samedi 8 mars 2014

Maupassant : un spécialiste du voyage Sur l'eau mais aussi dans les vapes...



Que dire de Maupassant qui ne soit pas déjà écrit quelque part ? C'est à peine si j'ose, aujourd'hui, évoquer sa date de naissance, l'œuvre qu'il a composée et la date de son décès. La plus élémentaire prudence voudrait même que j'écrive qu'il ne soit jamais mort… Pourtant, sa vie même fut une existence de comportements à risques.


" Morphine, cocaïne, haschich, absinthe, Guy de Maupassant, poly-toxicomane accompli, usa et abusa de toutes sortes de drogues. Et pourtant dans son œuvre, pas un mot, pas une ligne… à l'exception toutefois de la description merveilleusement précise des effets de l'éther extraite de Sur l'eau , l'ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente.


La migraine m'avait saisi, et je dus m'étendre dans ma couchette, un flacon d'éther sous les narines. Au bout de quelques minutes, je crus entendre un murmure vague qui devient bientôt une espèce de bourdonnement, et il me semblait que tout l'intérieur de mon corps devenait léger, léger comme de l'air, qu'il se vaporisait.


Puis ce fut une sorte de torpeur de l'âme, de bien être somnolent, malgré les douleurs qui persistaient, mais qui cessaient cependant d'être pénible? C'était une de ces souffrances qu'on consent à supporter, et non plus ces déchirements affreux contre lesquels tout notre corps torturé proteste.


Bientôt l'étrange et charmante sensation de vide que j'avais dans la poitrine s'étendit, gagna les membres qui devinrent à leur tour légers, légers comme si la chair et les os se fussent fondus et que la peau seule fut restée, la peau nécessaire pour me faire percevoir la douceur de vivre […] Ce n'était pas du rêve comme avec du haschich, ce n'était pas les visions un peu maladives de l'opium, c'était une acuité prodigieuse de raisonnement, une manière nouvelle d'apprécier les choses de la vie…"


Évidemment, après ça, tout animateur de blog, un peu susceptible et normalement constitué, a envie de se shooter à la colle !  Cependant, pourquoi préfèrera t-il la souffrance de vivre alors qu'il pourrait en attendre, grâce à cet habile stratagème, la satisfaction ?  C'est qu'il porte en lui cette déformation de l'esprit – le masochisme -  qui est la force et la misère du moindre prosateur. Qu'on ne le plaigne pas, car il s'en réjouit parfois !


L'ouvrage que je propose à la vente, aujourd'hui, a ceci de remarquable qu'il s'agit d'un exemplaire de l'année de l'édition originale. De plus, ce récit de voyage de Maupassant est fort bien illustré par Edouard Riou dont toutes les biographies s'accordent pour dire qu'il est né dans le même berceau que ma famille, du côté de ma mère… Pierre


MAUPASSANT (Guy de). Sur l'eau. Paris, Marpon et Flammarion s.d. (1888). Un volume  in-12 (18,5/12,5). Reliure demi-chagrin cerise à coins, dos à nerfs, lettres dorées, tranche supérieure dorée, gardes colorées, couvertures conservées. [2ff bl], [3ff-page de titre],246 pp,[2ff], [3ff bl]. Illustré de dessins de Riou gravés par Guillaume frères.Première édition. Parfait état intérieur et extérieur. 105 € + port

vendredi 7 mars 2014

Une reliure de Boutigny pour épater la galerie...


Vous vous souvenez surement que j'ai présenté, il y a quelques temps,  un magnifique ouvrage relié par Boutigny. Non ? Tiens donc… Alors voici le lien qui vous permet  de retrouver l'article en question. C'est quand même fabuleux le progrès ! On clique sur une souris et on retrouve tout votre passé, bien classé.


Le hasard m'a fait acheter, de nouveau, une magnifique reliure romantique du même artiste. D'habitude, je recherche plutôt l'édition en cartonnage éditeur de ce type de publication mais là, le travail était vraiment trop remarquable pour laisser passer ma chance (et peut-être la vôtre !).


