mardi 25 août 2015

Histoire militaire de la France par P. Giguet, toujours inspirée par le patriotisme le plus pur...


Il fallait écrire ce traité  à l'époque (1849) puisque la chose n'avait jamais été faite de cette façon globale auparavant ; des publications plus étoffées ont été, bien évidemment, imprimées depuis. C'est d'ailleurs pourquoi cet ouvrage,  par sa qualité, a remporté le prix dans le concours ouvert par l'Académie sur ce sujet et a été adopté par le ministre de la guerre pour les écoles régimentaires. Plusieurs chapitres sont abordés en fonction de la chronologie de l'histoire de France.


La première période aborde l'époque romaine puis mérovingienne. Elle se termine par un tableau de l'organisation de l'armée de la maison militaire du roi et de l'ordonnance des troupes et de la manière de combattre.


La seconde période de 752 à 987 ou l'époque Carolingienne est particulièrement consacrée à l'exposé des réformes apportées par Charlemagne dans l'administration et dans l'armée à l'histoire de ses grandes expéditions et des commencements de la féodalité.


La troisième période de 987 à 1328 embrasse la première branche des Capétiens, c'est à dire l'époque dominée par les croisades les guerres féodales et l'extension du pouvoir royal. Pendant ces trois siècles et demi la chevalerie d'abord occupe seule la scène. Peu à peu les archers des communes, les soldats mercenaires rivalisent avec elle. La science finit par lui disputer le sort des batailles et la valeur individuelle des troupes devient moins importante.


La quatrième période de 1328 à 1483 se signale par la longue et sanglante lutte entre la France et l'Angleterre puis par la rivalité entre la branche aînée et la branche bourguignonne de la maison de Valois. Elle est marquée par l'invention des bouches à feu, l'organisation de la gendarmerie permanente et la formation d'une infanterie nationale.


La cinquième période de 1483 à 1547 qui commence à Charles VIII et finit avec François Ier est absorbée par les guerres d'Italie et par la révolution qui s'opère dans les mœurs, la religion et la politique. C est l'époque de la soif des conquêtes. L'armée française - particulièrement l'infanterie et l'artillerie - est en progrès constant et  l'usage des armes à feu devient général.


La sixième période de 1547 à 1643 comprend le siècle des guerres civiles et religieuses. La science des sièges se perfectionne, les armées sont soumises à une discipline sévère et elles ont une administration plus prévoyante. La septième période de 1643 à 1792 comprend les trois derniers règnes de "l'antique" monarchie. Les armées reçoivent un accroissement formidable. La fortification et l'attaque des places font d'immenses progrès. Les campements, les marches, les approvisionnements, le recrutement, la manière de combattre sont réglementés.


La huitième période du 10 août 1792 au 8 juillet 1815 remplit à elle seule le second volume. Elle est si féconde en grands événements que l'esquisse de l'histoire des guerres et des perfectionnements apportés dans l'organisation de l'armée laisse à peine quelque place à l'indication des révolutions intérieures. Pendant les vingt trois années qu'ont duré les campagnes gigantesques comprises dans cette période, l'Europe a été sillonnée dans tous les sens, tous les théâtres de guerre ont été explorés. Mais l'impression la plus saisissante qui reste de l'étude de cette grande époque est celle que fait naître l'imperturbable fidélité de l'armée française au sentiment du devoir, toujours inspiré par le patriotisme le plus pur... Nos campagnes télévisuelles modernes pour le recrutement des soldats n'échappent pas à la règle. Pierre


GIGUET(Pierre). Histoire militaire de la France, par P. Giguet, Ouvrage qui a remporté le prix dans le concours ouvert sur ce sujet et adopté par le ministre de la guerre pour les écoles régimentaires. Paris, L. Hachette, 1849. 2 volumes in-8. Reliure romantique pleine basane noire, plats estampés et encadrés d'un filet doré, dos lisse, caissons fleuronnés, roulette sur les coupes, gardes colorées, tranches jaspées. Très bel état, intérieur sans rousseurs. 110 € + port

lundi 24 août 2015

Histoire de la reliure de création par Yves Peyré. A lire et à relier...


