vendredi 21 octobre 2011

Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, par Longus, Amyot, Audran, Debarle et le Régent...


On ne sait pratiquement rien sur Longus. C'est ce qui mentionné dans la préface de l'ouvrage que je vous propose aujourd'hui. On présume qu'il est né à Lesbos et qu'il a vécu à l'époque d'Hadrien. On lui attribue le roman intitulé Daphnis et Chloé, présenté ici sous le titre des "Amours pastorales de Daphnis et Chloé ".


Deux noms d'hellénistes célèbres restent attachés à Longus : Amyot, qui en publie la première traduction française en 1559 ; et Paul-Louis Courier, qui complète et remanie la traduction d'Amyot en lui adjoignant un passage assez long qui avait disparu dans tous les manuscrits connus jusque là, et qu'il restitue à l'aide d'un manuscrit nouveau qu'il découvre en 1809 à Florence. C'est la version d'Amyot que nous proposons aujourd'hui.


Inspiré par une image peinte qu'il prétend avoir découvert au cours d'une partie de chasse sur l'île de Lesbos, Longus relate l'histoire d'amour de deux orphelins livrés à eux-mêmes au sein d'une nature exubérante, recueillis et élevés dans l'innocence par des bergers, exposés au danger, séparés puis à nouveau réunis. Évoluant entre la pastorale et la "robinsonnade", le récit a exercé une influence déterminante sur Bernardin de Saint-Pierre qui développe un thème parallèle dans « Paul et Virginie », quoique sa conclusion soit moins grivoise que cette version plus légère dite "Aux petits pieds" que nous présentons ici… Quelques précisions cependant : Cette gravure, plus connue sous le nom de "la conclusion du roman, ou les quatre pieds" est attribuée au Comte de Caylus. Elle fut gravée pour la première fois en 1728 et éditée dans un exemplaire, en premier tirage, en 1745. Ce qui explique qu'elle ne soit pas signée du Régent...


L'ouvrage que je vous propose a ceci d'intéressant qu'il est à grande marge (pas pour le libraire, Montag, enfin !!) et sur beau papier vélin. On notera néanmoins que la qualité du papier semble avoir baissé, (problèmes de ravitaillement ?) conséquence d'une Révolution qui trouvera cette même année un nouveau souffle avec les campagnes d'Italie.


L'intérêt particulier de l'ouvrage tient aussi dans la beauté des illustrations et dans la qualité d'exécution des gravures dues au sculpteur Benoit Audran. Fils de Germain Audran, graveur à Lyon, né dans cette ville, le 3 novembre 1661, il vint à Paris, à l'âge de dix-sept ans, se mettre sous la direction de Gérard Audran, son oncle. Entre autres ouvrages estimables qu'il a produits, on remarque les Sept Sacrements, du Poussin, Alexandre malade, peint par Lesueur, et le Serpent d'airain, de Lebrun. Louis XIV, juste appréciateur des talents, répandit ses bienfaits sur Benoît Audran, comme il l'avait fait sur toute sa famille. L'académie le reçut au nombre de ses membres, et le nomma l'un de ses conseillers en 1751. Cet artiste mourut à Louzouer, près de Sens, en 1721, dans une terre acquise du produit de ses talents.


Cet exemplaire de Daphnis et Chloé n'est pas fréquent à la vente. La reliure n'est pas maroquinée, n'est pas exempte de défauts, mais elle ne dénotera pas sur vos rayonnages. Cet ouvrage complétera la bibliothèque d'un bibliophile ou d'un collectionneur des éditions de ce best-seller de deux milles ans… Au fait, combien d'éditions françaises de cette nouvelle ont pu être éditées depuis Gutenberg ? Pierre


