mercredi 29 septembre 2010

Louis-Claude de Saint-Martin : Tableau Naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'Univers...


Je ne sais si l'appartenance à un mouvement maçonnique est "à la mode", aujourd'hui, si les adhésions sont nombreuses et rigoureuses, si une sélection s'y opère toujours mais les deux loges que je connais dans ma région semblent dynamiques et regroupent des gens fort motivés. Cette communauté n'échappe pas à la "crise", malgré tout, et des reliques maçonniques qui s'arrachaient, encore hier (monnaies, jetons, ouvrages anciens et modernes), peinent à être écoulées par les marchands du temple, de nos jours…


Je vous propose aujourd'hui, un texte emblématique de cette corporation écrit, au 18eme siècle par un de ses fondateurs : Louis-Claude de Saint-Martin. N'étant pas un initié, j'ai eu du mal à démêler les fils de son discours même si j'ai essayé d'en lire quelques passages avant de me coucher. Vous comprendrez donc que je me sois fait aider…


Saint-Martin, plus connu sous le nom de Philosophe inconnu, porte bien son nom aujourd'hui mais au moment où éclatait la Révolution française, son nom était si célèbre et si respecté, que l'Assemblée constituante, en 1791, le présentait avec Sieyès, Condorcet, Bernardin de Saint-Pierre et Berquin, comme un des hommes parmi lesquels devait être choisi le précepteur du jeune dauphin. On se disputait sa personne dans les plus élégants salons ; ceux qui ne pouvaient le lire étaient jaloux de l'entendre, et le charme de sa conversation effaçait pour lui toutes les distances disait Adolphe Franck, membre de l'Institut et professeur au Collège de France.


Voyons ce qu'en disait Chateaubriand Dans ses Mémoires d'outre-tombe : Même s'il ne rejetait pas totalement ses théories, l'auteur du Génie du christianisme gardait ses distances, s'en tenant au catéchisme de l'Église. Sa rencontre avec Saint-Martin ne modifiera guère sa position. Comme l'indique Auguste Viatte, le récit que fera Chateaubriand dans ses mémoires « est un chef d'œuvre de persiflage ». C'est grâce à l'intermédiaire d'un ami, le peintre Neveu, que se projet se concrétisa. L'entrevue eu lieu le 27 janvier 1803.


Neveu, afin de lier deux frères, nous donna à dîner dans une chambre haute qu'il habitait dans les communs du Palais-Bourbon. J'arrivai au rendez-vous à six heures : le philosophe du ciel était déjà à son poste. A sept heures, un valet discret posa un potage sur la table, se retira et ferma la porte. Nous nous assîmes et nous commençâmes à manger en silence. M. de Saint-Martin qui, d'ailleurs, avait de très belles façons, ne prononçait que de courtes paroles d'oracle. Neveu répondait par des exclamations, avec des attitudes et des grimaces de peintre ; je ne disais mot.

Au bout d'une demi-heure, le nécromant rentra, enleva la soupe, et mit un autre plat sur la table : les mets se succédèrent ainsi un à un et à de longues distances. M. de Saint-Martin, s'échauffant peu à peu, se mit à parler en façon d'archange ; plus il parlait, plus son langage devenait ténébreux. Neveu m'avait insinué, en me serrant la main, que nous verrions des choses extraordinaires, que nous entendrions des bruits : depuis six mortelles heures, j'écoutais et je ne découvrais rien. A minuit, l'homme des visions se lève tout à coup : je crus que l'esprit des ténèbres ou l'esprit divin descendait, que les sonnettes allaient faire retentir les mystérieux corridors ; mais M. de Saint-Martin déclara qu'il était épuisé, et que nous reprendrions la conversation une autre fois…

Il me prend un remords : j'ai parlé de M. de Saint-Martin avec un peu de moquerie, je m'en repens. Cette moquerie que je repousse continuellement et qui me revient sans cesse, me met en souffrance ; car je hais l'esprit satirique comme étant l'esprit le plus petit, le plus commun et le plus facile de tous ; bien entendu que je ne fais pas ici le procès à la haute comédie. M. de Saint-Martin était, en dernier résultat, un homme d'un grand mérite, d'un caractère noble et indépendant. Quand ses idées étaient explicables, elles étaient élevées et d'une nature supérieure.


Il m'a pris, ce matin, de chercher à trouver un résumé de l'ouvrage pour vous aider à comprendre. Je n'ai pas bien saisi le résumé, non plus, aussi je ne vous en présente que la première phrase : " Dans cet ouvrage, composé à Paris d'après le conseil de quelques amis, l'auteur infère, de la supériorité des facultés de l'homme et de ses actes sur les organes des sens et sur ses productions, que l'existence de la nature, soit générale, soit particulière, est également le produit de puissances créatrices supérieures à ce résultat ". Je n'en dirai pas plus ! Pierre