La visite du salon de Lourmarin, cette année, m’a permis d’acquérir un ouvrage dont la présentation avait été faite à l’époque par son auteur, Yves Peyré, à l’occasion du Salon du livre ancien de Paris, au Grand Palais. Je n’avais pas pu acheter l’ouvrage à la suite de la conférence car un retard de l’imprimeur avait empêché l’auteur de venir avec quelques exemplaires. Chose réparée [mais sans la dédicace car Yves Peyré passait le lendemain de ma visite].


Quel ouvrage et quelle qualité d’impression ! J’avais été conquis par la conférence ;  L’auteur écrit encore mieux qu’il parle et son érudition est remarquable. On doit aussi reconnaitre à la bibliothèque Sainte Geneviève de savoir faire des sacrifices financiers pour assurer la renommée de l’institution… Il ne s’agit pas d’une compilation de reliures commentées mais bien d’un catalogue de la bibliothèque !


Je reprends la présentation de l’éditeur : Le tournant des XIXe et XXe siècles marque l’invention d’un art nouveau : la reliure de création ou reliure d’art. La reliure n’est plus une simple pratique artisanale et devient un champ fertile de création au rythme des avant-gardes qui se succèdent et marquent de leur empreinte la scène artistique. 


Du japonisme à l’Art nouveau, de l’Art déco au fonctionnalisme, du surréalisme au constructivisme, jusqu’aux intentions minimales et baroques des années 1980 et aux reformulations d’aujourd’hui, la reliure de création se plie à toutes les expérimentations, et tisse souvent un étonnant parallèle avec l’architecture.


L’exceptionnelle collection qu’a constituée la Bibliothèque Sainte-Geneviève permet de suivre cet extraordinaire foisonnement. Les plus grands noms de la reliure française, de Marius-Michel à Legrain, de Lucienne Thalheimer à Henri Mercher, de Rose Adler à Sün Evrard, etc., s’y trouvent confrontés aux créateurs qui œuvrent dans les autres pays, Cobden Sanderson et Van de Velde, Hoffmann et Wiemeler, Lion Cachet et Blazek, ou encore Carmencho Arregui et Mechthild Lobisch. La collection de la Bibliothèque Sainte-Geneviève réunit plus de 450 reliures, magnifiquement reproduites dans cet ouvrage.


PEYRE (Yves). Histoire de la reliure de création : La collection de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Un volume in-4 (23 x 30 cm). Couverture cartonnée illustrée. 360 pages. 450 illustrations environ. 49 € chez tous les bons libraires.

dimanche 23 août 2015

Salon de Lourmarin 2015


C'est au milieu des vignes, des oliviers et amandiers que se niche le village de Lourmarin labellisé "un des plus beaux villages de France après tous les autres… ". Je me suis rendu dans cette radieuse cité vendredi, pour être présent à l'ouverture du salon, et aussi parce que j’étais au mariage d’une de mes nièces le reste du week-end.


Très animé l'été grâce à ses nombreuses terrasses de cafés, ses restaurants et ses boutiques provençales, Lourmarin fait partie des villages phares du Lubéron. Les habitants aiment bien souligner le fait qu'Albert Camus, prix Nobel de littérature, a vécu et écrit ici. Il est d'ailleurs enterré dans le cimetière du village, accompagné dans cette enceinte par un autre grand écrivain français, Henri Bosco. Inutile de dire qu'avec un cadre aussi enchanteur que celui de Lourmarin, ils reposent en paix…


Mais revenons aux livres. Tout d'abord une question que se pose certains confrères : Être visiteur ou exposant à Lourmarin ? Pour moi, sans hésiter : Visiteur. À moins d'avoir un emplacement protégé- ce qui représente un gros investissement – il me semble très risqué pour mes livres d'être exposés à l’extérieur sous un simple barnum. Vendredi, le temps était splendide mais je n'ose imaginer les conséquences d'une journée de mistral ou d’une pluie torrentielle comme nous pouvons en avoir en Provence à cette saison.