LONGUS. Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, écrites en grec par Longus et translatées en françois par Jacques Amyot. Édition enrichie de planches originales dessinées et gravées par Philippe d'Orléans, Régent de France. Paris, Debarle, 1796. Format petit in -4. Reliure pleine basane marbrée, pièce de titre en maroquin cerise. Dos lisse orné de dentelles et filets. [1f blanc], [3 ff. n ch], 150 pp, [2ff n ch], [1f blanc]. Exemplaire sur grand vélin de cette réimpression de l'édition de 1718, dite "du Régent", illustrée d'un frontispice, de 28 figures hors texte et de la figure dite "aux petits pieds" de Philippe d'Orléans. Illustrations gravées par Benoit Audran. Défauts de reliure aux mors et aux coins. Petite restauration amateur sur le mors du 1er plat. Traces de mouillure claire sur le premier feuillet et très claire sur les deux derniers. 240 € + port

jeudi 20 octobre 2011

Oeuvres d'Alfred Jarry aux éditions du livre Monte-Carlo, 1948...

Né à Laval en 1873, Alfred Jarry meurt à Paris en 1907, à l'âge de 34 ans. Sa vie est à l'image de son œuvre : Brève, mais intense et tumultueuse, tragique et comique à la fois, déconcertante souvent, fascinante toujours. Cette vie est trop souvent réduite à une seule œuvre "Ubu Roi" ou à un seul mot "Pataphysique". Je vous offre ici la possibilité d'en savoir un peu plus sur cet auteur controversé. Les éditions du livre Monte-Carlo nous en offrent l'occasion avec cette belle réalisation en 8 volumes illustrés sous étuis.


Revenons à Ubu : D’une simple blague de lycéens farceurs, Ubu roi est devenu, sous la plume d’Alfred Jarry, une œuvre mythique à bien des égards ; par sa réputation d’abord – le mot "ubuesque" est passé à la postérité ; par le nombre de personnages sur scène ensuite - une bonne vingtaine ainsi que les peuples des villes et des champs, des nobles, des courtisans, pas moins de deux armées, un ours et des fantômes ; et enfin par l’extraordinaire nouveauté du ton du texte qui a accompagné le mouvement surréaliste. Je ne suis pas particulièrement un amateur de cette pièce de théâtre, je dois le reconnaître. Trop souvent portée aux nues au festival d'Avignon, le simple fait de la présenter affublée d'une mise en scène choquante contrebalançait souvent le manque de talent de ses interprètes. Et puis je suis très classique dans mes goûts. Il n'empêche !


Ubu roi dénonce, on le sait, les systèmes politiques qui engendrent la folie et l'absurdité de la course au pouvoir, raille les dictateurs en herbe prêts à d'invraisemblables compromissions pour arriver à leur fin. Le merdre et le cornegidouille du Père Ubu sont comme un défi universel à la bêtise environnante, à l'avidité sans scrupules des gens et comme le symbole de l'absurdité d'un pouvoir exercé sans humanité ... Le modèle en était, au lycée de Rennes, M. Hébert, professeur de physique, qui incarnait aux yeux de l'auteur " tout le grotesque qui est au monde ". Moi, au Lycée Chateaubriand, mon professeur de Physique s'appelait Mr M*** et incarnait tout le contraire… J'ai eu de la chance.


Rions des faiblesses de l’humanité, mais regardons bien dans le miroir. Il y a du Père et de la Mère Ubu en nous, de l’ombre et de la lumière, du fort et du faible, du valet et du maître, du héros et du traître, du Saint et du criminel. Ces personnages nous ressemblent. Le père Ubu, c'est un peu Tartarin, c'est un peu le Roi Ferrante : Ni meilleur, ni pire !


C’est dans ce contexte de dérision qu'il faut voir l'œuvre entière d'Alfred Jarry, amateur de bicyclette, de revolver et surtout d'absinthe… A découvrir donc. Pierre

Tome1. L'amour absolu. L'amour en visites. Gestes et opinions du Docteur Faustroll. Souvenirs par le docteur Jean Saltas et Charlotte Jarry.- 2. Rhoides, E. La Papesse Jeanne. Traduit du grec par Alfred Jarry et Jean Saltas.- 3. Messaline. Le surmale.- 4. Ubu roi. Ubu enchaîné. Les paralipomenes d'Ubu. Questions de Théâtre. Les minutes de sable mémorial. Cesar-Antechrist. Poésies. L'autre Alceste.- 5. La dragonne. Les jours et les nuits.- 6. Le moutardier du Pape. Pantagruel. Ubu sur la butte. Par la taille. Les silènes. Spéculations.- 7. Spéculations. Gestes. Critique. Correspondance. Souvenirs. Bibliographie.- 8. L'ymagier. Perhinderion. Almanach du Père Ubu. Répertoire des pantins.