SAINT-MARTIN (Louis-Claude de). Tableau Naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'Univers. Edimbourg (Lyon), sans nom d'éditeur, 1782, 2 parties en 1 volume. in-8, (4)-276 pp. (2)-244 pp. Reliure postérieure en demi-veau glacé, dos à 5 nerfs, pièce de titre et nom de l'auteur en lettres dorées sur maroquin noir. Année d'édition en queue, en lettres dorées. On connais trois différentes éditions publiées toutes trois sous l'indication trompeuse d'Edimbourg (Lyon), et le millésime 1782. La collation de ces trois éditions est rigoureusement identique ; la première édition comporte l'ancien caractère typographique de l''S" allongé "F" et quelques fautes, corrigées pour cette édition où l'on retrouve des "S" de style moderne. Cet ouvrage divisé en 22 chapitres qui correspondent aux 22 arcanes est certainement le chef-d'oeuvre du Philosophe inconnu dont il contient la doctrine. Exemplaire en très bel état . vendu

Le Tableau naturel est divisé en vingt-deux chapitres ne comportant pas de titre. L'édition de 2001 (Le Tremblay, Diffusion Rosicrucienne) leur a donné un titre fictif : 1. La vérité est dans l'homme 2. Le désordre dans la Création 3. L'homme, signe visible de Dieu 4. L'homme émané de Dieu 5. La Chute, perte de lumière 6. La vie temporelle 7. Les travaux de l'homme, les êtres et leurs pâtiments 8. La loi universelle de réaction, secours et signes 9. La réhabilitation : pensée, volonté, action 10. Les religions et les mythes, besoins naturels chez les peuples 11. L'intention originelle des traditions et des mythes 12. Les religions, signes de la Tradition unique 13. De la Genèse jusqu'au Déluge 14. Du Déluge à Moïse 15. Du Tabernacle à la construction du temple de Jérusalem 16. Des prophètes à l'errance 17. Les sciences et l'instruction 18. 1, 4 et 10, le Livre de l'Homme 19. L'œuvre du Réparateur 20. Les actes du Réparateur 21. La fin des temps 22. Sondez votre être...

10 commentaires:

Nadia L* a dit…

Peut-être qu'en retournant dormir, vous comprendriez mieux ? pendant le sommeil, les choses moulinent, il paraît...

Pierre a dit…

De toute façon, ce matin, je ne suis pas très bien réveillé ! Si j'arrive à somnoler, comme çà, jusqu'à ce soir, je pourrais me coucher en ayant l'impression d'avoir fait une bonne nuit toute la journée ;-)) Pierre

Pierre a dit…

J'ai commencé à lire, un peu comme une punition, les récits de Belzébuth à son petit-fils , il y a près de 6 mois. J'amène le livre au restaurant quand je déjeune seul à midi. Si tout se passe bien, je vous ferai l'article de présentation de l'édition de 1966 que je possède dans 15 ans...

Anonyme a dit…

Et n'oublions pas Plotin .... René

Nadia L* a dit…

Ca ne vous perturbe pas la digestion ? vous savez que le cerveau est ainsi conçu : c'est le même hémisphère qui traite de la lecture et de la digestion. Donc les deux ne peuvent se faire en même temps. Le cerveau privilégie donc la lecture (fût elle indigeste) et ensuite, s'occupe de l'estomac. Déjà que les hommes ne peuvent faire 2 choses en même temps, alors, si en plus, ils lisent à table !

Pierre a dit…

Lire à table en ayant commandé des frites et un demi dans un bistrot où le patron est sympa et la serveuse légère est un de mes plus grands plaisirs après la conception ;-))

Pierre a dit…

Entre le Plotin et le Gurdjieff, le choix est fait pour moi, René !! Pierre

Jeanmichel a dit…

je ne connais pas l'ouvrage, mais au vu du résumé je me fais cette réflexion qu'inférer à partir d'un axiome, c'est construire sur du sable. C'est partir d'une proposition par essence non démontrable pour aboutir à ce qu'on veut, c'est-à-dire tout et n'importe quoi, pourvu qu'on soit habile raisonneur ou qu'on sache emberlificoter les idées dans d'obscurs liens ou d'absconses paroles.
Par exemple on admet de même très souvent que l'exception confirme la règle pour en tirer de hâtives conclusions en omettant qu'on aurait bien du mal à expliquer pourquoi elle le fait.

Pierre a dit…

Vous feriez un très bon maçon, Jean-Michel !

Un vénérable, et néanmoins ami, sort de chez moi à l'instant. Le congrès de Vichy s'est bien passé et il me faisait remarquer que ce n'était pas sans malice qu'ils avaient choisi cette ville. Le complot judéo-maçonnique qui les a écartés, comme les juifs, des postes de responsabilité et les a envoyés à la mort avait trouvé des partisans dans ce gouvernement éponyme.

Je lui ai demandé s'il comprenait toujours le jargon maçonnique véhiculé par ses pairs : Absolument pas ! m'a t-il répondu. Quelquefois abscons et obscur... Cela m'a rassuré. Pierre

Anonyme a dit…

@ Jeanmichel
"Inférer à partir d'un axiome, c'est construire sur du sable" écrivez-vous.
Et bien figurez vous que c'est le principe des mathématiques, et notamment de la géométrie euclidienne, que d'inférer à partir d'axiomes. Et ce n'est pas construire sur du sable, puisque les résultats de ces démonstrations sont toujours utilisés aujourd'hui. c'est donc bien votre pensée qui doit être absconse pour produire un commentaire aussi inepte !