jeudi 20 février 2014

Les trois mousquetaires du beau livre : Alexandre Dumas, Maurice Leloir, et le libraire Le Vasseur...


C'est en 1844 que Alexandre Dumas écrit les trois mousquetaires en collaboration avec Maquet. L'action se déroule au XVIIème siècle sous le règne de Louis XIII. Pour cela, le livre doit-il être considéré comme un roman historique ?


En fait, dans Les trois mousquetaires, l'histoire ne tient, en réalité, qu'à la famille royale. Le roman est historique à la manière où l'entend l'auteur : en effet, Dumas interprète librement l'histoire de cette époque. Il emploie beaucoup de son imagination...


Ceux qui aiment Les trois mousquetaires n'y cherchent d'ailleurs pas une adéquation historique parfaite. Il y a du vraisemblable, mais en échange l'auteur nous présente des descriptions vives et amusantes, des dialogues rapides, des personnages pittoresques entrainés dans un tourbillon d'aventures.


L'aventure se déroule sur quatre ans, sous le règne de Louis XIII. Dumas a emprunté à l'histoire des personnages tels que Anne d'Autriche, ou encore Buckingham et également des événements tels que le siège de La Rochelle ou bien la mort de Buckingham. Une grande partie des évènements et des actions des personnages ne sont pourtant que pure fiction. 


Dumas reste assez près de la réalité pour le Roi, au caractère bilieux, quelque peu gauche et timide. Le désintérêt du roi pour la reine est fortement précisé par Dumas. Par contre, il insiste un peu trop sur le cliché bien connu de Louis XIII en souverain fantoche dominé par son tout puissant ministre. Le lecteur, grâce au roman , peut très bien imaginer la solitude du roi entre une femme qu'il haïssait et un ministre pour lequel il n'éprouvait aucune sympathie. 


La représentation d'Anne d'Autriche est également assez fidèle à la réalité . Elle est présentée dans le roman comme une femme victime du désintérêt de son mari, et soucieuse de la sauvegarde de son honneur et de la monarchie. Il est vrai que la mésentente du couple fut profonde et durable et que Richelieu fit tout pour aggraver cette situation. D'un autre côté, un seul aspect du personnage de Georges Villiers, duc de Buckingham, est présenté dans le roman de Dumas : celui de l'amoureux transis qui poursuit Anne d'Autriche de sa passion.


Le roman de Dumas est tiré des Mémoires de Mr d'Artagnan rédigées, de façon très romancées, par Gatien Courtilz de Sandras dont on trouve facilement et pour un prix raisonnable une réédition connue chez Jean de Bonnot – je me demande d'ailleurs si cette édition, en trois tomes, n'a pas été mon marchepied vers la bibliophilie.... Les trois mousquetaires Athos , Porthos et Aramis , sont respectivement identifiés à Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle, Isaac de Portau, et Henri d'Aramitz. Peu de points communs unissent ces trois hommes et les personnages du roman .Mais le fait est qu'ils appartenaient tous trois à la compagnie de Tréville. 


Le personnage de d'Artagnan est Charles de Batz. Tout comme le célèbre personnage d'Alexandre Dumas, il est originaire du Gers et appartint d'abord à la compagnie du roi avant d'être admis dans le camp des mousquetaires. Dumas brosse un portrait assez exact de Richelieu dans son roman. Tout comme il est communément admis, le cardinal était un homme froid et cynique. Pour finir, d'autres personnages historiques comme Mr de Tréville, Mme de Chevreuse ont réellement existé et sont dépeints assez fidèlement par Dumas . Par contre, la célèbre Milady est un personnage fictif ! Je vous propose, aujourd'hui, une remarquable édition de ces Trois mousquetaires, illustrée par Maurice Leloir (présenté ici), en publication de luxe. Pour que vos enfants apprennent l'histoire dans de beaux livres… Pierre


DUMAS (Alexandre). Les trois mousquetaires avec une lettre d’Alexandre Dumas Fils, compositions de Maurice Leloir.  Paris, Calmann-Levy, 1894. 2 volumes grand In-4 (30/21). Demi-chagrin fauve, plat de papier coloré, dos à cinq nerfs, titre, auteur et tomaison en lettres dorées dans encadrement de filet doré, gardes colorées, tranche supérieure dorée. Edition de grand luxe. XX + 461 et 462 pp. Nombreuses illustrations in texte en noir et blanc de Maurice Leloir et gravés sur bois par Huyot. Rares brunissures. Bel exemplaire recherché. Vendu

mercredi 19 février 2014

Un point curieux des mœurs privées de la Grèce par Octave Delepierre : Un livre Gay...