JARRY (Alfred). Œuvres complètes. Monte Carlo: Éditions Du Livre, 1948. Broché, couverture rempliée. In 8, oeuvres complètes en 8 volumes dans deux emboîtages, édition numérotée 1 des 3000 exemplaires sur vélin blanc, non coupés. Livres en parfait état. 150 € + port

mercredi 19 octobre 2011

L’Odyssée de Maître Louis par Maurice Cartoux et par Maître Louis Jou, lui-même…

Voici un livre que vous n'aurez jamais chez vous ! Vous êtes bien présomptueux, jeune homme, me direz-vous ;-))

Et vous auriez tort… Cet ouvrage a été tiré à 10 exemplaires. C'est un bel in folio sous étui et chemise qui nous relate un voyage en Italie fait par deux copains (accompagnés, quand même), dans la grande tradition des voyages initiatiques de la Renaissance. Mais ce voyage est culinaire, c'est ce qui en fait son charme !


Pourquoi un livre exceptionnel ? C'est que son concepteur, Maître Louis Jou en personne, en a assuré seul, sur ses presses, dans son atelier, avec ses caractères, la composition, l'illustration et le tirage le jour de Noël 1958. Il faisait évidemment partie de l'équipe de joyeux lurons qui ont participé au voyage, vous vous en doutiez… Le texte est de la plume de Maurice Cartoux. Ce nom ne vous dit sûrement rien. Il faut préciser qu'il a vécu à une époque où on pouvait être à la fois un industriel respecté et un homme cultivé, un rien potache. C'est ce sens de la dérision qui manque aux grands de ce monde, aujourd'hui.

Un détail : Le texte est en alexandrin. En voici un court extrait qui doit vous mettre l'eau à la bouche…

Dès que fut commandé le plat de fettuchines
Le ballet commença. Giclant de la cuisine
Un serveur empressé, le masque fort sérieux
Disposa saintement son plat sur une table ;
Et comme accomplissant un rite religieux
Se mit à travailler sa masse respectable
Juste le temps qu'il faut comme pour fatiguer
Tout le gluant amas de ces nouilles fumantes.


Puis tel Sancho Pança préparant Rossinante
Pour son Maître impatient, par gestes calculés
Façonna bien le tout. Des serveurs se groupèrent,
C'est alors qu'Alfredo d'une allure princière,
Vers le plat s'avançant, le fixa, l'œil ravi ;


L'orchestre s'arrêtant le silence se fit.
Les dîneurs empêtrés dans l'assiette de nouilles,
Que sans entraînement leurs fourchettes farfouillent,
Cessèrent de manger. Le calme était total.
Mais lui très souriant d'un geste monacal
Fourchette en une main, et la cuillère dans l'autre
Comme en officiant marmottant patenôtres,
Paru bénir le tout et sur le plat fumant
Ses mains semblant flâner, c'est très dévotement
Qu'il les frôla d'abord puis caressant du geste,
Se servant de ce plat comme d'un palimpseste,
Inscrivit de nouveau de son art les desseins ;


Les bras très arrondis, onctueux par ses mains
Les spaghettis frisaient, se tordaient en figures,
Et sur l'éclat doré de cette chevelure,
Le Maître se penchent, orgueilleux et ravi,
Balançait tout son corps qui paraissait grandi…


L'ouvrage est remarquablement illustré par Louis Jou, comme vous pouvez le constater sur les clichés. Un autre exemplaire a été présenté quelquefois lors d'expositions. J'ai quelques catalogues édités par Louis Jou, si cela vous intéresse. Passez à la boutique ;-)) Pierre


