lundi 26 janvier 2015

La Syrie, l’Égypte, la Palestine et la Judée par le Baron Taylor : quarté gagnant de la poudrière mondiale…



Il s'agissait alors d'un voyage historique, archéologique, descriptif et pittoresque… L'auteur ne pouvait pas prévoir que ces quatre pays allaient devenir, deux siècles plus tard, le théâtre d'un conflit politico-religieux à l'origine de la troisième guerre mondiale. Le baron Isidore, Séverin Justin Taylor (1789 –1879) fut un célèbre voyageur en Orient. Issu d’une famille d’origine irlandaise naturalisée française, il débute dans l’armée, se rallie à Louis XVIII, voyage beaucoup en Europe et ne prend sa retraite de l’armée qu’en 1843. Il est fait baron en 1825, lors du sacre de Charles X.  C'est sa carrière dans le monde de la culture qui le rendit célèbre.


Accueilli dans le cénacle de Charles Nodier, foyer de la vie romantique à la mode, il s’essaye à la vie littéraire – il écrit notamment un Ismaël et Maryam ou l’Arabe et la chrétienne (1821), pièce de théâtre proche du style de Byron. Véritable touche-à-tout, il conçoit en 1818 le projet d’un immense inventaire des monuments de la France pour revaloriser un patrimoine architectural médiéval dont les romantiques redécouvrent la splendeur. Il est l'artisan majeur de la publication des Voyages pittoresques et romantiques de l’ancienne France (1820-1863) dont Adrien Dauzats, illustrateur, fut l’un des collaborateursles plus réguliers et fit intervenir notamment Géricault, Ingres et le jeune Viollet-le-Duc.


Il est nommé en 1824 commissaire-royal du Théâtre-Français. En 1828, il est envoyé en mission à ses frais pour quatre mois en Égypte, peut-être pour obtenir un obélisque, mais surtout dans le but de publier un ouvrage sur ce pays. En janvier 1830, il est chargé officiellement par le gouvernement français de faire transporter l’obélisque d’Alexandrie échu à la France et d’obtenir ceux de Louxor. Il diffère un peu son départ en raison, le 25 février 1830, de la première d’Hernani qu’il met en place au Théâtre-Français et qui déchaine la célèbre bataille.


En Égypte, les négociations qu’il faillit d’abord faire échouer sont menées par le consul général de France, Mimaut, et Taylor ne reste que spectateur. D’une naïveté trop coupable et inconscient des difficultés techniques soulevées par le transport d’un monolithe de cette importance, il pense que l’opération peut se faire en quelques mois et délègue sa tâche à l’ingénieur Linant de Bellefonds, présent alors en Égypte. Plus qu’à Louxor où se trouve l’objet de sa mission, ce voyage le conduit au Sinaï en Palestine, en Syrie et au Liban. C’est à Baalbek qu’il apprend le changement de régime en France, ce qui l’oblige à rentrer à Paris.


Son talent dans cette affaire consista surtout à faire passer son échec comme une réussite (Bonaparte avait fait de même 50 ans plus tôt !). Il présente sa mission comme peu onéreuse, alors que les sommes conséquentes engagées dans son voyage quasiment personnel le furent en fait en pure perte pour le budget national. Il appartint donc à un ingénieur moins mondain mais tout entier investi dans sa mission, Lebas, d’organiser au prix de plusieurs années de labeur le transfert de l’obélisque jusqu’à Paris. De ces voyages naissent néanmoins en 1837 une somptueuse publication : La Syrie, l’Égypte, la Palestine et la Judée considérées sous leur aspect historique, archéologique, descriptif et pittoresque (avec Louis Reybaud). C'est cet ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente… Et plus particulièrement le tome II consacré à L'Egypte ! De nombreuses gravures issues notamment des dessins de Dauzats et de Mayer lors de la mission de 1830 illustrent cette œuvre.


