lundi 27 septembre 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Au chevet de la littérature du debut du 20eme siècle avec Georges Duhamel...


La dernière chronique de Pierre, évoquant l'œuvre de mon honorable confrère, Pierre Benoit, a provoqué un tollé et notre brave boutiquier me demande de venir à son secours pour trier le bon grain de l'ivraie dans la littérature du début du 20eme siècle, ceci afin de ne plus reproduire de bévue manifeste. Quels sont les romans à lire et quels auteurs de la première moitié du XXeme siècle passeront à la postérité, me demandez-vous ? Je passerai sous silence les chefs d'œuvres que j'ai moi-même écrit pour ne pas faire d'ombre à mes confrères, si vous le voulez bien… Des auteurs très lus, du début du siècle, que reste t-il ? René Bazin, Henri Bordeaux, Pierre Loti, Paul Bourget surtout, semblent en veilleuse. Les motifs invoqués par le public sont divers : Parfois, ils conservent une valeur, Maurice Barres et Charles Maurras gardent encore une clientèle, nous assure t-on, ainsi qu'Anatole France. Chose curieuse, on a réédité, ces dernières années, un Georges Ohnet que Jules Lemaitre pensait avoir enterré à jamais. " Il est des morts qu'il faut qu'on tue ", disait de Casimir Delavigne, en 1858, Fernand Desnoyers qui lui-même…


Je ne songe pas à dresser un palmarès : Les chroniques dithyrambiques de notre libraire tarasconnais pour les ouvrages de Claude Farrère ou de Pierre Benoit sont, en fait, des marchepieds susceptibles de lui faire engranger de fructueux bénéfices financiers, nous l'avions compris - il ne doit pas les acheter bien chers, ces livres ! - et nous autorisent à penser que l'on peut parler de déclin pour mes confrères de l'Institut. Existe-t-il encore beaucoup de lecteurs pour suivre les chroniques des Thibault (Roger Martin du Gard), des Pasquier (Georges Duhamel), des hommes de bonne volonté (Jules Romains) ? J'en doute : Les goûts ont changé. Quels sont-ils d'ailleurs, ces goûts ? Depuis trop longtemps, la littérature semble malgré les artifices de séduction qu'elle déploie, en état de crise, de malaise. D’où viennent ces dispositions qui poussent certains écrivains à hurler leur détresse depuis le début du XXeme siècle ? La vie se heurterait-elle, plus aujourd'hui qu'avant, à un mur d'absurdités ? Pourquoi Camus dans le Mythe de Sisyphe nous assure-t-il que " nous vivons dans un monde qui ressemble à une cale de navire, bourrée d'explosifs " ?


Cet effondrement moral a eu pour conséquence un rationalisme agressif associé à un agnosticisme plus ou moins desséchant. Aux valeurs morales, certes surannées, des auteurs oubliés que nous avons cité, le goût d'aujourd'hui est plutôt à l'athéisme, j'allais dire à l'antithéisme parfois agressif de Sartre, de Breton ou de Céline. Pierre s'y est d'ailleurs essayé en présentant dernièrement le recueil de poésies de Jacques Prévert dont les blasphèmes amusants ont recueilli un meilleur écho :

Notre père qui êtes aux cieux. Restez-y
Et nous resterons sur la terre qui est si jolie…


Et si le bon goût d'aujourd'hui n'était pas, plutôt, l'indifférentisme comme celui de Giono ou de Colette qui disait " Si Dieu existait, je serais la première à en être informée " ? Moins ancrés dans la polémique, leurs œuvres romanesques ont plus de chance, me semble-t-il, de passer l'échéance de l'oubli. De même, nous n'avons pas évoqué dans ce florilège d'écrivains en voie de disparition trois auteurs qui resteront vraisemblablement au Panthéon de la littérature : Gide qui parait, grâce aux éditions de la N.R.F, en passe de franchir le cap du siècle et Pierre ne s'y est pas trompé qui vous a présenté quelques-uns de ses ouvrages à la vente, Malraux parce que c'est un grand narrateur et Montherlant parce que j'ai simplement plaisir à le lire. Y en aurait-il d'autres ? J'ai pris, sur les rayonnages de la librairie, une très belle édition illustrée par Berthold Mahn de "Vie et aventures de Salavin" de Georges Duhamel, sur vélin chiffon numérotée. Tenez ! Je prends un pari... Si quelqu'un achète l'ensemble des 5 volumes à Pierre, je me fais prêtre ! Votre dévoué. Philippe Gandillet


