dimanche 10 janvier 2010

La neige (et son blanc manteau) a des reflets...


La neige comble de joie les bambins friands de luge, les enfants interdits d'école, les adolescents rebelles qui vont pouvoir cracher leur haine de la société sur les cahiers intimes de "Facebook", les teenagers en manque de musique psychédélique, les jeunes filles languissantes devant leur miroir à boutons, les parents désirant faire le petit troisième au sein d'un nid douillet et les personnes âgées avides de programmes de télévision.


Quand le verglas s'en mêle, les patrons et les commerçants font la tête. Un chiffre d'affaire en baisse équivaut à un sourire en berne. Les bouquinistes que je connais et les librairies anciennes bien gérées ont anticipé cette vague de froid en adossant à leur boutique un site ou des catalogues en ligne. Je serais curieux de connaitre votre opinion sur ces outils et sur l'utilisation que vous en faites en tant qu'acheteur ou vendeur.

Il y a bien sûr Ebay ! Ce n'est pas sans une légitime fierté que je peux vos annoncer que depuis cette semaine, je suis "Etoile mauve, 100% ". Bon ! Je n'ai jamais vendu un seul livre par ce serveur et je suis d'un tempérament fiable quand je m'engage. Ceci explique cela.


Je ne me suis pas encore, faute de motivation, inscrit sur "Livre-rare-book" qui me semble malgré son nom, le plus franco-français des sites. Faut-il m'en convaincre ? Je préfère, pour l'heure, le système des "listes" (25 titres thématiques) que j'envoie à mes clients privilégiés et que je peux établir entre deux chalands. Elles semblent vous convenir car elles ne sont ni chronophages ni xylophages.


Je sors un instant pour faire quelques photographies du jardin. Bonne journée. Pierre

vendredi 8 janvier 2010

Une reliure aux Armes du Cardinal de Montauban, Mgr Le Tonnelier de Breteuil.


Tout le monde connaît le Pavillon de Breteuil où est rangé le fameux mètre étalon. Ce dernier a fait trembler une génération d'écoliers sans que personne n'ait jamais pensé à nous le montrer. Surprenant, n'est-ce pas ?

Historique : En 1785 le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi de Louis XVI, négocia avec succès le rachat par le roi du domaine de Saint-Cloud et, en remerciement, fut autorisé à établir sa résidence au Pavillon du Mail qui prit désormais le nom de « Pavillon de Breteuil ».Celui-ci fut confisqué comme bien national en 1793. Lorsque le baron de Breteuil revint d'émigration en 1802, il tenta, mais sans succès, d'en obtenir la restitution. Napoléon Ier, le fit restaurer et lui donna l'aspect qu'il a conservé jusqu'aujourd'hui. Après la chute de la monarchie de Juillet en 1848, le Pavillon de Breteuil fut affecté au ministère des Travaux publics qui tenta à plusieurs reprises de louer la propriété, décrite comme « une habitation de plaisance avec jardins et dépendances ». Le gouvernement français en 1875, offrit gracieusement le site au Comité international des poids et mesures pour y installer leur bureau. Perdu dans la verdure du Parc de Saint Cloud, le pavillon n'est malheureusement pas ouvert au public. Il possède, bien sûr, le mètre étalon en platine iridié !


Je vous rappelle que la longueur de celui-ci était calculée sur la mesure du quart du méridien de la terre (pourquoi le quart ? Je me le suis toujours demandé. Multiplier par quatre, c'est facile). Aussi, un des grands passe-temps des savants qui ont occupé ce Pavillon de Breteuil fut de mesurer la dimension de la terre. Ils faisaient tomber par terre un caillou d'une hauteur d'un mètre et ils mesuraient le temps qu'il mettait à toucher le sol. Saine occupation…

Mais alors, pourquoi vous parler du Pavillon de Breteuil ? Mais parce que l'ouvrage que je vous présente aujourd'hui est aux Armes d'un "Breteuil", plus précisément aux Armes du Cardinal Anne-François-Victor le Tonnelier de Breteuil.


Né en 1726, celui-ci s'oriente très tôt vers l'état ecclésiastique. Il est nommé évêque de Montauban en janvier 1763. Lors de la convocation des "Etats Généraux" par Louis XVI, Mgr Le Tonnelier de Breteuil y siège en tant que député. Lors de l'adoption de la constitution civile du clergé en 1790, il refusa de prêter le serment constitutionnel et se retira en Normandie. Il fut arrêté le 4 juillet 1794, écroué et décapité selon certains.

