vendredi 26 novembre 2010

Joseph de Lalande : L'astronomie au siècle des lumières...


En préparation d'un article sur un ouvrage emblématique du siècle des lumières, je continue ma présentation des encyclopédistes célèbres…. Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande ou de La Lande (1732 / 1807), est de ceux-là. C'est un astronome français qui composa le Dictionnaire d’astronomie de l’Encyclopédie méthodique.


Si l'on en croit le portrait du poète Charles-Hubert Millevoye, dans ses Étrennes aux sots de 1802, Mr De Lalande était affublé d'une physionomie ingrate. Son athéisme proclamé était tout aussi légendaire, bien qu'il gardât toujours une amitié profonde pour les jésuites, en souvenir des maîtres qui l'éduquèrent à Lyon. Sous Napoléon, alors que la France redevenait une nation chrétienne, il écrivit : « On ne sait rien. On croit aux miracles, aux sorciers, aux revenants ; on a peur du tonnerre, des araignées, des souris et à plus forte raison on croit en Dieu. » Il avait en outre la réputation d'être extravagant et vaniteux, capable, selon la légende, de manger en public des araignées pour le simple plaisir de la provocation. Voilà donc un personnage qui va dépasser le simple scientifique, auteur d'un traité d'Astronomie que je vous propose aujourd'hui !


Avec ses enthousiasmes, ses éclats de colère, ses zones d’ombre et ses travaux acharnés, avec ses amours champêtres et ses foucades soudaines, Lalande est un personnage complexe, souvent attachant, parfois irritant – sans doute l’un des plus grands astronomes français du XVIII° siècle. Ouvert à la vie, ce célibataire endurci était toujours entouré de femmes. Les dames qui fréquentaient les salons adoraient ce petit homme alerte à l’esprit vif, prestigieux savant aux réparties mordantes et à l’ironie parfois cruelle, mais toujours séduisant.


Humaniste, Lalande l’était aussi dans sa vie publique et ses prolongements politiques. Quoiqu’élevé par les Jésuites, il devint très tôt un porte-drapeau de l’athéisme d’alors. Cofondateur de la loge maçonnique des Neufs Sœurs, il y accueillit Voltaire comme l’un de ses frères quelques mois avant sa mort.


Revenons sur sa vie :

Après des études pendant lesquelles il rencontre un célèbre astronome de l'époque, Le Monnier, il exerce brièvement le métier d’avocat. Ce dernier obtient la permission pour envoyer Lalande à Berlin pour y observer la parallaxe lunaire, simultanément avec l’abbé Nicolas-Louis de Lacaille (1713-1762) qui fait de même au Cap, ce qui permit de déterminer, par une méthode de triangulation, la distance Terre-Lune. (370.000 km, environ d'après mes derniers calculs !)


Le succès de sa mission le fait entrer à l’Académie des sciences de Berlin à 21 ans. Il obtient un poste d’assistant à Paris et il est élu membre de l’Académie des sciences en 1753.
En 1762, Delisle démissionne de sa chaire d’astronomie au Collège de France en faveur de Lalande qui occupe cette fonction 46 ans. Sa renommée vient de son travail sur l’orbite de Vénus en 1769, mais son caractère difficile lui vaut de nombreuses inimitiés.


En 1778, délaissant momentanément les étoiles pour l’hydrologie, il rédige Des Canaux de Navigation, et spécialement du Canal de Languedoc, une somme sur la navigation intérieure en tous temps et sur tous les continents qui fait encore autorité, consacrant un tiers de l’ouvrage au canal du Midi, présenté comme une réalisation exemplaire. Il a donné près de 250 articles sur l’astronomie, les mesures et la franc-maçonnerie à l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert.


