jeudi 23 septembre 2010

La chasse au Moyen-age : Gaston Phébus dans une belle reliure...



S'il y a la haute bibliophilie, ce que tout le monde s'accorde à penser, il doit bien y avoir aussi de la basse bibliophilie, non ?


Quelle est-elle ? Peut-être, les ouvrages reliés que j'ai présentés précédemment, devraient-ils en faire partie ? Pierre Benoit ne fait plus vibrer les lecteurs, et surtout les lectrices, depuis que les grands sentiments sont devenus ringards ; ses ouvrages ont été très diffusés et on peut penser qu'il faudra trois ou quatre siècles et un cataclysme mondial pour que les rayonnages des bibliothèques, s'il y a encore des bibliothèques dans le futur, n'en soient pas encombrés ; la reliure qui protégeait ces ouvrages se présentait sous la forme d'une basane sans éclats et l'estimation cacochyme que j'avais faite de cette collection ferait faire fuir n'importe quel investisseur en quête de profit facile et éhonté…

Puisqu'il en est ainsi, intéressons-nous à la haute bibliophilie ! Mais, n'est-elle pas financièrement inaccessible à mes lecteurs ?
Gaston PHEBUS : Phebus des deduiz de la chasse des bestes sauvaiges et des oyseaux de proye. Paris, Antoine Vérard (vers 1507). Reliure d'amateur du XVIIIeme siècle en maroquin rouge poli, trois filets d'encadrement, dos long décoré à la grotesque avec titre en long. Belle provenance : Ce livre appartient à Estainart (?), Ex-libris manuscrit du XVIeme siècle sur la page de titre, Duc de La Vallière (vente Paris, 1784, n° 2127).
 
Le traité de vénerie du Comte de Foix, Gaston Phébus (1331-1391), fut rédigé pendant les années 1387 et 1388 et dédié par son auteur au Duc de Bourgogne Philippe Le Hardi. C'est l'une des trois œuvres majeures de la littérature de chasse du 16eme siècle avec les Livres du roy Modus et de la Royne Ratio d'Henri de Ferrières ; texte rédigé entre 1354 et 1377, auquel Gaston Phébus a fait ici et là d'assez nombreux emprunts ; et le poème de fauconnerie du Roman des deduiz composé par Grace de la Buigne pour le même Philippe le Hardi entre 1359 et 1377.


L'un des traits communs à ces trois œuvres est non seulement d'accorder une place très importante à l'illustration, mais aussi d'allier au propos technique et descriptif une réflexion morale et une intention prescriptive caractéristique de la littérature cynégétique de la fin du moyen age. Cette littérature devient le lieux privilégié de l'idéologie courtoise : Décrire les types de chasse, en codifier les pratiques, faire le départ entre chasse noble et chasse ignobles sont autant de manières de définir l'idéal d'une vie aristocratique dans laquelle la chasse n'est pas un métier mais un exercice sur soi, comme peuvent m'être la guerre ou même l'amour…


Au regard de cette appartenance à la littérature courtoise, il n'est guère étonnant que la première édition imprimée du livre de Gaston Phébus ait été imprimée par le libraire parisien Antoine Verard, dont la production était avant tout destinée à un public nobiliaire de la cour de France. Vérard l'a fait suivre du poème de Gace de la Buigne pour completer le livre de vénerie d'un livre de fauconnerie et offrir ainsi un traité complet de la chasse aristocratique. Le tout est précédé d'une dédicace en forme de ballade adressée par le libraire à un "Prince Begnin" dont le nom n'est pas cité, mais dont il est probable qu'il s'agisse du jeune François d'Angoulême, futur François 1er, alors âgé de 16 ans environ.


Dans le respect de la tradition d'illustration des deux œuvres, cette première édition imprimée comprend un nombre important de gravures sur bois : 28 figures accompagnent le traité de Gaston Phébus, où la plupart des figures d'animaux sont reprises de l'édition de l'Hortus sanitatis publiée par Verard vers 1500, et 23 figures illustrent le poème de Gace de Buigne, dont un certain nombre sont reprises quant à elles du roman de la rose au format in-4 que fit paraître Vérard vers 1500 également.


Cet exemplaire n'est pas à vendre. Il provient d'une prestigieuse bibliothèque qui me l'a confié pendant quelques temps...  Pierre

17 commentaires:

Bertrand a dit…

Superbe ! Mais de prix point !
Allez Textor, à vous l'honneur...

B.

Pierre a dit…

Tiens ? Pas de prix ? Comme cela est bizarre...

