mercredi 28 décembre 2011

Le contenu d'un livre expliqué par l'exemple : Sainte Marthe, patronne de Tarascon

Tarascon est vraiment une ville exceptionnelle en raison de son patrimoine ! Vous pourriez légitimement être jaloux si vous n'habitez pas notre bonne ville. Je n'en prendrais pas ombrage.


J'en veux pour preuve le "catalogue des Sacrées Reliques, duement authentiques, qui se trouvent dans la Sainte chapelle de la paroisse Sainte Marthe de Tarascon, département des Bouches du Rhône…"


Et n'allez surtout pas dire que nous mentons en Provence. A peine si l'on enjolive…


Cette liste est tirée d'un ouvrage renommé [pour les autochtones], assez rare je dois le dire, édité à Tarascon en 1793 et qui traite de la vie de Sainte Marthe, notre bienheureuse protectrice :


- Une Sainte épine de la couronne du sauveur
- Plusieurs parcelles du Sacré bois de la sainte Croix
- Des langes du Saint enfant Jésus
- Table sur laquelle J.C a fait la Cene
- Colonne à laquelle il a été attaché & flagellé
- Linceul dans lequel le corps du sauveur fut enveloppé & mis dans le sépulchre
- Voile dont la très Sainte Vierge couvrit le très Saint enfant Jésus quand il naquit
- Manteau de saint Joseph
- Cendres de saint Jean-Baptiste
- Corps entiers de quelques saints
- Ossements des apôtres dont la liste est donnée
- Reliques des saintes dont la liste est donnée


Alors vous comprendrez qu'aller à Rome, ou je ne sais où, si on est un amateur de reliques, c'est vraiment inutile !


Il y a quand même quelque chose qui me chagrine... Comment ont-ils fait pour faire rentrer tout ça dans la chapelle ? Ça tient du miracle ;-)) Pierre


Histoire de la Vie de Sainte Marthe, Hôtesse de Jésus-Christ, et patronne de la Ville de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône. Nouvelle édition, corrigée & mise en bon langage, augmentée des Litanies & du Cantique de Ste Marthe, avec le Catalogue des précieuses & saintes reliques, qui ont été transférés de l’Église des ci-devants Capucins dans la paroisse Sainte Marthe, & le procès verbal de l'exhumation de la pieuse Dame Sanche d'Albe, morte en 1330, dont le corps a été trouvé en son entier. A Tarascon, Chez Auguste Bellegarde, 1793. Reliure pleine basane, dos lisse orné de fleurons et de filets dorés, pièce de titre en maroquin cerise. Page de garde en papier coloré. Format In-12 , [1 f bl], [1 f pièce de titre], ii, 314pp, [1 f bl]. Seconde édition de cet ouvrage, dont la première (introuvable) aurait été publiée à Lyon en 1650 ? L'éditeur explique dans sa préface qu'il voulu donner aux "Citoyens de Tarascon dévoués particulièrement à cette Sainte Hôtesse de J.C." une nouvelle édition plus à la portée de tout le monde, ayant corrigé les mots qui sont surannés & mis à leur places les termes d'usage avec leurs synonymes sans rien retrancher d'utile". Menus défauts de reliure. Bel état. Vendu

8 commentaires:

sebV a dit…

Il manque plus que le crane de St Jean-Baptiste à 12 ans ;)

Pierre a dit…

On est quand même surpris par la présence de reliques d'une petite centaine d'apôtres et de Saintes ! Il ne manque plus (comme dans un celèbre pastiche de film d'horreur - Frankeinstein junior) que le crâne de Voltaire enfant ;-))

La dévotion aux Saints à travers d'improbables reliques, en pleine période révolutionnaire, est un peu anachronique.

Je connais bien la chapelle Sainte Marthe qui est sous l'église et je n'y jamais vu trace de tout ça. Demain ,je creuse... Pierre

Anonyme a dit…

Ce qui m'étonne le plus c'est la matérialisation d'une table qui me paraît bien anachronique et dont on a une idée que depuis la Renaissance ; la table est un objet moderne et si Léonard de Vinci avait vécu à notre époque peut-être aurait-il pu représenter la Cène dans un Mac Do ou un tapis franc. L'abstraction a besoin de termes se référant au réel pour s'exprimer, mais il ne faut surtout pas prendre ensuite au pied de la lettre les images par lesquelles elle cherche à s'imprimer dans l'esprit. On cherchait l'hypothétique table, on a trouvé une table. Pour le Graal on cherche encore. Les reliques sont des ponts imaginaires entre le réel et l'abstrait et sont utiles à ceux ayant un pouvoir d'abstraction particulièrement limité.

Jean-Michel

Pierre a dit…

Tout à fait, Jean-Michel ;-)) Le culte des reliques a d'ailleurs un côté malsain puisque beaucoup de fidèles sont, malgré tout, lucides. On frise même le ridicule avec le culte du Saint Prépuce... Je préfère le culte de la mémoire. Pierre

Bertrand a dit…

Kim Jong-il préfère le culte de la personnalité ! Chacun son truc...

B.

Pierre a dit…

Il y a en effet des parallèles qui dérangent ;-)) Pierre

Limier a dit…

Ce qui est le plus remarquable c'est la date d'édition de cet ouvrage pour bigots : 1793 !!! Ou était les sans-culottes à Tarascon ? Il y avait apparemment encore en cette ville des citoyens qui ne dansait pas tous autour de l'arbre de la Liberté ou qui ne passait leurs soirées au Club des Jacobins. La Contre-Révolution régnait t-elle à Tarascon ? Comment cet ouvrage avait-il pu échappé aux censeurs cocardiers ? Jourdan-coupe-tête et ses troupes était pourtant en Avignon, cité bien proche....

Pierre a dit…

Il faut croire que Sainte Marthe protégeait notre ville !

Ce qui est certain, c'est que Tarascon a échappé aux tumultes de la révolution en poursuivant une évolution qui lui est propre et dont le déroulement est lent. La preuve en est le parfait état de conservation de notre château, aujourd'hui, à qui il ne manque que quelques visages de Saints et de rois et toutes les armoiries ! Il faut quand même reconnaitre que, transformé en prison, ses gardiens auraient été bien bêtes de démolir leur outil de travail ;-))

Ce qui ne veut pas dire que des violences n'ont pas existé, que le culte n'a pas été interdit, que les trésors de Sainte Marthe n'ont pas été pillés et que la contre-révolution, suite aux massacres d'Avignon, n'ait pas infligé à la ville l'entrée de garnisons des deux bords...

Il fallait quand même être sacrement courageux ou inconscient pour imprimer un tel ouvrage en 1793 ! Pierre