vendredi 21 mars 2014

Petites misères de la vie humaine illustrées par Grandville – C'était avant ?


Le titre même de l'ouvrage, et le nom de l'auteur auquel on doit le texte que je vous propose aujourd'hui, pourraient rendre inutile ce billet : Petites misères de la vie humaine, c'est notre lot quotidien, Old Nick est le surnom du diable en langue anglaise…


Et ce n'est pas la période électorale actuelle qui repousse le joyeux drille que je suis, hors de portée des petites contrariétés de la vie en société. Pas plus tard que tout à l'heure, un commerçant de Tarascon, que je croyais sensé,  vient de me dire qu'il allait voter Front national, ce week-end aux élections municipales, parce qu'il était excédé par les déjections canines dans nos rues. Je ne dénie pas ses convictions mais j'ai parfois des doutes sur nos motivations existentielles…


Les petites misères quotidiennes, il y en a d'autres…


Elles vous frappent d'abord presqu'à votre insu. Vous ne savez d'où vient le sourd malaise qu'elles répandent en vous et, à la fin, lorsque vous en constatez la cause, elle vous parait mesquine, puérile, ridicule. A quel ami si intime la confierez-vous, qui soit capable de vous prendre en pitié ? Aux lecteurs de ce blog, peut-être ? Votre mère même en rirait !


Quel acte d'irritation électorale justifieraient-elles ? Et cependant… être à la fois malheureux et risible, furieux et condamné au silence, être ravalé à ses propres yeux par une souffrance infime, avilissante comme le lion de la fable, se tordre sous l'aiguillon fréquent de quelque inattaquable moucheron… devient  insupportable.


J'exagère ? Voilà comme ils sont tous, ces humains au grossier épiderme, aux réflexions émoussées et aux nerfs durement trempés. Et bien, pour vous prouver que le phénomène n'est pas nouveau, je veux dessiller vos yeux, je peux vous montrer la vie comme elle était en cette fin de  19eme siècle - et comme elle est encore - comme elle est faite de maux sans dignité et de contrariétés lilliputiennes…


Je ne vous promets malheureusement pas, ici, les maux et les remèdes…  Vous aurez cependant le plaisir de feuilleter un magnifique ouvrage superbement illustré par Grandville (vous pouvez cliquer), parfaitement relié, et dans un état proche du neuf. Certains y verront l'occasion d'exercer leur mansuétude pour la nature humaine, d'autres ne verront dans cet exemplaire de luxe que l'occasion d'embellir leur bibliothèque, les amateurs de Grandville seront satisfaits de l'intérêt croissant porté à l'illustrateur et les spéculateurs se satisferont de l'estimation raisonnable de l'ouvrage .


Les bibliophiles qui ont de la mémoire savent aussi que les livres font partie du patrimoine de l'humanité le plus exposé aux Petites misères de la vie humaine… Pierre


GRANDVILLE. Petites misères de la vie humaine. Paris, Garnier, s.d (1870). Un fort volume In-4. Reliure demi- chagrin havane, dos à 5 nerfs, motifs dorés dans les caissons, titre et nom de l'auteur en lettres dorées, gardes colorées, tranche supérieure dorée . Nouvelle édition augmentée de nombreuses vignettes, tête de pages, culs-de-lampe, etc.  520 pages. Portrait-frontispice, titre grave, plus de 200 vignettes dans le texte, 50 planches par Grandville. Le texte est de  Paul Emile Daurand Forgues, dit Old Nick. (1813-1883). Pas de cahiers décalés, infimes rousseurs, très bel état. 195 € + port

jeudi 20 mars 2014

Lettres d'Elvire à Lamartine publiées par René Doumic.


Il n'est pas nécessaire de réussir pour entreprendre : nous sommes bien d'accord !  Voici donc, cette semaine, le troisième poète que j'ai choisi de mettre à l'honneur sur le blog alors que la période est plus propice aux promesses électorales qu'aux envolées lyriques !

Que restera-t-il d'elle? à peine un souvenir :
Le tombeau qui l'attend l'engloutit tout entière,
Un silence éternel succède à ses amours ;
Mais les siècles auront passé sur ta poussière,
Elvire, et tu vivras toujours !


