vendredi 11 novembre 2011

Le guide rouge de Verdun et de ses champs de bataille. Images d'après-guerre.

Une pensée pour le million de poilus tombés au champ d'honneur et pour les 8 millions de morts qu'a fait cette première guerre mondiale. On aimerait que cette commémoration ne soit pas un tremplin, une tribune pour les opposants ou les militants politiques de tous bords ! Et puis non…


" Tous des cons ! " aurait dit Céline qui s'y connaissait, lui aussi, avec la connerie humaine. Bien sûr, il faudrait qu'il n'y ait plus de guerre ; bien sûr, il faudrait que les gentils soient heureux et que les méchants meurent – ah, non ! Qu'ils aillent tous en prison. Quel programme !


Violence : A peine faites-vous une faute de conduite ou encore moins, un regard à la sortie d'une boite de nuit, une pensée qui dérange et l'on vous fait un bras d'honneur, on vous insulte, on se bat avec vous. Et des fois, vous trouvez ça normal. Et des fois, vous vous battez aussi…


Et vous voudriez quoi ? Ne pas être un exemple ? Tiens ! Une lettre du front pour vous indigner. C'est très à la mode de s'indigner… Pierre


Karl Fritz, caporal. Argonne, le 16 Août 1916

Chers parents et chères sœurs,

Le 2, à Saint-Laurent, nous avons entendu le signal de l'alerte. On est venu nous chercher avec des véhicules, et on nous a amenés jusqu'à quelques kilomètres du front de Verdun. [...] Vous ne pouvez pas avoir idée de ce qu'on a vu là-bas. Nous nous trouvions à la sortie de Fleury, devant le fort de Souville. Nous avons passés trois jours couchés dans des trous d'obus à voir la mort de près, à l'attendre à chaque instant. Et cela, sans la moindre goutte d'eau à boire et dans une horrible puanteur de cadavres. Un obus recouvre les cadavres de terre, un autre les exhume à nouveau. Quand on veut se creuser un abris, on tombe tout de suite sur des morts. Je faisais partie d'un groupe de camarades, et pourtant chacun ne priait que pour soi. Le pire, c'est la relève, les allées et venues. A travers les feux de barrages continus. Puis nous avons traversé le fort de Douaumont, je n'avais encore jamais rien vu de semblable. Là, il n'y avait que des blessés graves, et ça respirait la mort de tous les côtés.


En plus, nous étions continuellement sous le feu. Nous avions à peu près quarante hommes morts ou blessés. On nous a dit que c'était somme toute assez peu pour une compagnie. Tout le monde était pâle et avait le visage défait. Je ne vais pas vous en raconter davantage sur notre misère, je pense que ça suffit. Nous étions commandés par un certain adjudant Uffe. On ne l'a pas vu. Mais le Seigneur m'est venu en aide. Là-dessus, nous sommes repartis pour Spincourt où on nous a chargés sur des véhicules à destination de Grandpont, puis nous sommes revenus en deux jours à nos positions devant Chapelle, où nous sommes maintenant un peu mieux installés. Je vais écrire à Guste. Je vous embrasse de tout coeur et vous recommande à Dieu. Votre fils et frère reconnaissant. Karl


COLLECTIF. Le Guide Rouge de Verdun et de ses champs de bataille.Verdun, chez Fremont & Fils, sd (1920). Format in-12. Ouvrage réuni par deux solides agrafes non oxydées, couverture illustrée. Publicités aux contre-plats. Cahiers bien solidaires. 112 pages. Nombreuses illustrations et photographies. Livre en bon état. Vendu

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Très émouvant, cette lettre.
S.

pascalmarty a dit…

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'joindre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pi-i-le.
Mais c'est bien fini, on en assez,
Personne ne veut plus y aller.
Et le cœur bien gros,
Comme dans un sanglot,
On dit adieu aux civ'lots.
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là.


Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes !
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'il faut laisser sa peau.
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés.


(Un petit extrait de la Chanson de Craonne. J'ai dû m'emmêler un peu dans les paroles mais vous me pardonnerez.)

Anonyme a dit…

Le pire de tout c'est qu'en face étaient les mêmes, et peut-être plus dégoûtés encore.
Erich Maria Remarque, s'il eût été Français, aurait pu écrire "A l'Est rien de nouveau" en ne changeant que les noms des hommes.

Jean-Michel

Pierre a dit…

Je crois être assez réaliste sur la nature humaine pour admettre notre capacité individuelle à pratiquer, par besoin, par envie ou par zèle, des actes de barbarie. Il y a évidemment des chefs qui peuvent nous y contraindre... Cela me déprime mais ça va !

