lundi 6 septembre 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Debout, les damnés de la terre !




Il n'y aura pas de causerie cette semaine.

Solidarité avec les PROFESSEURS, les camarades de la SNCF et de la POSTE, brisés, exploités et affamés par des patrons voleurs, cyniques et fainéants. Il est grand temps d'agir, chers camarades Académiciens ! Un seule solution : La grève !

Il n'est pas nécessaire qu'une grève soit juste, par ailleurs, pour qu'elle soit suivie. On voit bien qu'en défendant les retraites des vieux de moins de 60 ans, ce sont nos enfants qui vont payer pour notre inconséquence. Qu'importe, le principe prime sur la réalité !

Il y aurait pourtant dans cette affaire une solution facile à mettre en place pour accommoder les différents protagonistes…. Plutôt que d'allonger la date de départ de la retraite des fonctionnaires, par exemple, dont tout le monde reconnaît la pénibilité de la tâche, il serait plus judicieux de diminuer l'age de leur décès. Ne souriez pas ! Cette éventualité avait été envisagée dans un film des années 1970, "Le soleil vert", si mes souvenirs sont bons. Ce qui paraissait choquant à l'époque pourrait devenir "La solution" à proposer à nos jeunes étudiants de 35 ans, en licence de psycho, qui ne devraient pas tarder à emboîter le pas des "damnés de la terre" dans cette lutte contre les exploiteurs…


Ce n'est qu'une solution. Une chose me rassure cependant : Je ne connais plus un seul étudiant qui souhaite devenir dirigeant d'entreprise, dans l'avenir, et le combat risque de s'arrêter de lui-même, faute de combattants…

Il reste le problème épineux des libraires d'ouvrages anciens… J'ai proposé à Pierre de demander dès maintenant à bénéficier des avantages de la retraite anticipée. Son passage par l'armée, ses nombreux remplacements et ses années de cotisations devraient lui permettre de partir, dès 65 ans en retraite s'il en fait la demande aujourd'hui. Une moue paresseuse m'a servi de réponse. Il semble se plaire dans sa boutique. Les libraires sont de drôles de types…


Il a maintenant 80 ans... La vieille librairie ancienne de Tarascon est un de ces endroits où l'âme de ses habitués la colore de surprenantes tonalités. Ils se croisent, s'y retrouvent parfois. Un critique gastronomique tout de jaune vêtu, pousse la porte une bouteille à la main ; à peine entré, le bouchon pète déjà, le chant du Graves dans les verres disparates interrompt un instant le cours de la conversation (…) Elle reprend de plus belle, on bavarde de bouquins, d'histoire de quartier, de peinture, d'histoire et du monde qui ne tourne pas bien rond…


Une princesse passe en coup de vent, elle arrive de Londres et parle de l'aménagement de sa bibliothèque et du choix de quelques livres rares. Un client pointe le bout de son nez, craignant de déranger. Il va se retirer quand Pierre le prend par le bras pour entamer une nouvelle conversation avec le critique pendant qu'il sert la cliente. Le "Suetone" ? Bel état, n'est-ce pas et les gravures sur bois du 16eme siècle sont très élégantes… Comme vous, chère Princesse ! Il a gardé, malgré ses rides, un regard malicieux. Il lève les yeux vers un recueil de chronique d'Alphonse Allais sur une étagère un peu haute. Tiens, toujours là celui-là ? Je croyais l'avoir vendu… Il prend l'opuscule, le pose sur le paquet et dit à la cliente : C'est pour votre mari, il appréciera

Les enfants de Pierre ne reprendront pas la librairie. D'ailleurs, ils sont déjà à la retraite…

Votre dévoué Philippe Gandillet

27 commentaires:

Jeanmichel a dit…

Le plus choquant dans "Soleil vert" n'était pas cette euthanasie des personnes âgées, volontaire, sans douleur, en douceur, mais le cannibalisme qui la suivait. Même lyophilisé, un vieux reste un vieux dans notre société.
A-t-on le droit de faire grève si on fait partie d'une académie de billard ?

calamar a dit…

oui, dans Soleil Vert ce n'était pas la société qui supprimait les vieux... elle se contentait de les donner à manger aux autres.
Mais il y a un livre de Pierre Boulle dans lequl tout le monde meurt à 65 ans. Je ne me souviens plus du titre...

Pierre a dit…

A trouver d'urgence, Calamar, pour le soumettre aux syndicalistes et apaiser le climat social délétère qui règne en ce moment en France ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Chers confrères Académiciens,

A appeler la grève de mes vœux, il est logique d'en subir les conséquences... Je ne pourrais être à Paris pour notre séance hebdomadaire. Commencez la lettre "E" sans moi. Philippe Gandillet

Anonyme a dit…

Du zéro à l'infini : "Bedout les damnés de la terre". Tous les lecteurs du blog étant de fins lettrés, ils comprendront.
(En télégraphie le D vaut ..─ et le B ...─ ,
facile de se tromper)

Les sondages montrent en effet que 80 % des étudiants ne rêvent que d'entrer dans la fonction publique et certainement pas de devenir Chef d'entreprise.

