jeudi 11 avril 2013

Les grandes " petites critiques " de Jules Janin...


Quand Jules Janin fait une critique d'une œuvre de Victor Hugo, on se régale à l'avance, mais on se dit qu'il devait avoir quand même quelques scrupules à égratigner un contemporain plus grand que lui…


Dans cet exemplaire grand papier que je propose aujourd'hui à la vente, c'est le texte critique du dernier jour d'un condamné qui m'a interpellé. Quelle présentation ! A se demander si ce résumé (c'est ainsi qu'il rédige son billet) n'est pas meilleur  que l'œuvre originale…


J'ai eu la chance (ou la malchance) d'assister à une représentation (une interprétation) de cette œuvre au théâtre. Le narrateur, caricature des poètes maudits du Montmartre d'après guerre,  nous la joua dans un registre "hyper-pathos" avec effets de manche, envolées lyriques, cris, pleurs et chuchotements qui nous ont fait espérer, un moment, une sentence anticipée.

Voici le texte de Jules Janin :
C'est pour aujourd'hui ! Le geôlier de la prison l'a salué en entrant, le directeur l'a appelé Monsieur ; toutes ces politesses sentent la mort […]. Alors, on le fit entrer dans la chambre où les condamnés attendent l'heure. " Que voulez-vous ? dit le guichetier. – Un lit de sangle ", répondit-il, et qui semblait dire " A quoi bon ? ". Il s'endort, son rêve est doux et riant. Il rêve à ses jeunes amours, il rêve de son jeune enfant ; il revient au temps de ses plaisirs de college, au temps de ses emportements de folâtre jeune homme ; il a des amis et une vieille mère !... Puis il se réveille. Malheureux ! Il est presque mort ! […]


Puis on lui amène sa fille." Marie, lui dit-il, ô ma petite Marie – vous me faites mal Monsieur ", répond la pauvre enfant. Il n'y a qu'un an, elle l'appelait son père […] A cette précaution horrible, au saisissement de l'acier qui touchait sa peau, ses coudes ont tressailli ; il a tremblé et le valet du bourreau s'arrêtant : " Monsieur, dit-il , pardon ! Est-ce que je vous ai fait mal ? ".


Une espèce d'estrade, en bois rouge, avec deux grands bras et quelque chose de noir au-dessus. Au pied, un escabeau rouge aussi, mais d'un rouge plus foncé et plus acre ; dans le coin, le reste de la chandelle avec laquelle on avait graissé la rainure.

Voilà tout le roman de M. Victor Hugo. […] Préservez-nous d'une vérité si nue…


Sans avoir de notables tendances morbides, je me suis parfois demandé à quoi je penserais, les heures qui précèdent la mort,  si l'on me permettait d'en connaître exactement l'échéance. Cette occasion est assez rare pour qu'on puisse l'envisager avec sérénité. Des regrets ? Peut-être… Pierre


JANIN (Jules) – LALAUZE (Adolphe). Petite critique. Œuvres diverses publiées sous la direction de M. Albert Fizelière. (deuxième série). Œuvres de jeunesse tome IV. Paris, Librairie des bibliophiles, imprimerie D. Jouast, 1883. Un volume in-12 broché. Grand papier sur papier de Hollande n° 76. 2eme série des oeuvres de jeunesse de Jules Janin en 5 volumes, en partie originale. Contient nombre de critiques littéraires, historiques et dramatiques. Une eau forte de Lalauze gravée par Salmon en frontispice. Brunissures sur les témoins, couverture frottée, intérieur très frais sans rousseurs.  55 € + port

4 commentaires:

Pierre a dit…

Je peux envoyer la table des matières, bien évidemment. Pierre

Pierre a dit…

On m'informe que je surfe sur l'actualité puisque le thème vient d'être mis en scène pour l'opéra sur un livret de Badinter. Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Badinter,à son âge, avoir encore les chevilles qui enflent, c'est ignorer que son insuffisance cardiaque va bientôt mettre fin à sa suffisance.

Pierre a dit…

En général, à l'opéra, quand le ténor meurt, il peut mettre encore une heure à chanter ;-))

Les plus résistants font même des duos avec la soprano... Pierre