mercredi 15 septembre 2010

De 1429 à 1942. C'est à dire de Jeanne d'Arc à Philippe Pétain par Sacha Guitry.


Il y a des livres qui sont le résultat d'un accouchement douloureux pour l'auteur. Je vous présente ici un ouvrage dont, période troublée oblige, c'est l'impression et la diffusion qui fut difficile à mettre en place. Il a fallu de peu qu'il ne paraisse jamais !!



L'ouvrage fut présenté aux souscripteurs, le 27 avril 1944, comme on peut le lire sur le courrier joint. Lors d'un gala à l'opéra le 23 juin 1944, Guitry présente au public De Jeanne d'Arc à Philippe Pétain, accompagné d'un film de présentation. Ce gala fut l'occasion d'une vente aux enchères d'un des exemplaires, dont la recette, de 400.000 francs, fut entièrement reversée à l'Union des Arts. Peu de mois après, l'auteur ; le maitre d'œuvre de l'ouvrage faudrait-il dire ; fut emprisonné !


Le 23 août 1944, lors de la Libération de Paris, quelques heures après avoir parlé au téléphone avec son amie Arletty, Sacha Guitry est arrêté par un groupe de résistants, agissant de leur propre initiative, qui lui reprochent son attitude à l'égard de l'occupant allemand. Il est incarcéré 60 jours sans inculpation. Il est alors dénoncé dans la presse par des écrivains comme Pierre Descaves ou certains journalistes du Figaro, dirigé alors par Pierre Brisson, ennemi déclaré de Guitry. C'est dire que la diffusion du livre a été contrariée !


Les ennuis avaient commencé bien avant cette date. Dans une lettre adressée aux souscripteurs, les éditeurs Sant' Andrea et Lafuma écrivent " Lorsque nous avons sollicité votre inscription à l'ouvrage de M. Guitry, la préparation en était très avancée. La plupart des collaborateurs (sic !) avaient remis leur texte et les premières pages allaient être imprimées. Vint la "relève", Draeger nous informa qu'il ne pouvait plus assurer l'exécution (resic !) dans les délais prévus. Nous passons alors de nouveaux accords avec un autre graveur. Le travail commence, mais quelques jours plus tard, le matériel est réquisitionné par les autorités occupantes pour la fabrication de cartes géographiques. Et, à son tour, l'Imprimerie Nationale chargée de la typographie, subit une amputation de son personnel spécialisé… "


Oublions le texte, pour une fois, et attardons nous sur l'ouvrage en lui-même. Il s'agit, sans aucun doute, d'une édition pour bibliophile. Quelques critères en témoignent :


- Faible tirage
- Grand format
- Beau papier
- Choix de textes par des auteurs réputés
- Belles gravures signées
- Exemplaire nominatif
- Lettre de souscription jointe
- Belle reliure signée
- Édition sujette à polémique
- Etc… Qu'ai-je oublié ?


Je vous laisse découvrir les photographies (pas faciles à cadrer !) de l'ouvrage qui parlent d'elles-mêmes. Pierre


GUITRY (Sacha). De 1422 à 1942. C'est à dire de Jeanne d'Arc à Philippe Pétain : 500 ans de l'histoire de la France, ouvrage conçu, composé et commenté par Sacha Guitry. Paris. Edité par Sant' Andrea et Lafuma, 1944, 394 pages numérotées. Format in folio. Reliure plein veau glacé aux chiffres du propriétaire en queue. Dos à quatre nerfs, pièce de titre et nom de l'auteur en lettres dorées. Richement illustré de reproductions en noir d'oeuvres originales de Bonnard, L. Boucher, Cami, Dignimont, V. Le Campion, Maillol, Utrillo... Gutry à composé ici un recueil de textes et d'images retraçant l'histoire littéraire, artistique et politique de la France, depuis le moment où l'idée "patriotique de la France " apparaît, jusqu'au moment où elle est mise de nouveau à l'épreuve. Les hommes politiques, écrivains, musiciens, scientifiques... sont évoqués par des textes (inédits) d'auteurs contemporains : Pierre Benoit, G. Duhamel, J. Tharaud, P. Valéry, La Varende, Collette, Cocteau, Giraudoux... et de citations anciennes, le tout plus ou moins commenté par Guitry. L'ouvrage compose une belle promenade littéraire dans le temps et sur les traces de nos "grands hommes" accompagnée par les hommages des écrivains du XXème s. La lettre de souscription de l'éditeur est jointe. Elle donne de précieux renseignements sur l'édition proposée. Edition à 675 exemplaires. L'ouvrage est présenté sur papier pur chiffon filigrané à la francisque et l'exemplaire numéroté est nominatif. Etat parfait dans une très belle reliure. Peu fréquent à la vente. Vendu

