dimanche 15 mai 2016

Des précisions éditoriales sur l'édition de 1806 du "Paul et Virginie" de Bernardin de Saint-Pierre.


Les éditions de Paul et Virginie ne se comptent plus, c’est le best-seller de l’époque. Parmi ces éditions, la plus fameuse est l’édition Curmer de 1838. Il s’agit d’une édition destinée à un large public. Son tirage a atteint les 10 000 exemplaires… Mais avant celle-ci, une édition luxueuse avait été éditée par Didot, en 1806. Cette édition est l’inverse de l’édition Curmer, à beaucoup de points de vue : peu d’illustrations, grand format, tirage plus limité, prix plus élevé. Certaines gravures de cette édition sont célèbres, principalement la fameuse gravure du Naufrage de Virginie, par Prudhon. Mais cette célébrité a l’inconvénient de masquer les autres gravures, qui ne sont pourtant pas sans intérêt. Ces gravures étant en nombre réduit, il est facile de les publier intégralement. Dans cette édition, le roman a été précédé d’un préambule, par Bernardin de Saint-Pierre, préambule très bavard (68 pages !) mais qui a le mérite de revenir sur la création des gravures, et sur certains détails matériels de l’édition, qui ne sont pas sans intérêt.

« Voici l’édition in-4° de Paul et Virginie que j’ai proposée par souscription. Elle a été imprimée chez P. Didot l’aîné, sur papier vélin d’Essonnes. Je l’ai enrichie de six planches dessinées et gravées par les plus grands maîtres, et j’y ai mis en tête mon portrait, que mes amis me demandaient depuis longtemps (sic).Les figures de cette édition sont au nombre de sept. J’en ai donné les programmes. La première, qui est au frontispice, est mon portrait. Les six autres sont tirées de Paul et Virginie, et représentent les principales époques de leur vie, depuis leur naissance jusqu’à leur mort. Mon portrait est tiré d’après moi, à mon âge actuel de soixante-sept ans. Je l’ai fait dessiner et graver sur les demandes réitérées de mes amis. On y lit mon nom au bas en caractères romains, avec les simples initiales de mes deux premiers prénoms : J-H Bernardin de Saint-Pierre. [...]. Ce portrait, avec ses accessoires, a été dessiné au crayon noir par M. Lafitte, qui a remporté à l’Académie de peinture de Paris le grand prix de Rome, au commencement de notre révolution. On a de lui plusieurs ouvrages très estimés, entre autres un gladiateur expirant. Personne ne dessine avec plus de promptitude et d’exactitude. M. Ribault, élève de M. Ingouf, a gravé ce dessin, tout au burin, avec une fidélité qui rivalise celle du crayon de l’original. Il ne manque à ce jeune homme qu’une célébrité dont ses talents me paraissent bien dignes.

Le premier sujet de la pastorale a pour titre, Enfance de Paul et Virginie. On lit au-dessous ces paroles du texte, Déjà leurs mères parlaient de leur mariage sur leurs berceaux. Madame de la Tour et Marguerite les tiennent sur leurs genoux, où ils se caressent mutuellement […]. Ce paysage, ainsi que ses personnages remplis de suavité, est de M. Lafitte, qui a dessiné mon portrait. Il a été d’abord gravé à l’eau-forte par M. Dussault, qui excelle en ce genre de préparation, et gravé ensuite au burin relevé de pointillé par M. Bourgeois de la Richardière, jeune artiste qui, après avoir quitté ses premières études pour obéir à la voix de la patrie qui l’appelait aux armées, les a reprises avec une nouvelle vigueur […]. J’ai dit que trois artistes, en comptant le dessinateur, avaient concouru à exécuter le sujet de cette première planche ; il y en a dans la suite où quatre et même plus ont mis la main. C’est un usage assez généralement adopté aujourd’hui par les graveurs les plus distingués. Ils prétendent qu’un sujet en est mieux traité lorsque ses diverses parties sont exécutées par divers artistes dont chacun excelle dans son genre. Ainsi l’entrepreneur en donne d’abord le sujet, et en fait faire le dessin ; il le livre ensuite à un graveur, qui en fait exécuter tour à tour l’eau-forte, le paysage, les figures, et met le tout en harmonie. Après quoi un graveur en lettres y met l’inscription […].