En 1853, il reprend son texte sous le pseudonyme de Laorty-Hadji (anagramme de Taylor), dans un petit volume sans illustration sur La Syrie, la Palestine et la Judée. Pèlerinage à Jérusalem et aux lieux saints ainsi qu’un second en 1856 sur L’Égypte. Entre-temps, il effectue une importante mission en Espagne pour acheter une collection de plus de 400 chefs-d’œuvre de maîtres espagnols afin de compléter la collection du Louvre. Nommé inspecteur des Beaux-Arts en 1838 (il finira membre de l’Institut et sénateur), il s’attache à mettre en place de nombreuses associations d’artistes protégeant les professions et les métiers d’art qui se développent au cours de ce siècle. Ce sera là, avec l’immense inventaire monumental, la grande œuvre de sa vie. A noter que la Fondation Taylor existe encore à Paris et assure  toujours la promotion de jeunes artistes... Pierre


TAYLOR (Baron) & REYBAUD (Louis). La Syrie, L'Égypte, La Palestine et la Judée, considérées sous leur aspect historique, archéologique, descriptif et pittoresque par Le Baron Taylor et Louis Reybaud. Paris, Au bureau central des dictionnaires, chez mame, 1837. Un volume in-4.  Reliure contemporaine, demi basane glacée à coins, dos à nerfs, filets dorés, titre en lettres dorées, gardes colorées. Tome II de ce voyage qui relate le voyage en Egypte. Pages 201 à347.  Mention de 100 gravures sur acier par Dauzats, Mayer, Ciceri fils, et gravées par Finden.  Brunissures et rousseurs. Bon document de travail dans une belle reliure. 130 € + port

samedi 24 janvier 2015

Facecieuses Paradoxes de Bruscambille: Un livre, une histoire...


Les livres anciens ont une histoire. Et quand, grâce à quelques indices, ils nous la racontent, c'est là qu'ils deviennent remarquables… L'ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente n'est pas impressionnant pas sa taille (il s'agit d'un in-12 de 14/8 cm) mais par son contenu, sa reliure et son origine.


Il a d'abord été écrit par le sieur Bruscambille. Jean Gracieux (1575-1634), dit Nicolas Des Lauriers pour la comédie et Bruscambille pour la farce était un homme de théâtre. Loin d'être un traité soporifique, il s'agit d'un recueil de discours légers sur divers sujets de société qui nous interpellent  tels que le téton des femmes, le crachat ou le morpion qui tiennent parfois une place non négligeable dans notre existence. Le comédien Deslauriers exerça à l’Hôtel de Bourgogne, l’un des principaux lieux de représentations théâtrales du XVIIe siècle. Il était fameux pour les propos souvent paradoxaux, inintelligibles ou dénués de sens dont il ponctuait les discours d’ouverture et de clôture du théâtre, comme il était d’usage alors. Ces plaisanteries assez ingénieuses, et souvent un peu graveleuses, ne sont pas sans évoquer Rabelais. Malgré les mots "jouxte la copie" sur la page de titre de l'ouvrage, on ne connait pas d'édition plus ancienne que celle-ci. Il s'agit donc de l'édition originale de ce recueil.


L'ouvrage présenté semble avoir été relié au XIXeme siècle par Bradel-Derome. Ce n'est pas moi qui le certifie mais une note à la mine de plomb inscrite sur la page de garde de l'ouvrage. Cette mention est vraisemblable si l'on se réfère à la technique de reliure utilisée ici. Bradel-Derome  est un nom porté par deux grands relieurs français de la première moitié du XIXeme  siècle, héritiers de deux illustres lignées de relieurs : la famille Bradel, et la famille Derome (ou de Rome). Il s'agit d'une reliure en plein maroquin vert et au dos lisse orné d'un original titre horizontal.


L'ouvrage à la vente présente sur ses deux plats les armes de la famille du Marquis de Coislin.  Il a donc fait partie de la bibliothèque familiale au cours des siècles. Cependant les armes semblent avoir été estampées peu après la réalisation de la reliure. A confirmer. "Coislin" est le nom d'une seigneurie située sur l'actuelle commune de Campbon (Loire-Atlantique), ultérieurement érigée en marquisat puis en Duché de Coislin. Il faudrait demander aux héritiers, s'il en reste (La République a fait malheureusement disparaitre une grande partie de la noblesse vendéenne à son époque)…


Toujours est-il qu'il s'est retrouvé un jour à faire partie de la bibliothèque prestigieuse d'un bibliophile Lyonnais, P Desq (Catalogue 1866 – n° 782) : une charmante vignette ex-libris dans le style de l'époque en témoigne. C'est principalement dans les ventes importantes qui avaient eu lieu les années précédentes, notamment dans celles de MM Cailhava de Chaponay, Chedeau, Double, La Bédoyère, etc… que M Desq fit ses acquisitions. Il tenait à la beauté des exemplaires, à l'élégance des reliures et n'admettait dans ses armoires que des volumes recommandables sous tous les rapports. Sa série des "Facéties" était une des plus riches de l'époque. L'exemplaire que je propose aujourd'hui à la vente provenant, par exemple, de la bibliothèque de M. Chedeau de Saumur (Catalogue 1865– n° 1018).


