mercredi 28 mai 2014

La boutique telle que vous la découvrirez si vous faites un tour par Tarascon, cet été...


Un petit coup de rafraichissement de peinture, quelques filets dorés en encadrement de devanture… Investir dans de l'agencement plutôt que dans des livres est-il vraiment judicieux ? Je vous pose la question.


La boutique du libraire
est un lieu où il imprime sa marque particulière, et qui est fait à sa ressemblance morale et physique. Moi, c'est plutôt ordre et facétie ! C'est un salon où il profite de sa vie intellectuelle, où il jouit de la vie sociale dans sa plus haute expression : Amitié, sympathie, intelligence et séduction. Il y met un peu des souvenirs de son bonheur familial, de sa tendresse paternelle et conjugale.


C'est un peu le saint des saints où les gens superficiels supposent qu'il se complait dans l'admiration de la perfection de ses livres comme quelque Boudha du ciel hindou et où d'autres s'imaginent qu'il s'adonne aux pratiques de la sorcellerie pour rester aussi étonnamment jeune dans un lieu tourné vers le passé. ..


Qu'il s'arme là pour des combats de vanité entre confrères ou qu'il y lutte pour un bonheur tout simple en défendant ses livres contre les attaques du temps et la maladresse des ignorants, ce lieu le révèle tout entier. Il est parfois luxueux et peut, cependant, rester désert comme une pensée de jeune fille ; ou simple et témoigner pourtant d'une grande richesse dans la qualité des ouvrages. J'alterne les genres, pour ma part.


Ici, pas d'ornementation tapageuse qui attire le regard de bibliophiles égarés par le désir des reliures flamboyantes ! Ou si peu…  Je n'ai pas souhaité bâtir autour de moi un sanctuaire où règne de fausses idoles ou des mensonges hardis.  Simplement quelques idées qui peuvent rendre une boutique susceptible de détourner les regards du client, des imperfections des lieux. Ce n'est pas mentir que de faire ainsi. On n'est pas obligé de montrer ses défauts. Sur ce point, il faut d'ailleurs rappeler que l'homme aime à être trompé et il a raison. Qu'est-ce que la vie sans quelques illusions ?


Au temps anciens, les libraires qui se livraient au commerce du beau livre faisaient peindre par Watteau, Boucher ou Fragonnard  le cabinet où ils recevaient leurs clients. Aujourd'hui, on n'oserait exposer des fresques aussi délicates aux regards des clients de passage. A cela, deux raisons qui tombent sous le sens : Tout d'abord, il est de notoriété publique que ces peintres ont vu leur cote monter si haut qu'ils sont inabordables à l'achat pour le simple boutiquier : la deuxième raison, plus triviale, résulte du manque d'espace dans ma boutique ! Quelques petites lithographies aquarellées font l'affaire.


J'ai aussi évité de recouvrir les rayonnages de petits bibelots, certes charmants, mais qui empêchent le client de se saisir des ouvrages à la vente – tout livre touché, chez moi, étant un livre acheté.  Du plafond tombent des objets insolites comme une cage à oiseaux, divers mobiles plus ou moins encombrants et les affichettes indiquant le thème de chaque étagère.  


J'avais pensé à installer des lustres dont on aurait pu allumer, à l'ancienne, des bougies quand viendrait la pénombre. Ces chandelles, qui sont cependant installées en imposte, ne sont jamais allumées – nous sommes dans une librairie, je ne l'oublie pas !


Pour le reste, je vous laisse choisir les ouvrages qui doivent disparaitre de mes rayonnages ! Il ne tient qu'à vous de modifier ma décoration. Pierre

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Très beau, Pierre ! Dorure à la feuille d'or, je suppose ?
Un peu de décorum ne nuit pas, même si le bibliophile est surtout intéressé par les livres.
Dommage que je sois trop loin, j'aimerais m'y recueillir en bonne compagnie.

René

Pierre a dit…

Je ne l'ai pas mentionné dans l'article mais j'ai installé une petite succursale dans l'estaminet d'en face qui me sert le café serré le matin et le demi-panaché les soirs de canicule (début février à fin novembre)...

Il m'arrive donc de laisser la boutique fermée pour quelques instants afin de discuter avec les clients de passage ! Pierre

CHARLES a dit…

Une belle boutique et de beaux livres... que faut-il de plus pour séduire le client...
Ne manquerons pas de venir voir ce petit bijour lors de notre prochain passage en Provence...
Charles LECLERCQ
Librairie EQUINOXE

Cartonnages Romantiques a dit…

Pierre,
Tu peu être fier de ta boutique, à juste titre. Tu as créer un univers sobre mais bien sympathique. Des ouvrages alignés, avec ci et là quelques titres affriolants. L'été arrive et je vais venir un peu pour le demi panaché et beaucoup pour le plaisir de voir tes dernières trouvailles.

Hugues a dit…

Si cela n'est pas le bonheur, ça y ressemble beaucoup!
Hugues

Pierre a dit…

Sur ce point, il faut aussi rappeler que l'homme aime à être trompé et il a raison. Qu'est-ce que la vie sans quelques illusions ?

Pierre ;-))

Jean-Paul Fontaine, dit Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le libraire ne part pas en vacances l'été ?... ou est-il en vacances toute l'année, dans ce bel endroit ?

Pierre a dit…

Je prendrai quelques jours de vacances après le salon du livre ancien de Tarascon, le 21 septembre. Le bonheur a un prix...

Pierre ;-))

celine essentiam a dit…

Bien plus que judicieux (à mon avis), l'agencement comme vous dites, est indispensable au lieu de vente : simplement par ce que ce signe est un cadeau pour le visiteur. C'est l'expression de vie que l'on donne à ces objets inanimés. Un lieu qui offre des idées, qui inspire celui qui entre, est une valeur ajoutée. S'offrir un beau livre, ou simplement une lecture dans cet endroit charmant marquera l'acquéreur qui recevra 5/5 votre message !

Pierre a dit…

Merci Céline pour cet éclairage original. Les livres - objets inanimés - prennent vie dans un décor accueillant. Pierre