Mais les salons sont aussi des outils stratégiques pour les librairie d’ouvrages anciens : Lieu naturel de rencontre de l'offre et de la demande, ils contribuent à construire un marché et permettent à l'ensemble des acteurs de ce secteur d'entrer en contact et de suivre, ou mieux de devancer, les tendances… 

Un jeune et éminent confrère
J'ai été agréablement surpris de l'accueil bienveillant de Madame la présidente du SLAM qui ne me connaissait pas mais qui apprécie mes présentations.  J'ai, bien sûr, rencontré des amis et fait quelques achats ; je vous en reparlerai mais Christian doit, dès maintenant, savoir que ma collection s’est étoffée d’un exemplaire (vraiment) exceptionnel…  Pierre

Un jeune et éminent organisateur du Salon

jeudi 20 août 2015

Les Œuvres de Molière et la bio-biliographie de Jules Clarétie en 9 volumes chez Alphonse Lemerre.


Faut-il que je vous parle d'Alphonse Lemerre ou de Molière ? Ils brillent chacun dans leurs domaines respectifs, l'édition et l'écriture. Tout a été dit et redit sur Molière, non ? Passons donc à l'autre…


Alphonse Lemerre nait à Canisy (Normandie) en 1838, pas très loin de Roncey ou de Cerisy La Salle pour ceux qui connaissent…. Il est le huitième enfant d’une famille nombreuse. À l’âge de 12 ans, en 1850, il est saute-ruisseau (garçon de course) à Saint-Lô. Il vient à Paris, en 1860, et gravit rapidement les échelons, devenant le "Prince de l’édition" et rendant célèbre la marque du bêcheur avec la devise « Fac et spera » (Agis et espère).


Il ouvre sa librairie au "23 passage Choiseul", à Paris, en 1862. Il occupera aussi plusieurs autres numéros impairs (23-33, 47). En 1865, il commence à éditer les poètes parnassiens, en publiant la revue L’Art puis en 1866, Le Parnasse contemporain.  Il crée ensuite de nombreuses collections dans des formats uniformes comme la fameuse "collection Lemerre" proprement dite, au format in 12 caractéristique, qui embrasse tous les chefs-d’œuvre de la littérature française (Molière, Anatole France, Bourget, Mistral, ...). Je vous en ai d'ailleurs, plusieurs fois, proposé des ouvrages à la vente dans de très belles reliures, quelques fois en plein maroquin.


On retrouve, comme dans tous les ouvrages de cette présentation, un cuir de grande qualité - maroquin vert empire au classique dos insolé pour l'œuvre que je propose à la vente aujourd'hui - les cinq nerfs, le titre en lettres dorées, un papier de garde coloré et un remarquable travail de reliure. Ces ouvrages me font penser à la qualité du travail des reliures Gruel. Lemerre et Gruel étaient d'ailleurs contemporains...


Il fut maire de Ville d’Avray et de ses Dagovéraniens. Profondément républicain, il était très attaché à sa Normandie natale. Il séjourne à Canisy et y achète plusieurs propriétés (Dangy, Dais, Méterville). Alphonse Lemerre s’est éteint à Paris en 1912. Sa sépulture est ornée d’un médaillon. En 1965, ses héritiers ferment la maison d’édition. Depuis, Les libraires d'ouvrages anciens gèrent l'héritage... Pierre


MOLIERE (Jean-Baptiste Poquelin Dit). Les Œuvres. Avec notes et variantes par Alphonse Pauly. Paris, Alphonse Lemerre, sd (1872-1874). 8 volumes In-12 auquel on joint la vie et l'œuvre de Molière par Jules Clarétie dans la même reliure. Tome 1: 322 pp. Tome 2: 307 pp. Tome 3: 387 pp. Tome 4: 328 pp. Tome 5: 426 pp. Tome 6: 322 pp. Tome 7: 392 pp. Tome 8: 345 pp.  Tome 9 : 246pp. Reliure demi maroquin vert à coins, dos à nerfs, titre et tomaison dorés, tranche supérieure dorée. Portrait en frontispice du tome 1. Illustré de bandeaux et culs-de-lampe. Intérieur frais. Quelques rousseurs éparses. Exemplaire sur beau papier. 260 € + port

mercredi 19 août 2015

Le Livre de Goha le Simple par Ades et Josipovici : pour comprendre le monde arabe...


