vendredi 24 avril 2015

Salon du livre précieux et de l'estampe au Grand Palais sans les images...


Cela m'apprendra à oublier mon appareil photographique ! Où je réalise alors que mon téléphone portable ne sait faire que téléphoner...

J’étais au salon du livre ancien du Grand Palais à Paris cet après-midi. J’y retournerai demain avec le même plaisir car la qualité des ouvrages présentés est au rendez-vous - au delà de mes compétences pour beaucoup d'exemplaires mais ne va t-on pas au salon pour ça aussi ? Deux beaux achats, pour l’instant et un livre neuf au stand de la BNF ! Une agréable surprise aussi avec la conférence du conservateur de la bibliothèque Sainte Geneviève. 

Je remercie par avance les confrères de Manuscripta qui ont répondu à mes attentes, la librairie Eric Zink pour son accueil toujours aussi sympathique et les librairies « De la terre à la plume » & « Les deux éléphants » qui sont d’excellents promoteurs des percales illustrées que j’affectionne particulièrement. Mais l’accueil est, de toute façon, toujours remarquable quel que soit le confrère que vous visiterez !

J’oubliais ! Je me suis inscrit à une association Basilique de Marçay- Patrimoine du livre tant son représentant m’a semblé convaincant dans sa démarche et visionnaire dans son projet. Vous pourrez me donner votre avis en passant le voir sur son stand !

Une question à laquelle vous pouvez répondre et qui va intéresser les lecteurs du blogue qui n'ont jamais fait le pas : et vous ? Vous y allez pour quelles raisons à ce salon ? Pierre

jeudi 23 avril 2015

La "chronological Chart of Ancient. Modern and Biblical History" de Adams. Une imposante carte historique du monde…


Quand la plupart des cartographes représentent l’espace, certains tentent aussi de saisir le temps. Comment saisir en deux dimensions, l’émergence et la chute des empires, les grands évènements culturels, le temps long géologique et les fluctuations du pouvoir dans le monde contemporain ? 


La Chronological Chart of Universal  History de Sebastien Adams que je propose aujourd'hui  est une chronologie de plusieurs mètres couvrant 5885 ans (4004 av. J.-C  - 1881). Il me semble que, plus que jamais, ces cartes sont des sources d’inspiration fécondes pour tenter d’appréhender l’histoire du monde dans sa globalité. Bien sûr ! Nous disposons avec l'informatique, de nos jours, d'un océan de données que nous allons pouvoir croiser les unes avec les autres. Pour autant, serons-nous capables de reproduire des représentations aussi synthétiques que ce chef-d'œuvre de la fin du 19eme siècle ?


Bien évidemment, vous pouvez avoir une relation amour-haine avec le tableau présenté ici. Tout d'abord, l'amour : ce tableau est absolument magnifique, il fut dessiné à la main et représente une prouesse éditoriale. De plus, il est de loin le calendrier le plus détaillé et le plus ambitieux jamais réalisé. Mais maintenant, la haine : Ce tableau, composé en 1871, est basé sur une théorie créationniste de la terre complètement dépassée aujourd'hui. De plus, il est axé sur l'évolution de l'Europe qui contient nombre de données obsolètes et racistes.


Je ne connais pas de bibliothèque qui puisse accueillir un tel ouvrage sans qu'il fasse de l'ombre aux autres. Les amateurs français de cartes admettront cependant que peu de bibliothèques (ni de libraires) possèdent un tel exemplaire ! Pierre


ADAMS (Sebastian). A chronological Chart of Ancient. Modern and Biblical History synchronized by Hon. Sebastian C. Adams. With Maps of the world's great Empire. DraWn by Prof. JA. Paine.Ph.D. Archéologist of the first expedition of Palestine exploration society. Fifth edition. Twenty seventh thousand critically revised and enlarged to AD 1883. Colby & Co., New York, 1883. Grand format in plano (71/35cm) en feuilles, en accordéon à 21 plis entoilés, demi-basane à coins, roulette dentelée dorée bordant les plats, plats de percaline verte foncée, titre doré au centre du premier (reliure de l'éditeur). Reliure avec des signes d'usures et de restauration mais bel exemplaire cependant. Très bon état intérieur. 380 € + port

mercredi 22 avril 2015

"Mémoires et avantures d’un homme de qualité" où les tribulations de l'abbé Prévost en son temps...