On retrouve les Armes du Cardinal à la fois sur les deux plats de la couvrure et sur la page de garde. Les feuilles de papier coloré sont absentes en début et en fin d'ouvrage sans que je puisse donner une explication rationnelle. Un ex-libris de provenance encombrant semble t-il ? Celui du contre plat est effacé aussi, mais de façon imparfaite (1895). Il reste un ex-libris complet en deuxième page ; celui de Monsieur Lapie, Avocat et agrégé de l'université, professeur au Lycée de Montauban daté de 1789. Les curés éloignés, la curée pouvait commencer… (sic)

La reliure, in-12, est en plein veau et les plats présentent un triple filet en leur contour. Le dos est lisse et orné de motifs et d'une pièce de titre dorée sur noir. Les bords des plats sont dorés et le contre-plat est bordé de motifs géométriques. La coiffe supérieure est arasée mais l'ensemble de la reliure est en état convenable.


Le texte en français (48 pages) imprimé en 1776 retranscrit une Bulle (lettre du Pape Pie VI) du Jubilé de l'année Sainte de 1775 et un Mandement du Cardinal de Breteuil (lettre à ses fidèles) avec les instructions qui vont avec. Ainsi vous apprendrez que les Jubilés des années Saintes se fêtent tous les 25 ans et de quelle façon. Une mine d'informations, sous forme de questions/réponses, sont là pour aider le fidèle et baliser le déroulement des rites liturgiques. Elles aideront le lecteur contemporain à mieux comprendre cette époque, aussi. J'oubliais de préciser que le papier et la typographie sont de qualité et que pour faire face aux outrages du temps les tranches ont été dorées. Je vends l'ensemble, texte, papier, reliure, Armes et dorures 450 €.

Un bel achat, en somme, pour qui veut se faire plaisir et acquérir, à défaut d'une reliure aux Armes Papales, un exemplaire aux Armes d'un Cardinal…

Pierre

mercredi 6 janvier 2010

Un bel ouvrage aux Armes du Pape Clément XIII


Un livre c'est une reliure, ce sont des Armes quand elles sont présentes, ce sont des parements, un papier, une typographie, des gravures et c'est aussi un texte quand on en comprend le sens.

Je vais essayer de vous présenter cet ouvrage à la vente en prenant chacune des caractéristiques énoncées les une après les autres car son intérêt est, vous le constaterez, multiple.

La reliure : Il s'agit d'une couvrure en plein veau fauve glacée. Les coiffes, les coins et l'ensemble de la reliure sont en parfait état ce qui est déjà méritoire pour un ouvrage du milieu du 18eme siècle. Elle est, nous le verrons, légèrement postérieure à l'ouvrage puisqu'un Pape sépare les Armes du plat de celles de la page de garde.


Les Armes présentes sur les deux plats sont celles du Pape Clément XIII. Éduqué par les Jésuites à Bologne, celui-ci fit des études de droit canonique et commença sa carrière en 1716, à la Curie romaine. En 1747 il fut consacré évêque de Padoue. Il succéda sur le trône de Pierre à Benoît XIV en 1758. Clément XIII est quelquefois brocardé car il mit à l'Index l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot et au "Majeur" des statues classiques du Vatican, des feuilles de figuier…

Cette reliure présente sur ses plats une large dentelle de feuilles tangentes à un double filet doré contenant une fine dentelle relevée à ses coins de motifs élégants et encadrant les Armes de Clément XIII. Le dos à 5 nerfs est doté de motifs dorés et d'une pièce de titre mentionnant de façon partielle l'auteur et le titre de l'ouvrage. L'état parfait des dorures nous rend béats d'admiration.

La qualité du papier vergé utilisé est exceptionnelle et un filigrane de provenance se voit en transparence de la première page. Les trois tranches du papier sont dorées. La typographie est d'une grande netteté et provient d'un grand atelier d'imprimerie de Rome. Un ex-libris d'époque est présent en début d'ouvrage dont je n'ai pu déterminer l'auteur.

