mercredi 16 septembre 2015

La Tentation de Saint-Antoine dans une reliure ciselée de Paul Gruel : ceder à la tentation ?


Au début du livre de la Genèse, Dieu créer l'univers, l'homme et la femme qu'il place au centre d'un merveilleux jardin…  et voici qu'apparaît le serpent ; le mal entre dans le monde. Il est représenté dans la tradition chrétienne sous la forme d'un diable multiforme, ange de lumière qui se serait perverti.


Question subsidiaire : le diable est-il une figure ou une vraie personne ? Lucifer, Belzebuth, Faust, Méphisto sont-ils à son image ?  S'il est un ange, il ne peut être cependant une vraie personne... L’église n'a jamais tranché, en fait, mais les écrivains, les compositeurs et les scénaristes l'ont fait pour elle ! Dans l'ouvrage que je propose aujourd'hui à la vente, c'est Flaubert qui s'y colle avec le récit de la tentation de Saint Antoine.


IVème siècle après JC, Saint Antoine, ermite dans le désert égyptien subit les assauts des sept péchés capitaux. Là, à la manière du Christ, il subit les tentations du diable. Mais, si pour le Christ cela ne dure que quarante jours, pour Antoine c'est beaucoup plus long !


C'est en1874, après l'échec de sa pièce de théâtre Le Candidat, présentée sur le blogue (on peut cliquer ici) , que Flaubert met la main à la dernière mouture de La Tentation de saint Antoine.  Il nous fera partager, pour cela, un voyage au cœur des religions de l’Égypte, pleine de pratiques monstrueuses, de doctrines hérétiques, d'anciens dieux, de faux prophètes et de monstres mythologiques… Saint Antoine sera tenté comme nous le sommes, nous aussi, quotidiennement ! Lui ne cédera pas et la morale chrétienne sera sauve !


La forme du récit proposé par Flaubert est originale : une fausse pièce de théâtre comportant un nombre impressionnant d'acteurs, lesquels jouent tous un petit rôle dans le chemin de croix de Saint Antoine. Ce sera parfois aussi le chemin de croix du lecteur qui risque de s'y perdre…


La Tentation de Saint Antoine fut inspirée à Flaubert par un tableau de Brueghel vu à Genève en 1845 (C'est lui qui le dira). Il accompagnait sa sœur pendant son voyage de noces et il avait, semble t-il, du temps à tuer...


Voici un exemple de dialogue entre l'homme et le diable : " Sans doute le mal est indifférent à Dieu puisque la terre en est couverte. Est-ce par impuissance qu’il le supporte ou par cruauté qu’il le conserve ? Penses-tu qu’il soit sans cesse à rajuster le monde comme une œuvre imparfaite et qu’il surveille tous les mouvements de tous les êtres, depuis le vol du papillon jusqu’à la pensée de l’homme ? S’il a crée l’univers, sa Providence est superflue. Si la Providence existe, la créature est défectueuse… ". Évidemment ! Présenté comme cela, ça se discute…


Si le texte vous rebute, je vous conseille alors de vous tourner vers deux attraits bibliodiaboliques de l'exemplaire que je propose à la vente, aujourd'hui. Grantin, la qualité des dessins exécutés par Daragnès pour illustrer cette œuvre et, grandeux, la remarquable reliure ciselée crée, comme un écrin, par Paul Gruel pour exciter notre convoitise. Évidemment ! Présenté comme cela, on peut céder à la tentation… Pierre


FLAUBERT (Gustave). La Tentation de Saint-Antoine. Avec une introduction de Paul Valery et des illustrations de J.-G. Daragnès. Sans lieu [Paris], sans nom d'éditeur [Daragnès], sans date [1942]. Un volume petit in folio. Reliure plein maroquin tabac mosaïqué et doré, motifs verts et or sur les deux plats, dos lisse avec lettres dorées, contreplats avec encadrement de maroquin tabac mosaïqué, gardes moirées vertes, toutes tranches dorées.  Emboitage bordé de maroquin. [4ff], XXIV pages, [2ff], 221 pages, [1f d'achevé d'imprimer], [2ff bl], [23ff suite], [3ff bl]. Exemplaire de tête n°10  avec sa suite reliée et une gravure originale de Daragnès en début d'ouvrage. Illustrations en couleurs. Reliure signée de Paul Gruel. Commencé en 1939, ce livre ne fut imprimé qu'en 1942. Bel état. Deux ex-libris. 970 € + port

2 commentaires:

calamar a dit…

très belle reliure !

Pierre a dit…

Un texte ciselé comme Flaubert savait les écrire et une reliure ciselée comme Gruel savait les faire... J'ai oublié de préciser que Jean-Gabriel Daragnès était à la fois illustrateur et éditeur. Les ouvrages édités en son atelier portent au colophon la mention : "Insita Cruce, Cor Floret" (marque du cœur fleuri). Pierre