DUHAMEL Georges. Vie et aventures de Salavin. Illustrations de Berthold Mahn. Paris, Union Latine d'éditions, 1955. Ensemble complet en 5 tomes petits in-4, pleine basane maroquinée d'éditeur, signature dorée de l'auteur sur le plat supérieur, frontispices couleurs et illustrations in et hors texte noir & blanc par Berthold Mahn. Dos lisse avec pièce de tomaison et titre en lettres dorées. Tranche supérieure dorée. Beaux exemplaires au dos quelque peu insolés. Exemplaire numéroté sur vélin Chiffon. I : Confession de minuit. - II : Deux hommes. - III : Journal de Salavin. - IV : Le club des Lyonnais. - V : Tel qu'en lui-même. 145 € + port

26 commentaires:

Anonyme a dit…

Cher Monsieur Gandillet, nous ne nous connaissons pas, mais je dois le dire, vos billets sont un régal !

A vos propos je répondrais peut-être quelque chose de très tranché qui paraitra un peu abrupt pour la plupart de vos lecteurs. Mais je vais le dire.

Le succès d'un livre, quel qu'en soit l'auteur, est tout d'abord, dans le titre !

Les caves du Vatican

Le mythe de Sisyphe

Guerre et Paix

Le Père Goriot

La Peau de chagrin

La Terre

Immortels !

Comparez maintenant avec les :

Confession de minuit

Deux hommes

Journal de Salavin

Le club des Lyonnais

Ah bon ? J'ai faux ! Vous dites que c'est le succès de lecture du livre qui forge le titre comme une véritable arme à succès ?? Vous avez sans doute raison.

J'y réfléchis.
Je vous propose en attendant quelques titres de livres que je rêverais d'écrire et qui mériteraient le succès durable sur plusieurs générations :

La vieille dame aux lilas blancs

Prière pour tous

Révolution sous la terre

L'arme était absolue

Interdits incertains

Alors ? Chefs-d'œuvres en gestation ou simples fantasmes littéraires ?

En fait je ne trouve guère plus de talent d'écriture à un Duhamel ou à un Martin du Gard qu'à une Amélie No Life ou à un Philippe De l'Herbe... Pas vous ?

Signé Zorro

Nadia L* a dit…

ouh la la...

calamar a dit…

je suis en train de lire "la Vie des Martyrs". Il ne me semble pas que ce soit démodé.
Pour R Martin du Gard, avez-vous lu "Vieille France" ? vous m'en direz des nouvelles...

Anonyme a dit…

Ce n'est ni le titre, ni le succès de lecture, qui forge le succès d'un livre, c'est tout bêtement le nombre d'exemplaires vendus. Combien sont-ils réellement lus ? Combien ont-ils été achetés pour faire comme tout le monde ? Chi lo sa ?
René de BlC

Anonyme a dit…

Cher cavalier qui surgit hors de la nuit et qui court vers l’aventure au galop, (me permettez-vous de vous appeler Zorro ?)

J'aime beaucoup vos accroches de titre et je m'en vais écrire sur le champs un chef d'œuvre... A la place de La vieille dame aux lilas blancs , que pensez-vous de Ces dames aux chapeaux verts ?

Je crois que le titre peut provoquer l'achat impulsif d'un livre mais c'est son style et son contenu qui vont déclencher sa lecture. De ce point de vue, René a raison qui rappelle que le tirage ne vaut pas toujours le ramage... Philippe Gandillet

Nadia L* a dit…

Moi, ça m'embête beaucoup de penser que le tirage peut faire le succès. Serais-je naïve ? y aurait-il vraiment des livres que l'on achète "pour faire bien" et qu'on ne lit pas ?