CARTOUX (Maurice). L’Odyssée de Maître Louis. Les Baux : [Chez l’artiste], 1958 - In-folio (290 × 430) - [14], 76 p., [3]. Tirage à 10 exemplaires sur montgolfier. Couverture à large encadrement noir (monogramme LJ en tête, monogramme MC en pied), titre en rouge : L'odyssée de Maître Louis, monogramme LJ en noir. Sur le deuxième plat, vignette noire (80 × 110). Deux feuillets blancs. Une page : Exemplaire № (c'est un secret) surmonté d’un dessin ; verso blanc. – Faux titre avec autoportrait (100 × 135) - Page de titre : Entre un bandeau et un cul-de-lampe noirs, titre rouge ; verso blanc. — Une page : Épigraphe ; verso blanc. - Préface (1 p.) encadrée. Pas à vendre. Pas à moi. Je me demande quelle estimation de départ j'en ferais si j'étais expert dans une salle des ventes…

mardi 18 octobre 2011

D'Alembert. Connu pour son "Discours préliminaire de l'Encyclopédie". Moins connu pour le reste…


Fils naturel de la Marquise de Tencin, au salon littéraire renommé, qui l'abandonna dès sa naissance sur le parvis de l'église de Saint-Jean-le-Rond, et de Louis-Camus Destouches, qui lui versera plus tard une pension annuelle, d'Alembert (1717-1783) est élevé par la femme d'un artisan vitrier, chez qui il vivra pendant quarante-huit ans.


Il se révèle, très jeune, exceptionnellement doué pour les mathématiques. Bachelier ès arts à dix- huit ans, il entre à vingt-quatre ans, après des études de droit et de médecine, à l’Académie des sciences comme «associé astronome adjoint». Ses travaux en mathématiques et en physique, son Traité de dynamique (1743), qui ouvre la voie au développement de la mécanique rationnelle, lui valent une réputation européenne. En 1746, il gagne le concours de l’Académie de Berlin avec ses Réflexions sur la cause générale des vents. Il s’intéresse également à la musique et s'acquiert la réputation de théoricien de l' œuvre de Rameau.


Il rencontre Diderot dans les salons à la mode. Tous deux sont amis de l’abbé Gua de Malves, académicien des sciences et compilateur, qui les entraîne en 1746 dans l’aventure de l’Encyclopédie. Un an plus tard, ils réorientent le projet initial de simple traduction de la Cyclopedia de Chambers vers une totale réécriture, et s'assurent la collaboration de cent soixante-douze rédacteurs pour rédiger l'Encyclopédie.


Dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie, publié en tête du premier volume (1751), d’Alembert affirme l’existence d’un lien direct entre le progrès des connaissances et le progrès social. Ce texte apparaît comme un véritable manifeste des Lumières. Leur ambition proclamée à travers l’article « Encyclopédie» est bien de « changer la façon commune de penser ». En 1759, après les condamnations répétées de l’Église, le roi révoque le privilège accordé aux Libraires-Associés, décrète la destruction des exemplaires imprimés et interdit la poursuite de la publication. D’Alembert avait déjà, depuis peu, abandonné l’Encyclopédie, à la suite de divergences avec Diderot. Il devient, en 1772, secrétaire perpétuel et historiographe de l’Académie française, où il était entré en 1754.


D’Alembert demeure l’un des mathématiciens et physiciens les plus importants du XVIIIe siècle, en même temps qu’un philosophe des Lumières. Il a été l'un des protagonistes de la lutte contre l’absolutisme religieux et politique. Il a ouvert la voie au rationalisme scientifique moderne. Ses analyses constituent une véritable philosophie des sciences. Jusqu’à sa mort, il continua ses travaux scientifiques et disparut au faîte de sa célébrité, prenant ainsi une revanche éclatante sur sa naissance.


