dimanche 15 avril 2012

Plaisir de bibliophile : Ode au travail des petites mains...

Que faut-il féliciter en premier ? La qualité de présentation de ces travaux manuels ; le travail méticuleux de la personne qui en est à l'origine ; l’œil exercé d'un bibliophile qui a reconnu dans ces feuillets un document patrimonial inestimable ; le travail d'un relieur amateur ; son désintéressement ? Voici aussi la preuve indiscutable qui démontre qu'on peut être bibliophile sans lire le texte d'un ouvrage qu'on achète ;-)) Bon dimanche à tous et merci à René (de BLC) pour cet article. Pierre

Il ressemblait à un livre, il était composé de pages comme un livre, on pouvait le feuilleter comme un livre, mais ce n'était pas un livre. On ne pouvait pas le lire car il ne comportait pas de texte. C'est un album d'un genre très spécial que je vais essayer de décrire. La première page est pratiquement la seule à présenter un texte qui nous donne la date et le sujet mais malheureusement aucune indication quant au réalisateur ou, plus vraisemblablement, à la réalisatrice.

Nous nous trouvons devant le travail magistral - c'est le cas de le dire - d'une éducatrice d'un établissement catholique. La finesse et la méticulosité du travail, qui n'est pas sans rappeler les paperolles des couvents, donnent à penser que l'auteur est une religieuse d'un Institut belge des Soeurs de Notre Dame (nous verrons pourquoi par la suite).

Cet album, un gros in-folio, comporte 112 planches de travaux manuels, réparties en 11 sections : pliage, lattes, bâtonnets, tissage, tressage, entrelacements, piquage, surfaces, découpage, perles et travaux divers.

Parcourons donc ce précieux document :

D'abord le titre, illustré de branchettes feuillues portant des baies rouges. Qui était Froebel ou Fröbel ? Un pédagogue allemand de la première moitié du XIXe siècle dont un des titres de gloire est d'être à l'origine des Jardins d'enfants, bien qu'il ait d'abord appliqué ses théories à l’enseignement scolaire dans une école privée qu’il avait fondée près de Weimar.

PLIAGE - une des 32 planches de cette importante section, comportant chacune de 6 à 12 exemples de pliages. Remarquons les lettres du titre découpées une à une dans le papier glacé, technique que l'on retrouvera pour les titres des autres sections. Les figures sont réalisées à partir de bandelettes découpées dans un type de papier glacé qui, je le regrette, n'existe plus aujourd'hui.

TISSAGE - 2 planches également réalisées au moyen de bandelettes de papier glacé. Ce sera la technique utilisée pour la plupart des planches suivantes.

BATONNETS - seule planche de cette section, réalisée au moyen de bâtonnets en bois assemblés par des accessoires métalliques.

TRESSAGE - une des planches

ENTRELACEMENT - la planche de droite nous permet de situer l'origine belge de l'album, elle comporte une photographie bromure de la famille Royale : Albert Ier, la Reine Elisabeth et deux enfants.

PIQUAGE - dans la planche de droite, les feuilles et les pétales des fleurs sont des découpis de papier glacé, finement plissés, les tiges et les vrilles brodées avec un fil de soie.

SURFACES - toujours la même technique de bandelettes de papier.












DÉCOUPAGES, qui relèvent de la technique du canivet - découpage au canif, aujourd'hui nous dirions au cutter. L'image 10 nous permet d'identifier l'Institut des Soeurs de Notre-Dame par la présence de la photographie d'un tableau représentant la Mère Julie Billiart, fondatrice de l'ordre ; sous la photo, on trouve le monogramme B M J. [Marie-Rose-Julie Billiart - aujourd'hui Sainte Julie Billiart- est une religieuse française, née en 1751 à Cuvilly près de Compiègne et morte à Namur (Belgique) en 1816].

PERLES - toujours le même travail de patience.

TRAVAUX DIVERS - dans ces 2 planches nous retrouvons, d'une part, la dynastie des Souverains belges entourant le Pape Pie X et d'autre part, la Famille Royale en 1911 : Le Roi Albert Ier, la Reine Elisabeth et les enfants royaux : Marie-Josée (future et éphémère Reine d'Italie), Léopold (futur Léopod III) et Charles (futur Régent). Le tout entouré d'un florilège de décors réalisés suivant les diverses techniques illustrées ci-dessus. Les autres planches des TRAVAUX DIVERS montrent des exemples de broderie et de tricot.










Enfin pour terminer et pour tenter de démontrer que les petites mains d'aujourd'hui sont encore capables de finesse et d'habileté, l'auteur de l'article (c'est René !) a réalisé un réceptacle pour abriter le centenaire et lui assurer la pérennité pour au moins un siècle de plus.

6 commentaires:

Pierre a dit…

Merci pour ce billet dominical, René ! De la belle ouvrage... Pierre

Bernard a dit…

Sauvetage d'un patrimoine fragile: bravo.

Pierre a dit…

René a un faible pour les ouvrages complets mais légèrement imparfaits à qui il refait une beauté. Habitude d'étudiant ou de père de famille à la bourse plate, j'imagine ;-))

Cela permet de faire de bonnes affaires d'être habile de ses mains ! Pierre

Anonyme a dit…

Dans le cas présent, l'objet était en parfait état, ce qui est surprenant vu sa taille et sa fragilité, et ne nécessitait aucune restauration.

Mais je suis un manuel et "L'homme pense parce qu'il a des mains", les Grecs de l'antiquité avaient déjà découvert cette vérité (Anaxagore ... sans certitude).

René

Textor a dit…

Très esthétique !! Mais comment datez-vous cet objet, qui par définition n’a pas d’adresse ni de date d’impression ?
Par la dernière partie, avec la famille royale ?
Il est étonnant qu’il ait cent ans alors que Braque et Picasso ont fait leur premier collage justement dans ces années-là. 1912-13.

Textor

Anonyme a dit…

La première page de l'album est datée de 1911 mais il ne s'est pas bâti en 1 jour ! Les photos de la famille royale correspondent bien à cette date, l'aîné des enfants, le futur Léopold III, est né en 1901.
Je m'interroge d'ailleurs sur l'origine de ces photos qui sont bien des tirages argentiques et non des reproductions imprimées. Peut-être étaient-elles fournies par la Cour aux établissements d'enseignement ? Comme Marianne en France, la photo du Roi était présente dans toutes les écoles laïques comme religieuses.

Les découpages et tressages s'inspirent probablement de la broderie et de la dentelle, on les rencontraient déjà bien avant le XIXe siècle.

Je suis preneur de toute information en rapport avec le sujet. Des lecteurs du Blog auraient-ils déjà rencontré ce genre de réalisation ?

René