On pourrait cependant être surpris du choix éditorial de la Maison Delloye : Les femmes dans l'œuvre de shakespeare, il faut y penser ; leur rôle parait  souvent  subalterne pour le néophyte… D'autant plus, quand on orthographie le nom de l'auteur " Shakspeare " !


Je sais ! Il y a Roméo et Juliette, il y a La mégère apprivoisée - mais restreindre le rôle de la femme à celle d'une harpie est assez réducteur, je crois ! On se perd en conjectures…


De toute façon, la biographie même de Shakespeare ne devrait s'écrire qu'au conditionnel tant il est difficile de trouver des faits irréfutables et tant il est plus facile de faire des conjectures. Certains vont même jusqu'à prétendre que, peut-être, il n'est point le dramaturge que nous connaissons , qu'il a toujours écrit en collaboration avec d'autres auteurs ou qu'il n'est qu'un prête-nom  ! On sait maintenant que Corneille a été mis hors de cause dans cette affaire…


Je vous laisse donc découvrir le texte de cet ouvrage et en apprécier la reliure.  Pierre


SHAKESPEARE. Galerie des femmes de Shakspeare (comme écrit). Collection de 45 portraits gravés par les premiers artistes de Londres enrichis de notices critiques et littéraires. Paris, Delloye, sd {1838]. Un volume  In-4. Reliure plein maroquin fauve, plats avec filets d'encadrement estampés à entourant une grande plaque dorée rocaille à la lyre et aux grotesques,  dos lisse orné dans le goût des plats avec titre et nom du relieur en lettres dorées, toutes tranches dorées. Reliure signée de  Boutigny. Portraits des héroïnes de Shakespeare gravés en hors-texte. [4ff page de titre], xiv, 180pp, 45 gravures hors textes. Des rousseurs, une mouillure claire en page de titre. Exemplaire dont certaines serpentes sont brunies. Textes de différents auteurs dont George Sand, Casimir Delavigne, Louise Colet et Amable Tastu.  Remarquable reliure signée. 155 € + port

jeudi 6 mars 2014

Le démon de midi de Paul Bourget. Térriblement moderne...


Il semblerait que je sois un des derniers lecteurs vivants de Paul Bourget


J'ai déjà eu le plaisir de vous présenter, sa Physiologie de l'amour moderne, il y a quelques temps (vous pouvez cliquer). Un ami à qui j'ai prêté ce livre me disait hier qu'il avait rarement lu un ouvrage aussi bien écrit, mais aussi si méchant envers les femmes !  Nous nous demandions, d'ailleurs, nous qui ne sommes absolument pas misogynes, ce qui avait fondamentalement changé aujourd'hui dans l'âme des femmes pour qu'elles soient devenues, en une génération, des modèles de vertus et pourquoi, partout où elles passaient, elles faisaient maintenant le bien…(sic)


L'expression " démon de midi  ", utilisée ici par Paul Bourget est choisie à dessein en raison de son sens équivoque.  Elle peut être prise dans son sens actuel, qui décrit les appétits sexuels redoublés qui s'emparent d'hommes ou de femmes mûrs, au midi de leur vie mais peut être aussi comprise dans son sens premier, l'acédie - ou paresse spirituelle dont l'oisiveté est un des piliers - un des sept péchés "capiteux" identifiés par Thomas d'Aquin, et moi-même, avec l'orgueil, la gourmandise, la luxure, l'avarice, la colère et l'envie…


Paul Bourget passa son enfance et son adolescence à Clermont-Ferrand, de 1854 à 1867, où son père tenait la chaire de mathématiques près la Faculté de Clermont. Il y revint fréquemment, en particulier le 12 octobre 1887 lors des obsèques de son père devenu recteur de l'Académie en 1882. Paul Bourget fut lui-même professeur dans une institution privée catholique. Il abandonnera cependant la religion en 1867 pour retrouver la foi au début du 20eme siècle.