Côté sentiments ? : Il ne quitta la maison familiale qu'en 1765 pour vivre un amour platonique avec l’écrivaine Julie de Lespinasse, qui avait des amants par ailleurs... Le dieu de l'amour n'était pas avec lui. Au moment de sa mort il n'y eu, d'ailleurs, aucune cérémonie religieuse. Pierre


ALEMBERT (J. Le Rond d'). Mélanges de Littérature, d'Histoire, et de Philosophie. Nouvelle édition. A Amsterdam chez Zacharie Chatelain Fils, 1773. 4 volumes. Reliure plein veau marbré, dos à nerfs et caissons ornés de motifs. Pièce de titre en maroquin cerise. Format in-12. Réunion de textes variés parmi les plus intéressants de l'encyclopédiste : Tome I : Discours préliminaire de l'Encyclopédie, Explication détaillée du système des connaissances humaines, observations sur la division des sciences du chancelier Bacon, Préface du troisième volume de l'Encyclopédie, Essai sur la société des gens de lettres. Tome II : Reflexions sur les éloges Académiques, Éloges de l'Abbé Terrasson, de Montesquieu, Analyse de l'esprit des lois, de l'Abbé Mallet, de Mr du Marsais, sur la Reine de Suède, Discours de l'Académie, sur l'élocution sur le gouvernement de Genève, et lettre à Mr Rousseau (avec qui il se brouille). Tome III : Commence par une observation sur l'art de traduire et contient de nombreux discours et analyse sur l'histoire gréco-romaine. Tome IV : Contient un essai sur les éléments de philosophie, des réflexions sur l'usage et l'abus de la philosophie et un exposé sur la liberté de la musique. Il manque le tome V qui aborde la mathématique mais chaque tome est complet en lui-même. Défauts de reliure. Texte en excellent état et cahiers solidaires. Vendu

lundi 17 octobre 2011

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Quelques lettres d'amour…

Il y a des moments où une fidèle épouse, la plus désintéressée soit-elle, désire lire d'autres livres que Paul et Virginie ; où elle veut voir autre chose au théâtre que Polyeucte et Britannicus ; des jours enfin, où elle n'est pas fâchée, quand elle va se promener dans les rues de la capitale, de jeter un coup d'œil indiscret aux tables des grands cafés de Paris où de jeunes quinquagénaires aux tempes grisonnantes usent de tous les moyens légaux mis à leur disposition pour séduire leurs accortes assistantes à l'occasion d'un déjeuner de travail…

Faut-il sérieusement en faire un crime ? Non, certes. Comment les femmes "comme il faut" sauraient-elles qu'elles existent, si elles ne voyaient pas défiler sous leurs yeux l'escadron léger des femmes "comme il en faut" ? Comment la beauté morale brillerait-elle de tout son éclat, si la laideur - toute relative - du vice ne lui servait de repoussoir ?

On peine cependant à démontrer que tant d'hommes pourraient tromper si aisément leurs épouses puisque, selon les statistiques, on n'a jamais trouvé une seule femme qui ait pensé à faire de même avec son mari.


Voilà la réflexion tapée du bon sens qui m'est venue, ce matin, en feuilletant les quatre petits ouvrages que Pierre m'avait mis de côté pour que j'en fasse une présentation flatteuse. Qui voudrait, en effet, lui acheter ces petites odes à l'amour charnel ? Une épouse aimante prompte à en dénoncer la teneur mais curieuse d'en connaître le contenu ? Des bibliophiles attirés par des éditions à tirage limité ? Je ne vois que ça…


Le premier texte contient un choix de maximes consolantes sur l'amour de Charles Baudelaire. Cette petite édition, imprimée à 275 exemplaires pour Jacques Haumont est introuvable, bien sûr. Il s'agit surtout pour l'auteur, en 19 pages, de préciser sa vision de l'attirance entre deux êtres : "Je n'aurais pas fini de sitôt, si je voulais énumérer tous les beaux et bons côtés de ce qu'on appelle vice et laideur morale" (sic). 20 € + port


Le deuxième ouvrage Zoloé, publié en 1800, est un roman à clé. Sabar serait Barras, d'Orsec Bonaparte, et Zoloé la Beauharnais. Il faut mentionner que cette perfide publication porte la signature de Donatien de Sade, et qu'elle serait à l'origine de la dernière arrestation du sulfureux Marquis… Là encore un tirage limité chez Pauvert, évidemment ! 20 € + port