Par contre, je déteste entendre les discours angélistes * Cela m'énerve car là est - cela n'engage que moi - la vrai manipulation. Cette horrible guerre est arrivée parce que tout le monde le voulait bien, au moins au départ. Pierre

* Les gens sont foncièrement bons. Tout est la faute de la société, des généraux, des politiques et des riches

Anonyme a dit…

Et c'est même pour ça qu'on a tué Jaurès, cet empêcheur de fleur au fusil.

Jean-Michel

sandrine a dit…

Bonjour,
C'est sérieux, ici.
Dans l'angélisme, il y a une grande part d'immaturité et d'irresponsabilité, ou pire d'adhésion tacite à cette idée qu'il y a les bons et les mauvais humains. Une excuse à la couardise devant l'acceptation de la lacheté.
C'est tellement plus facile de trouver des boucs émissaire. Il faut être Grand pour accepter sa part de responsabilité, même toute petite. Ou inconscient devant la floppée de gens qui cherchent des boucs émissaire.
Mais en même temps, on ne choisit pas l'endroit et l'époque de notre naissance, et on est bien obligé de s'en remettre à des gouvernants pour avoir la paix.... Des gouvernants qui méritent leurs salaires (et qui oublient que c'est la base qui les a portés).
Sauf quand ils dévient de la ligne.
La grosse Bertha ne suffirait même pas à remettre de l'ordre.
Moi, j'aime bien être de la base pour garde un recul suffisant, et voir que l'époque a changé quand même parce que, malgré tout, les garde- fous contre ce type de guerre sont bien en place. Le monde s'indigne devant tout acte de barbarie, dans une grande majorité.
On torture encore pas mal, ici ou là, dans le monde... Mais cela va venir, l'amour et la justice pour tous.
Chacun sa ... pierre à cet édifice.

Bonne journée,
Bien à vous, Sandrine.

pascalmarty a dit…

Ouais… je sais pas si les garde-fous sont en place mais rien qu'avec le Cambodge, le Rwanda et l'ex-Yougoslavie, ça fait combien de millions de morts en plus, déjà ?
Il n'y aura plus de guerres le jour où l'être humain accédera au statut d'être civilisé. Et je crains bien que nous ne soyons pas près de voir ça. D'où l'intérêt d'enseigner l'histoire : ça finira peut-être par porter ses fruits.

Bertrand a dit…

Ah l'angélisme ...

Le premier livre de la Bible établit que c'est Dieu qui a crée les humains "hommes et femmes". Dieu a ensuite estimé que tout ce qu'il avait fait était "très bon". (Genèse 1:27,31, Bible de Maredsous)

CQFD

B.

Pierre a dit…

Dieu a fait l'homme à son image et puis après... Il ne peut être responsable de tout quand même ;-))

J'ai, par le passé, pensé que les femme pouvaient, seules, sauver l'humanité (moins agressive, moins violente, moins avide) mais depuis qu'elles sont l'égal de l'homme tout est à refaire... Pierre

Anonyme a dit…

Ce n'est pas un bon critère en effet. :-)
Le mien paraît plus fiable, ayant toujours considéré que l'humanité ne saurait être sauvée tant qu'il y aurait des amateurs de football.

Jean-Michel

sandrine a dit…

C'est un peu comme la phrase de Jung: Changez l'individu et vous changerez la société, vous changerez la démocratie, aussi;
(Enfin, en substance, cette citation.)
Vu que c'est une majorité d'hommes au pouvoir, mettez des femmes et, je ne suis pas sûre que ce sera mieux, mais plus en douceur.
Quant à Dieu, je pense que c'est une femme qui s'est laissée déborder par son altruisme, et qui a fait confiance à son homme, ( ou ses, peut- être?, allez savoir!).
Elle a donc inventé un tas de subterfuges pour faire porter la responsabilité aux hommes.
Et les pauvres femmes ont essayé de se defendre comme elles pouvaient.
Et voilà, j'azi réussi à me mettre à dos les croyants, les pas croyants, les femmes, les hommes et tout ça, en 10 lignes.
;-))
Voilà, vous voulez la révolution et du changement, mettez des femmes aux postes clés.

Bien à vous,
Sandrine.

Pierre a dit…

C'est un signe. Il y a de plus en plus de femmes supporters... Notre salut vient peut-être de la pérennité des conflits. J'ai remarqué que les périodes d'après-guerres sont souvent des belles-époques ! Pierre