En 1816, alors qu'il était en convalescence à Aix-les-Bains, sur les bords du lac du Bourget, Alphonse de Lamartine rencontra celle qui devint l'Elvire du Lac, Julie Charles, une femme mariée avec qui il vécut une idylle intense mais brève, puisque la jeune femme mourut de phtisie l'année suivante…

Heureuse la beauté que le poète adore !
Heureux le nom qu'il a chanté !
Toi, qu'en secret son culte honore,
Tu peux, tu peux mourir ! dans la postérité
Il lègue à ce qu'il aime une éternelle vie,
Et l'amante et l'amant sur l'aile du génie
Montent, d'un vol égal, à l'immortalité !


Le choc douloureux de la mort d'Elvire a inspiré à Lamartine ses plus beaux vers : on cite toujours “Le lac”, on cite moins souvent “L’isolement”. Pourtant l'inspiration est bien la même : le poète, retiré à Milly, chante la femme aimée et constate que, sans elle, tout est dépeuplé…

Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !


Les poèmes de Lamartine sont les plus beaux reliquaires d'amour qui soient et il n'est pas d'occasion – enterrement, mariage, etc… - où les strophes de l'auteur ne trouvent de place dans notre cœur. J'avais personnellement pensé à agrémenter la cérémonie de mon dernier voyage d'une petite évocation de quelques beaux vers du poète accompagnés de la plainte lugubre de l'andante du trio pour piano, violon et violoncelle de Schubert. Des esprits chagrins me disent que cela risquerait de plomber l'ambiance. Votre avis ?

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit et l'on respire,
 

Tout dise : « Ils ont aimé ! »


DOUMIC René. Lettres d'Elvire à Lamartine. Paris, Hachette & Cie, 1905. Un volume in-12. Reliure demi-maroquin cerise à coins, plats encadrés d'un filet doré, dos à nerfs, motifs de type rocaille entre les nerfs, titre en lettres dorées, gardes colorées, tranches supérieure dorée. Edition originale imprimée sur vergé. Ouvrage illustré de 2 fac-similés. Contient les lettres retrouvées - Julie Charles - première lettre d'Elvire - une crise sentimentale - étude de femme - le lac - le crucifix - une lettre de Bonald - quatre lettres du Docteur Alin etc. Des rousseurs claires. Très belle reliure. 75 € + port

mercredi 19 mars 2014

Auguste Angellier : A l'amie perdue - mais jamais oubliée...


Professeur d’anglais à Douai, Auguste Angellier (1848-1911) fait la connaissance en 1881 d’une jeune femme et avoue son amour au pied d’un seringat à l’Amie perdue :

Et que ton cœur fermé jusqu’alors, s’entrouvrit
C’est pourquoi je reviens dans ce jardin pensif
Où près d’un banc verdâtre un seringat fleurit . 


La dame est mariée, mère de deux enfants… elle quittera son mari, retournera vivre chez ses parents… Ils ne cesseront de s’écrire et , pour préserver le secret, établiront un code chiffré dans leurs correspondances. Ce recueil de poèmes est donc la parfaite illustration de l'amour platonique prêché par Philippe Gandillet dans sa dernière causerie… (vous pouvez cliquer ici)


Je pourrais vous dévoiler un des poèmes de l'auteur. Un ne serait pas assez, plus serait trop pour l'espace qui m'est accordé... Alors, je me demandais ce qui faisait qu'un lecteur pouvait être sensible à la poésie dans une société qui ne l'est plus. C'est un petit poème de Raymond Queneau qui m'a donné la réponse :


Prenez un mot prenez en deux
faites-les cuir' comme des œufs

Prenez un petit bout de sens
Puis un grand morceau d'innocence
Faites chauffer à petit feu de la technique
Versez la sauce énigmatique
Saupoudrez de quelques étoiles
Poivrez et puis mettez les voiles
Où voulez-vous donc en venir
A écrire
Vraiment, à écrire.


Il vous reste donc à lire… Pierre


ANGELLIER (Auguste). À l’Amie perdue. Paris, Léon Chailley, 1896. Un volume in-12. Reliure plein maroquin bordeaux, contre-plat avec encadrement de 4 filets dorés, gardes colorées, dos à 5 nerfs, titre en lettres dorées, filet doré sur les coupes, tranche supérieure dorée, couverture conservée. [4 ff]., 212 pp., [1 f]. Édition originale du premier recueil poétique de l’auteur. Très bel état. 110 € + port

mardi 18 mars 2014

Le procès de la critique littéraire par Maitre Maurice Garçon…

Le demandeur : Fernand Fleuret de l'Académie Goncourt.
Évidemment, qui mieux qu’un poète pouvait défendre un poète ? Maitre Maurice Garçon, s’il fut un des plus brillants avocats de sa génération, n’en fut pas moins un des plus esprits les plus heureux du Parnasse…


C’est à l’occasion d’un procès intenté par Fernand Fleuret contre un critique littéraire que le célèbre avocat fut son défenseur, comme il le fut, d'ailleurs, de tous les membres de l’Académie Goncourt dont Fleuret est un des membres fondateurs.


