lundi 21 novembre 2011

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Traités d'économie domestique à l'usage des épouses...

Quelle n'a pas été ma surprise, ce matin, en ouvrant la porte de la librairie de Pierre de constater que celui-ci s'était enfermé à l'intérieur de sa boutique ! Il était à sa table de travail, les bras croisés sur un livre ouvert, la tête lovée dessus et dormait d'un sommeil lourd. D'autres gros livres encadraient son visage juvénile. Quelques sanglots plaintifs s'échappaient de ses lèvres tremblantes et ses yeux rougis par les larmes montraient le triste spectacle d'un homme visiblement trahis par une femme… J'ai voulu en savoir plus. Pour le consoler car c'est un ami, pour vous instruire car vous êtes ses clients. J'ai donc tiré délicatement l'ouvrage à moi sans le réveiller et c'est dans le silence apaisant d'une boutique encore vide, que je vous livre ici le sujet de son ressentiment.

Il y a des lectures qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains. Des êtres sensibles un peu naïfs, un peu crédules manquent de recul pour juger du passé et pour admettre que leur existence n'est manifestement pas à la hauteur de leurs aspirations ou de leurs attentes. Ces traités d'économie domestique pour la ménagère édités au milieu du XXe siècle sont de ceux là. Les temps changent voilà tout, et il faut que Pierre l'admette un jour… Je sais ! On va encore dire que je profite du malheur de notre infortuné libraire pour promouvoir devant vous des idées passéistes, que je brode, que j'invente, que j'exagère, que tout ceci n'est qu'affabulations… Je ne fais que recopier ce qui est écrit, je vous l'assure. Si vous ne voulez pas me croire, il vous suffit d'ailleurs d'acheter les ouvrages que je vous présente aujourd'hui ;-))

En voici quelques extraits pris au hasard :

Chère Madame, faites en sorte que le souper soit prêt à son retour. Préparez les choses à l'avance, le soir précédent s'il le faut. C'est une façon de faire savoir à votre époux que vous avez pensé à lui et que vous vous souciez de ses besoins. La plupart des hommes ont faim lorsqu'ils rentrent à la maison et la perspective de ce repas les rendra de fort belle humeur pour le reste de la soirée. Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d'être détendue lorsqu'il rentre. Retouchez votre maquillage, soyez fraîche, pimpante et avenante comme un rayon de printemps ! Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de travail. Soyez attentive à ses soucis et faites mine de vous intéresser à sa conversation même si vous ne comprenez pas très bien de quoi il en ressort.


Au moment de son arrivée, éliminez tout bruit de machine à laver, de séchoir à linge ou d'aspirateur. Encouragez les enfants à être calmes. Accueillez le avec un sourire chaleureux et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire. Souvent les épouses aimantes préparent un apéritif à leur époux afin que celui-ci puisse se désaltérer en regardant la télévision. Il se peut que vous ayez des choses importantes à lui dire mais faites en sorte qu'elles ne lui gâchent pas sa soirée. Ne vous plaignez pas s'il est en retard à la maison pour le souper ou même s'il reste dehors toute la nuit. Considérez cela comme mineur par rapport à tout ce qu'il a pu endurer dans la journée. Proposez-lui de se reposer ou même de s'étendre dans la chambre à coucher. Arrangez lui l'oreiller et enlevez-lui ses souliers. Parlez d'une voix douce et apaisante. Ne lui posez pas de questions et rappelez-vous qu'il est le maître du foyer et qu'en tant que tel, il a droit à tous les égards et toute la confiance qu'on doit à sa lourde charge.


Lorsqu'il a fini de souper, votre mari vous proposera sûrement de débarrasser la table à votre place. Déclinez son offre fermement car il risquerait de se sentir obligé de la répéter par la suite et après une longue journée de labeur, il n'a pas besoin de travail supplémentaire. Encouragez-le plutôt à se livrer à ses passe-temps favoris sans pour autant empiéter sur ses domaines de compétences. Un époux bibliophile pourra, par exemple, se retirer dans sa bibliothèque. Si vous avez, vous-même, des petits passe-temps insignifiants, il n'est peut-être pas nécessaire de l'ennuyer avec tout ça. Une fois que vous êtes tous les deux retirés dans la chambre à coucher, préparez-vous à vous mettre au lit aussi promptement que possible. Assurez-vous une dernière fois d'être à votre meilleur avantage ; soyez avenante sans être aguicheuse ; soyez prévenante tout en étant soumise… Il est important de vous rappeler vos vœux de mariage et en particulier votre obligation de lui obéir. S'il estime qu'il a besoin de dormir immédiatement; qu'il en soit ainsi !


