vendredi 30 décembre 2011

L’approche de la littérature à travers l'achat de livres anciens...

Chers lecteurs,

Voici un petit article que l'on m'a demandé d'écrire pour un journal étranger francophone [J'en vois qui sourient...] Il s'agit d'un journal universitaire édité en Union Soviétique. J'ai besoin de votre avis et de vos corrections avant envoi (j'y ajouterai des photos de moi et de ma librairie, bien sûr !). Le thème de l'article est :

L’approche de la littérature à travers l'achat de livres anciens : Une librairie en France...

Un livre ? Quelques feuilles de papier noirci, certes ; Mais ces quelques feuilles ont pu, à leur époque, changer le monde ! Une seule condition : Il a fallu, qu’à un moment ou l’autre, quelqu’un le lise, ce livre… Là aussi, il y a des catégories : Des livres ont connu le succès dès leur parution et procuré la renommée à leur auteur ; souvent à raison. D’autres livres ont connu un succès d’estime ; on a oublié le nom de leur auteur ; quelques fois à raison. D’autres livres encore ne se sont jamais vendus, sont arrivés trop tôt ou trop tard sur le marché et ont rempli le cœur de leur auteur d’une légitime amertume ; quelques fois à tort…

Toutes ces catégories de livres se trouvent encore dans les boutiques des libraires. Enfin presque…

Les librairies modernes, les grandes enseignes peuvent vous fournir toutes les rééditions de la première catégorie citée - les succès littéraires passés et présents - sous une présentation contemporaine et abordable. Avec le commerce électronique, vous n’avez même plus besoin de vous déplacer pour acheter ce livre : un clic sur un site spécialisé suffit. Dernier progrès : Vous pouvez même le lire sur une tablette tactile. Bon ! Cela n’a pas que des avantages, vous en conviendrez…

Pour tous les autres livres, il vous faut donc pousser la porte d’une librairie d'ouvrages anciens ou d’un bouquiniste de quartier. Enfin presque…

Les librairies physiques ayant pignon sur rue, peu rentables et lourdes à gérer, disparaissent et laissent progressivement la place au commerce électronique comme c’est le cas pour les librairies modernes. C’est ainsi… Pour les livres anciens, un troisième interlocuteur propose ses services à l’acheteur de vieux livres prêt au jeu des enchères : Ce sont les "salles de ventes" dont certaines brillent au firmament du commerce de luxe (Sotheby’s).

Bon ! Il reste au libraire d’ouvrages anciens encore pas mal de compétences qui en font le partenaire privilégié des lecteurs d’ouvrages rares et curieux - les deux dernières catégories présentées en préambule - ou d’éditions originales ou luxueuses de la première catégorie des auteurs à succès. C’est d'ailleurs une des fonctions de ces libraires et un des plus importants services qu’ils rendent à la communauté des lecteurs : Les libraires sont les garants et les gérants du patrimoine littéraire de la nation. N’exagérons rien ! D’autres le font tout aussi bien, sinon mieux, comme les bibliothèques, évidemment…

Si tant de livres de notre patrimoine tombent au rebut, c’est parce que ceux à qui ils étaient destinés, ceux pour qui ils étaient écrits, n’ont pas voulu se donner la peine de les découvrir ; ou bien parce qu’une malchance tenace les a tenus à l’écart, cruellement discrédités par des jugements trop expéditifs. Les livres les plus substantiels ne sont pas toujours ceux qui font le plus de bruit ! Vendus au rabais, rangés sur les rayonnages d’une librairie ancienne, ils attendent patiemment que de nouveaux acquéreurs ouvrent leurs pages et diffusent leurs idées… Ils courent là, peut-être, plus de chance de trouver des lecteurs compréhensifs que par le passé. Le succès tardif d’un auteur s’avère à cet égard, par le biais du commerce du livre ancien, le meilleur gage de sa qualité car il n’est pas soumis au jugement factice d’une mode ou d’une publicité bien amenée. Il a trouvé son vrai public, celui qui le lira pour son véritable plaisir !