Les gravures, quant à elles, sont d'une exquise finesse. Il s'agit d'eaux fortes représentant des motifs variés parmi lesquels on distingue de remarquables lettrines en début de paragraphe. L'enseigne de la page de garde est signé. Il s'agit des Armes de Benoît XIV que je présenterai maintenant car l'ouvrage lui est dédié.


Prospero Lambertini né à Bologne en 1675 fut élu pape en 1740 sous le nom de Benoît XIV. Il mourut en 1758. Législateur de l'Église moderne, il a marqué le XVIIIe siècle par son long pontificat de 18 ans et par son ouverture d'esprit au siècle des Lumières. En 1741, devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre, il fait accorder par le Saint-Office l'imprimatur à la première édition des œuvres complètes de Galilée (cent ans après sa mort). En 1757, les ouvrages favorables à l'héliocentrisme sont autorisés qui les retire du catalogue des livres interdits. Il était temps ! Voltaire lui dédia en 1745 sa tragédie Mahomet. La lettre de remerciement du pape au philosophe témoigne de l'excellence de leurs rapports. Voltaire admirait sincèrement ce pontife cultivé ce qui ma toujours fait penser que ce philosophe n'était pas un mauvais bougre…

Parlons du texte maintenant… J'entends déjà un libraire d'outre-manche me dire " Oui, belle reliure il est vrai, mais le texte est "dur" à négocier...". Cela est vrai d'autant que ce texte, d'un dénommé Bernardi Guilielmini (Bernard Guillaume) est comme son nom, latinisé. On ne trouve en France qu'un ouvrage semblable à la bibliothèque de Grenoble : Bernardi Guilielmini C. R. Scholarum piarum Sermonum libri tres (Eloge du Cardinal de Tencin etc.) éditeur-date Romae : ex typographio Paleariniano, 1742

En fait, l'éloge de Pierre-Paul Guérin de Tencin, né en1680 et mort en 1758 , Cardinal, Archevêque de Lyon et homme politique sous Louis XV n'occupe qu'une faible part de l'ouvrage qui révèle d'innombrables richesses pour ceusses et ceux qui aiment se pencher sur l'évocation de tableaux et de scènes bibliques dans la langue de l'église.


J'en viens à l'estimation financière de l'ouvrage par cette méthode analytique. Elle peut, à mon avis se calculer ainsi : Pour la reliure et les parements – 300 €, pour la provenance (Armes) – 100 €, pour le papier, la typo et les gravures – 200 €, pour le texte – 100 €, pour mon travail – 150 €, soit 850 €. Vendu

Je progresse lentement dans l'estimation raisonnée des ouvrages anciens pour laquelle, seule l'expérience compte. Ma méthode, pour empirique qu'elle soit, me permettra d'acquérir le coup d'œil avec le temps sans être décalé par rapport au marché. Enfin, j'espère… Pierre

lundi 4 janvier 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Le plaisir de lire Emile Faguet...


"Difficile de mourir quand on est un Immortel mais, par contre, le risque qu'on vous oublie est considérable, si vous voulez mon avis…". C'est en ces termes que je débutais le prologue de mon discours de Réception lorsque le grand faucheur voulut que je m'assoie dans le fauteuil confortable d'Emile Faguet. La suite n'en fut pas moins brillante aux dires de la presse amassée à l'entrée du cénacle.

" En raison même du très grand honneur que j'ai reçu de vous, permettez- moi de vous faire part de mon plus profond remerciement mais aussi de mon grand étonnement de n'y accéder que maintenant. Votre règlement, en effet, peut défendre à un simple récipiendaire de déclarer l'admiration que lui inspirent ses collègues vivants mais rien ne lui interdit d'exprimer toute l'admiration qu'il a pour lui-même. Je ferai néanmoins une exception à cette règle car Emile Faguet ayant été un de ces hommes qui ont su aimer, admirer et comprendre, la règle la plus élémentaire de la politesse veut que je lui ouvre la porte et que je le laisse passer devant moi pour qu'il entre à jamais dans l'éternité, au titre des grands écrivains de notre temps. "


Je profite d'un léger flottement dans l'organisation de la librairie, Pierre ne m'a laissé aucun livre à promouvoir, tout occupé qu'il est à fêter sa première année d'installation, pour choisir quelques ouvrages d'Emile Faguet que je vous conseille d'acheter en premier.