La seconde planche a pour sujet Paul traversant un torrent, en portant Virginie sur ses épaules. Il a pour titre, Passage du torrent, et pour inscription ces paroles du texte, N’aie pas peur, je me sens bien fort avec toi […]. On trouvera peut-être que ces deux charmantes figures sont un peu fortes, comparées avec quelques-unes de celles qui les suivent ; mais on doit considérer qu’elles sont plus rapprochées de l’oeil du spectateur. Qui ne voudrait voir la beauté de leurs proportions encore plus développées ? […].  Je dois le beau dessin de M. Girodet à son amitié. Il m’en a fait présent […]. Le paysage de mon dessin a été gravé à l’eau-forte par M. Dussault, dont j’ai déjà parlé ; et le groupe des deux figures l’a été au pointillé et au burin par M. Roger, qui excelle dans ce genre. Il a bien voulu suspendre ses nombreux travaux pour s’occuper de celui-ci, si digne du burin d’un grand maître.

La troisième planche représente l’arrivée de M. de la Bourdonnais. Elle porte au titre, Arrivée de M. de la Bourdonnais ; et pour inscription, Voilà ce qui est destiné aux préparatifs du voyage de mademoiselle votre fille, de la part de sa tante. Cet illustre fondateur de la colonie française de l’Île de France arrive dans la cabane de madame de la Tour, où les deux familles sont rassemblées à l’heure du déjeuner […]. J’observerai ici que la figure de M. de la Bourdonnais a le mérite particulier d’être ressemblante. Elle a été dessinée et retouchée d’après la gravure qui est à la tête des Mémoires de sa vie. Le dessin original de cette gravure a été fait par M. Gérard : on reconnaît dans cette composition la touche et le caractère de l’école de Rome où il est né. Mais ce qui m’intéresse encore davantage, je la dois à son amitié, ainsi que je dois la précédente à celle de son ami M. Girodet ; il a désiré concourir avec lui en talents et en témoignages de son estime à la beauté de mon édition. Ce dessin a été gravé à l’eau-forte, au burin, et au pointillé par M. Mécou, élève et ami de M. Roger, qui, n’ayant pu s’en charger lui-même, à cause de deux autres dessins qu’il gravait pour moi, n’a trouvé personne plus digne de sa confiance et de la mienne que M. Mécou, dont les talents sont déjà célèbres par plusieurs charmants sujets du Musée Impérial, très connus du public, entre autres par la jeune femme qui pare sa négresse.

La quatrième planche représente la séparation de Paul et de Virginie ; on y lit pour titre, Adieux de Paul et de Virginie ; et pour épigraphe, ces paroles du texte, Je pars avec elle, rien ne pourra m’en détacher […]. Cette scène déchirante a été dessinée par M. Moreau le jeune, si connu par ses belles et nombreuses compositions qui enrichissent la gravure depuis longtemps : il composa en 1788 les quatre sujets de ma petite édition in-18. On peut voir en leur comparant celui-ci que l’âge joint à un travail assidu perfectionne le goût des artistes. Celui que M. Moreau m’a fourni est d’une chaleur et d’une harmonie qui surpassent peut-être tout ce qu’il a fait de plus beau dans ce genre. Mais l’estime que je porte à ses talents m’engage à le prévenir que l’usage qu’il fait de la sépia dans ses dessins est peu favorable à leur durée […]. Les artistes ont trouvé le moyen d’en faire usage dans les lavis ; ils en tirent des tons plus chauds et plus vaporeux que ceux de l’encre de la Chine. Mais soit qu’en Italie, d’où on nous l’apporte tout préparé, on y mêle quelque autre couleur pour le rendre plus roux ; soit qu’il soit naturellement fugace, il est certain que ces belles nuances ne sont pas de durée. J’en ai fait l’expérience dans les quatre dessins originaux de ma petite édition faite il y a dix-sept ans, dont il ne reste presque plus que le trait. Cette fugacité a été encore plus sensible dans mon dernier dessin. Cette nuit, où il n’y avait de blanc que le disque de la lune, est devenue, en moins d’un an, un pâle crépuscule […]. La gravure ne m’a pas donné moins d’embarras que le dessin original ; l’artiste qui avait entrepris de le graver a employé un procédé nouveau qui ne lui a pas réussi ; il m’a rendu, au bout d’un an, ma planche à peine commencée au tiers ; j’en ai été pour mes avances ; il a fallu chercher un autre artiste pour l’achever ; mais nul n’a voulu la continuer. Heureusement M. Roger m’a découvert un jeune graveur, M. Prot, plein de zèle et de talent, qui l’a recommencée, et l’a mise seul à l’eau-forte, au burin et au pointillé en six mois, dans l’état où on la voit aujourd’hui.