Mon fils, aimez les livres, ils sont contre les tourments de la chair notre meilleure sauvegarde, encore que le grain de certaines reliures présente trop souvent, je le déplore, la troublante perfection d'un épiderme de jeune fille… Voici ce que l'abbé Prévost aurait pu dire à ses ouailles en ce XVIIIème siècle libertin ! Car les Mémoires d'un homme de qualité contiennent assez d'aventures légères pour remplir vingt romans. Anatole France disait d'ailleurs aussi de Antoine François Prévost qu'il semait dans ses œuvres les louanges les plus hautes de la morale et de la religion mais qu'il y accumulait aussi des personnages poussant par intervalles de terribles cris de passion !


En fait, la publication de ces mémoires suivit les tribulations de son auteur. Les deux premiers volumes paraissent l'été 1728, à un moment où Prévost a sans doute déjà décidé de forcer la main à ses supérieurs pour qu'on l'autorise à changer d'ordre religieux, sans succès d'ailleurs. Les deux volumes suivants seront  publiés en son absence, toujours à Paris, en novembre 1728. Les derniers volumes paraîtront, eux, en Hollande, en 1731. L'ensemble est composé de plusieurs livres dont le dernier, L'Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, est présenté comme un additif à ces Mémoires.


L'œuvre de ce jeune écrivain, conçue et rédigée dans le cadre d'un monastère dont les règles semblent lui peser puisqu'il va se défroquer peu après, va rencontrer un grand succès dont témoignent les rééditions nombreuses au cours du siècle, et même pour le siècle suivant. Comme l'exige le genre, il s'agit d'un récit à la première personne. Celui qui dit "je" est un homme âgé retiré dans une abbaye du nord de la France après une vie très mouvementée. Il se loue d'une retraite  qui lui offre la possibilité de retrouver la paix et qui lui permet aussi de ne pas importuner les jeunes gens de sa vieillesse qui "est dégoûtante, [sic] chagrine et incommode" .


L'avis de l'éditeur précédant l'œuvre, le définit comme un  "illustre aventurier" qui a exigé l'anonymat et qui fut "dans sa jeunesse un des hommes de France les mieux faits, et de meilleur air." Le récit commence d'ailleurs par l'établissement d'une généalogie qui garantit sa noblesse en même temps qu'elle explique l'origine de ses vicissitudes. Le sous-titre de l'oeuvre est d'ailleurs : Mémoires du Marquis de ***. Ce marquis ne gagne le nom de Renoncourt  que dans la deuxième partie de ses tribulations, à partir du livre six, lorsqu'il quitte sa paisible retraite sur les instances d'un grand personnage, le Duc de ***, pour servir de mentor à son jeune fils envoyé parfaire son éducation en voyageant à travers l'Europe. 


C'est un homme cultivé qui aime la lecture et les livres. Lorsqu'il est capturé par les Turcs, il a dans ses poches, Les Caractères de La Bruyère, les tragédies de Racine et Télémaque de Fénelon qu'il traduit en Turc. C'est aussi un homme ouvert, curieux des autres et tirant profit de ses expériences, refusant les stéréotypes au profit de l'expérience, ainsi fait-il l'éloge de l'Angleterre et de la liberté qui y règne à travers des anecdotes souvent amusantes, comme il dénonce les simplifications qui transforment les Turcs en "sauvages" alors que, comme partout [et en cela, rien n'a changé avec le temps ! ], ce ne sont que des hommes, certains généreux, raffinés et cultivés, d'autres brutaux… 


Mais ce sont moins les événements qui importent au narrateur que la peinture de la vie quotidienne et des mœurs du temps. Ces Mémoires sont évidemment composés de plusieurs parties qui n'ont entre elles aucun rapport et qui ne sont rassemblées sous un même titre que pour joindre des volumes à des volumes. C'est d'ailleurs un répertoire de toutes sortes de contes, dont plusieurs étaient déjà connus avant que l'abbé Prévost s'en emparât. L'ouvrage que je vous propose aujourd'hui est une édition hollandaise assez rare dont la particularité est que l'on y trouve déjà  Manon Lescaut dans le dernier tome. La première partie comporte 5 livres, la deuxième partie 10 livres et la troisième partie (Manon) 2 livres - le tout en trois tomes. Pierre


[PRÉVOST (Abbé)]. Mémoires et avantures d’un homme de qualité, qui s’est retiré du monde. Amsterdam, Merville et Vander, 1750-1751. 3 volumes in-12 (16,5/10cm), Reliure plein veau fauve marbré, dos à nerfs, caissons fleuronnés, gardes colorées, tranches mouchetées rouges. Rare édition qui comprend l'Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut au tome III. Bel ensemble. 190 € + port

mardi 21 avril 2015

Un minuscule (in 32) Ciceronis de amicitia... Paris, Barbou, 1771.