Je relisais cette semaine, avant de m'endormir, son essai sur la vieillesse édité dans une série appelée "les dix commandements" (De l'amitié, De la vérité, De l'amour de soi, De la famille, De dieu, De la vieillesse, De la patrie, De la profession, Du devoir) et je me demandais pourquoi nous avions pu délaisser, aujourd'hui, une si belle plume.


"L'amitié des jeunes gens est une camaraderie. L'amitié des hommes mûrs n'existe pas ou elle est si rare qu'on peut n'en point tenir compte. En cet age, on a des rivaux, parfois loyaux mais pas d'amis. Le vieillard connaît l'amitié car il reçoit l'amitié désintéressée et donne l'amitié impuissante". En résumant sa pensée, je ternis bien sûr son style inimitable et plein d'élégance mais comment résumer une œuvre en quelques lignes ? Comme sa Vie :

Emile Faguet est né en 1847 en Vendée. Normalien, professeur de poésie française à la Faculté des lettres, collaborateur de la "Revue des Deux Mondes", il a fait la critique dramatique au "Soleil" et écrit des livres d'enseignement littéraire. Élu à l'Académie en 1900, il est mort en 1916. C'était un esprit brillant et vous ne sauriez rien de lui si je ne vous apprenais pas qu'il s'est marié juste avant de disparaître. A ce propos, il écrivait dans "La vieillesse" : " L'amour d'un vieillard pour une femme qui est à peu près de son age et qu'il a aimé jadis est une chose respectable et toute pleine de plaisirs délicats. L'ardeur violente des passions de la jeunesse n'approche pas des tendresses intimes des passions séniles". Anatole France, son illustre condisciple, n'aurait pas dit mieux…

Votre dévoué. Philippe Gandillet


FAGUET (Emile). Initiation littéraire. Paris, Hachette 1913. 172pp, in-12, reliure demi basane à coins de belle qualité. Dos à 5 nerfs, pièce de titre en chagrin vert et lettres dorées. Couverture et dos de l'édition brochée conservés. 30 € livraison comprise.

FAGUET (Emile). Initiation philosophique. Paris, Hachette 1913. 172pp, reliure demi basane à coins de belle qualité. Dos à 5 nerfs, pièce de titre en chagrin vert et lettres dorées. Couverture et dos de l'édition brochée conservés. 30 € livraison comprise.

FAGUET (Emile). Drame ancien, drame moderne. Paris, Armand Collin, 1903. Deuxième édition, 276pp, in-12, reliure demi basane rouille à coins de belle qualité. Dos à 5 nerfs, pièce de titre, motifs entre les nerfs et lettres dorés. supra libris lycée Janson de Sailly. 30 € livraison comprise.

FAGUET (Emile). L'art de lire. Paris, Hachette 1913. 168pp, in-12, reliure demi basane verte insolée. Dos lisse, pièce de titre et lettres dorées. 22 € livraison comprise.

FAGUET (Emile). De la vieillesse. De la vérité. Paris, Sansot & Cie, 4eme édition. 95 et 110pp, 2 volumes reliés ensembles, petit in-12, reliure demi chagrin havane de belle qualité. Dos lisse, motifs et lettres dorés. 24 € livraison comprise.

vendredi 1 janvier 2010

Bêtisier de l'année 2009.


C'est fou le nombre d'absurdités, d'âneries, de bévues, de bourdes, d'erreurs, de fadaises, de futilités, d'impairs, d'inepties que j'ai pu assener cette année sur le blogue ! On tâtonne quand on débute et on n'a malheureusement pas le droit au "blanco" sur blogger ! Voilà le résultat :

Plusieurs de vos commentaires m'ont bien fait rire et j'ai souvent mérité le bâton pour me faire battre. Voici un florilège de petites phrases pertinentes…

Jeanmichel a dit… Tout le monde aura bien sûr rectifié : Voltaire n'a rien emprunté du tout à Dieu, mais l'hypothétique existence de celui-ci a laissé son empreinte sur la façon de raisonner de celui-là. "...empreint du plus profond respect...", du verbe empreindre.

Bertrand a dit… Le libraire a un petit air de Barbey sur le retour non ?