Qui voudra évoquer et comprendre les mœurs d'avant guerre, entre 1889 et 1914, devra donc recourir à des documents comme les romans de Paul Bourget disent les meilleurs spécialiste de la littérature française. On distingue traditionnellement deux périodes de Paul Bourget, avant et après son retour au catholicisme, ce retour s'effectuant progressivement.


L'ouvrage que je vous propose aujourd'hui appartient à la deuxième période des ouvrages publiés par Paul Bourget.  Un roman psychologique donc, où la mise en valeur des vertus chrétiennes est finement rehaussée par le style de l'auteur. Si on n'atteint pas ensuite la perfection chrétienne, il ne restera plus alors que le repentir… Pierre


BOURGET (Paul). Le démon de midi. Paris, Librairie Plon, s.d [1914]. Vingt-deuxième mille. 2 volumes in-12.  Reliure demi-maroquin rouille à coins, dos à nerfs, titre et tomaison en lettres dorées, tranche supérieure dorée, gardes colorées, couverture  et dos conservés. Beau papier bouffant. Bel état. 48 € + port

mercredi 5 mars 2014

Aujourd'hui, Point de lendemain par Vivant-Denon...


Dominique Vivant, baron Denon, dit Vivant-Denon (1745-1825) est un graveur, écrivain, diplomate et administrateur français. Il est considéré comme précurseur de la muséologie, de l’histoire de l’art et de l’égyptologie ce qui explique qu'une des ailes du musée du Louvre porte aujourd'hui son nom. Bonaparte le nomma directeur général du Museum central des arts, qui devint le musée Napoléon, puis le musée royal du Louvre. Auparavant, il fut diplomate en Suède et en Suisse. C'est pendant ce dernier séjour qu'il il rencontra Voltaire à Ferney et c'est en 1777 qu'il publia le conte libertin que je vous propose aujourd'hui à la vente, court roman au style syncopé : Point de lendemain.


Début : « J’aimais éperdument la comtesse de *** ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa ; je me fâchai ; elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna ; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes. » [....] Fin : « Je cherchai bien la morale de toute cette aventure, et… je n’en trouvai point. »


Mais peut-on réduire Point de lendemain, seulement à un roman libertin ? C'est probable… Le héros-narrateur, jeune et naïf, apprend par l'expérience les règles d'un monde aristocratique tourné vers la recherche du plaisir immédiat et ravi de l'ambigüité des situations que cela entraine. La vivacité et la fougue du jeune héros se retrouvent dans le style rapide de l'écriture du conte. Les scènes sont très suggestives, ce qui explique que certains illustrateurs, plus imaginatifs que d'autres, en aient tiré des illustrations fort crues (mais recherchées, allez donc savoir pourquoi...).


Non dépourvu d'humour, ce récit d'apprentissage pas si con se révèle aussi concis* que virtuose pour relater une étape décisive dans l'apprentissage social d'un jeune homme qui commence à apprendre les codes du libertinage aristocratique...


Il en serait tout autrement, aujourd'hui, dans notre société moderne qui ne tolérerait plus, ni ce type de récit, ni ce type d'illustrations, hormis pour les ouvrages scolaires… Pierre


VIVANT-DENON (Dominique). Point de lendemain, conte de Vivant-Denon avec quinze eaux-fortes originales de Michel Ciry. Paris, Éditions Émile Chamontin, Librairie Flammarion, 1942. Un volume in-8. Reliure demi-veau lie de vin. Plat orné d'un filet doré, dos à nerfs, motifs et lettres dorés, tranche supérieure dorée, gardes colorées, couverture conservée. 50 pages. Premier volume de la collection Petits chefs-d'œuvre d'autrefois, achevé d'imprimer le 23 mars 1942, par l'imprimerie J. Dumoulin, à Paris, (H. Barthélemy, directeur), pour la typographie, et par Paul Haasen, imprimeur en taille-douce à Paris, pour les eaux-fortes. Le tirage en a été strictement limité à 110 exemplaires sur papier pur chiffon d'Auvergne à la main du moulin Richard de Bas, à Ambert dont 100 exemplaires numérotés de 1 à 100 et 10 exemplaires de présent, hors commerce, numérotés de I à X, et mille quatre cent vingt exemplaires sur vergé à la forme des papeteries d'Arches, dont mille quatre cents exemplaires numérotés de 101 à 1500 et vingt exemplaires de présent, hors commerce, numérotés de XI à XXX. Exemplaire n°362. Bel état, belle reliure. 120 € + port

mardi 4 mars 2014

Louis Baude : Petite bibliothèque blanche Hetzel avec médaillon ovale polychrome de premier type…