C'est cependant la lecture du troisième livre qui va enflammer l'imagination des femmes comme il faut ! Les lettres d'une religieuse portugaise de Marianna Alcoforado sont des déclarations d'amour passionnées pour le Comte de Chantilly qui se distingua dans les guerres de Hollande et du Portugal. Jusqu'à la rien de bien méchant, me direz-vous, mais je me dois de vous préciser que Marianna était une sœur cloîtrée (mais pas trop) et le Comte, un mari fidèle (mais pas trop)… En 1668 fut signée la paix d'Aix-la-Chapelle et le jeune Maréchal de France promit de revenir bientôt (sic)… J'entends déjà les commentaires, Elle au printemps, lui en hiver. Édition numérotée, cela va sans dire, de chez Hazan sur vélin royal de Vidalon (1933). 35 € + port


J'en terminerai par une lettre grivoise de Théophile Gautier qui nous retrace quelques unes de ses frasques lors d'un voyage en Italie, en langue "grasse et colorée". L'ouvrage est collationné sur l'édition originale de 1890 et a été réédité pour un groupe d'amateurs éclairés aux alentours des années 1960. Vous pourrez éventuellement soustraire l'exemplaire, proposé à 32 € + port, aux yeux des âmes pures mais curieuses en le laissant traîner sur votre bureau.


L'amour est un mystère coincé entre la pudeur et la malice. Est-ce que la vérité est si laide, si effrayante, si triste que l'illusion, l'erreur vaillent encore mieux ? J'ai peine à le croire. La société est-elle un pacte de tromperie réciproque, un échange convenu de fausse monnaie, un coupe-gorge et un ornement flatteur décoré de politesse et embelli de faux-semblants ? Je vous laisse à ces interrogations, chers lecteurs et chères lectrices, et vous prie de croire que, sans vous apporter de réponses salutaires, je reste néanmoins votre humble et dévoué serviteur. Philippe Gandillet.

samedi 15 octobre 2011

Petite chronique d’un apprenti bibliophile belge… et d’une rencontre provenço-wallonne sous l'autorité d'Edouard Rouveyre.


Je reçois le courrier d'un jeune ami à qui j'avais demandé de nous parler de son projet de devenir un libraire de demain. Si vous le désirez, je vous rendrai compte de l'évolution de son entreprise dans de futurs billets. Il pourrait faire état, de temps à autre, de l’avancement de ses démarches et de ses questionnements, et ce, de façon plus précise et peut-être également plus en rapport avec la « méthode bibliophile ». Les questionnements auxquels il se confronte actuellement sont du style : « Qu’est-ce qu’un beau livre ? », « Comment le choisir ? », « Qu’est-ce qui détermine la valeur d’un livre ? », « Qu’est-ce qui est permis en matière de restauration ? », « Quels canaux utiliser pour rencontrer le client collectionneur, quand on vit comme lui dans un petit village reculé ? », « Quelles sont les attentes des lecteurs ? », « Quelles sont les sources de documentation sur l’histoire du livre, de l’édition, de l’imprimerie ? ». Bon, je sais ! Il dit trop de bien de votre serviteur pour ne pas penser, à un moment ou à un autre, que j'ai pu bidouillé son texte… Vous pouvez lui mettre un petit mot sous forme d'un commentaire sur le blog ou lui laisser un message sur sa boite mail. Pierre


On prête à Cicéron la recette qui suit d’une vie heureuse et comblée : « Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut. » Pour ce qu’il en est du jardin, je crois pouvoir m’avouer satisfait. M’étant définitivement écarté du tumulte urbain de la capitale wallonne – somme toute, fort relatif eu égard à la réputation de gastéropode qu’attribue la légende à l’autochtone namurois –, je me suis réfugié, voici quelques années déjà, en pleine campagne. Là, depuis les hauteurs d’une colline surplombant la vallée mosane, je me suis employé à ordonner quelques lopins de prairie avec la ferme volonté d’y accomplir des voyages à la manière d’Alphonse Karr. Au milieu de cet éden si modeste en apparence mais regorgeant pourtant de mille trésors pour qui sait encore s’émerveiller devant le spectacle de la vie en miniature, je me suis souvent surpris, ces dernières saisons, à m’engager, à la suite d’un Fabre, d’un Maeterlinck ou d’un Bernardin de Saint-Pierre, dans quelque exploration naturaliste. Ah ! Ces auteurs ! Et voilà avec quelle subtilité mon jardin m’a convié à renouer avec le monde de la littérature.