Jeanmichel a dit… Force et grâce de l'éloquence, il faut en effet posséder les deux pour avoir droit au surnom de "bouche d'or" (St Jean Chrisostome). Nul artifice ne saurait conduire à un tel honneur, surtout pas - à l'instar de Joey Starr - se faire monter un portail doré, et pour qui, dit en passant, ce livre un peu onéreux quand même coûterait une dent.

jpp a dit… Infirmant la phrase bien connue qui veut que ce soit le silence qui soit d'or, dans le cas qui nous intéresse l'on ne peut que reconnaître avec ses contemporains que la parole de ce Jean soit forcément du précieux métal.


Gandillet a dit… La vie de Marcelline Curoust, issue de l'union platonique de Marie Curie et de Marcel Proust mérite pourtant qu'on s'y attarde. Marcelline est née le 12 mars 1904. Elle n'a pas connu ses géniteurs et sa mère, même, était absente le jour de sa naissance (sic). Elevée par des précepteurs rétribués par le gouvernement, elle a développé rapidement des dons exceptionnels, à la fois pour l'écriture et la Physique-Chimie. Elle aurait pu espérer un brillant avenir mais à 20 ans, elle est tombée folle amoureuse de mon grand-père qui était épicier en province. Ils ont vécu heureux et sans histoire. Il aura fallu attendre encore deux générations pour que tout le potentiel intellectuel qui sommeillait chez ma grand-mère fasse enfin surface…

Montag a dit… Jardieu, mé aussi j'am'rai ben qu'on m'fournisse de c't'vieux papier pour l'hiver qui vint, que j'pourrai en fourrer bell'ment mes chausses et mon cal'son pour point trop avouër d'la gélure ou qu'j'pense. Avec c'te cuir, comment que je m'f'rai une bel'paire e'd'godasses; ça oui, cré nom d'une pipe ! Avec moé, pas de danger de péril qu'ça moésisse chez l'bourgeoé, e'l' vieux bouquin incomplet. A vot'bon coeur, M'sieur Gandillet qu'êtes un brav'homme !

Anonyme a dit… J'ai craqué pour le premier tome du Nouvel Evangile en maroquin et j'en suis arrivé au procès. C'est passionnant. En attendant que je trouve le second tome, quelqu'un peut-il me dire comment ça finit ?

jpp a dit… "Avant le temps étais le verbe". Evangile selon ST JEAN chap 1 verset 1. Qui peut dire si l'Apôtre Bien Aimé n'a pas connu un ancêtre de notre inestimable Gandillet, même si pour nombre d'exégètes,ma remarque sente quelque peu le fagot

Montag a dit… Hélas, il est à craindre que le latin de M. Gandillet ne se soit bien émoussé car en réalité ce qu'Alain a découvert n'est rien moins que les Livres triomphants (triumphante libri) de la blonde Flavie (blondi Flavii) bien connue (cognitionem) de tous les Romains (totius romanae)plus que nécessaire (pernecessarii). Il s'agit clairement dun livre de débauche sur une des plus renommées courtisanes de l'Antiquité, qui plus est illustré (illustrata). La devise de l'imprimeur est édifiante: FRO[magum] BEN[e] [est] annonçant clairement par là le profit qu'il en attend. (voir Cat. eBayresse 1914, XVLI,n° 4563 pour un exemplaire sans dos, mors fendus, 1 plat manquant, sans titre avec manques des cahiers A à H et J à K. Index présent. Exemplaire avec mouillures. 5200 euros sans le porc).


Pierre a dit… Manifestement, les amateurs du Groenland sont rares à Tarascon mais aussi sur ce blogue. Je vais essayer une autre thématique plus vendeuse. Vous n'auriez pas une idée ?
Bertrand a répondu… Les groen-landaises !

Philippe Gandillet a dit... Buffon et les limites de l'ebook . BLANCH%RD P. Le Bµffon de la jeusess z#ologie. Botanique. Minér$logie. Revu, corrig$ et augmen£é par M. CHENU. Illustré de plus de 400 sujets d'his%oire naturelle dessinos par nos meillàurs artistes. Paris, Morizot, 1859. Envoye exemp@ ire numérisé après prélè§ement en ligne de 229 € + lecteur Kindle de 179 € + abonnement 29 € + TVA 4,5%.

Pierre a dit… Contre la grippe "A" ; de la vitamine "C" et des "AB". Il faut suivre le traitement à la lettre !