La cinquième planche représente le naufrage de Virginie ; le titre en est au bas avec ces paroles du texte, Elle parut un ange qui prend son vol vers les cieux […]. Comment M. Prud’hon a-t-il pu renfermer de si grands objets dans un si petit espace ? où a-t-il trouvé les modèles de ces mobiles et fugitifs effets que l’art ne peut poser, et dont la nature seule ne nous présente que de rapides images ; une vague en furie dans un ouragan, et une âme angélique dans une scène de désespoir ? À la fois dessinateur, graveur et peintre, on lui doit des enfants et des femmes remarquables par leur naïveté et leur grâce […]. M. Roger, son élève et son ami, qui en a senti tout le mérite, a désiré le graver en entier ; il a voulu accroître sa réputation du dessin d’un maître qui l’avait si heureusement commencée, et lui rendre ainsi ce qu’il en avait reçu. Il a donc retardé de nouveau le cours de ses travaux ordinaires pour s’occuper entièrement du naufrage de Virginie. Sa planche a rendu toutes les beautés de l’original, autant qu’il est possible au burin de rendre toutes les nuances du pinceau. Je me trouve heureux d’avoir fait concourir à la célébrité de mon édition deux amis également modestes et également habiles dans leur genre ; mais il me semble que je suis plus redevable à M. Prud’hon, quoique je n’aie eu de lui qu’un seul dessin, parce que je lui dois d’avoir eu une seconde gravure de M. Roger.

La sixième et dernière planche a pour titre, Les Tombeaux, et pour inscription, On a mis auprès de Virginie, au pied des mêmes roseaux, son ami Paul, et autour d’eux leurs tendres mères et leurs fidèles serviteurs […]. On voit, un peu en avant de celle du milieu, le squelette d’un chien : c’est celui de Fidèle, qui est venu mourir de douleur, près de la tombe de Paul et de Virginie […]. Je dois le dessin de cette composition mélancolique et touchante à M. Isabey. Son amitié a voulu m’en faire un présent dont je m’honore […]. L’eau-forte en a été faite par M. Pillement le jeune qui excelle, au jugement de tous les graveurs, à faire celle des paysages. Elle a été terminée au burin par M. Beauvinet, dont j’ai déjà parlé avec éloge. Il suffit de dire que l’auteur du dessin a été très satisfait de l’exécution de ces deux artistes. M. Dien, imprimeur en taille-douce, qui m’a été indiqué par M. Roger, comme très recommandable par sa probité et son talent, a tiré toutes les feuilles de mes sept planches, en y comprenant le portrait. M. Dien, son frère, en a gravé la lettre. Comme plusieurs de mes souscripteurs ont souscrit pour des exemplaires coloriés, les auteurs des dessins ont eu la complaisance de colorier chacun une épreuve de la gravure qui en était résultée pour servir de modèle. D’après eux M. Langlois, imprimeur dans ce genre, et si avantageusement connu par ses belles fleurs, en a mis les planches en couleur, et les a retouchées au pinceau. M. Didot l’aîné, si célèbre par la beauté de ses éditions, en a imprimé le texte ; il en a revu les épreuves avec moi, et m’a aidé plus d’une fois de ses utiles observations. Enfin M. Bradel en a cartonné et étiqueté les exemplaires. On voit que je n’ai rien négligé pour enrichir et perfectionner cette édition […]. »


Je dois à Bernardin de Saint-Pierre et à Christian Lamard cette notice détaillée de l’édition de Paul et Virginie datée de 1806 chez Didot L’ainé. Je remercie le premier pour tous les précieux renseignements fournis sur les différents artistes qui ont collaboré à sa publication, et je remercie, encore une fois, le deuxième qui m’a prêté généreusement un article de son blog personnel pour bonifier le mien. Poignée de main chaleureuse aux deux ! Pierre

vendredi 13 mai 2016

La plume sous le masque : Pensée du 29eme jour…




Les personnes qui gardent le moral sont maintenant priées de le rendre à ceux qui ne l’ont pas…

Voici l’air que j’ai fredonné, ce matin, sous le masque :
 
Et la fête est finie 
Sans bruit sans fureur, je m'en vais
Retrouver ma famille, mon coin de vie, mes secrets,
Sans jamais oublier
Qu'un jour on s'est parlé
Comme pour retenir l'éternité… L'éternité.
 

Les mélodies de Nicolas Peyrac ont bercé ma jeunesse ; je ne pensais pas qu’elles m’accompagneraient si longtemps et dans des endroits aussi improbables ! Mardi prochain, j’écrirai mon dernier billet "sous le masque". 30 séances, c’est déjà pas mal, non ?  J’essaierai de donner ensuite au blog une nouvelle orientation, plus axée sur les livres, sans oublier la chimiothérapie qui m’accompagnera, quant à elle, jusqu’à la fin de l’année en sachant qu’elle sera vraisemblablement moins agressive que pendant ces six dernières semaines, quand même... 