René de BlC.

Bertrand a dit…

Cher Philippe,
votre allocution me laisse, comment dire, sur le flanc !

Je réfléchis à une diatribe digne de Cicéron.
Je reviens ce soir tard.

Dans l'attente je me fais à l'idée de devenir père d'un petit garçon... Pas si facile en fait...

B.

Pierre a dit…

Je savais que c'était un garçon ;-))
Un garçon, une fille. Le choix du Roi ! Pierre

Anonyme a dit…

Mais si vous tuez tous les vieux qui ont du temps pour flâner et une bonne retraire en poche, que deviendront les librairies anciennes?

Pierre fera négoce de mangas et Philippe Gandillet prendra le maquis chassé par de jeunes rappeurs efficients qui arriveront bien plus vite à la lettre Z comme Zup..!!!

Tous ensemble rêvons à un autre projet de société!
Louise M :)

Anonyme a dit…

Il est plaisant d'imaginer Pierre, à 80 ans (et donc dans très très longtemps, n'est-ce-pas ?), entouré de quelques clients favoris, ayant enfin pu transformer le fond de sa boutique en coin cosy pour boire... ce qu'on veut ! café, thé, Graves ou autre St Emilion (tiens... serais bien placée pour vous en livrer quelques caisses, je déboulerais dans la boutique avec mon déambulateur, mes sonotones, mon dentier dans un porte-gobelet accroché aux poignées du déambulateur..).
Je pourrais pousser la mansuétude jusqu'à lui offrir quelques boîtes de canelés bordelais, si par hasard sa glycémie n'était pas si élevée aux dernières analyses et si toutes ses dents n'étaient pas tombées (les canelés réduits en bouillie, pas fameux !).
Pierre... il faudra prévoir beaucoup de sièges dans votre librairie.


Nadia from Bordeaux

Anonyme a dit…

Quelques réponses aux commentaires... La solution proposée doit être oubliée, c'est sûr !

Tout d'abord, j'autorise Jean-Michel à se joindre à notre mouvement de solidarité Académique... Une canne, fut-elle de billard, ressemble à une épée à s'y méprendre !

Je remercie Louise de rappeler que la clientèle d'une librairie est traditionnellement âgée et que la perte d'une partie de revenus de Pierre, pour cause de compression de l'espérance de vie, résultera de ma proposition absurde. Les jeunes gens reconnaissants pourraient peut-être subventionner sa boutique ? C'est une idée.

Je remercie Nadia pour le St-Emilion. Je me demandais s'il ne faudrait pas le boire maintenant ;-))

Demain, Pierre travaillera. La retraite n'est pas son objectif mais il est prêt à faire des sacrifices financiers pour que ses enfants n'aient pas à gérer un trou abyssal. Rassurez-vous, apparemment, il sera le seul en France ;-)) Philippe Gandillet

Bertrand a dit…

Bonsoir Philippe,
je vois que finalement internet permet aux commentaires de divaguer bien loin du fond même de votre pamphlet. Dommage. C'est souvent ainsi, faute de combattant, la guerre s'achève.

Hier encore je discutais avec un ami qui me disait : "Trois éléments ou trois principes fondamentaux constituent les conditions essentielles de tout développement humain, collectif et individuel, dans l'histoire : 1° l'animalité humaine : 2° la pensée, et 3° la révolte. A la première correspond proprement l'économie sociale et privée ; à la seconde, la science ; à la troisième, la liberté. Ensuite il m'expliqua que finalement, tout homme n'est autre que le produit de la vile matière.

Ensuite nous nous sommes quittés. La discussion reprendra bientôt.

Au final, de tout cela je retiens mon aspiration à la liberté, et pour ce faire...

Bonne nuit étoilée,
Bertrand

Anonyme a dit…

Pierre a peur de l’héritage social que nous laisserons à nos enfants si le gouvernement ne prend pas soins de nous faire une belle réforme,
et moi j’ai honte de voir solder, liquider les avancées sociales acquises de haute lutte par mes grands parents, tout ce que le Conseil National de la Résistance a construit (à la sortie de la guerre, dans une France dévastée, pas comparable avec la « crise » actuelle qui est un beau prétexte pour faire avaler des couleuvres), la sécurité sociale et ses principes de solidarité, la culture de Vilar…