Doit-on faire une présentation minuscule pour des ouvrages à classer dans les minuscules ? Et d'abord, qu'est-ce qu'un ouvrage minuscule ? " Small is beautiful " disent les amateurs de livres minuscules (on ne sait pas ce que disent les amateurs de curiosa). Voilà pourtant bien un domaine où je manque de la plus élémentaire compétence. Bien évidemment, je viens de regarder la taille requise pour appartenir au club. Moins de 10 cm ! Ça va, je passe ! Je vais pouvoir vous montrer la matériel que j'ai en boutique…


Il va de soi que les informations que je vous propose ont été copiées sur celles de librairies spécialisées. Un livre miniature n’est pas seulement un livre, mais c’est presque toujours un chef d’œuvre. On peut néanmoins lui reprocher d'être un peu juste pour ce qui est du texte…
Pour les artisans du livre, tels que les imprimeurs, les relieurs, les illustrateurs et les graphistes, le minuscule naît d’un défi ; défi à l’art et à la technique. Les livres minuscules ne doivent pas dépasser 10cm en norme européenne moderne et 7½ cm ou 3 pouces sur chacun des côtés pour les mensurations classiques. Le livre minuscule imprimé apparaît à peine plus tard que l’invention de l’imprimerie. En 1486 Naples voit la publication de l’Officium Beatae Virginis Maria qui mesure 7½ x 5cm ou 3 pouces par 2 pouces, dont on conserve encore trois exemplaires. Les premiers livres miniatures imprimés étaient des livres religieux. Dès le seizième siècle les minuscules ont abordé tous les sujets du savoir et de l’imagination humaine. À côté des livres charmants, faits pour être transportés dans des bourses et pour le plaisir des lecteurs, il y a ceux qui relèvent le défi ultime, celui d’être le plus petit. Et ce défi se paye cher quand on est collectionneur…
 

Ces minuscules sont souvent étonnants de perfection, avec des tranchefiles, des pages de gardes, des illustrations très belles et très prolixes, des couvertures plein maroquin avec des dorures parfois étonnantes. Ils sont malheureusement peu manipulables. Les minuscules sont des objets fascinants, vous diront les amateurs. Placez-en un dans une bibliothèque de grande valeur et tous les yeux se porteront sur le livre miniature. Voilà pourquoi ces petites créations traversent la barrière du temps.


Personne n’aurait le courage de les maltraiter ou de les jeter. On les conserve avec amour et ils passent de génération en génération par les bibliothèques d’avides collectionneurs et de bibliophiles raffinés qui leur consacrent une partie de leur temps. Collectionner des minuscules, c’est avant tout une chasse fascinante, car la plupart sont émis à tirage limité. Il arrive que des brocanteurs détiennent un ou deux titres oubliés depuis des décennies dans un tiroir quelconque et que l’on peut acquérir alors pour un tarif raisonnable.


L'ouvrage que je propose aujourd'hui à la vente est l'œuvre de  Pierre-Joseph d'Olivet (1682-1768). Grammairien, traducteur et éditeur de Cicéron, il édita les œuvres d’un certain nombre d’auteurs français. Il connut Boileau qui l’honora de son amitié et compta Voltaire parmi ses élèves. Ses amis de l’Académie ayant assuré " qu’il serait vivement touché de cette faveur ", il fut élu le 5 août 1723 par 19 voix sur 22 votants en remplacement de La Chapelle, sans avoir fait la plus minuscule visite ! Pierre


CICERON. M Tullii Ciceronis de amicitia dialogus ad TP Atticum. Lutetiæ, J Barbou, 1771. Un volume in-32 (91 x 63 mm). Reliure en maroquin cerise, dos à nerfs orné et doré portant le titre doré, triple filet doré en encadrement sur les plats, roulette dorée sur les coupes, gardes colorées, tranches dorées. [1fbl], [5ff titre], 112 pp, [1fbl]. Usure aux coiffes et aux coins. Bel exemplaire très frais. Un portrait gravé en frontispice. 75 € + port

lundi 20 avril 2015

Vues de Suisse et d'Italie. Remarquables gravures aquarellées de Wetzel, de Maurer, de Meyer, Füssli, de Lory Fils, etc...


