allemande. C'est pourquoi il n'est pas étonnant que cette lettre autographe qui donne son intérêt bibliophilique à l'ouvrage en deux volumes que je présente - et ces dédicaces - soient écrites pour un de leur ami de Bretagne. Jérôme Tharaud sera élu au 31e fauteuil de l’Académie française en 1938 et Jean Tharaud y sera élu en 1946.


Dans Notre cher Péguy, Jérôme et Jean Tharaud font revivre d’un pinceau délicatement humoristique les admirateurs enthousiastes que l’affection, l’admiration, une étrange atmosphère d’autorité magique et de poésie groupaient autour de lui. Ils nous racontent son existence précaire et presque balzacienne, ses soucis d’argent, son éternelle angoisse des échéances, ses courses à travers Paris, ses luttes, ses amitiés orageuses, ses ruptures, son optimisme persistant au milieu des déboires et des plus cruels ennuis… Ouvrage pour les inconditionnels de Charles Péguy, bien sûr… Pierre


THARAUD (Jérôme & Jean). Notre cher Péguy. Plon-Nourrit éditeur, Paris. 1926. Edition originale tirée sur papier Alfa. Deux volumes, petit. In-8°, 273 & 255 pp, reliure demi chagrin rouille à coins. Chiffre du propriétaire au coin supérieur du premier plat, dos à 4 nerfs, pièce de titre et auteur en lettres dorées. Couvertures jaunes imprimées conservées. Bel envoi manuscrit des auteurs. Ex-libris charmant. On joint une lettre personnelle de l'auteur au destinataire des ouvrages. 220 € + port

14 commentaires:

............................ Pierre Brillard a dit…

J'avais présenté cet ouvrage l'année dernière à un prix légèrement supérieur. Ne l'ayant pas vendu, j'ai baissé quelque peu mes prétentions financières, par ailleurs raisonnables...

Si vous attendez 10 ans, vous l'aurez pour le prix d'un livre de poche ! Pierre

Pierre Brillard a dit…

Je fais des essais de présentation avec des résultats plus ou moins réussis comme vous le voyez...

Nadia L* a dit…

Bon, vous êtes passé de Pierre tout court à Pierre Brillard... pas mal. Ca complète bien le libraire.

Mais tout de même... sacrifier une si bonne tartine à la cause mathématique ! est-ce bien raisonnable ?

Pierre a dit…

Je dois reconnaitre que de passer de Pierre à Pierre Brillard peut paraitre une avancée technique dérisoire pour un néophyte mais c'est comme çà que les grandes découvertes se sont déroulées ;-))

Si vous regardez bien la présentation du premier commentaire (..... Pierre Brillard), et celle du 2eme (Pierre Brillard), vous voyez apparaitre mon patronyme alors que je souhaitais simplement le voir apparaitre sur ma carte de visite ! C'était mieux avant.

Je suis meilleur en mathématique pure ! Pierre

Pierre a dit…

Parce que c'est le genre de facétie qui me fait sourire quand je l'écris... Loti n'avait pas de frère écrivain ;-))

Anonyme a dit…

Me viennent à l'esprit les soeurs Bronté ou plus proches de nous les soeurs Benoite et Flora Groult("Journal à quatre mains"). Thomas Mann et son fils aîné Klaus Mann ou Pierre Loti et son fils Samuel Viaud-Loti n'ont pas écrit ensemble mais étaient des écrivains 'chacun de leur côté'.Il est certain que si l'on prend le temps de fouiller un peu l'histoire de la littérature on trouverait d'intéressants exemples d'écriture fraternelle. Je viens d'achever la lecture du journal des frères Goncourt et je n'y ai pas pris grand plaisir, cela m'a juste amusée d'apprendre que les frères Goncourt partageaient tout, même et surtout leurs maîtresses. Ca c'est fraternel!
Aimée

Pierre CHALMIN a dit…

Erckmann-Chatrian (Emile Erckmann, 1822-1899 et Alexandre Chatrian, 1826-1890), un autre couple littéraire, non pas fraternel mais amical.
Pour en revenir à "Notre cher Péguy", l'ouvrage vaut aussi par la description des grandes préoccupations intellectuelles chez des jeunes gens passionnés, normaliens pour la plupart, au moment de l'Affaire. Les souvenirs des frères Tharaud sur Barrès sont également à lire, et en général tous leurs livres — je les ai lus ! —, même si on peut déplorer qu'ils exploitent parfois un matériau de seconde main, comme lorsqu'ils s'attachent à l'histoire des Juifs d'Europe centrale, et omettent de signaler qu'ils tiennent leurs renseignements de Moïse Twersky (qui signa avec André Billy un remarquable roman, "Le Fléau du savoir", réédité en 2006 par Les bons caractères).
Enfin, et pour en revenir à votre propos, si on s'attache aux traditions familiales d'écriture, rien n'a changé : Claude était fils de François Mauriac, Alexandre Jardin est fils de Pascal, Yann Queféllec d'Henri, Justine Lévy de Bernard-Henri, le fils de Frédéric Dard poursuit l'œuvre de son père, etc.

Pierre a dit…

J'avais pensé aux frères en oubliant les sœurs... Merci à Aimée de nous le rappeler. Je crains le népotisme - littéraire, entre autres - considérant que le talent n'est ni contagieux, ni héréditaire.

Il doit y avoir des exceptions. Pierre

Pierre a dit…

Le " cher Péguy " des frères Tharaud était un sémite convaincu et le nébuleuse normalienne qui l'accompagnait ne pouvait pas être indifférente à l'affaire Dreyfus. Les frères Tharaud, quant à eux, ont abordé l'histoire du peuple juif, en bons catholiques du début du XXeme siècle... Je ne connaissais pas la référence à Moïse Twesky.

Vous avez raison de préciser, Pierre, que les enfants copient les parents quand ces derniers sont célèbres. A qui la faute ?

Textor a dit…

Les frères Karamazov, Fiodor et Dimitri ! J'ai bon ?

Pierre a dit…

Oui, le fils ressemble souvent au père... Encore faut-il que celui-ci soit irréprochable ! Ne le dites pas à mes enfants mais j'aurais aimé qu'un des miens me succède, sinon comme vétérinaire mais au moins comme libraire. J'attends, avec patience, qu'un d'eux rate sa carrière professionnelle ;-)) Pierre

Nadia L* a dit…

Ah bravo !


Enfin, espérons qu'au moins, voyant l'épanouissement qui est le vôtre depuis que vous cotoyez les pages des livres, et non plus les poils des animaux, ils seront interpelés plus que quand vous rentriez déjeuner, le midi (est-ce que la blonde fournisseuse de bière/frites existait déjà ?), en râlant après tous ces propriétaires d'animaux mal élevés !

Pierre a dit…

Les animaux étaient bien élevés ;-))
En plus, j'avais l'impression d'être utile. Aujourd'hui, je ne sers plus à grand-chose mais cela me convient... Pierre

Nadia L* a dit…

Je ne parlais pas des animaux !

(et je ne relève même pas le fait que vous prétendiez ne plus servir à grand chose).