Goha le Simple écarté du prix Goncourt de 1919 pour  laisser la victoire à A l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, c'est déjà une consécration ! Si le livre d'Adès et Jocipovici est reçu avec un tel succès en Europe, c'est qu'il a été écrit pour des européens qui n'ont sans doute jamais mis les pieds dans un pays oriental. Les auteurs sont juifs et non arabes, ils utilisent la langue française, tout en gardant l'attrait de termes spécifiquement locaux et dont il est facile pour un lecteur de France de tomber sous le charme. Mais avant d’être un livre,Goha est avant tout un personnage issu de la tradition populaire commune au monde arabe, dont les aventures sont transmises par le bouche à oreille.


Le style de l'ouvrage permet aux occidentaux la compréhension de ce qui, normalement, aurait dû leur échapper. Mission réussie ? C'est vrai que nous ne comprenons toujours pas l'Islam, même aujourd'hui ! 


Goha est un pauvre garçon naïf et ignorant, un être qui ne raisonne pas et ne calcule pas. Il semble perdre son temps au lieu de travailler et de devenir un homme. Dans son voisinage, habite un savant respecté et admiré de tous. Vieillissant, il veut (encore !) se marier. Ses femmes lui choisissent une nouvelle épouse, une toute jeune fille. Mais bientôt elle s’ennuiera dans le palais de son vieil époux. Elle cherchera à combler le vide de sa vie et, par le plus grand des hasards (sic), s’éprendra de Goha qui répondra aussitôt à son amour. Qui détient la sagesse ? L'homme de sciences ou le naïf Goha ?


Albert Josipovici est né à Constantinople d'un père médecin roumain installé en Égypte. Il suit sa scolarité en France à Melun, puis termine des études de Droit à Paris. C'est de retour en Égypte, en 1913, qu'il rencontre Albert Adès, dont son père est le médecin de famille. Ensemble, ils vont écrire deux romans relatant la vie quotidienne des Égyptiens. Ils seront présentés comme des écrivains égyptiens de langue française.


Par la suite, Adès et Josipovici poursuivent séparément leur carrière littéraire. D'Adès seul, il y a un roman posthume, Un Roi tout nu que la mort ne lui permet pas d'achever, Josipovici, qui disparait lui aussi prématurément, a le temps de publier de son vivant : Le Beau Saïd. 


Le livre sera porté à l'écran sous le titre Goha par Jacques Baratier, avec Omar Sharif et Claudia Cardinale dans l'un de leurs tous premiers rôles… Les deux acteurs auront chacun une grande carrière ensuite.


L'ouvrage que je propose aujourd'hui est la première édition illustrée par le peintre cubiste Emmanuel Gondouin. C'est un grand papier. Il est en parfait état. What else ? Pierre 


ADES (A.) et JOSIPOVICI (A.). Le Livre de Goha le Simple. Illustrations de Gondouin. Paris, Henri Jonquières, 1924. Un fort et grand volume in 8. Broché à couverture rempliée et illustrée. 310 pages ; Première édition illustrée,  tirage limité à 565 exemplaires numérotés, celui-ci un des 520 sur papier de Madagascar (n°365). 90 dessins, dont 30 hors-texte en couleurs. Bel état. 140 € + port

mardi 18 août 2015

Histoire d'Allemagne par Jean Royer de Prade : Deutsche Qualität !


En 1677, un certain J.R de Prade publia, à Paris, une volumineuse histoire d'Allemagne comptant 614 pages au format in-4, qui fut réédité en deux volumes in-8 en 1684. Par l'ampleur de son œuvre, Jean Royer de Prade est le premier historien de l'Allemagne en langue française. On connait aujourd'hui sa biographie grâce à Wikipédia (je la complète en précisant que l'auteur est mort en 1685) mais on peine à déterminer qui était cet écrivain qui dédicaça son œuvre à Louvois. Né en 1624, de Prade composa plusieurs pièces de théâtre, une histoire de France en cinq volumes, publiée entre 1683 et 1684 et une histoire de Gustave-Adolphe. Selon son historiographe, Jürgen Voos, Prade devait être proche des protestants et de la réforme allemande…


L'ouvrage que Prade publia deux ans avant la conclusion de la Paix de Nimègue (Le traité sera humiliant pour l'Empire qui cèdera Fribourg et la Lorraine) offre une histoire de l'Empire en deux parties ; la première traite de l'Empire Romain et de l'Allemagne romaine et Austrasienne ; le seconde de l'Allemagne moderne qui commence pour lui avec l'Empereur Rodolphe Ier. Chaque partie est divisée en dix chapitres. Comme d'autres auteurs, Prade se pose la question de savoir quelle forme de gouvernement il faut attribuer au Saint Empire.