À tout bien réfléchir, il y a dans cette trajectoire personnelle quelque chose de l’esprit de la règle de Saint Benoît : La recherche de l’harmonie entre le travail manuel, d’une part, et la lecture, de l’autre. Car, à côté des travaux du jardin auxquels je m’astreins depuis lors avec régularité, il s’agit bien d’une boulimie livresque qui a pris possession de moi. À vrai dire, le livre est un objet qui, aussi loin que je m’en souvienne, m’a toujours fasciné. Inexorable séduction. Éveil des sens : couverture, reliure, gravure, odeur de l’encre et du papier, typographie. Éveil de la pensée et de l’imagination : Quel tourbillon de savoirs et d’histoires contenu dans toutes ces pages ! Assurément, le livre reste et restera la plus fondamentale production du génie humain. N’espérez pas vous débarrasser des livres, nous ont d’ailleurs mis en garde Umberto Eco et Jean-Claude Carrière (Grasset, 2009).


C’est donc dans cet état d’esprit de passion bibliophile courant, ces deux ou trois dernières années, les bouquinistes et les libraires à la recherche de quelques pépites promptes à enrichir ma bibliothèque, que m’ont trouvé, il y a peu, les aléas de la vie professionnelle mis en mouvement par le contexte économique international on ne peut plus délicat. Perte d’emploi. Période de doutes et de remises en question. Soudain, cet été 2011, bienveillance du hasard ou de la destinée, c’est selon, je franchis le seuil du 52, rue des Halles à Tarascon. Mal habillé, en tenue de touriste négligé, j’arpente les rayonnages de La Librairie Ancienne, m’enivre peu à peu de son décor léché et baigné de la douceur provençale, ose même entamer maladroitement la conversation avec le maître des lieux à l’occasion d’une sixième édition du Dictionnaire de l’Académie qui me fait de l’œil.
Plus de deux heures dans cette boutique, enchanté par la verve et la science de Monsieur Brillard, sa simplicité, sa cordialité aussi, et puis son parcours qui fait un peu écho au mien ! C’est une révélation, bien qu’il me faille en fin de compte quitter ce lieu. Tout de même, j’emporte le Dictionnaire. Un ultime contact, encore, avant de regagner le ciel du Nord et l’horizon de ma Belgique ; Pierre répond à mon message et, tandis que je boucle mes valises, je me prends à rêver : Voilà le métier que j’aimerais apprendre à exercer…


Quelques mois se sont écoulés depuis. J’ai mis de l’ordre dans mes idées. Quelques emails supplémentaires à Pierre qui, jamais avare, me prodigue ses conseils avec générosité – qualité devenue si rare. Cette fois, c’est décidé : C’est comme lui que je veux faire. Alors, jour après jour, je bâtis mon projet et m’initie peu à peu au métier. Certes, il me faudra encore quelques mois de patience avant d’être en mesure de démarrer. Le temps de finir de constituer mon fonds avec des bouquins qui me plaisent, de trouver un nom à mon commerce, de mettre en place mon catalogue, d’accomplir toutes les démarches administratives et légales, de me documenter encore et encore sur l’histoire de l’édition, de l’imprimerie et de la bibliophilie, et de finaliser tant d’autres choses enthousiasmantes… Le projet est là, en tout cas, et c’est un vrai moteur. D’autres épisodes de mon aventure devront s’écrire. Quant à son début, je remercie vivement Pierre de m’avoir invité à y faire ici écho. Pour le reste, qui vivra verra… Christophe Dubois. (Belgique) : cdubois@swing.be