Il nous livre ici, sous forme d’un ouvrage publié à tirage limité, le contenu de sa plaidoirie où l’on découvrira avec plaisir que l’éloquence est un art qui se combine fort bien avec le bon sens. Si le critique fait métier de porter des jugements sur autrui, il faut reconnaitre qu’il abuse souvent de la liberté qu’on lui accorde pour aller jusqu’à l’injure, et qu’il oblige ceux qui sont victimes de ses jugements à élever des protestations au nom de susceptibilités légitimes.


« La jurisprudence est confuse et trop de conflits naissent dont la solution est incertaine. N’est-il point temps qu’un tribunal pose des règles précises et permettent aux uns et aux autres  de connaitre leurs obligations et leurs devoirs ?

La critique est l’art d’apprécier les mérites et les défauts des œuvres littéraires et artistiques, et tout écrivain, qui soumet un ouvrage au public, s’expose aussi bien aux louanges  qu’au décri. C’est, a dit Balzac, une taxe que le public prélève sur les hommes éminents.

Le droit de la critique procède de celui qu’a chacun de manifester son opinion. Il est général et appartient à tous ceux qui pensent ; il devient pourtant particulier lorsqu’il est exercé, afin de simplifier la tâche du commun, par un certain nombre d’augures qui se sont données pour mission d’étudier les œuvres littéraires et artistiques et de publier leurs avis afin de guider le goût et l’opinion générale. La foule est paresseuse […] Le critique tient toute son autorité d’une forme de crédit qu’il a sû imposer au vulgaire, moins souvent par sa science que par un habile stratagème […].

Trop souvent il confond lui-même la critique et la satire. Soucieux surtout de blesser, il est volontairement ironique, méchant, injuste et violent. Il n’est point un juge, il est une partie. Le critique au contraire doit impartialement se livrer à une étude attentive pour arriver à un jugement décisif. Il doit dépouiller ses sympathies ou antipathies personnelles afin de dégager le vrai […].

Critiquer, en un mot, c’est procéder à un examen raisonné pour comprendre l’esprit qui a animé l’auteur afin d’en apprécier ensuite l’erreur ou la sagesse. A énumérer toutes ces qualités, on pourrait conclure que seuls les philosophes sont dignes d’en parfaire la somme. Pourtant les critiques demeurent des hommes et leur recrutement se fait souvent sans discernement. Aussi doit-on les juger selon la loi commune. La cour de Paris l’a dit en 1932 […].

Ainsi le critique n’échappe pas aux rigueurs de la loi sur la presse s’il diffame et il répond de ses fautes si, sans commettre à proprement parlé un délit, il a cependant causé quelques préjudice… […]. »


Je passe sur l’argumentation propre à défendre l’ouvrage de Fernand Fleuret sur la Henriade et sur les fautes commises par le critique avec l’histoire de France. Les errances religieuses de cette époque n’empêchent pas la véracité des faits.


L’ouvrage que je propose, aujourd’hui, à la vente fait partie d’une collection de 9 procès d’anthologie menés à bien par Maitre Maurice garçon publiés de 1923 à 1941. Tous les volumes ont été tirés à 100 (le premier) ou 150 exemplaires numérotés hors commerce et imprimés sur papier teinté de couleur différente pour chaque volume. Notre exemplaire présente un très original envoi manuscrit de l'auteur où l’on apprend avec amusement que notre avocat aimait magner le pistolet tout autant que certains de ses clients… Pierre


GARÇON (Maurice). En marge de la Henriade. Le Procès de la critique. Un volume in-12. Sans nom d’éditeur, mai 1937. Reliure demi-parchemin, plat de tissu imprimé, dos lisse, pièce de titre en maroquin havane. Collection " Plaidoyer de Maurice Garçon ". Envoi de Maurice Garçon à Fernand Fleuret.  Très bel état. Vendu

lundi 17 mars 2014

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : De l'amour avec Stendhal, Abel Bonnard et votre serviteur…


" L'amour a des malheurs fastueux comme la vanité a des bonheurs sordides " nous dit Abel Bonnard, évoquant l’ouvrage de mon camarade Stendhal :  De l’amour. Il est, en effet, la plus belle occasion que nous ayons de nous délivrer de notre égoïsme et de nous enivrer de notre puissance. J'écris cependant " mon camarade Stendhal " mais pas mon confrère…  Pourquoi ?