Et la fête est finie
Et l'amitié de vous, c'était bien
Vous m'avez écouté, vous m'avez souri, j'aimais bien
Vos yeux dans le noir
M'suivaient sans l'savoir
J'aurais bien voulu qu'on s'parle encore… Encore
 

Je vais pouvoir bénéficier, maintenant, de quatre semaines de repos thérapeutique. Bien sûr, ce sera l’occasion de récupérer un peu de mes forces perdues et d’attaquer la longue ligne droite qui mène à la guérison (plausible) avec l’énergie d’un coureur de fond. Je vais aussi essayer de multiplier les occasions de me faire plaisir et de remercier les personnes dont le soutien a été si important dans cette épreuve : je pense à vous, chers lecteurs, qui avez subi ma prose avec la mansuétude coupable qu’on prête aux amis !

Pierre

mercredi 11 mai 2016

La plume sous le masque : Pensée du 28eme jour…




Avant moi, il n'y avait peut-être rien ou peut-être quelque chose. Après moi, il y aura peut-être quelque chose, ou peut-être rien…

Que deviendrons-nous après la mort ? C’est la question que se posait le célèbre abbé Théophile Moreux, bien connu des bibliophiles pour ses ouvrages de vulgarisation scientifique. Désirant, moi aussi, poser une pierre sur l’édifice de la connaissance, je vais tenter de répondre à une autre question existentielle tout aussi importante qui m’est venue sous le masque, aujourd’hui : Qu’étions-nous avant la vie ?

On pourrait nonobstant répondre succinctement à la question de Moreux en ces termes : Pour ce qui est du passage à travers la mort physique, nous verrons bien mais je suis toujours surpris par les théologiens qui prétendent disserter de ce qu’il y a après la mort comme s’ils le savaient très bien ! D’abord, comme nous n’y avons jamais vraiment goûté (personne n’a jamais vécu sans corps que je sache), il est absolument impossible de savoir ce que cela pourrait être… Et même si nous en avions fait l’expérience, il serait impossible, je pense, d’en parler avec des mots. Quand on pense qu’expliquer quel est le goût des kiwis à quelqu’un qui n’en a jamais goûté, c’est déjà pas facile, on imagine que parler de la vie après la mort à quelqu’un qui ne l’a pas vécu (sic), c’est quasiment impossible ! Je vous engage cependant à acquérir l’ouvrage de l’abbé Moreux. Bien relié, dans une bonne édition illustrée, il ne dépareillera pas dans votre bibliothèque et, le moment venu (pas trop tard, cependant), vous pourrez même le lire…

Pour ce qui est de la question sous le masque posée en préambule « Qu’étions-nous avant la vie ? », Je vous soumets le résultat de ma réflexion. Si vous trouvez qu’elle est incomplète, et je l’admettrais bien volontiers, vous devez savoir que ma séance de radiothérapie ne dure que 10 minutes. J’avais bien pensé, pour cette fois-ci, à demander qu’on fasse les deux derniers rendez-vous d’un coup mais on m’a répondu qu’au-delà de 15 minutes, les rayons traversant de part en part mon cerveau allaient détériorer le chariot roulant…

Bien évidemment, la lecture de la Genèse pourrait vous apporter une réponse satisfaisante si vous croyez que le monde a été créé par Dieu en six jours, dimanche chômé… C’est un vrai problème pour les croyants qui ont suivi un cursus scientifique d’admettre ça. Question d’interprétation me direz-vous puisque, depuis l’origine du monde, la création s’est transmise de bouche à oreille jusqu’à ce qu’un peuple élu le couche sur du papyrus dans la langue d’Abraham ou dans celle d’Aristote !

Désolé ! L'univers est né avec le Big-Bang, il y a 14 milliards d'années et des bananes, vous diront les scientifiques. On pense même qu’il y aurait eu plusieurs Big-Bangs dans l’univers et que le nôtre se noierait dans la masse. Imaginez alors notre système solaire comme une bulle dans un bain moussant composé d'une infinité de bulles… Si vous désirez, d’ailleurs, devenir un maître de la cosmologie, je vous engage à écouter les Exoconférences d’Alexandre Astier, vulgarisateur scientifique de tout premier plan, qui sont édifiantes !