Jean Royer de Prade est cependant essentiellement connu des bibliophiles pour son Discours du tabac et des théâtreux pour avoir été l'un des meilleurs et plus anciens amis de Savinien de Cyrano de Bergerac.


L'ouvrage paraît, au format in-quarto, sans épître dédicatoire, ni avis de l'imprimeur ou de l'auteur. Il fait l'objet d'un long et élogieux compte rendu dans le Journal des savants du 15 mars 1677 : « … Le Sieur Roger (sic!) de Prade nous a fait remontrer qu'il a composé l'Histoire d'Allemagne avec beaucoup de soin, de travail, et de frais, pour en recouvrer les mémoires et enseignements, et les auteurs contemporains qui en ont traité, tant en général qu'en particulier. »


Notre exemplaire présente sur son premier plat un blason non identifié pour l'heure. En fait, et comme d'habitude, je compte un peu sur vous pour me mâcher le travail… Réponse donnée par Daniel Bayard, libraire, (on peut cliquer pour trouver son excellent site).


Deux ex-libris anciens sont collés en page de garde, l'un cachant partiellement l'autre et l'autre recouvert partiellement d'une imposte blanche couvrant le nom du propriétaire. Les livres ont une histoire… Qu'avait donc fait Joseph de Harene pour qu'on voile son nom et pour qu'on gratte l'année de publication sur le frontispice ?


L'ouvrage est en bel état, l'intérieur est frais, il est complet de son texte mais je dois mentionner qu'une restauration aux deux coiffes a été entreprise avec un souci esthétique évident mais avec une bonne volonté approximative… Prix en conséquence des petits défauts constatés. Pierre  


PRADE (I.R de) : Histoire d'Allemagne. Paris, Sébastien Cramoisy, 1677. Un volume In-4. Reliure pleine basane tabac, dos à nerfs et caissons fleuronnés, gardes colorées, tranches rouges. Reliure aux Armes sur les deux plats (Ville de Lyon). [1f bl], [8ff titre et table], 614pp, [1f privilège], [9ff table], [2ff bl].  Une mouillure angulaire sur quelques feuillets mais intérieur frais. Ex-libris anciens. Belle impression à grandes marges. Vendu

lundi 17 août 2015

Journal littéraire de Paul Léautaud : édition originale en tirage de tête... Chapeau !


Paul Léautaud (1872-1956) : La part de son œuvre consacrée à la critique dramatique fut écrite sous le nom de plume de Maurice Boissard. On se souvient cependant de lui pour son Journal littéraire en dix-neuf volumes et comme d'un briscard perspicace et tonitruant grâce aux trente-huit entretiens radiophoniques qu'il a accordés à Robert Mallet en 1950-51. 


Solitaire, quelque peu égocentrique, écrivain de talent, Paul Léautaud écrit par plaisir. Il écrit beaucoup, pour lui, sans prendre les gants nécessaires à une publication. Il faut attendre la fin de sa vie pour qu'il consente à publier son Journal littéraire (de 1954 à 1966) que je propose aujourd'hui à la vente dans son tirage de tête. C'est un chef d'œuvre de la critique intime au jour le jour, une mine de renseignements sur l'époque d'après-guerre…  


 "Je n'ai rien créé, je n'ai rien inventé. Je suis un rapporteur de propos, de circonstances, un esprit critique, qui juge, apprécie, extrêmement réaliste, auquel il est difficile d'en faire accroire. Rien de plus. ".