Jeanmichel a dit… Courageux en effet. Monter sans que rien n'y pousse sur la caisse à savon appelle le jet de tomates. Je comprends, sans le partager, le désespoir des enfants. Mais ils n'ont pas compris que le mocassin à glands est un objet à part, impossible à démoder puisque même quand il était à la mode, il ne l'était pas. Il ne l'a jamais été. C'est un objet qui n'a pas eu à subir l'évolution classique du : "à la mode- démodé-kitsch-incontournable".D'emblée il fut incontournable en tant que parangon de l'ironie vestimentaire. Même le bonnet de nuit ne lui arrive pas à la cheville.


Et pour finir un petit poème de Guy qui m'a bien fait plaisir.

Pierre Brillard le libraire
celui qui fouille et remue ciel et terre
pour trouver ouvrage rare et pas cher

Pierre Brillard le libraire
celui qui de la drouille refuse l'air
pour sortir éditions de naguère

Pierre Brillard le libraire
celui qui jadis excellent vétérinaire
tient boutique d'antiquaire

réussira, pourquoi le taire?

Merci pour votre bienveillance à tous. Pierre

mercredi 30 décembre 2009

La Bibliothèque de Pinhas S, Bey des M.


Je reçois, suite ma demande insistante, l'article d'un ami Havrais, capitaine de Frégate dans la Royale, que j'avais perdu de vue jusqu'à ce que ma fille ainée qui finit son école de commerce en cette charmante "ville d'eau" nous fasse nous retrouver. Sa bibliothèque a bien changé depuis nos années étudiantes et je crois qu'il a, mieux que moi, compris l'essence de la bibliophilie. Ses ouvrages ne vous laisseront pas indifférents.

" Il m'est tout aussi difficile de parler de ma bibliothèque que de vous parler de moi. Vous le savez, la bibliothèque c'est l'homme.

Le Rousseau, avec lequel tout à commencé
Si ma bibliothèque me ressemble terriblement, c'est vrai, elle est aussi le reflet de ma bibliophilie: protéiforme, exigeante (mais pas toujours) parfois déraisonnable, toujours inassouvie, avec un minuscule zeste de vanité (pour reprendre les mots de Lacretelle sur la bibliophilie), mais aussi curieuse, fruit de mon appétit que chacun sait féroce, humaniste et surtout, dans son immense majorité portée par les textes, ou au moins les contenus... Bref une vraie petite Société des Nations, ne vous en déplaise, cousin. Aussi, je suis incapable de la décrire à vos lecteurs... ou alors partons tous les deux pour la Villa Amalia avec un divan confortable sous le bras, quelques cahiers, de bonnes bouteilles et beaucoup de temps. Je tourne et je retourne votre proposition dans ma tête depuis 1 mois et demi en tentant de trouver la bonne approche. Le plus simple serait de présenter quelques livres, mais là encore, il faut choisir. Compliqué. Quels critères retenir? Je n'ai évidemment pas de livre "préféré", et chaque livre produit sur moi un effet différent : Tendresse, volupté, amusement, fierté, nostalgie, émerveillement, etc. J'ai noué avec tous et chacun une relation personnelle, de celles qui font qu'à chaque instant, un bibliophile sait exactement où se trouve chaque ouvrage de sa bibliothèque et se sent capable d'en parler longuement. En parcourant les rayonnages pour procéder à la cruelle sélection demandée, je vois en tout cas un point commun à ces ouvrages rassemblés là en une quinzaine d'années : Le texte... même si mon latin est rouillé et que je n'ai plus réellement la possibilité de les lire tous. Mais est-il nécessaire de parler latin pour apprécier les gravures d'un Lycosthène? Avec le temps, j'ai ajouté d'autres critères: le fait que l'ouvrage (le texte et les gravures) soit complet et en bon état, puis l'état de la reliure. Si je les ai tous lus? Non, mais que serait une belle cave si toutes les bouteilles avaient déjà été ouvertes et vidées ?
Mais alors pourquoi en choisir un plutôt qu'un autre? Comment? J'ai finalement opté pour une invitation à remonter le chemin de ma bibliophilie, de son point de départ ou presque, jusqu'à aujourd'hui, ou presque. Je lis énormément et c'est une visite au marché du livre ancien du parc Georges Brassens, à Paris, alors que j'étais étudiant dans ce si beau pays, qui m'a conduit à faire mes premiers pas en bibliophilie. Un certain nombre de classiques étaient inscrits au programme, dont Rousseau, et j'ai découvert sur le marché que si une édition contemporaine ne valait que quelques francs; pour trente francs (je vous parle d'un temps...), je pouvais repartir dans mon île avec une édition 18ème en format Cazin. Mon choix fût vite fait et le virus me prît sans que je ne m'en rende compte. Pour paraphraser ou presque un libraire bien connu "je n'ai pas senti ce jour-là que le livre ancien tiendrait une place essentielle dans mon existence". Et pourtant. A partir de cet achat, je me suis rendu chaque semaine de ma vie etudiante sur le même marché en essayant de revenir avec un ouvrage ancien. Les textes guidaient mes achats puisque tous ces livres étaient destinés à être lus. Je n'avais hélas aucune formation bibliophilique et si le texte était complet, la reliure était souvent en mauvais état, pour cause de bourse plate... Au fil du temps, j'ai revendu ou offert ces ouvrages, si bien qu'il ne m'en reste plus qu'un, le premier.