Si votre mari suggère l'accouplement, acceptez le alors avec humilité tout en gardant à l'esprit que le plaisir d'un homme est plus important que celui d'une femme. Un petit gémissement à la fin du devoir conjugal est souvent apprécié par l'époux qui sait ainsi quand l'ébat est terminé. S'il suggère des pratiques moins courantes, montrez-vous obéissante et résignée mais indiquez-lui votre éventuel manque d'enthousiasme en gardant le silence ; il est ainsi probable que votre mari s'endorme rapidement pendant la phase de préliminaire. Vous pouvez alors remonter le réveil afin d'être debout peu de temps avant lui, le matin. Il n'est pas, en effet, de plus bel hommage à la femme que le sourire d'un époux à qui on amène son petit déjeuner au lit, le matin...


De tels ouvrages peuvent légitimement heurter la sensibilité d'un homme confronté à la dégradation de la condition masculine, vous en conviendrez. Ils sont comme le témoignage d'une époque révolue… Votre dévoué. Philippe Gandillet


COLLECTIF (CHANCRIN, FAIDEAU). Larousse ménager. Larousse, 1949. Fort volume in-4°, reliure plein basane verte à décor gaufré et titre doré. Jaquette. Très nombreuses illustrations, dont 20 planches en couleur (fleurs, fruits, plumes, meubles...), 1278 p. Véritable encyclopédie ménagère avec tout ce que devait connaître la parfaite ménagère des années 40-50 : Reconnaître des abats, les champignons et les styles régionaux, savoir faire pousser des asperges tricoter une layette complète, monter sa batterie de cuisine (charmant schémas), la fabrication du beurre, préparer un encaustique, prévoir le temps, brider un poulet, toutes sortes de recettes pour régaler sa famille. Ensemble en très bel état. Vendu

COLLECTIF (BRETON Paul). L'art ménager français. Flammarion, Paris 1952. Cartonnage éditeur fort in-4, pleine percaline bleue, titre doré sur dos et 1er plat. Sous jaquette. 1304 pages. Publié sous la direction de Paul Breton. Collaborateurs : Chauvin, Cordillot, Dedeban, Delaveau, Febvre-Desportes, Lechaud, Lemonnier, Mereau, Chavance, Déribée, Faucher, Fressinet, etc. Nombreuses illustrations en noir et en couleurs. Manifeste de l'art ménager. S'abriter. Se loger. S'éclairer. Se chauffer. Se laver. Préparer les aliments. Consommer les repas. Nettoyer l'habitation. Entretenir le linge. S'habiller. Elever les enfants. Se protéger. Diriger la maison. Ensemble en très bel état. 65 € + port

COLLECTIF (CHANCRIN, FAIDEAU). Larousse ménager. Larousse, 1926. Fort volume in-4°, reliure demi basane verte à décor estampé et titre doré. Plat en percaline gaufrée. Très nombreuses illustrations, dont 2112 gravures, 56 tableaux, 27 planches HT en noir, 20 HT en couleur et une planche découpée (fleurs, fruits, plumes, meubles...), 1259 pages. Véritable encyclopédie ménagère avec tout ce que devait connaître la parfaite ménagère des années 30 :. Ensemble en très bel état. Vendu

COLLECTIF (DOLLADILLE Charles). Encyclopédie ménagère 2 tomes. Paris, Quillet éditeur, 1958. Reliure percaline gaufrée éditeur vert empire. Illustrations et photographies. Tome I: La famille-Les lois sociales-les relations avec les services publics et les entreprises privées- Les relations avec la société- Le savoir-vivre - Les enfants- L'habitation - Les jardins - Les animaux - le bricolage. Tome II : L'alimentation - Textiles et tissus - Linge de maison - L'habillement - Travaux manuels féminins - Tenue du ménage – Hygiène - Soins d'urgence - Soins de beauté - Loisirs vacances jeux sports. Ensemble de deux tomes en très bel état.Perdu

20 commentaires:

Bertrand a dit…

C'est dans ces moments là qu'on se rend compte à quel point la condition de la femme a reculé en à peine 50 ans ! (sourire - aïe pas la tête !!)

B.

Anonyme a dit…

Ces livres sont toujours passionnants à feuilleter, ils renseignent sur une époque. Ma mère en possédait trois très beaux, qui sont restés dans un état impeccable car elle me les a cédés sans les avoir lus...
Je suis moins sûr de l'histoire de la télé ; aux époques de l'édition des livres elle n'était pas encore entrée à ce point dans les habitudes des ménages pour qu'on prenne l'apéritif en regardant distraitement l'écran.
Pour le reste, Jean Ferrat le chantait naguère, sur une très belle musique : "Et si votre époux glacé de colère / Eperdu d'amour et fou de désir / Vous criait un jour "On dirait ta mère !" / Ce beau compliment devrait vous réjouir, / Une femme honnête n'a pas de plaisir."

Jean-Michel

Anonyme a dit…

Oui ! Pour la télé, j'ai peut-être extrapolé. Mais pour le reste... Ph Gandillet

calamar a dit…

un peu exagéré peut-être ? à peine... j'ai un traité d'école ménagère, de 1950, qui contient en gros ce genre de discours.
Je me souviens d'une remarque :
"si votre époux rentre tard après être passé au café, en ayant trop bu, ne lui faites pas la tête, mais accueillez-le avec le sourire : sinon cela ne pourrait que l'inciter à retourner au café".