Parce que Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, a trop longtemps séjourné à Milan pour se plier aux exigences de notre Académie. Je le regrette… Rappelons qu'il a dicté lui-même l'inscription de sa tombe : "Ci-gît, Henri Beyle dit Stendhal, le Milanais".  Pour être accueilli à l'Académie française, il faut démontrer sa notoriété, son talent et sa disponibilité. Les deux premières qualités vont de soi. La troisième demande un peu de réflexion : nous obligeons le nouvel élu pendant des années… 


Qui oserait dénier sa notoriété de  Stendhal ? Le nombre de ses livres et leur tirage font de cet écrivain, l'un des plus célèbres du XIXème siècle. Le talent ? Il jaillit de toutes les pages. Mai la disponibilité ? Il suffit de s'enquérir de la longue biographie de l'auteur sur wikipédia pour réaliser que si l'âme de Stendhal fut parfois en France, son cœur n'a jamais quitté l'Italie…


Abel Bonnard, dans l'excellent livre que je soumets à votre sagacité, nous offre un Supplément à De l'amour, publié en 1822, pour décrire les différentes composantes d'une relation amoureuse – contrariée dans ce cas.  Si vous le voulez bien, j'apporterai ici ma modeste contribution littéraire à l'œuvre de Stendhal en complétant l'étude d'Abel Bonnard, dont – ce n'est pas un secret d'état - on ne trahira pas la mémoire si l'on révèle qu'il n'avait aucune expérience en matière de séduction féminine…


En vérité, tout grand amour est le fruit de celui qui l'éprouve.  Cependant, avec le temps, la baisse du désir nous affranchit de l'être même qui l'a causé. Nous devenons, en quelque sorte, indépendants de lui ! Ainsi voit-on parfois certaines femmes profondément et fidèlement éprises d'un homme, finir par être indifférentes aux ébats et aux frasques qui plaisent tant à ce dernier… Elles l'aiment assez pour n'avoir plus besoin de lui, dirons-nous… Point de déséquilibre hormonal là-dedans ! Seuls quelques médecins naïfs peuvent encore soutenir cette hypothèse ! 

C'est pour des motifs du même ordre qu'il est possible de rendre un culte à une absente. " Elle part, je vais donc pouvoir l'aimer " disait d’ailleurs un de mes amis, de son épouse ! Il va de soi que nous réalisons parfaitement cette vérité mais qu'il est plus aisé de ne pas nous la dire…

Fort de cette funeste remarque, je vous engage donc, dès aujourd'hui,  à pratiquer l'amour platonique ! Vous échapperez ainsi à nombre de frustrations et déceptions en tout genre. L'incommodité du désir fera place à la commodité du regard et vous pourrez même envisager avec sérénité de rentrer dans les ordres pour soutenir nos paroisses qui ont tellement besoin de prêtres… C'est le Pape François qui va être content !


Il est bien évident que je vous demanderai de ne pas ébruiter cette information et de donner à ma causerie toute la confidentialité qui s'impose… C'est à  peine si j'en informerai Pierre qui a, pour l'heure, d'autres chats à fouetter. Il semblerait que notre libraire se soit, en effet, lancé dans une campagne électorale afin d'acquérir, par les urnes, la notoriété et la reconnaissance qu'il n'a pas eues dans sa carrière professionnelle. On ne sait que lui souhaiter…

Votre dévoué. Philippe Gandillet 


BONNARD (Abel). Supplément à De l'amour de Stendhal. Paris, éditions du Trianon, 1928. Un volume in-12. 4 gravures sur cuivre de Fernand Siméon, bois de Paul Baudier. Reliure demi maroquin cerise, plats de papier coloré, dos avec motifs dorés et noirs encadrés de filets dorés, lettres dorées, gardes   colorées. [3ff bl], [2ff –titre], 129pp, [3ff justification], [3ff bl]. Exemplaire hors commerce sur Vergé à la forme de Rives. Très belle reliure. Intérieur parfait. 110 € + port

samedi 15 mars 2014

Histoire de Pierre de Montmaur, célèbre goinfre, par M. de Sallengre, lui-même célèbre gastronome…