Certes, nous ne sommes pas faits que de matière brute, c'est-à-dire de chaos, puisque nous avons une âme, une conscience d’être, même… La matière qui nous constitue est informée et organisée de manière différente pour chacun de nous. La vie serait alors l’association d’informations innées autour d’une matière acquise. Est-ce à dire que je vais me survivre ? La question mérite d’être discutée. Cette survie est aujourd’hui possible grâce aux livres, transmission éphémère de la connaissance. Elle ne me permettra cependant pas de renaître… La vie ne serait alors qu’une illusion, un néant que nous construisons sur du vivant avec notre pensée. On pourrait aussi rêver que le sommeil de la mort nous ouvre les portes d’une nouvelle vie mais je n’en mettrais pas ma main au feu. Ça tombe bien, il n’y en a pas au paradis, de feu ;-))

Pierre

mardi 10 mai 2016

La plume sous le masque : Pensée du 27eme jour…




Criez « Espèce de pourri ! » dans la rue et vous verrez que tout le monde se retourne !..

C’est sous le masque, que j’ai repensé, aujourd’hui, à un échange de courriel avec une amie fidèle et néanmoins lectrice du blog. Peut-être affectée par une éphémère contrariété lui laissant entrevoir le côté obscur de notre monde, elle déplorait gentiment, peut-être à raison, que je ne sache discerner la juste réalité des choses : le profit, les luttes d’ego, etc… on ne vit pas chez les Bisounours, me rappelait-elle ! Je lui répondis cependant :

Le monde est pourri. Laissez-moi cependant croire que le mal n'est pas partout pour avoir envie de rester... 

" Tss tss tss... ne me faites pas croire qu'il suffirait d'être conscient de ces choses là pour ne pas avoir envie de rester. Il suffit de s'en moquer. C'est pour ces raisons que je n'ai jamais voté et ne veux pas le faire car on peut faire un copier/coller de tous ceux qui sont passés au pouvoir. Mais en revanche, je ne me plains pas. Il y a bien d'autres choses pour nous raccrocher ici bas : les amis, la famille, le chant d'un oiseau dans le jardin, les petits-enfants, and so on. Pour moi, je rajouterais l'amour. Mais l'amour des gens, du réconfort qu'on peut trouver chez les autres, même des inconnus, qui me font dire que l'humain n'est pas complètement pourri…

Les "avides" et les "toxiques", on les sort de son existence ! A fortiori quand on a vécu quelque chose comme vous vivez, je pense qu'on ne voit plus les choses de la même façon et qu'on doit avoir une espèce d'urgence à saisir "le vrai", la sincérité, fuir les personnes qui ne nous apportent plus rien et retrouver l'authenticité des relations. Ne plus taire les choses, les montrer, les dire, les vivre, comme si on voulait bouffer la vie (ça le fait aussi quand on arrive à la cinquantaine, moi, en tout cas, je vais là-dedans de plus en plus). On devient peut-être plus égoïste, mais c'est bon, aussi de penser à soi. Cette purette d'éducation judéo-chrétienne qui nous a tant demandé de penser d'abord aux autres ! Je pense qu'en agissant ainsi, on se libère de plein de choses et on y gagne en vérité.

Je me souviendrai toujours des interviews de Bernard Giraudeau, l'acteur, qui a été toute sa vie un grand égoïste, faisant du mal à sa femme, ses enfants, il a d'ailleurs été quitté par Annie Duperey, elle n'en pouvait plus, et quand il a eu un cancer (bon, il en est mort, mais ce n'est pas mon propos), ce type là est devenu enfin heureux. Il a dit qu'il remerciait sa maladie, qui lui avait montré l'essentiel des choses, il s'est rapproché et réconcilié avec ses enfants, sa famille, il a déclaré qu'il se rendait compte qu'il n'avait été qu'un con toute sa vie, et il ne regrettait absolument pas d'être tombé malade. Sa maladie l'avait éclairé, en quelque sorte. C’était très émouvant car il ne simulait absolument pas ce bonheur qu'il ressentit sur la fin.

Aller à l'essentiel. Entamer ce processus avant de tomber malade, bien sûr, c'est le mieux ! Mais souvent, je me dis que certaines personnes n'ont pas compris qu'elles n'ont qu'une vie. Prenez soin de vous Pierre... et allez à l'essentiel : se dépouiller pour mieux guérir. Vous cherchez du "zen" ? Parfait. Lisez Laurent Gounelle. Un vrai bonheur. Sinon, vous avez toute la série des Mathieu Ricard ou Christophe André, aussi…"

Ma seule réponse : il y a peut-être quelque chose de pourri au royaume du Danemark mais, tout autour, la vie est quand même belle… Il y en a de plus argumentées, évidemment !

Pierre