L'ouvrage que je présente à la vente est un abrégé édité en 1774 à la suite de l'édition de 1771 imprimée en 3 volumes chez la même Veuve Desaint. Il vaut pour la simplification du premier texte mais aussi par les planches qui sont magnifiques. Une particularité, cependant. La planche N° XV ne devait pas plaire à son premier lecteur du 18eme siècle. Il l'a remplacée par une planche manuscrite qui reproduit la planche originale. Je vous en ai fait une photographie juste au dessus de ce texte. Je regarderai s'il existe une planche numérisé de l'exemplaire de référence afin de chercher l'explication à cette intervention. Peut-être simplement un enfant maladroit... Pierre


LALANDE (Joseph-Jérôme Le François de). Abrégé d'Astronomie. A Paris, Chez la Veuve Desaint, 1774. In-8 (140 X 207) veau fauve raciné, dos cinq nerfs, caissons dorés, pièce de titre maroquin rouge, tranches rouges (reliure de l'époque) ; un feuillet blanc, XXXVI pages (dont faux-titre et titre), 507 pages, XVI planches. Première édition de cet ouvrage, qui est un abrégé du " Traité d'astronomie " paru en deux volumes in-quarto en 1764. 16 planches dépliantes gravées sur cuivre par Pierre-Claude Delagardette. La planche II est une superbe représentation de sphère armillaire. Lalande prétend dans cet abrégé que " l'invention de la sphère armillaire est certainement aussi ancienne que celle de l'astronomie même… Pas de rousseurs, pas de trous de vers. Une coiffe et coins restaurés. Le bord médial de certaines planches est sali. Vendu

10 commentaires:

Pierre a dit…

La planche XV est manuscrite. Elles semble avoir été remplacée par le propriétaire de l'époque.

Dans mon esprit l'ouvrage n'était pas incomplet.

Et puis maintenant, j'ai un doute ! Mon ouvrage est-il incomplet d'une planche ? Votre avis bibliophile ? Pierre

calamar a dit…

hum, hum... une planche remplacée, c'est une définition élastique de la complétude... qu'en pensent les scientifiques bibliophiles ?

Pierre a dit…

Il est bien clair que si la planche est une photocopie du 26/11/2010, le doute n'est pas permis.

Mais là ? On peut dire le fond de sa pensée sans que le taulier en prenne ombrage, je vous rassure ;-))

D'ailleurs, j'en avais pris acte dans l'estimation du prix. Pierre

Textor a dit…

Je crois qu'une page manuscrite de l'époque du livre n'en fait pas un exemplaire défecteux. J'ai un ouvrage comme cela, l'imprimeur - un débutant - (mais ils l'étaient presque tous en 1469 !) s'est planté et n'a pas du produire assez d'exemplaires pour 2 feuillets. Qu'à cela ne tienne, il les a reproduits à la main. Ce qui est amusant, c'est qu'on ne voit quasiment pas la différence tellement l'écriture typographique imitait la manuscrite et vice versa !
Bonne soirée
Textor

Pierre a dit…

J'ai quelques ouvrages manuscrits dont j'ai pu pensé pendant quelques temps qu'ils avaient été gravés sur plaque de cuivre tellement l'écriture est parfaite. Si peu qu'un encadrement appuyé à l'encre ait un peu creusé la feuille, le doute avec une eau forte m'a traversé l'esprit...

Cela a été un sujet de discorde, en début de semaine, avec le père Michel - notre curé - au sujet d'un ouvrage qu'il m'a amené. Il a vivement critiqué mon obstination et m'a convié, avec le sourire, au repentir... A ma décharge, il est, lui aussi, têtu comme une mule ;-)) Pierre

Nadia L* a dit…

L'obstination ferait-elle partie des travers dont on devrait se repentir ? pourtant, elle a parfois du bon, ne serait-ce que comme moteur dans nos élans.

Je vous propose d'amener le père Michel (que je n'ai pas l'honneur de connaître) manger des frites et boire de la bière, pour qu'il constate comme votre obstination à fréquenter ce lieu récurrent de débauche peut vous enchanter les papilles.... et les yeux !

Nadia L* a dit…

Merci de remplacer "débauche" par "perdition", cher ami, ça fait moins grave, les deux n'étant pas moins sujets à confession.

Bernard a dit…

Une planche oubliée à la reliure? Une planche enlevée laisse des traces.

Pierre a dit…

Notre bon père est aussi très gourmand. Je crois que par conscience professionnelle il teste aussi quelques péchés véniels...

Pierre a dit…

Cet ouvrage porte la trace de son ancien propriétaire qui devait être un scientifique car la planche manquante est l'œuvre d'un astronome.
Soit elle a été déchirée involontairement et il l'a remplacé soit il a voulu la modifier volontairement... Il semble d'ailleurs que la feuille rajoutée s'accroche finement sur un papier de même nature.