lundi 1 novembre 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Un buste creux, et plus grand que nature…


Chers amis,

C'est avec une réelle surprise et un plaisir sans nom que j'ai découvert ce matin, en rentrant dans la boutique de Pierre, mon buste moulé dans un plâtre de Carrare. Cet insigne honneur me va droit au cœur d'autant que j'imagine que la bourse plate de notre infortuné libraire n'a pas suffi à payer l'honorable commerçant qui lui a vendu cette imposante sculpture.

Chers lecteurs, je ne doute pas que vous vous soyez tous cotisés pour aider Pierre à dresser, dans ce haut lieu de la littérature ancienne, la statue d'un de ses plus émérites représentants. J'en suis touché.

Laissez-moi vous remercier par une humble allocution



Mesdames, Messieurs, chers amis bibliophiles,

En quelques mots, vibrant de toute l'émotion qui m'étreint le cœur, je vais essayer d'évoquer, devant vous, celui en l'honneur duquel vous avez dressé ce buste. Merci d'avoir été si nombreux à apporter votre tribut d'hommage à ma modeste personne.

Vous connaissez ma glorieuse carrière d'auteur de pièces à succès, on vous a maintes fois raconté mes apparitions remarquées sur les planches des théâtres ou sur la scène des opérettes à la mode… Mais avez-vous jamais connu cet enfant timide, au regard limpide et franc, ce cœur pur, qui au prix d'efforts énormes à gravi une à une les marches gigantesques qui amènent à la reconnaissance nationale ?

Bien que marqué par le contact journalier d'une nature hospitalière et par l'horizon sans limite des terres provençales, je rêvais de champs d'actions plus vastes pour faire éclore mes talents d'écrivains et c'est ainsi que je suis parti pour la capitale où la gloire m'attendait. J'allais le long des rues, comme un enfant perdu, j'étais seul, j'avais froid… Toi Paris, tu m'as pris dans tes bras…

J'avais alors des vertus fortes et des vertus charmantes. Je mettais tout mon soin à ne désobliger personne et m'efforçais de me faire pardonner ma supériorité à force de simplicité, de déférence pour autrui, et en me donnant, autant que possible, les dehors d'un homme ordinaire. Mais je reçus bien vite l'hommage appuyé des savants, des artistes et des plus grands philosophes du tout-Paris tant est si bien, qu'à force d'insistance, j'acceptais ce fauteuil de l'Académie qui me tendait les bras. Vous connaissez la suite : La culture, comme le plaisir des sens, sont bien plus qu'une parenthèse éphémère, c'est une façon de célébrer la vie, c'est une façon de l'approfondir, c'est une façon de la partager. Et nous avons fait bon ménage !

Ce buste est, bien sûr, un moulage. L'original, pesant plus de 600kg est entreposé au pavillon de Breteuil où il sert de " Maître étalon " pour les nobelisables. Il était juste qu’en face des grands hommes qui représentent le passé, se dresse l’effigie de celui qui représente l’avenir !

Quand vos petits enfants verront ce buste, ils demanderont à connaître celui dont le nom est écrit en lettres d'or sur son piédestal. Au récit de sa vie, leurs jeunes âmes s'enflammeront certainement d'un zèle renouvelé pour la littérature française. Et s'ils deviennent, plus tard, des défenseurs fidèles de notre belle langue, ce sera encore l'œuvre du modeste écrivain que vous honorez aujourd'hui…

Votre dévoué. Philippe Gandillet

Vous pouvez devenir l'heureux possesseur de mon buste dédicacé pour la modique somme de 280 € qui sera intégralement reversée à Pierre. Il faut, bien sûr, enlever l'objet sur place.

8 commentaires:

calamar a dit…

il est aussi beau que modeste ! mais quel heureux mortel a bien pu poser pour ce magnifique buste gandillesque ?

Nadia L* a dit…

Très très classe.... beaucoup de charisme.

Jeanmichel a dit…

"Tant est si bien"...
Voilà bien une devise à la Philippe Gandillet !
Mais il faut le coloriser ce buste ! Pour un coup de barbouille je me porte sur les rangs, afin de tenter de lui ôter ce petit accent tudesque à la Napoléon III.

Anonyme a dit…

J'en envoyé, par porteur, un petit billet à mon excellente épouse (vous ai-je dit que j'étais marié à une charmante compagne ?) pour lui soumettre votre idée, Jean-Michel. Elle vous demande simplement de ne pas forcer sur le gris pour les tempes et de profiter de l'occasion pour dessiner au revers de la veste une barrette rouge... Philippe Gandillet

Pierre a dit…

Ce buste a des airs d'Anatole France, vous ne trouvez pas ?

Textor a dit…

Non, je lui trouve des airs d'Arthur Rimbaud, qui s'était fait pousser la barbe lorsqu'il trafiquait dans le golfe. N'auriez-vous pas fait la découverte du siècle ! le seul buste connu de Rimbaud ! on va certainement en parler l'année prochaine au Grand Palais ...

Textor (dont la statue en pied est à droite en rentrant à la BNF)

Pierre a dit…

Il me faut absolument que je vous intègre dans mon équipe commerciale, textor, en n'oubliant jamais que intègre doit rester un verbe et non un adjectif...

Quand on a pas le produit, il faut l'inventer : J'avais déjà le crane de Voltaire enfant, me voici maintenant avec le buste d'Arthur Rimbaud vieillissant. Quelle trouvaille ! Pierre

Pierre a dit…

Un client m'a fait remarqué, à juste titre, que ce buste était vraisemblablement celui de Tartarin de Tarascon, exécuté pendant son tour de chant chez le pharmacien Bezuquet par un artiste de renom.

Une souscription est engagée pour offrir l'œuvre à la ville reconnaissante...