Petite bibliothèque blanche : Introduite dans le catalogue Hetzel, fin 1878, son nom s'explique par la couleur blanche des couvertures de sa présentation brochée. Celle-ci étant très fragile, il nous reste heureusement les cartonnages polychromes qui sont devenus, chose étrange, collectibles tout autant que les versions de luxe de chez Hetzel…


Le but de cette collection fut de proposer des ouvrages de qualité (un bon texte, une belle reliure) à meilleur marché que les éditions pour la jeunesse proposées par l'éditeur Hachette, concurrent direct de Hetzel sur ce marché. En fait, malgré tous ses efforts, cette collection ne fut pas un vrai succès commercial, les tirages passèrent de 6.000 à une moyenne de 2.000 au bout de dix ans. 


Voilà qui réjouit aujourd'hui les collectionneurs puisque ces éditions, lorsqu'elles sont en bon état, ne sont pas souvent proposées chez mes confrères et qu'elles peuvent être dénichées à vil prix sur une brocante ou un vide grenier. Rien, en fait, ne les démarque vraiment d'un banal livre de prix…


L'Auteur de l'ouvrage que je propose ici à la vente s'appelle en réalité Louis Baudet. C'est une des premières reprises de Hetzel pour sa nouvelle collection, qu'il crée cette même année. Il est illustré par un dessinateur renommé de l'époque : Jean Alfred Gérard-Séguin


Dans son patronyme Gérard-Seguin, Gérard est d'ailleurs souvent pris, à tort, pour son prénom. Voici la vérité enfin rétablie… Il illustrera dans une veine romantique des œuvres d'auteurs comme Victor Hugo, Alphonse Karr ou Louis Denoyers. Il réalise des dessins pour l'édition Furne de La Comédie Humaine de Balzac en 1842 et 1846. Il a longuement collaboré avec l'éditeur Pierre-Jules Hetzel  dont il était l'ami, comme dans l'ouvrage présenté aujourd'hui.


Cet ensemble de récits portant sur des figures divines, qui nous sont toutes plus on moins connues, ravivera notre mémoire altérable. Tiens, par exemple, vous souvenez-vous du mythe des cinquante filles de Danaüs ? Pierre


BAUDE Louis. Mythologie de la jeunesse. J. Hetzel et Cie, s.d. (1878). Un volume In-8 carré. Cartonnage en percaline rouge de Lenègre avec médaillon ovale polychrome de premier type, tranches dorées. 160pp. 120 dessins gravés sur bois d'après Gérard Seguin. Des traces de décoloration ponctiforme sur le premier plat. Bel état sans défaut majeur de ce titre de l'année de la création de la collection blanche. Vendu

lundi 3 mars 2014

La Bretagne sous la tempête...

Dinard sous la pluie...
Chers amis,

Me voilà de retour après une petite semaine de congé en Bretagne nord. Si vous voulez vraiment savoir ; l'air y était exceptionnellement vivifiant ! Heureusement, il a fait beau le samedi pour le mariage de mon neveu. C'était le principal !

Une vitrine chez Amaury Davy
Contrairement à mon habitude, à part un amical bonjour à Amaury Davy (et à sa gentille chienne) de la librairie ancienne de Dinan, je n'ai pas arpenté les boutiques des confrères, préférant, cette fois-ci, les visites guidées avec mon épouse.

Saint-Malo sous les vagues
J'ai rarement trouvé le voyage du retour aussi difficile, les conditions météo étant détestables sur la cote ouest. Vivement demain que je retrouve le confort ouaté de ma boutique !  Pierre  ;-))