Voici à la vente, aujourd'hui, un ouvrage dont la notice a été particulièrement bien détaillée sur un excellent blog ( on peut cliquer) que je conseille aux lecteurs intéressés par les livres Gay… Drujon (Catalogue des ouvrages condamnés, p. 12) annonce : "Quoique traité en termes honnête, le sujet, comme on s'en doute, est d'une telle immoralité que la destruction de la première édition a été ordonnée." On peut mettre en doute que cette destruction est effectivement eu lieu. Cette édition se trouve, en effet, au moins dans 4 bibliothèques publiques en France (Nîmes, Strasbourg, Toulon, Arsenal) et en deux exemplaires dans l'Enfer de la BNF. Il n'empeche que l'ouvrage est d'une insigne rareté chez mes confrères…


En 1861, paraissait chez le célèbre éditeur d'ouvrages  licencieux  Jules Gay, une petite plaquette qui sera immédiatement condamnée comme contenant des outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs. De quoi pouvait bien traiter cet ouvrage pour mériter une telle condamnation ? Le titre commence à nous éclairer : Un point curieux des mœurs privées de la Grèce. On comprend vite que l'objet de l'étude est l'homosexualité – homme et femme - dans la Grèce antique.


Nul doute que cet ouvrage enflammerait les réseaux sociaux, de nos jours, tant le sujet de l'homosexualité est difficile à aborder sans a priori. On comprend que la vraie offense de ce livre, ce sont des phrases comme celles-ci : " La pédérastie fortifiait, chez les Grecs, les liens de l'amitié, et même que ce vice n'était pas le résultat de la sensualité mal entendue, mais d'un principe élevé de la théorie du beau… "


Ce qu'il y a de choquant dans cet ouvrage du milieu du 19eme siècle, c'est le ton neutre et détaché que prend l'auteur pour arriver à sa conclusion : les mœurs décrites étaient tout ce qu'il y avait de plus normal à l'époque grecque et qu'elles avaient même été honorées par les plus grands philosophes ! Une telle conclusion reste difficile à admettre pour certains. A plus forte raison en 1861, pour les mêmes juges qui condamnèrent les Fleurs du Mal ou Madame Bovary, une telle bienveillance était presque révolutionnaire ! Elle était d'autant plus inadmissible que l'auteur prend à peine la précaution rhétorique de sembler condamner ces mœurs pour mieux les décrire. 


Sans savoir précisément quelle a été la vie intime d'Octave Delepierre, il n'était probablement pas assez naïf pour ne pas connaître l'existence de l'amour entre hommes. Il n'avait donc pas à se plonger dans les philosophes grecs pour savoir que deux hommes pouvaient s'aimer. Fallait-il donc cet artifice d'une étude bibliographique pour exposer les mœurs grecques ? C'était probablement une façon habile d'introduire cette étude, même si elle n'a été d'aucun secours pour protéger le texte de la condamnation des juges. Octave Delepierre, né à Bruges (Belgique) en 1804, avocat, débuta par des publications sur l'histoire de la Flandre. Nommé consul de Belgique à Londres, il y finit sa vie en 1879. Auteur prolifique, il s'intéressa surtout à la littérature macaronique, faite de textes mêlés de latin et de langues vulgaires. Il publia une Histoire littéraire des fous, une des premières du genre. Les bibliophiles apprécieront… Pierre

DELEPIERRE (Octave). Un point curieux des mœurs privées de la Grèce. Paris, J. Gay, 1861. Un volume in-12 (18 x 12). Reliure demi-chagrin à coins, plat de papier peigné, gardes colorées, dos à quatre nerfs, tranche supérieure dorée. [3ff bl], 29 pp, [3ff bl]. Exemplaire n° 149/245 sur papier de Hollande. Bel état. 210 € + port

mardi 18 février 2014

Dictionnaire du félibrige de Mistral : plus qu’un dictionnaire…


On pourrait aisément associer au Dictionnaire du Félibrige, que je vous présente aujourd'hui, une citation qu'on attribue au Dictionnaire de l'Académie Française : On le fait, on le défait, on le refait, oui mais toujours très bien fait, il sera toujours à faire… La langue provençale n'y échappe pas et il a fallu quelques hommes, au milieu du 19eme siècle, pour donner à cette langue son dictionnaire et sa grammaire. Mistral en est l'auteur le plus connu, Prix Nobel de Littérature oblige… mais il a été accompagné en cela par d'autres pour faire naître ce fameux Trésor !