Cet ouvrage se retrouve aujourd'hui sur les rayonnages de ma librairie. Il s'agira, sans nul doute, d'une parenthèse vers une bibliothèque plus prestigieuse. Ma seule fierté serait que cette petite présentation puisse le suivre le long de sa future histoire… Pierre


BRUSCAMBILLE [DES LAURIERS]. Facecieuses Paradoxes de Bruscambille, & autres discours comiques. Le tout nouvellement tiré de l'Escarcelle de ses imaginations. Rouen, Thomas Maillard, 1615. Un volume in-12 (14/8cm). Reliure plein maroquin vert, plat avec encadrement de filets et roulettes dorés, Armes du Marquis de Coilin en son centre, dos lisse, titre horizontal doré, gardes colorées, roulette sur les coupes, toutes tranches dorées.[1fbl], [16ff], [77ff], [2ff ode], [2ffbl].  Intérieur frais, menus défauts d'usure aux coins et aux mors. Rare exemplaire au passé connu. 980 € + port


vendredi 23 janvier 2015

Cartonnages gaufrés : un délice…


Les cartonnages en toile ont la cote… Il faut dire que l'utilisation de ces percales permit au milieu du XIXeme siècle de produire des ouvrages, prétextes à des caprices décoratifs sans équivalent par le passé.


Parallèlement à ces publications souvent luxueuses et richement dorées, on vit apparaître à la même époque, pour la jeunesse, des ouvrages à la parure tout aussi flatteuse mais au coût de production moindre.  Ces livres au cartonnage à " la bradel ", en papier gaufrés, restent de charmants exemplaires recouvrant des textes à forte connotation morale et religieuse et répondaient à la forte demande de l'époque pour les livres de prix.


La distribution des prix
était un événement important de la vie scolaire où l'enfant était récompensé devant une assemblée de professeurs, d'élèves et de parents. Elle avait lieu tardivement à la fin du mois de juillet ou au mois d'août. Le livre comportait alors un ex-praemio, inscription manuscrite ou étiquette pré-imprimée, collée à l'intérieur du livre, comportant l'identité de l'élève, la matière pour laquelle il était récompensé, le nom de l'institution, etc.


Si certaines étiquettes étaient simples, d'autres étaient ornées de gravures décoratives. Parmi les prix attribués, on trouve les disciplines classiques, mais aussi des prix moins courants qu'on aimerait distribuer aujourd'hui : assiduité, politesse… Apparemment, la morale et l'obéissance semblent avoir, de nouveau, le vent en poupe dans les collèges grâce à quelques énergumènes qui n'ont pas respecté la minute de silence demandée après les derniers attentats de Paris. Mais de là à donner des livres de prix pour les élèves exemplaires, le chemin est encore long …


Ce type d'ouvrage pouvait aussi être offert aux enfants à l'occasion d'étrennes, de première communion, puis pour un mariage ou simplement comme cadeau. Il était avant tout destiné à être montré, et sa couverture était rutilante. On le distingue alors d'un livre de prix par l'ex-dono manuscrit qui unit le donateur à celui qui reçoit le livre.


Je vous  propose à la vente, aujourd'hui, un lot de 4 cartonnages romantiques à couverture de papier gaufré polychrome et estampés en relief d'une composition ornementale non figurative. Certains exemplaires présentent des vignettes centrales toujours charmantes mais pas forcement en rapport avec le texte de la publication.  Là encore, le vrai amateur s'attachera à avoir des exemplaires parfait si cela est possible. Ce qui est le cas, ici ! Pierre


1) DUBOIS. Pierre-Le-Grand. Bibliothèque de la jeunesse chrétienne. Tours, Ad Mame et Cie, Imprimeurs-Libraires, 1847. Un volume in 12 (19/11,5).Cartonnage éditeur, plein papier gaufré polychrome. Gravures hors-texte. Pas de rousseurs. Parfait état. 28 € + port
2) LEMERCIER (Adrien). Les derniers jours de Pompeï. Bibliothèque de la jeunesse chrétienne. Tours, Ad Mame et Cie, Imprimeurs-Libraires, sd. Un volume in 12 (19/11,5).Cartonnage éditeur, plein papier gaufré polychrome avec vignette centrale. Gravures hors-texte. Pas de rousseurs. Parfait état. Vendu
3) MARLES (M. de). Histoire de Marie Stuart, Reine d'Ecosse Huitième édition. Bibliothèque de la jeunesse chrétienne. Tours, Ad Mame et Cie, Imprimeurs-Libraires, 1851. Un volume in 12 (19/11,5).Cartonnage éditeur, plein papier gaufré polychrome avec vignette centrale. Gravures hors-texte. Pas de rousseurs. Parfait état. 28 € + port
4) B (Mme la Baronne de). Helene de Seran. Quatrième édition. Bibliothèque de la jeunesse chrétienne. Tours, Ad Mame et Cie, Imprimeurs-Libraires, 1858. Un volume in 12 (19/11,5).Cartonnage éditeur, plein papier gaufré polychrome avec vignette centrale. Gravures hors-texte. Pas de rousseurs. Parfait état. Vendu