J'ai parfois ce doute quand je vois certains "beaux livres précieux" dans certaines bibliothèques de particuliers. Bien rangés derrière leurs vitrines fermées (horreur, malheur, comment peut-on enfermer des livres ? vive la poussière sur les rayonnages ! je veux pouvoir attraper les miens sans m'emmêler dans la fermeture de la vitrine), on se demande pourquoi ils sont là...

Illusion, tromperie, héritage, réelle passion ? et que penserions nous d'une maison sans aucun livre ?

Anonyme a dit…

Les ouvrages de Duhamel sur la guerre 14/18 sont excellents et ne peuvent vieillir dans la mesure où ils traitaient de l'actualité du moment.

J'avoue avoir copié quelquefois la signature de Duhamel qui dans ses dédicaces intégrait la date et son nom. Très élégant et mieux qu'une suite de pattes de mouches illisibles...

Je ne connais, par contre, absolument pas l'œuvre de Roger Martin du Gard et je me demande si ce n'est pas sa réputation d'avoir inventé le "roman fleuve" qui m'a fait hésiter à ouvrir, un jour, un de ses livres... Philippe Gandillet

Pierre a dit…

C'est un des inconvénients d'être libraire que de commercialiser des ouvrages que l'on a jamais lu, Nadia... On achète des lots de livres et on baisse les bras devant tant de fluence éditoriale.

Par exemple : Laurence Pernoud. J'éleve mon enfant : Je ne l'ai jamais lu et j'ai pourtant une édition originale ;-))

Par contre, je peux assurer que les femmes qui achètent des romans les lisent. En tout cas , autour de moi, c'est comme ça ! Pierre

Anonyme a dit…

Bien sûr qu'il y a des livres qui sont achetés, non pas nécessairement pour faire bien, mais parce qu'on en parle beaucoup. Aujourd'hui on fait de la publicité pour les livres comme pour les lessives en poudre et les détartrants WC.
Même chose pour les expositions des grands artistes, le succès se mesure au nombre d'entrées - rentabilisation oblige même dans le domaine de l'art - mais quel pourcentage de visiteurs en retient quelque chose après les quatre heures d'attente dans la file ? Pire, quel est le pourcentage qui connaissait le nom de cet artiste ?
Je suis amer mais lucide, un privilège de l'âge ... si on peut dire.

René

Nadia L* a dit…

Et bien on a l'air malin, si au cours d'un dîner, la conversation s'engage sur un de ces livres si populaires, que tous ont lu (ou certains du moins) et nous pas... alors qu'on l'a acheté !

Les expos, même si on en a rien retenu en sortant, au moins, on les a vues. Un livre peut faire pareil : on en a beaucoup entendu parler, il fait la une, mais on ne l'a pas aimé.

Nadia L* a dit…

(Pierre, vous en avez assez élevés pour ne pas avoir à lire Laurence Pernoud !)

Bertrand a dit…

"A l'ombre des jeunes filles en fleurs", ce n'était pas un titre prémonitoire d'un succès certain ça !!???

Je suis finalement assez d'accord avec Zorro.

B.

calamar a dit…

"ces dames aux chapeaux verts", me semble préférable. D'ailleurs il a déjà été utilisé, lui.
Par ailleurs, le tirage est un critère de choix : dès qu'on en parle trop d'un point de vue "lessivier", je mets ces auteurs sur une liste d'attente, d'où certains ne sont jamais sortis...

Nadia L* a dit…

"lessivier" ? est-ce que Môssieu Calamar aurait la bonté de m'expliquer ce qu'il entend par là ? ou quelqu'un d'autre qui a compris, lui...

calamar a dit…

je parlais de la promo qui est faite de certains livres de certains auteurs, qui ressemble fort à une campagne publicitaire pour de la lessive, et me donne plus envie de fuir que d'acheter ;)
(en ce moment, Amélie N et Jean d'O sont très présents...)

Pierre a dit…

Et pourtant, Jean D'ormesson !! Une autre histoire de la littérature française a été un de mes livres de chevet pendant longtemps. Mais d'accord avec calamar quand il dit que trop de médiatisation ne préjuge rien de bon !

