mercredi 27 avril 2011

Quelle est l'image du bibliophile aujourd'hui dans la société ? Bonne , j'espère ?


Nadia, notre photographe bordelaise, a encore frappé ! De passage à Tarascon, elle a pris quelques clichés de la librairie. Enfin, pas tout à fait de la librairie mais du libraire… Mon ego aurait pu en prendre un coup si je n'étais pas d'une grande modestie naturelle ;-))

Pour ma défense, je dois préciser que je n'ai pas posé et donc que je ne l'ai pas vu opérer pendant que nous parlions de tout et de rien (malines, les femmes !) Résultat : En présentant une seule de ses photos sur filckrr (imprononçable), elle a rajeuni d'un coup l'image du bibliophile. "Je préfère cette image du bibliophile à celle du vieillard cacochyme de Louise de Hem !!" commentait avec pertinence, Textor qui pourtant n'est plus tout jeune. J'en veux pour preuve la caricature désastreuse que je viens de trouver dans une bande dessinée de la Semaine de Suzette dont je mets aujourd'hui une grande quantité de numéros à la vente (toujours ce côté mercantile, me direz-vous !). Lisez donc :


Boileau, le grand poète satirique du XVIIeme siècle possédait à Auteuil une maison de campagne où il réunissait souvent ses amis Molière et La Fontaine. Il avait comme voisin un marquis, bibliomane fanatique, n'estimant les livres que d'après leur rareté ou leur reliure… Un jour l'auteur du Lutrin dit à Antoine son jardinier d'aller de sa part emprunter un volume à son voisin.

"Tu diras à ton maître, répond le marquis, que je ne laisse aucun livre sortir de ma collection mais que je lui donne entière liberté de venir lire toute la journée dans ma bibliothèque"


Boileau n'insista pas. Mais, à peu de temps de là, le bibliomane eu besoin d'un arrosoir et l'envoya emprunter à son voisin. Le satirique écrivit aussitôt en réponse :

" Je ne laisse sortir aucun arrosoir de mon jardin ; mais si M. le marquis veut bien venir arroser chez moi toute la journée, il me fera plaisir."

Voilà comment se colportait la réputation détestable des bibliophiles ! D'un autre côté, je n'aurais pas prêté de livre, non plus. Mais j'en vends à l'occasion ;-)) Pierre


Merci à Nadia pour les photos !

11 commentaires:

Bertrand a dit…

Mine de rien il a la classe Pierre ! ;-)

Et quand je pense à Suzette... hein... (sourire bourguignon-gaulois)

B.

Nadia a dit…

Bertrand ! on est sur un blog sérieux...

Anonyme a dit…

Pierre, une seule question : que faisiez-vous ce bistouri à la main...?
Quant aux bibliophiles et à leur image je me dis parfois que je devrais m'acheter un déambulateur pour faire bonne figure et ne pas passer pour un badaud auprès des libraires... A la réflexion, ça s'arrange après une ou deux discussion(s), un achat. Et ensuite on est presque salué (au sens fort), parce "qu'on n'en voit pas beaucoup de clients jeunes [hum hum]".

Enfin bref, il faut que je passe à Tarascon (qui n'est pas si loin) vérifier l'âge de mes artères et assister à une dissection.
A bientôt?
Olivier

Bertrand a dit…

Pardon Nadia ! Je ne recommencerai plus.

B.

Pierre a dit…

Olivier,

J'ai un client qui collectionne (qui rassemble, en fait, toutes les éditions existantes) les Moreri. Il achète quelquefois en SVV ou sur Ebay et certains volumes arrivent dans des états à pleurer. Celui qui était sous mes doigts, ce jour là, avait les deux plats détachés et plus de coiffes. Une petite restauration discrète permet de rendre le volume utilisable. Le bistouri sert à faire un sillon disjoncteur ;-)) Ce n'est pas du travail de professionnel mais j'ai l'habitude, le client est satisfait et le coût modique au vue de l'ouvrage.
Ce client en est à son 8eme Moreri. Je ne lui en ai jamais recherché, ni vendu personnellement et je dois avouer que je n'achèterai jamais, comme lui, un exemplaire en mauvais état. Je crois qu'il est amoureux des in folio. Cela tombe bien, moi aussi !

Ma modeste expérience de libraire me permet de certifier que la grande différence entre le bibliophile jeune et le bibliophile âgé, c'est que le premier vous achète des ouvrages alors que le deuxième cherche quelquefois à vous en vendre. Avec un bémol pour le junior qui maitrise internet aussi bien, sinon mieux que le libraire ! Pierre

Textor a dit…

C’est l’avantage de l’âge, Olivier ! Au gd Palais les libraires s’effacent pour me laisser passer avec mon déambulateur damasquiné, estampé à froid.

On traite de l’image du bibliophile mais il faudrait aussi parler de celle du libraire. Désolé de vous le dire, Pierre, mais vous ne faites pas du tout libraire sur cette photo : zet trop jeunot et vous n’avez pas le visage marqué par l’alcool, ni l’air renfrogné, résultat de trente ans de courant d’air pris sur le quai de la Tournelle. Voici une vraie gueule de libraire : http://lewebpedagogique.com/grunen/11-juillet-mort-darcimboldo-en-1593/

Pierre a dit…

Vous avez raison et cela nuit à mon image... Pas crédible. Il faudra que je commence pas des alcools doux ? Bonne idée que celle de tracer une caricature du libraire d'ancien... mais, comme pour les bibliophiles, les variétés sont nombreuses ! Je souhaite à tous, acheteurs et vendeurs de faire de belles acquisitions et ventes au Grand Palais. Pierre

Bertrand a dit…

encore avant hier une charmante me disait discrètement à l'oreille : "Ah mais vous êtes donc si jeune !"

B.

Pierre a dit…

Nous nous bonifierons donc avec l'âge...

Anonyme a dit…

Manier le bistouri pour créer un sillon disjoncteur… Saperlipopette, il y a donc bien des rapports entre les professions de vétérinaire et de libraire d'ancien ! Qui l'eut dit ? Pascal Marty

Anonyme a dit…

Bien sûr que le rapport existe, solution de continuité pour l'un, une solution pour la continuité pour l'autre.
Néanmoins le chirurgien des tissus ne peut se confondre avec celui des mots sur un point : lorsqu'un livre crie, lorsqu'il hurle, c'est qu'il a quelque chose d'absolument génial à faire entendre à l'humanité tout entière.
Jean-Michel