Le Félibrige (en langue d'oc : Lou Felibrige selon la norme mistralienne ou Lo Felibritge selon la norme classique) est une association littéraire fondée en 1854 par Frédéric Mistral et six autres poètes provençaux pour assurer la défense des cultures régionales traditionnelles et la sauvegarde de la langue d'oc [ Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan ]. Ensemble, ils entendaient restaurer la langue provençale et en codifier l'orthographe.


Le nom de Félibrige contient le mot libre qui signifie à la fois « livre » et « libre » en provençal, ce que l'on peut interpréter par l'esprit même du Félibrige : Acquérir la liberté au travers du livre... Tout le monde dans le domaine occitan, utilise Lou Tresor dou Felibrige de Mistral, mais ce Tresor est loin de faire l'unanimité. Nul ne met nullement en question l’importance du travail que Mistral a fourni. Il suffit de se rappeler qu’il a travaillé presque seul là où, de nos jours, des équipes nombreuses se réuniraient pour faire un ouvrage comparable. Certes, il a pu utiliser les dictionnaires d’Honorat (Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de la langue d’oc ancienne et moderne. Digne, 1848), mais à son époque, ces encyclopédies de la langue d’oc étaient perfectibles. En fait, Mistral a changé la graphie étymologisante d’Honorat conte celle phonologisante du Félibrige, due essentiellement à la conception qu’avait Roumanille de la langue, et il l'a régularisée.


Le monde occitan a regretté cette révision, car la graphie félibréenne est, on le sait, centrée sur les parlers de la Provence rhodanienne. De là, un siècle de querelles orthographiques qui n’ont guère contribué au succès du mouvement régionaliste. Il convient néanmoins de dire que l’emploi pratique que fait Mistral de son système est incomparablement plus cohérent que celui qu’Honnorat. De plus, Mistral s’est appuyé sur de nombreux correspondants qu’il avait dans tout le pays d’oc. Cela lui a permis d’augmenter considérablement le nombre des entrées et d’enrichir la valeur sémantique de beaucoup d’articles.


L'édition que je vous propose à la vente est la réédition faite par l'Abbé Marcel Petit, décédé en 2008, curé de Raphèle-les-Arles pendant 40 ans, homme de caractère qui avait transformé son église en maison d'édition, la maison C.P.M…"Il fallait filer doux" confiait avant l'office, la sacristine préparant les hosties. Aujourd'hui une association de Graveson, le CREDDO, gère la collection pharaonique et les éditions de ce gourmand de littérature provençale. J’y faisais une petite causerie, hier soir. Ceci explique l’édition tardive de ce billet… Pierre


Mistral (Frédéric). Lou Tresor dóu Felibrige ou Dictionnaire Provençal-Français embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne et contenant 1° Tous les mots usités dans le midi de la France, avec leur signification française, les acceptions au propre et au figuré, les augmentations et diminutifs, et un grand nombre d'exemples et de citations d'auteurs, etc... Raphèle les Arles, C.P.M, 1979. 2 tomes fort in-4. Reliure cartonnage rouge, dos lisse orné de titre et tomaison en lettres dorées. 1196 et 1179pp. bel état. 120 € + port

lundi 17 février 2014

Louis Bayle : un beau destin…


Le hasard est étrange, il provoque les choses… Alors que je m'apprêtais à présenter deux ouvrages d'un félibre provençal décédé en 1984, Louis Bayle, je tombe sur le catalogue de vente de sa bibliothèque effectuée le 30 septembre [sd] par Bernard Mamy, confrère retraité et ami, animateur d'un blog sur les ouvrages du XIXeme siècle.  Pas moins de 622 lots… Bravo l'expert !


Avec la mort de Louis Bayle en 1984, disparaissait un des grands de la culture provençale. Marqué par une enfance en pays d'Arles, au cours de laquelle il a été nourri de l'esprit de Falco de Baroncelli (Lou Marquès) et de Joseph d'Arbaud. Il a passé une grande partie de sa vie d'enseignant à l'étranger : en terre africaine, au Maroc en particulier où il fut un des professeurs des enfants de la famille royale. Profondément pétri de sa culture provençale, sur laquelle s'est modelée une philosphie qui a révélé ses talents d'humaniste, il a animé d'un souffle nouveau l'esprit des troubadours qui était entrain de s'éteindre en dépit de l'œuvre monumentale de Mistral.


Visionnaire, il a consacré sa vie au renouveau de l'âme de la Provence, par ses activités multiples.  Doué d'une pratique magistrale de la langue provençale sous toutes ses formes : philosophie, prose, théâtre, poésie, édition, il laissera une empreinte forte sur ses contemporains.