Anonyme a dit…

Bonjour,
Armée de ma boite de chocolat " Mon chéri", que j'engloutis à chaque ligne lue, avec un café, je ne me demande plus pourquoi il y a autant d'indignées.gnées. gnées.
Par ailleurs, je crois que cela doit correspondre à la génération de ma mère dont en digne fille rebelle, et par resistance militante, j'ai juré de ne jamais copier.
Oh! Grand Merci M. Gandillet de nous refaire découvrir ces illustres documents d'époque Mammouth et de balai aspirateur économe et utile à toute ménégére, arnachée de son fichu et de son caddie.
On devrait l'encadrer en fronton au dessus des écoles et dire :
Plus jamais ça!

Un chocolat, une gorgée de café..

Et pourtant je suis une parfaite femme d'intérieure, doublée d'une maman travailleuse.
Mais bon, se voir ainsi priée d'être avenante et non aguicheuse...
C'en est trop.

un chocolat, une gorgée de café...

Gnan. je pars devant trop de souffrance féminine endurée depuis des siècles. Heureusement que nous avons du caractère et de l'humour.
Bonne journée, quand même,
bien à vous,
Sandrine.

Nadia a dit…

Ce qui me navre, dans tout ça, n'est point de lire des témoignages et recommandations d'une époque surannée, mais de connaître certaines femmes (heureusement peu) qui sont encore dans ce schéma là, accourant au moindre désir, se pliant en quatre (faut être souple) et servant, se levant pour lui à table, faisant tout à la maison... bref, je n'ai pas été jusqu'à sonder leur couche, j'espère qu'au lieu d'un soupir à la fin de l'acte, elles poussent au moins de grands beuglements de plaisir !

Anonyme a dit…

Vive la libération féminine ET sexuelle, quand même!
S.

Bernard a dit…

Des millions de femmes dans le monde vivent un quotidien équivalent ....ou pire, malheureusement.

Pierre a dit…

Sandrine et Nadia,

Je n'en attendais pas moins de votre part et j’apprécie à leur juste valeur la modération de vos commentaires. Vous vous doutiez peut-être que Ph Gandillet avait un peu fabulé ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Nous mesurons notre chance, alors, de pouvoir nous exprimer comme nous le faisons, aussi librement.
Mais, si nous avons gagné une bataille*, la guerre est loin d'être terminée.
;-))

*ndlr/ de polochons, bien sûr.

Bien à vous,
Sandrine.

sebV a dit…

Ça devait être quand même sympa d'être un homme avant les années 60...
Allez hop je retourne à mes casseroles, Mme va bientôt rentrer.

Pierre a dit…

C'est un point de détail mais utile pour les éventuels acheteurs de ces magnifiques volumes d'économie ménagère : Je ne trouve pas trace des extraits de Ph Gandillet. Bizarre... Vous avez dit "bizarre" ? Pierre

Anonyme a dit…

Un livre à brûler !!! Quel est le libraire qui va oser le vendre ?
Allez hop au lit et avec le sourire ... pour plaire ou pour déplaire ?
Humour humour ...
Isabelle

Anonyme a dit…

C'est amusant car si Philippe Gandillet ne l'a pas lu dans le livre présenté mais en a rêvé,le ton et la nature des conseils ressemblent étrangement à ce qu'on peut lire dans le manuel de savoir-vivre de Berthe Bernage (1928) dont un exemplaire ne quitte pas mon chevet et dont je lis tous les soirs un extrait choisi à Textorinette, sans grand succès, je dois dire (pour l'instant)
Textor

Anonyme a dit…

Merci, cher Monsieur Gandillet, de nous rappeler si aimablement nos devoirs
Thérèse, ménagère

Nadia a dit…

Un collectif de ménagères pas désespérées se met en marche...

sebV a dit…

...pour aller faire les courses ?

Bertrand a dit…

le ménage ? (ok je sors)

B.

christophe a dit…

Merci Maitre Gandillet d'avoir dépoussieré le conte de fée.

Ce récit est prometteur: un conte pour homme grisonnant qui n'a pu se mettre dans la peau de toutes ces princesses qui ont trouvé leur beau prince, riche et aimant.

Je contacte de ce pas Walt Disney pour les mettre en contact avec vous. Un film utilisant les technologies les plus modernes avec un scenario destiné aux plus de 40 ans, vivants encore en couple, csp+, est promis à un bel avenir.

Je souhaite lire votre prochain billet sur les voeux de nouvel an. Attention au risque chic&choc.

Christophe

Anonyme a dit…

Souvent absentes du récit, les fées, ne suffisent pas à définir le conte de fées. Ici, les fées sont omniprésentes, indispensables et vénérées comme telles ;-)) Ph Gandillet