Donc partant du principe que seuls les combats perdus d'avance sont ceux que l'on ne mène pas, j’irais aujourd’hui rejoindre d’autres êtres humains,
qui rejettent l’idée que l’animalité humaine prenne le pas sur de belles avancées sociales,
que la science doit être utilisée pour guérir et pas pour tuer
et que si l’on doit se battre pour une seule chose c’est la liberté…

Le plus bel héritage que l’on peut laisser à nos enfants…

Par contre il faudra m’expliquer pourquoi la nature est aujourd’hui du coté des capitalistes qui se gênent pas pour la détruire ! il pleut des cordes juste aujourd’hui (dans notre région !):) Ce n’est pas grave si j’attrape un rhume pour mes idées, je me ferais offrir un grog par Philippe Gandillet !
Louise M

Pierre a dit…

10cm d'eau dans mon local, ce matin... J'éponge depuis 4 heures et je commence à faire le point !

Rien de grave. Quelques bouquins oubliés par terre, des tableaux dont les gravures (très communes) sont trempées, quelques cartonnages auréolés qu'il faudra jeter et une encyclopédie Quillet invendable que j'ai mis dans la benne avec un sourire suspect.

Ah, si ! Deux grands In folio de gravures de Holbein et le Titien... De toute façon, personne ne veut plus de ces ouvrages qui pèsent un âne mort !

Merci, Louise d'avoir compris que ne pas être militant n'était, malgré tout, pas déshonorant. Prenez garde à ne pas prendre froid ! Quand à Philippe Gandillet, il a permis à Bertrand de réviser ses classiques de l'Anarchie. Il les lira à son fils, plus tard, avant d'aller le coucher ;-))

Bon, je retourne au boulot (technicien de surface) !! Pierre

Bertrand a dit…

Bon courage Pierre !
J'espère que les dégâts ne sont pas trop important.

B.

Pierre a dit…

Merci Bertrand. Je viens de terminer. C'est parfait ! A toute chose, malheur est bon : Plus de poussière sur le parquet ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Bigre ! quand je pense que j'étais dans vos murs ce w. end et que j'en suis repartie lundi, à un jour près, entre les grèves des contrôleurs aériens et le ciel en colère, je restais coincée.
Désolée pour vous, Pierre, on se passerait bien de faire un tel ménage contraint et forcé !

Anonyme a dit…

Sorry, j'ai pas signé : c'est Nadia !

Anonyme a dit…

Bonne soirée bien méritée,
et bravo à vous pour prendre ces choses de la vie toujours du bon coté!

Louise M

calamar a dit…

est-ce qu'il y a un risque de récidive ? ce soir la météo vue de loin n'est pas très réjouissante...

Pierre a dit…

Les canalisations de ma rue étaient bouchées par les feuilles. Théoriquement, ce devrait fonctionner ce soir...

Je n'en veux absolument pas aux éléments (jusqu'à demain !) et ne cherche pas de bouc émissaire. Un ami médecin de 98 ans (il a soigné Léon Daudet !) est passé me voir, cet après-midi. Je lui ai demandé à quel age, il était devenu "philosophe". Il m'a répondu " J'ai perdu la Foi et j'arrive à un age où je ne peux plus faire de projets... Comment voulez-vous devenir "philosophe" dans ces conditions ? " A méditer. Pierre

Pierre a dit…

Plus drôle : A un moment il me dit aussi " Et vous croyez que je vais retrouver ma femme, la haut ? ". Je n'ai pu m'empêcher de lui répondre " Oui, dans ces conditions, il faut quand même y réfléchir ! " ;-))

C'est lui qui est parti avec le sourire ! Pierre

Bertrand a dit…

Je me vois déjà en 2069... parcourir de mes yeux forcément fatigués par les ans, les rayonnages du successeur de Pierre le Libraire de Tarascon... Car je n'ose imaginer à cette date, pouvoir lui serrer encore une fois la mail... 2069... c'est si loin... et si près.

Vous aurez compris Pierre que les athées ont une vilaine frousse de la faucheuse... alors pour nous en distraire... nous faisons des enfants...

B.

Textor a dit…

Pauvre Pierre, éponger son officine n'est pas bien drôle mais ceci dit, visiter une librairie en gondole, comme à Venise, est un fantasme qui n'aurait sans doute pas déplu à Octave Uzanne.

T

calamar a dit…

ah non, pas encore Octave ! pas dans tous les blogs !
ou alors je me mets à le collectionner aussi.

Textor a dit…

Pas possible c'est un monopole bertrandesque !

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Vous me faites penser à Buffon, voisin de Bertrand, qui n'a pas eu de "retraite", ou qui est resté dans la sienne, à Montbard, où il a passé 50 ans dans son bureau, de l'âge de 31 ans à sa mort.
Pour Octave, nous sommes déjà bien nombreux.Comment allons-nous faire ?

Bertrand a dit…

Que diable allait-il faire dans cette galère ?

;-))

B.