Albert-Henri Sallengre est un écrivain français né à la Haye en 1694, de parents réfugiés en Hollande pour des raisons religieuses. Il exerça comme avocat en Hollande puis visita la France et l'Angleterre avant de devenir le conseiller de la princesse de Nassau. Il meurt en 1723 de la petite vérole (variole). Durant sa courte vie, il a beaucoup publié. La gastronomie l'intéressait sans doute particulièrement, car outre ce recueil sur le célèbre parasite glouton Pierre de Montmaur, on lui doit aussi un Éloge de l'ivresse.


Si l'on en croit une brochure fournie à l'occasion d'un colloque de l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, Pierre de Montmaur (1576-1648) exerça pendant vingt-cinq ans, jusqu’en 1648, la fonction de professeur royal de grec à l’université de Paris, succédant, au Collège Royal, aux grands hellénistes que furent Jérôme Goulu, second fils de Nicolas Goulu, ou Jean Dorat.


Sa notoriété dépassa néanmoins le cercle des savants et des érudits parisiens et de nombreux textes parurent, de son vivant puis après sa mort, qui dressaient un portrait peu avantageux de l’homme, le peignant comme un redoutable pédant et un parasite. L'ouvrage que je vous propose à la vente, aujourd'hui, est de ceux là…


C’est paradoxalement après la mort de ce dernier que se déclenche l’avalanche d’écrits satiriques dénonçant le ridicule du professeur. L'anthologie, en deux volumes, établie par Albert Hendrik de Sallengre est de celle là. Elle contient des pièces satiriques écrites en latin et en français, mais aussi une ample biographie de Pierre de Montmaur, qui reprend, pour une large part, des jugements portés par des écrivains contemporains du professeur.


Néanmoins, l’affaire Montmaur dépasse la seule personnalité de ce professeur de grec et contribue, bien au-delà de sa personne , à voir évoluer la figure littéraire du parasite et du pédant. Celui-ci, qui était traditionnellement représenté dans le récit  médiéval, comme un homme présomptueux et ignorant, féru de sa science et de ses langues anciennes, devient de plus en plus un homme sale et mal habillé, de mauvaise compagnie et aux mauvaises manières, un parasite goinfre qu’il est répugnant de voir manger à table, mais dont on peut rapporter les bons mots. L’affaire Montmaur contribue donc à transformer le pédant en un personnage ridicule, aux yeux mêmes de la société mondaine... 


La pratique constante de Pierre de Montmaur était de ridiculiser les hommes par des satires et des sarcasmes en faisant des allusions à leurs noms, prises à partir du grec et du latin, comme nous le dit Sallengre dans sa longue introduction. " A la méfiance près, un homme tel que Montmaur devait cependant être agréable dans un reps, nous dit-il…"


Le mieux est cependant de vous faire votre propre jugement. Une petite remarque d'un ancien propriétaire mentionne que l'ouvrage était très rare, à son époque. J'ai bien évidemment listé les différentes estimations contemporaines de mes honorables confrères pour établir une moyenne, un écart-type & toutes choses sérieuses qui permettent de ne pas proposer un prix en fonction de critères subjectifs... Peine perdue ! Pierre


SALLENGRE (M. de). Histoire de Pierre de Montmaur.  La Haye, chez Chr. Van Lom, P. Gosse & R. Alberts, 1715.  1 volume en deux tomes in-12 (17/11). Reliure plein veau marbré, dos à nerfs, pièces de titre, caissons ornés de motifs floraux encadrés de filets, filet sur les coupes, tranches rouges, roulette sur les coupes. Tome I : [3ff-titre], cxxxij, [1f erata], 316 pp orné de 1 frontispice et 6 gravures hors texte. Tome II : 312 pp, [1f bl] orné de 1 frontispice et 2 gravures hors textes.  Edition originale de ce recueil de satires dirigées contre Pierre de Montmaur, célèbre gourmand et parasite. Planches gravées par Bleyswick. Coiffes et un mors restaurés. Bel état. 420 € + port