Les ouvrages à succès sont, néanmoins, l’essentiel des ouvrages que l’on trouve chez les libraires d’ouvrages anciens car ils leurs assurent un revenu moins aléatoire que les précédents. Ils font la joie des collectionneurs et des bibliophiles qui les recherchent dans les éditions les plus rares, les mieux illustrées et les mieux reliées. Ils sont aussi la fierté des libraires qui les vendent car beaucoup sont des bibliophiles avisés… Ceux qui aiment vraiment les beaux livres ont du mal à se priver d’enrichir leur bibliothèque de volumes voisins de la perfection. Des textes imprimés avec goût, sans défaillance, par de véritables artistes du livre sont comme des œuvres d’art et l'on peut difficilement reprocher aux bibliophiles de ne considérer le livre que comme un accessoire nécessaire à leur luxe. Ils en connaissent le texte, ils en apprécient les attributs, ils en paient le prix…

Même avec les progrès d'Internet, il restera toujours pour le livre une clientèle ; soit de gens qui ne veulent pas lire une œuvre sur un écran lumineux, soit des gens qui après l’avoir goûté sous cette forme, voudront avoir dans la main une forme qui soit pérenne et durable ; une forme qui évoque un souvenir et une mémoire…

Les livres anciens sont donc nécessaires. Sont-ils suffisants ? Oui, s'il faut en croire Montesquieu dans Les lettres persanes. " Il me semble que jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux ". Ce n'est pas un libraire d'ouvrages anciens qui vous dira le contraire…

Pierre Brillard

8 commentaires:

pascalmarty a dit…

Oui, mais Montesquieu ne cultive-t-il pas un peu le paradoxe dans cette belle phrase qui sert d'épigraphe à LAAT ? Parce qu'en somme, s'il avait vraiment pensé ça, il n'aurait lui-même rien écrit…
Alors les libraires modernes pour profiter de tout ce qui sort d'intéressant aujourd'hui (et c'est pas ce qui manque).
Les libraires d'ancien pour la saveur d'une langue parfois autre, la beauté d'une typo, d'un cuir, l'odeur d'un passé, l'ivresse de la nostalgie imaginaire.
Et ça laisse même de la place pour les tablettes…

Pierre a dit…

J'ai emprunté à André Dinar les idées que vous trouverez originales ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

Pour le moment je n'ai lu que le titre de votre billet, et je dis ce que je ressens. Un livre ancien c'est d'abord un lien avec l'histoire et le temps, un moment d'émotion entre nous et ce fragment d'histoire que la date d'impression représente. C'est tout le poids qu'on a en mains lorsqu'on le lit et qu'on a plus lorsqu'on lit le même texte dans une édition récente.

Lisez Mein Kampf ou Les Chants du crépuscule en EO ou bien dans une réédition moderne, et ressentez. Le livre ancien c'est ce ressenti. C'est immense.

B.

sandrine a dit…

Pas de doute là dessus, le livre ancien c'est un peu le poumon d'internet. Si vous coupez le poumon, internet ne tiendra pas bien longtemps:
Asphixie et pollution pour cause d'échanges médiocres et manque d'oxigéne.
:))
Bien à vous,
Sandrine.

sandrine a dit…

Des problèmes avec l'ordi...
En français dans le texte :oxygène et asphyxie...
S.

Pierre a dit…

Plutôt le contraire, Sandrine ;-)) Internet est devenu un peu le poumon du commerce du livre ancien. Pierre

sandrine a dit…

De votre point de vue de libraire, c'est sûr.
:))
De mon point de vue d'insatiable curieuse sur tout et sur rien, en ce qui concerne les livres sous toutes leurs formes, je n'utiliserai pas autant Internet.
j'achète peu sur le net. Le contact avec le livre est primordial. J'apprend beaucoup par la fréquentation de vos blogs et des sites spécialisés bibliothèques, etc...
Une sorte d'école libre et humaniste.
Sandrine.

sandrine a dit…

Je n'utiliserai pas autant internet s'il n'y avait pas autant de références, d'explications et de photos sur les livres anciens ou plus modernes.
Dois-je ajouter.
Pfffff.... une fatigue passagère.
S.