ROUVEYRE (Édouard). Connaissances nécessaires à un bibliophile. Rouveyre 1883 - Édition Rouveyre & G. Blond éditeurs, Paris. Troisième édition, revue, corrigée et augmentée. 1ere partie accompagnée de 7 planches et de 5 spécimens de papier. La deuxième partie accompagnée de plusieurs planches. Format in-8°, en deux tomes de (XIV), 198pp, (XI), 164pp, (3) pp, couvertures conservées, relié pleine toile, dos lisse orné de motifs dorés Edition sur grand papier. De nombreux renseignements sur l'établissement d'une bibliothèque, entretien des livres, les formats et reliures, des signes distinctifs des anciennes collections, les degrés de rareté des livres, moyens pour la restauration des livres et estampes, etc. Vendu

vendredi 14 octobre 2011

Le Kâmasûtra, le Kama soutra ou le Kama-Soutra...


Hier soir, je disais à mon épouse, mon pyjama-pilou boutonné jusqu'au col, les pieds calés contre la chaufferette glissée au pied du lit : " C'est trop bête ! Notre appareil uro-génital devient de plus en plus urinaire et de moins en moins génital avec l'âge et je m'aperçois qu'on n'a toujours pas essayé le Kamasoutra !! " [Avez-vous remarqué que mes avant-propos sont presque aussi percutants que ceux de Ph Gandillet ?].


Fort mari de ce constat amer, j'ai cherché ce matin sur mes étagères un petit ouvrage qui traite du sujet, puis, me proposant de le présenter et de développer quelques imprécisions qui n'auraient pas été comprises des néophytes, j'ai pensé que je pourrais en tirer un juste profit en le commercialisant à un prix très raisonnable. Une façon de joindre l'utile et l'agréable, me direz-vous…


J'aurais voulu joindre quelques clichés. Je n'ai malheureusement pas de secrétaire. Nous remplacerons donc les travaux dirigés par un exposé académique. Je vous engage néanmoins à mettre en pratique, dès ce soir, les exercices proposés dans les chapitres. Mais au fait, de quoi parle donc vraiment cet ouvrage à la réputation sulfureuse ? Le Kâmasûtra (les aphorismes du désir) est un recueil indien écrit entre les IVe et VIIe siècles. Il apporte des informations sur la vie privée dans l'Inde ancienne. Il évoque successivement "les trois buts de la vie", "les conseils de bon sens", "le comportement du citadin, "le choix d'une épouse", "les devoirs et privilèges de l'épouse", "les courtisanes" et "les méthodes occultes" en plus de toutes les pratiques plus directement liées à la sexualité.


Beaucoup de personnes peu éclairées l'ont stigmatisé comme étant un recueil de positions conjugales, voir extra-conjugales... Bien que les 64 positions aient fait la popularité du Kâmasûtra, elles ne constituent toutefois qu'un chapitre du livre à proprement parler. Il est plus que cela. Souvent richement illustré de miniatures, il prodigue des conseils de séduction pour une vie harmonieuse dans le couple, c'est tout ! Et c'est déjà pas mal…


Vous comprendrez néanmoins que la moyenne d'âge des bibliophiles et des lecteurs des blogs bibliophiles étant très basse – Nous en parlions avec Alain Marchiset dernièrement - j'ai choisi de vous proposer des ouvrages sans gravures ou si peu…


Voici quelques propos que j'ai trouvé sympa :

Visa de censure : ***** Pour des raisons que vous comprendrez aisément, je n'ai pas réussi à trouver dans ces ouvrages un seul paragraphe qui soit indemne de descriptions, de positions ou de conseils qui ne soient suggestifs. Nos jeunes lecteurs pourraient en être choqués. J'en suis tout émoustillé, moi même… Je rentre à la maison et je vous propose un interlude en attendant mon retour ***** Pierre


VATSYYANA. Kama soutra, édition non expurgée conforme à la traduction d'Isidore Lisieux. Règles de l'amour des Brahmanes. Le livre de l'amour de l'Orient. Toulon, Editions Provencia. 1959. 293 pages + catalogue. 14 €, port compris

VATSYYANA. Kama-Soutra, traduit d'après E. Lamairesse. Introduction de G. Delfos précédé d'un texte du Marquis de Sade. Paris, Editions Pic. 1952. Gravures sur bois. 281 pages. 14 €, port compris