Je vous propose, aujourd'hui deux de ses œuvres les moins connues dans une belle édition sur beau papier.  Il faut cependant préciser que c'est lui-même qui a crée L'astrado Prouvençalo dont les publications reflètent, à leur plus haut niveau, les qualités d'une culture ancrée dans le patrimoine.


Outre la réédition des grands classiques, L'astrado Prouvençalo sera le moyen privilégié de faire connaitre et de promouvoir la pléiade de jeunes écrivains de langue provençale de l'époque.  C'est aussi à lui que l'on doit la réalisation d'une grammaire moderne et attrayante. 


Je ne saurais dire pourquoi sa belle bibliothèque a été dispersée et où elle se trouve en ce moment. Il faudrait peut-être demander à Bernard Mamy… Pierre


BAYLE Louis. Cleanor e Demos. Deux pièces antiques pour les temps présents. Toulon, L'astrado , 1978. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. 247 pages. Bel état. Vendu


BAYLE Louis. Teatre per uno oumbro. Théâtre pour une ombre. Toulon, L'astrado , 1979. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée, dessins de Laure Sabatier. 247 pages. Bel état. Vendu


L'ASTRADO. Revue bilingue provençale, 1975. N°11. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. Bel état. 12 € + port
L'ASTRADO. Revue bilingue provençale, 1976. N°12. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. Bel état. 12 € + port
L'ASTRADO. Revue bilingue provençale, 1976. N°13. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. Bel état. 12 € + port
L'ASTRADO. Revue bilingue provençale, 1977. N°14. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. Bel état. 12 € + port
L'ASTRADO. Revue bilingue provençale, 1980. N°16. Un volume grand in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. Bel état. 15 € + port
L'ASTRADO. Revue bilingue provençale, 1980. N°17. Un volume in-8. Broché à couverture cartonnée illustrée. Un jaunissement solaire sur la couverture. Un article illustré sur le costume provençal.  Bel état. 20 € + port

samedi 15 février 2014

Portrait d'un bibliophile : Une visite dans la boutique du Père Noël...


Admettons que nous ne sommes plus très nombreux à honorer le livre ancien, à aimer ou à collectionner les éditions de luxe ou de semi-luxe, à entretenir avec tendresse le cuir de quelques belles reliures, et à exposer le tout aux yeux de néophytes de passage, impétrants bibliophiles ou chasseurs d'ouvrages…


Nous ne sommes pas très nombreux mais ceux qui restent le font avec un réel bonheur… J'en veux pour preuve ma récente visite à un ami de la région lyonnaise qui m'a permis de faire quelques clichés de sa bibliothèque. Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour m'excuser, auprès de son épouse et de leur fille, de mon enthousiasme juvénile. A croire que je n'avais jamais vu de beaux livres de ma vie ! 


Christian L*** est de ces bibliophiles qui prennent leur temps pour acquérir les ouvrages qu'ils convoitent. Peut-être en raison des scrupules qu'ils ont à dilapider l'argent du ménage pour leur passion… Et le résultat est  rassurant ! La famille se porte bien, la maison confortable, eau et électricité à tous les étages, la table est copieuse et si ce n'était la route du retour, j'aurais bien repris un peu de ce remarquable vin blanc du Jura dont la réputation n'est plus à faire. Beaucoup d'excellents livres, donc…


Remontons le temps : des livres brochés fort bien illustrés, Mornay et Cyral n'ont plus de secrets pour Christian, des illustrateurs renommés avec un faible pour Freida  et Louis Jou, des typographes et des imprimeurs qui ont marqué l'histoire du livre avec une remarquable collection d'ouvrages de la famille Didot, des reliures ciselées de toute beauté, des veaux blonds, des maroquins cerises, quelques ouvrages aux Armes de grandes familles et puis des éditions originales anciennes superbement illustrées…

Vous comprendrez que notre homme n'est un spécialiste de rien mais un curieux de tout ! On déplore cependant l'absence d'incomplets et de livres de théologie, en latin, sur les rayonnages. Encore un bibliophile qui lit ses livres, me direz-vous !


Contrairement à votre serviteur dont le vernis brillant éblouit plus qu'il n'éclaire, l'érudition discrète de Christian L*** fait merveille.  Même pas un reproche quand j'ai pris une reliure de Derome le jeune pour un ouvrage de Jean de Bonnot le vieux… Quelle gentillesse !


