mercredi 20 avril 2011

La vie de Rembrandt par Emile Michel. Un génie sans aucun doute...


Je ne chercherai pas à rivaliser avec les auteurs qui ont si bien écrit sur Rembrandt (1606-1669). Leurs avis éclairés sont les meilleurs ambassadeurs pour le livre que je vous présente aujourd'hui.

Eugène FROMENTIN. Les maîtres d'autrefois

La vie de Rembrandt est, comme sa peinture, pleine de demi-teintes et de coins sombres. Dans sa pratique, il ne peignait, ne crayonnait, ne gravait comme personne. Ses œuvres étaient même, en leurs procédés, des énigmes. On admirait non sans quelque inquiétude; on le suivait sans trop le comprendre. C'était surtout à son travail qu'il avait des airs d'alchimiste. À le voir à son chevalet, avec une palette certainement engluée, d'où sortaient tant de matières lourdes, d'où se dégageaient tant d'essences subtiles, ou penché sur ses planches de cuivre et burinant contre toutes les règles, — on cherchait, au bout de son burin et de sa brosse, des secrets qui venaient de plus loin. Sa manière était si nouvelle, qu'elle déroutait les esprits forts, passionnait les esprits simples. À voir la façon dont il traitait les corps, on pourrait douter de l'intérêt qu'il prenait aux enveloppes. Il aimait les femmes et ne les a vues que difformes, il aimait les tissus et ne les imitait pas; mais en revanche, à défaut de grâce, de beauté, de lignes pures, de délicatesse dans les chairs, il exprimait le corps nu par des souplesses, des rondeurs, des élasticités, avec un amour des substances, un sens de l'être vivant, qui font le ravissement des praticiens.

Paul VALÉRY. Rembrandt et la lumière de la chair

Rembrandt sait que la chair est de la boue dont la lumière fait de l'or. Il supporte et accepte ce qu'il voit: les femmes sont ce qu'elles sont. Il n'en trouve guère que d'obèses ou de décharnées. Même les quelques belles qu'il a peintes le sont par je ne sais quelle émanation de vie plus que par forme. Il ne crait pas les ventres pesants, plissés en tabliers de peau épaisse et grasse, les membres gros, les mains rouges et lourdes, les visages très vulgaires. Mais ces croupes, ces panses, ces tétines, ces masses charnues, ces laiderons et ces servantes qu'il fait passer de la cuisine à la couche des dieux et des rois, il les imprègne ou les effleure d'un soleil qui n'est qu'à lui, il mélange comme personne le réel, le mystère, le bestial et le divin, le métier le plus subtil et le plus puissant, et le sentiment le plus profond, le plus solitaire que la peinture ait jamais exprimé.

Jules MICHELET. Un regard qui fait oublier la laideur

Le baron qui a voulu me faire lui-même les honneurs de sa galerie, m'introduit, à la fin, dans son cabinet. Là, un tableau unique, mais de quel prix !... C'est un portrait de femme par Rembrandt. Elle est sur le retour, et laide, marquée de la petite vérole. Et pourtant, vous ne pouvez en détacher vos yeux. C'est que le magicien a su tout racheter par l'attitude, le regard, ce regard qui vous suit, où que vous alliez, qui vous pénètre, vous fait oublier la laideur ou plutôt la supprime. Quelle beauté, dites-moi, vaudrait un tel regard?...

Théophile GAUTIER. Rembrandt comparé à Titien

Rarement le peintre d’Amsterdam a fait un Portrait de femme qu’on puisse comparer pour la beauté relative du type à celui qui est placé dans le grand Salon près de la maîtresse de Titien, dont le voisinage formidable ne lui nuit point. C’est une jeune femme de vingt-cinq ans à peu près, avec des traits réguliers, un peu forts, des yeux bruns, des lèvres épaisses et vermeilles, des cheveux abondants et crespelés d’un marron tirant sur le roux, un physionomie tranquille, avenante et douce. Une casaque bordée de fourrures lui couvre les épaules et laisse voir son col gras et souple, sa poitrine rebondie que couvre à demi une chemisette plissée. On ne saurait imaginer l’incroyable puissance de vie que Rembrandt a su prêter à cette figure baignée dans l’or fluide d’un coloris magique. Les ombres des joues, le clair-obscur du col, le ton blond du linge, le bitume chaleureux et transparent de la fourrure et des cheveux dont le brun semble pénétré de soleil, la lumière du front et du nez, le travail étonnant de la brosse qui, avec son martelage, rend le grain de la peau et la solidité de la chair, font de ce portrait un des chefs-d’œuvre de l’art, une peinture sans rivale.

Emile MICHEL. Rembrandt, sa vie, son œuvre, et son temps.

Les quarante gravées en creux d'après les photographies de Sedelmeyer et qui ornent le volume sont dues à Mr Dujardin. Enfin, des copies d'anciennes gravures d'après des monuments de Leyde ou d'Amsterdam ainsi que des vues pittoresques de ces deux villes et des fac-similés des monogrammes ou signatures successivement usitées par Rembrandt complètent l'ensemble des illustrations de ce livre, que les éditeurs ont cherché à rendre digne du maître auquel il est consacré.


MICHEL Émile. Rembrandt : Sa vie, son œuvre et son temps. Paris, Hachette, 1893. Fort in-4. Reliure éditeur demi maroquin rouge à coins. Dos à 5 nerfs orné de fleurons. Titre gravé. Tête dorée. 630pp. Ouvrage contenant 343 reproductions directes d'après les œuvres du maître. En fin d'ouvrage, on trouve de catalogue qui mentionne toute ses œuvres et les lieux où elles sont exposées dans le monde entier (50pp). Cahiers bien solides. Pas de rousseurs. Quelques défauts de reliure. Bel état général. 120 € + port

3 commentaires:

sandrine a dit…

Les peintures de rembrandt sont sans aucun doute animées d'une force de vie. Ses autoportraits sont sans complaisance, il recherchait avant tout la sincérité plutôt que la beauté, ce qui a donné ces chefs d'oeuvres les caractéritiques qu'on sait.
Pas d'écrits, pas de philosophie, juste de la peinture, ce fils de meunier, qui finira ruiné, avait le sene intime de la compreh"nsion de la nature profonde humaine.
Bien à vous;
S.

sandrine a dit…

Avait le sens intime, la compréhension profonde de la nature humaine... Dans l'ordre, c'est mieux.
S.

Pierre a dit…

Il y a une injustice certaine à constater qu'avec l'apparition d'internet, l'augmentation de l'offre et le manque de respect de brocanteurs affairistes pour le livre de "gamme moyenne", la valeur des livres de qualité a chuté. Le professionnel doit brader pour ne pas stocker.

Je ne parle même pas revenu des libraires. Je dis que ces ouvrages, quand ils auront atteint un prix plancher, se retrouveront dans les poubelles de Drouot !

C'est vrai que j'ai un peu l'âme écorchée en ce moment mais le respect's'perd, si vous voulez mon avis ;-)) Pierre