Je ne sais si vous êtes comme moi mais j'adore la Suisse. Peut-être parce que je la connais mal…. En visite à Lausanne au musée de l'olympisme, avec mes enfants, nous avions décidé de profiter de l'occasion pour faire un petit tour sur le lac Léman (et non pas le Lac de G'nève comme on le dit souvent). Je prends un billet et me décide pour la visite d'une petite cité lacustre suisse : Et je choisis donc Yvoire… (je peux être, parfois, d'une ignorance crasse)


Yvoire est très joli mais c'est en France ! Nous n'avions, bien évidemment, pas pris d'argent français et nous avons donc payé nos achats en francs suisses. Vous ne pouvez pas savoir la fierté qui se lisait dans mes yeux à la caisse des magasins et le respect, non dénué d'obséquiosité, que j'ai ressenti dans le comportement des commerçants qui nous servaient. Donc j'adorerais être suisse…


La Suisse est aujourd'hui formée de 26 cantons. Ils sont les successeurs des États originels, qui se sont regroupés en 1848 pour former la Confédération, en lui déléguant une part de leur souveraineté. La Confédération des XXII cantons désigne l'une des étapes de formation de la Confédération helvétique, la période entre la fin de la domination française en 1813 et la création de l'état fédéral en 1848. C'est cette période qui nous intéresse ici.


Le recueil que je propose aujourd'hui à la vente contient 30 gravures de la Suisse et de l'Italie de Wetzel, de Maurer, de Meyer, Fufsli, de Lory Fils, etc... Ce sont des estampes gravées à l'aquatinte notamment par Franz Hegi. Les eaux fortes aquarellées sont souvent gommées.  Je peux, bien évidemment, fournir sous la menace la liste des gravures contenues dans cet ouvrage et le nom de leur dessinateur.


La menace était sérieuse… Je cède ! Genêve – Nyon – Cascade du Bonnant – La mer de glace – Vue du Mont-Blanc – Zurich (2) – Cataracte du Rhin – Constance – Rochbach – Gais – Reichenau – Galleria Presso Tusis – Via Mala – Picola Via mala – Suffer – Spluga – Vue de Wallenstadt – Das Kloster Einsiedeln – Zaig – L'auberge de Righi Kulm – Vue de l'Hospice de Grimsel – Glacier supérieur de Grindelwald - Glacier inférieur de Grindelwald – Le passage de la Wengernalp – La chute du Staubbach – Maison de pêcheur à Scherzlingen – Vue du paysage de la Gemmi – Vallée des bains de Louaiche – Chemin de communication entre Albinen et les bains.


L'auteur de ces premières Vues de Suisse est Jakob Johann Wetzel (1783-1834). Fils d'un maître tourneur, il fit son apprentissage chez Johann Heinrich Bleuler (1794-1797), puis à l'atelier d'art de Johannes Walser à Hérisau, où il travailla pour la maison d'édition Gabriel Lory père et fils puis chez l'éditeur Osterwald à Neuchâtel (1809). De retour à Zurich (1810), il fut peintre paysager indépendant. Membre de la Société des artistes zurichois (dès 1813). Son œuvre principale, les Voyages pittoresques aux lacs de la Suisse parut entre 1817 et 1827 chez Orell Füssli et Compagnie à Zurich. Il s'agit d'une série complète de 137 vues de Suisse et d'Italie dont certaines sont contenues dans le recueil présenté. On range Wetzel parmi les petits maîtres suisses.  


On dit souvent que La Suisse est la plus ancienne démocratie du monde - mais un regard plus attentif sur son histoire révèle que cela n'est pas vrai pour la majorité du territoire, et en particulier pas pour la Suisse Romande. L'histoire du changement vers une vraie démocratie fut celle d'une révolution armée, d'une occupation par des troupes étrangères, d'une tentative de démocratie parlementaire échouée et - à la longue - d'une régénération. On se demande encore comment un pays a pu avoir un destin aussi troublé avec des habitants reconnus aujourd'hui pour leur nonchalance et leur respect des lois…


Je cherchais à l'instant sur la toile quelle était la " devise " de la Suisse et c'est en tapant sur mon clavier que je viens de la trouver à l'instant : " 1 franc suisse = 0,974045226 euro " !  Pierre


WETZEL (Jakob Johann). Vues de Suisse et d'Italie. Zurich, Keller et /ou Orell Füssli – Milano, Bernucca, sd. Un album in-4 à l'italienne (26,5/36,5cm). Reliure plein maroquin vert empire, dos lisse avec filets dorés, plats estampés à froid, encadrement d'un double filet doré, gardes et serpentes. 30 gravures peintes. Le recueil complet devait vraisemblablement en compter moins de 40. Quelques frottements sur la reliure. Quelques rares brunissures marginales qui ne touchent jamais les gravures. 1100 € + port

samedi 18 avril 2015

Avis au peuple sur sa santé : Dernière édition originale de Tissot...