12 commentaires:

calamar a dit…

"filigrané à la francisque" ! était-ce bien nécessaire ? mais il aimait sans doute la difficulté...

Pierre a dit…

Le genre de point de détail qui a nuit à la diffusion de l'ouvrage, peut-être ;-?

Quand on y pense, il aurait sûrement été difficile de faire admettre à notre écrivain légitimiste et peu visionnaire qu'une croix de Lorraine en filigrane avec un titre du genre "De Jeanne d'Arc à De Gaulle" eût été plus judicieux pour la postérité. D'ailleurs, les "occupants" l'auraient-ils accepté ? Pierre

Textor a dit…

Sacha Guitri aurait du en faire un film : 'Si Vichy m'était conté " ...

Lauverjat a dit…

"Si Vichy m'était conté " ... le genre de remarque que Guitry a raillé il me semble (je ne sais plus où, quelqu'un?) d'un calembour "Méprisons" (en hommage à Silvio Pellico). (autre Calembour: la francisque, c'était une arme à double tranchant!) Quand même, au crédit du bonhomme, on note parmi les livres précieux de la bibliothèque ci-dessus les oeuvres de Bergson, Marcel Schwob et Zola (qui défendit le capitaine Dreyfus) auteurs honnis par les fauteurs de "quatre ans d'occupation(s)".
Lauverjat

Pierre a dit…

Nous sommes tous bien d'accord. Sacha Guitry était un écrivain à la plume magique - Les dialogues de Faisons un rêve sont d'une élégance rare, par exemple - , un passionné des arts et un amoureux de la France.

Il n'était pas un héros, soit ! Mais il n'a jamais été méchant. Il a été un bouc émissaire pris dans les filets de la rancœur, c'est tout. Il s'en est sorti brillamment mais en ayant perdu le peu d'estime qu'il avait pour le genre humain...

On lui doit d'avoir arraché quelques amis aux mains de l'occupant pour délit de faciès. Il demanda à Tristan Bernard emprisonné ce qu'il désirait en attendant de faire jouer ses relations pour le faire libérer. Ce dernier lui répondit " Un cache-nez !"

A ceux qui perdent un peu l'audition avec l'age, je conseille de lire la tirade d'entrée sur les avantages d'être sourd dans Mon père avait raison . Un gars très humain !

Ceux qui veulent présenter quelques uns de ses bons mots ici, peuvent le faire. Cela nous mettra du soleil dans la journée. Pierre

Nadia L* a dit…

Une petite que j'aime beaucoup :

"Le meilleur moyen de faire cesser la tentation, c'est d'y succomber".

Anonyme a dit…

"Femme, je vous adore comme on adore une édition originale, avec ses fautes."

Bonne soirée
Alexandra

Pierre a dit…

Dialogue...

Elle : Je t'aime. Et toi ?
Lui : Moi aussi, je m'aime...

Textor a dit…

Toutes les femmes sont comédiennes, à l'exception de quelques actrices...

Bertrand a dit…

Il y a deux sortes de femmes : celles qui sont jeunes et jolies et celles qui me trouvent encore bien.

JF Demange a dit…

"Un égoïste, c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi."

Pierre a dit…

Nous voilà prêts pour un recueil ;-))

Merci JF pour cette contribution. Pierre