Et si on profitait simplement de cette agréable notice ? Ouvrage inabordable de toute façon ! Ce n'est plus une question de haute bibliophilie, c'est du rêve. Le type même d'ouvrage que je n'aurais même pas envisagé d'envoyer par la poste si je le pouvais ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

Vous avez raison Pierre, rêvons ce livre alors.

Mais un jour je l'aurai... (vous savez comme dans Palace). Je l'aurai...

B.

Bertrand a dit…

Savez-vous combien ce livre a été vendu à la vente du Duc de La Vallière ? 10 livres !

Qui ne donnerait aujourd'hui dix livres pour l'acquérir ?? J'en donnerais bien au moins 20... des livres ... (sourire)

On sait que la vente La Vallière mis à part quelques pièces rarissimes, a été un fiasco et que les livres ont été vendus à vil prix. Autre époque.

B.

Lauverjat a dit…

D'abord merci Pierre pour ce sublime partage d'images d'un livre d'exception. Le tenir en mains devait être un rare privilège.
Au fait combien de bibliophiles ou libraires avides mais impécunieux (forcément) vous ont-ils appelé?
En effet l'exemplaire Rahir relié en maroquin par Chambolle-Duru fut vendu chez Sotheby le premier mars 1987: 1 332 000 FF !!!
L'exemplaire du baron Pichon relié à ses armes par Bauzonnet-Trautz était celui de Louis- Urbain Lefèvre de Caumartin, il fut acheté en avril 1869 par le duc d'Aumale à la vente Pichon.
D'après Bechtel une douzaine d'exemplaires de cette première édition sont connus.
Lauverjat

Textor a dit…

Bon, Pierre, là vous avez l'objet qui ne peut pas me laissez indifférent!! Je suis même prêt à faire le déplacement à Tarascon sur l'heure s'il le faut ... et à vous débarasser en prime de tous vos Pierre Benoit ! ;)
Textor

Livres XIX°.Cartonnages Romantiques a dit…

Pierre,
Je vous avais pourtant bien demandé de ne pas mettre en exergue les ouvrages de ma bibliothèque que je vous préte pour vos chroniques.

Pierre a dit…

Lauverjat a raison de mentionner le plaisir que nous avons à manipuler des ouvrages de la sorte. Mon appareil photographique est trop obsolète pour restituer la qualité de ce livre emblématique.

Mille petits détails n'ont pas été dévoilé comme les notes manuscrites anciennes dans les marges, la cote en queue d'ouvrage datant de la bibliothèque du Duc de la Vallière...

J'ai la chance de ne pas posséder cet ouvrage. Je dors mieux la nuit. Mais il ne me faut pas beaucoup de kilomètres pour l'admirer ;-)) Pierre

Pierre a dit…

Pour mettre en valeur mes "Pierre Benoit" qui brillaient peu à vos yeux, il m'a fallu faire le grand écart de la bibliophilie, textor, et présenter un ouvrage éblouissant.

1 Phébus acheté / 30 Benoit offerts ou l'inverse ?

Pierre a dit…

Cher Bernard,

Vous vous trompez, le Phébus ne provient pas de chez vous ! Par contre, le manuscrit enluminé du XVIeme siècle retraçant l'histoire et les coutumes de la Perse que je présenterai la semaine prochaine est bien à vous. Vous n'aviez pas remarqué qu'il manquait à vos rayonnages ? Pierre

Bertrand a dit…

Si je voulais être radical (et je le suis souvent) je dirais que ne pas posséder un livre, ne fut-ce qu'un instant, c'est comme ne l'avoir jamais connu ou presque.

C'est un avis qui vaut ce qu'il vaut mais comme je le partage avec moi-même...

B.

Pierre a dit…

Je l'ai possédé un instant... mais je n'en serai jamais le propriétaire !

Cela tombe bien, je ne suis pas radical ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

En même temps, pour ce consoler, 1 332 000 FF en 1987 pour un exemplaire en reliure XIXe !! Est-ce bien raisonnable ?

Je ne crois pas.

Alors il me faudra devenir non-radical et raisonnable... pas simple...

B.

Pierre a dit…

Avant-dernière provenance : L'ouvrage a appartenu au Marquis de Méjanes... Pierre

Bertrand a dit…

Méjanes Renault ?

Bon d'accord. Restons sérieux...

B.

Anonyme a dit…

Un article intéressant est paru dans le numéro 72 (décembre 1975) de la revue "L'Estampille" : il est intitulé "Les livres de vénerie, de bêtes et d'oiseaux de la collection j.b.". Le bibliophile avait réuni les ouvrages les plus prestigieux sur le sujet dont le Gaston Phebus.

René de BlC

rui a dit…

Superbe examplaire dans une belle reliure!