Qu'est-ce qu'une édition originale ? C'est quand la mention est portée sur l'ouvrage, tout simplement ! Qu'est-ce qu'une "dernière" édition originale ? C'est plus difficile à définir et cela nous ouvre de nouvelles perspectives pour embellir nos fiches.... En tout cas pour le livre du Docteur Samuel-Auguste Tissot que je propose aujourd'hui à la vente, c'est écrit dessus... Certains disciples d'Hippocrate ont marqué l'histoire : Ce dernier peut s'enorgueillir d'être de ceux là, lui qu'on appelait « le médecin des princes et le prince des médecins ».


Ce médecin suisse (1728 -1797) qui connut de son vivant une notoriété extraordinaire dut cette célébrité à ses nombreux écrits, notamment ceux consacrés à l'onanisme et à ses études sur l'épilepsie. Il est cher aux bibliophiles, aux bibliomanes et aux bibliographes (il ne faut oublier personne) pour son traité sur " La santé des gens de lettres" qui sont, plus que tous autres, valétudinaires…


Prônant une « médecine douce »fondée sur un régime de vie en accord avec la nature, et sur des remèdes à base de plantes, il récuse à la fois la médecine populaire et la médecine savante, qu’il juge trop dure et interventionniste. Mêlant des théories qui nous semblent aujourd'hui archaïques (la masturbation rend sourd ; je schématise, bien sûr) et du bon sens, teinté de modernisme, il peut être considéré comme un visionnaire et un bienfaiteur de l'humanité.


Il condamne, entre autres, les médecins qui font des saignées mais recommande une série d'ingrédients naturels et d'aliments comme la quinquina (l'apéritif de nos grand-mères) que Tissot va considérer comme étant le meilleur remède universel et va suggérer également le camphre et une série d'autres ingrédients dont le lait au beurre et le vin dilué dans l'eau avant de se coucher ! Il va également prôner d'autres conseils : Aller au lit uniquement pour dormir (?), ne pas rester trop longtemps au lit quand on se réveille et faire de l'exercice, toutes choses dont on sait aujourd'hui qu'elles ne sont contre-indiquées que pour les ecclésiastiques !


L'Avis au peuple sur sa santé lui fit acquérir une réputation européenne. Les honneurs s'accumulèrent rapidement car le succès de l'ouvrage devint européen. Il reçut une pension de la République de Genève, devient membre de la Société royale de Londres, et son ouvrage fut traduit en plusieurs langues et eut de nombreuses rééditions et améliorations.


Il écrivit à propos De la santé des gens de lettres (1775) " Je ne crains point de regarder comme une cause des maladies des savants, le renoncement à la société, que plusieurs s'imposent d'abord volontairement, et auquel ils se livrent ensuite par goût, mais qui a des inconvénients réels. Les hommes ont été créés pour les hommes ; leur commerce mutuel a des avantages auxquels on ne renonce point impunément, et l'on a remarqué, avec raison, que la solitude jette dans la langueur. Rien au monde ne contribue plus à la santé que la gaieté, que la société anime, et que la retraite tue, et cette cause morale d'ennui, jointe aux causes physiques de mélancolie dont j'ai parlé plus haut, jette souvent les gens de lettres dans une tristesse, dont les effets sur la santé lui sont aussi funestes que ceux de la gaieté lui seraient favorables ; elle produit cette misanthropie, cet esprit chagrin, ce mécontentement, ce dégoût de tout, qu'on peut regarder comme les plus grands des maux, puisqu'ils ôtent la jouissance de tous les biens ". La sagacité et la pertinence de ces propos vous semblent-ils de mise ? Pierre


TISSOT. Avis au peuple sur sa santé. Dernière édition originale. Paris, Belin et Le Prieur, 1802. Deux volumes in-12 (17/10,5cm). Reliure cartonnage bleu nuit, plat avec encadrement de filets dorés, dos lisse, filets et titre dorés, tranches marbrées. [1fbl], xxiv, 334pp, [1f table], [1fbl] – [1fbl], [1f titre], 368pp, [1f table], [1fbl]. Des brunissures. Dos légèrement insolé. Bel ensemble. 95 € + port