jeudi 22 janvier 2015

L'Épopée du costume militaire français de Bouchot : un Job de qualité !


Pas facile de trouver un bon "Job" à notre époque ! Je ne parle pas ici, bien évidemment, de la crise économique chez les plombiers-zingueurs mais de la crise bibliophilique chez les collectionneurs de Jacques Onfroy de Bréville


L'ouvrage que je vous propose aujourd'hui à la vente a justement eu l'immense privilège d'être illustré par ce fameux "Job" ! Il est l'œuvre d'Henri Bouchot (1849-1906). A la mort de son père, en 1859, Bouchot s’installe avec sa famille à Besançon. Il fait ses études dans le collège Saint-François-Xavier de cette ville. Il participe à la Guerre 1870. En 1874, il est reçu l’École nationale des chartes et entre dans cette école où il obtient le diplôme d’archiviste paléographe en 1878. Il entre ensuite à la Bibliothèque nationale pour rédiger le catalogue Les Portraits aux crayons des XVIème et XVIIème siècles conservés à la Bibliothèque nationale. Il deviendra conservateur du Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale jusqu’à sa mort.


Très attaché à le Franche-Comté, il dirige la Revue franc-comtoise et publie L’armorial de Bourgogne et de Franche-Comté, Contes franc-comtois, La Franche-Comté illustrée par Sadoux …. Une statue est érigée en son honneur à sa mort.  En 1941, comme presque toutes les statues de bronze de Besançon, le buste de Bouchot a été fondu par les Allemands à des fins militaires. Le moulage, réalisé par la municipalité, permit au sculpteur Saupique, gendre de Bouchot, d'en réaliser une copie en pierre inaugurée après-guerre, le 26 mai 1946. C'est elle qu'on peut voir actuellement au square Bouchot. Sur le piédestal subsistent les points d'attache de la palme arrachée par des inconnus… Ya pu d'respect, mon pauv' Monsieur !


Outre ses publications sur la Franche-Comté, il laisse de nombreux catalogues et des ouvrages : Le livre, l’illustration, la reluire – Mœurs et coutumes de France – l’œuvre de Gutenberg - Dictionnaire des lettres et monogrammes des graveurs – La Reliure, Etude historique sommaire … Et cet ouvrage de luxe sur le costume militaire français !


Dans ce texte, Bouchot retrace l'histoire du costume militaire en France des Gaulois au milieu du XIXème siècle. Ce remarquable ouvrage est orné de 10 aquarelles en couleurs légendée en hors texte et de gravures en noir dans le texte gravées par M. Raymond, MM. Ducourtious et Huillard d'après les dessins originaux de Job. Après un engagement militaire précoce et des études à l’École des Beaux Arts, ce dernier travaillera pour des journaux en tant que caricaturiste ; mais il sera surtout remarqué pour ses remarquables illustrations de livres d'enfants.


Dans ses grandes compositions en couleurs, le culte des héros de la nation tiendra toujours une place primordiale. Au sommaire : Prologue, Harnais de guerre des vieux ancêtres, Les mousquetaires (XVII et XVIIIè siècles), Les marquis, Les sans-culottes, La garde, La grande armée, etc… Un Job de qualité ! Pierre


BOUCHOT Henri. L'Épopée du Costume Militaire Français. Paris, May, s.d. (1898). Un volume grand In-4 (33,5/26,5). Reliure éditeur plein chagrin noir à long grain avec décor à l'or et à froid sur les plats, ex-dono  en lettres dorées sur le 2eme plat, dos lisse orné, gardes illustrées, tête dorée. Illustrations de Job, dont 10 planches hors texte en couleurs sous serpente imprimée et 175 gravures monochromes dans le texte en noir, gravés par M. Raymond et MM. Ducourtioux et Huillard, représentant des costumes militaires depuis les gaulois jusqu'au Second Empire. Bon état. Menus défauts. Vendu