Le bonhomme ne collectionnait pas les livres, chers lecteurs. C'est lui qui écrivait : " Maintenant, si ce n'est une dizaine de livres, et uniquement pour le plaisir, je pourrais très bien me passer de livres ". Par contre, il collectionnait les cadavres ! " Coppée est mort cette après-midi, vers deux heures. Cinq jours après sa sœur. Une agonie de cinq heures d'étouffements. J'ai appris cela en arrivant au Mercure, à 4 heures, par Retté, qui venait de la rue Oudinot, où il était allé pour le voir. Un grand désir m'est venu de le voir mort, ce désir que j'ai chaque fois que meurt quelqu'un que je connais, le besoin irrésistible de voir la grimace qu'il fait, de regarder cela de près, et je suis allé rue Oudinot, pour voir s'il y avait moyen d'entrer. "
 
" Marcel Schwob vient de mourir... Je ne tenais plus en place, de surprise, d'impatience. Je jette mes trois sous. Je cours au marché acheter le foie. Je remonte au galop. Rien n'allait assez vite. Schwob mort ! Lui qui, il y a quinze jours, me parlait, si vivant, si alerte, si plein d'ardeur et de projets."

" Cette mort de Rémy de Gourmont, quand je l'ai apprise tantôt, a été un vrai coup pour moi, tant pour l'écrivain que pour l'ami. Je rappelais ce soir la différence que j'ai toujours trouvée entre Schwob et Gourmont : le premier ayant toujours besoin d'être admiré, louangé, complimenté, tenant à son rang […]. Le second, au contraire, fuyant les compliments, les fuyant physiquement, en ce sens que je l'ai vu se lever de sa chaise et partir devant un complimenteur, modeste, simple, ne parlant pas de lui, orgueilleux certainement et à bon droit, mais d'un orgueil tout intérieur".

Le Bailli mort, descriptif et réaction de l’épouse : "Je passe sur la crise de larmes, les baisers, les flots de paroles, l'éloge du mort, le regret des mauvaises choses, le manque de simplicité, les phrases toutes faites. La douleur est décidément une chose ridicule quand elle s'exprime ainsi. En tout cas, je ne pouvais m'empêcher de penser au contraste entre toutes les qualités qu'elle lui énumérait maintenant et ses façons avec lui quand il vivait."


Clochard littéraire, on se remémore Paul Léautaud déambulant avec ses sacs remplis de nourriture pour ses bêtes dans les rues de Paris. On se souvient aussi de lui comme un être hargneux méprisant tellement les humains qu'il s'exila et transforma son pavillon de Fontenay-aux-Roses en refuge pour animaux abandonnés. Ses dernières paroles avant de mourir auraient d'ailleurs été : " Maintenant, foutez-moi la paix. "‎. Il est cependant toujours surprenant de constater comment on peut réduire la vie d'un homme à quelques photographies parues un jour dans " Paris-Match "… Pierre


LEAUTAUD (Paul). Journal littéraire. Paris, Mercure de France, 1954-1966. 19 volumes in-8, de 350 à 400 pages par volumes. Edition originale numérotée sauf tome 2/3/4/ en papier ordinaire. Exemplaire N° 280, un des 300 exemplaires du tirage de tête sur papier de Rives. Volume 1: 1893 - 1906, Volume 2: 1907 - 1909, Volume 3: 1910 - 1921, Volume 4: 1922 - 1924, Volume 5: Janvier 1925 - Juin 1927, Volume 6: Juillet 1927 - Juin 1928, Volume 7: Juin 1928 - Juillet 1929, Volume 8: Août 1929 - Mai 1931, Volume 9: Mai 1931 - Octobre 1932, Volume 10: Octobre 1932 - Janvier 1935, Volume 11: Janvier 1935 - Mai 1937, Volume 12: Mai 1937 - Février 1940, Volume 13: Février 1940 - Juin 1941, Volume 14: Juillet 1941 - Novembre 1942, Volume 15: Novembre 1942 - Juin 1944, Volume 16: Juillet 1944 - Août 1946, Volume 17: Août 1946 - Août 1949, Volume 18: Août 1949 - Février 1956, Volume 19: Histoire du journal. Pages retrouvées. Index général. Bon exemplaire complet en très bel état‎ avec son papier cristal. Vendu