Trois ouvrages modernes ont particulièrement retenu mon attention (sans rien enlever aux autres) et il m'a fallu faire appel à tout ce qui me reste d'intégrité morale pour ne pas partir avec eux en courant vers ma voiture - que j'avais préalablement garée en marche arrière dans l'allée du jardin – je ne suis pas infaillible....  Il s'agit de L'ile des pingouins illustré par Louis Jou et de deux exemplaires illustrés par Raphaël Freida


Je n'ai aucun de ces trois ouvrages. Je les commande dès maintenant au Père Noël ! Maintenant, je sais où il cache ses beaux livres en attendant les fêtes, comment il s'appelle quand il n'a pas sa redingote rouge (Christian L**** garde cependant la barbe en dehors des heures de travail) et pourquoi il fait croire à ses amis que les coffres de sa banque ne contiennent que des billets…  Pierre

La guerre et la paix de Léon Tolstoï : le monde est-il absurde ? Et si oui, quand est-ce qu'on mange ?


La guerre et la paix : De 1866 à 1869  Léon Tolstoï  travaille à son roman. Ce sont des années de bonheur dans sa vie. Il a 35 ans, il vit à Iasnaïa Poliana, sa femme Sophie Andréïevna, passionnée, recopie les pages de cette épopée de l’histoire russe étendue dans l’espace et le temps des guerres napoléoniennes, entre 1805 et 1812. Se mêlent ainsi la vie familiale et sociale de ses héros, le territoire de leurs réflexions, de leurs amours, et le grand mouvement des armées, dans la première grande guerre patriotique russe sous le règne du tzar Alexandre 1er.


Lev Nikolaévitch Tolstoï, quatrième fils du comte Nicolas Tolstoï et de la princesse Marie Volkonski, appartient à l’une des plus anciennes familles de riches et nobles propriétaires fonciers. Il naît au sud de Moscou en 1828. Après des études médiocres à l’université, une vie dissolue, il décide de retourner dans la propriété familiale et, sous l’influence de Jean-Jacques Rousseau, il essaie d’améliorer le sort des paysans, sans le moindre succès. Espérant pouvoir enfin donner « un sens à sa vie », il embrasse la carrière militaire : trois années de campagne dans le Caucase ; la plume le travaille déjà puisque sa première nouvelle, Enfance, est publiée dès 1852 dans le Contemporain, vite suivie d’Adolescence et de Jeunesse (1854-55). 


Alors qu’il publie Une tourmente dans la neige et Les Deux Hussards (1856) et que le succès est au rendez-vous, il démissionne de son poste d’officier, voyage. Quand il rentre en Russie, le tsar Alexandre II ayant décrété l’émancipation des serfs (1861), Tolstoï retrouvant un pays en proie à l’effervescence sociale, décide de jouer le rôle d’arbitre territorial de son domaine héréditaire, fonde une école populaire et un journal pédagogique.  


Après Les Cosaques (1863), il écrit Guerre et Paix (1865-69, publié en 1878), un travail de titan que l’auteur a mûri pendant cinq ans d’un travail sans relâche : recherche, projets successifs, brouillons. Le public de l'époque est enthousiaste. Les écoliers qui doivent le parcourir d'un "wikipédia distrait" le sont moins, maintenant…


Les 1 600 pages denses de Guerre et Paix ne sont guère résumables. Dans les grandes lignes, un ample cadre historique permet à Tolstoï de livrer, non seulement sa vision des faits, mais encore les subtilités de la pensée russe. Le roman est d’abord la chronique de deux familles de la noblesse, les Bolkonsky et les Rostov (prenez un crayon et un papier pour identifier les personnages en cours de lecture, quand même…). Le comte Bézoukhov est le personnage central, c'est aussi un infidèle portrait de l'auteur…. 


Et pourquoi ce titre ? En passant sans cesse d'un évènement à un autre aussi pathétique, Tolstoï rend manifeste la tragique inutilité où se débat le monde, entre la guerre et la paix. Voilà ! L'intention est, bien sûr, de montrer que l’homme est le propre instrument de sa perte, sa propre victime. On revient toujours à la même question : le monde est-il absurde ? 


Je vous laisse sur le nœud à l'estomac que me provoque ce type de réflexion... Pierre


TOLSTOÏ Léon. La guerre et la paix. NRF, Gallimard, 1960. Traduction de Henri Mongault, préface de Pierre Pascal, index de Sylvie Luneau. 2 volumes in-4. Édition illustrée de trente-deux aquarelles par Edy Legrand. Cartonnages Paul Bonnet,  rhodoïds. 711 et 781 pages. Table des illustrations en fin de volumes. Bel état. Vendu