Je lis surtout des livres anciens, en fait, et reste fidèle à la phrase mise en exergue au frontispice du blogue. Pierre

Pierre a dit…

Nadia est visionnaire ! Une conversation, au cours d'un repas par exemple, glisse sur un livre ou un auteur que je n'ai jamais lu mais dont tout le monde pense que je l'ai forcement lu puisque je suis libraire... Un des rares moments où je regrette le temps où j'étais vétérinaire ;-))Pierre

Valalo a dit…

Bien, parlons de mon libraire de mari qui collectionne les minuscules et a besoin d'une loupe pour voir le titre...Lecteur ou Collectionneur ? Je pense quant à moi, que le plaisir est tout d'abord de tenir dans nos mains une part de nos rêves, voir d'histoire et que la valeur d'un ouvrage tient tout autant à l'attention qu'on lui apporte, qu'à la joie de le lire...

Lauverjat a dit…

Contre la morosité littéraire donnons nous rendez-vous au milieu de la façade de la mairie d'Ambert après une fin de soirée dans un grenier et une "pédalée" à travers la France avec...Les Copains.

Lauverjat

calamar a dit…

Ambert et Issoire, malheur à vous ! pour notre plus grande joie (et celle de mes enfants quand je leur ai fait lire...)

Anonyme a dit…

Un bon truc pour Nadia : si on parle d'un livre à la mode que l'on n'a pas lu, on peut répondre qu'on n'a pas encore eu le temps car "en ce moment je relis Montaigne". Je dis Montaigne mais ça marche aussi avec d'autres.
Pour les "oeuvres" nouvelles il n'y a malheureusement pas que les promotions lessivielles, propres à nous faire fuir, il en est de plus subtiles et plus insidieuses, comme les prix littéraires encensés et commentés à longueur de journées par les présentateurs radio.
Contre la morosité littéraire, aussi la série des "Célébrations" éditées par Robert Morel - publicité gratuite - spécialement celles du Père Lelong O.P., Célébration du Pain, du Vin, du Fromage, de l'Andouille ...

Bonne journée à tous. René de BlC

Pierre a dit…

Quel plaisir d'évoquer Jules Romains ! Même s'il est impossible de tout lire et de tout avoir lu, ces quelques suggestions nous permettront, après une journée de travail de tourner quelques pages sur de bons textes... Pierre

Jeanmichel a dit…

Quel intérêt dans les chroniques de cette époque, qui revenaient analyser des faits récents d'actualité !
On peut y puiser de quoi voir d'un autre oeil l'époque dans laquelle nous nous débattons.
Par exemple Roger Martin du Gard fait dire à Jacques, en juillet 1914, dans "Les Thibault" (chronique écrite dans les années vingt) :
"On avait pris l'habitude de la sécurité. Il fallait réveiller l'inquiétude nationale. La jeunesse, et particulièrement la jeunesse bourgeoise, est un terrain d'ensemencement incomparable pour la propagande chauvine."
Marrant, j'ai l'impression d'avoir entendu cela il y a peu de temps...

Pierre a dit…

Les mêmes causes (insécurité) entrainaient les mêmes effets (xénophobie) qui étaient utilisés par les mêmes dirigeants (politiques) pour s'attirer l'appui des mêmes classes (légitimistes)...

Voyons si, les siècles précédents, l'histoire avait déjà bégayé ! Pierre

Anonyme a dit…

20 octobre 2010
Monsieur Gandillet, vous me demandez de participer à votre blogue, je le fais, et je découvre ce matin que sans sommation, explication, rime ni raison, vous m'avez bloqué sur Facebook !
Monsieur Gandillet, vous êtes un goujat !
Pierre Chalmin

Pierre a dit…

Monsieur Chalmin,

Je n'ai bloqué personne, je vous rassure. J'ai simplement arrêté définitivement mon compte facebook où je voulais faire partager ma passion. J'ai reçu des insultes en connexion privée suite au partage d'une vidéo amusante que m'avaient donnée mes enfants - je vous en fais grâce mais je peux vous envoyer un échantillon si cela vous amuse, vous serez surpris ! -

Je n'ai pas l'habitude de çà. Cela m'a touché. Je ne sais si vous lirez ceci mais vous pouvez me le confirmer.