Voyage au Canada, par Weld, 3 volumes in-8 en demi veau à coins de l'époque... Peu de vagues, mais des trappeurs, les indiens, le froid, l'aventure...
 Un expert parisien disait que chez les bibliophiles tout est le plus souvent affaire de culture (quand d'autres parlent de cosa mentale), même si c'est assez réducteur : Les médecins achètent des livres de médecine, les gourmands des livres de gastronomie, les corses des livres sur la Corse (je cite de mémoire), tout comme je me suis moi-même laissé aller à acheter les romans sur Céphalonie en édition originale pour y revivre les pérégrinations de mes valeureux cousins.

Classique...
C'est donc finalement assez vrai en ce qui me concerne, la bibliothèque c'est l'homme, l'homme c'est sa culture, et donc la bibliothèque, etc.... et puisque après mes études j'ai passé quelques années en uniforme bleu et casquette blanche sur de grands bateaux gris, ce sont logiquement vers les ouvrages de voyage que mes goûts se sont tournés. J'ai commencé à rassembler des ouvrages du 18ème relatant des voyages sur les mers, ainsi que des ouvrages de marine, qui me rappelaient certainement le bleu des vagues sur cette côte que j'aime tant, là où je plongeais étant plus jeune, devant quelques touristes étonnés. Cette habitude est restée, parce que j'affectionne particulièrement la lecture de ces textes, dans lesquels l'aventure, la vraie, mais aussi la poésie vous guettent encore au coin de chaque vague, vertiges d'un monde qui n'était pas encore totalement connu ou presque.


Oeuvres de Rabelais, 5 volumes in-12, à Amsterdam chez Bordesius, 1711, plein veau de l'époque, 3 figures et une carte en premier tirage.

Littérature et voyages constituent donc depuis longtemps l'ossature de ma bibliothèque, et la plus grande partie de mes achats actuels, même si j'ai avec le temps également développé un goût pour les ouvrages curieux et insolites. Côté littérature, mes études ayant finalement porté quelques fruits, je peux désormais m'offrir des ouvrages dans un meilleur état comme ce Rabelais ou ce Pascal..


En ce qui concerne les livres curieux, leur intérêt peut résider dans le texte et le sujet qu'il aborde, mais aussi dans la façon dont il se présente, voire la reliure, voire les trois. Par exemple:

Démonologie ou Traitté des Démons et Sorciers, et L'Antidémon de Mascon, par Perreaud, à Genève, chez Pierre Aubert, 1653, maroquin postérieur




Et d'ailleurs, quid de la reliure? C'est un art à part et je regrette parfois que certains bibliophiles la considèrent avec mépris. La reliure idéale à mes yeux est un veau glacé du 18ème en état parfait, mais j'apprécie également les réalisations des relieurs de toutes les époques. Mon choix peut parfois se porter sur une reliure parce qu'elle est particulière, même si son texte est sans intérêt, mais cela reste anecdotique et les reliures ne représentent qu'une petite partie de ma bibliothèque, regroupées dans un petit cabinet de curiosité. Cet expert matois aurait donc finalement raison... les livres de chaque bibliophile sont une bonne indication de son itinéraire personnel (et culturel). A quand la vente cataloguée d'un bibliophile dont la description de chaque lot se terminerait par un court paragraphe "voici les raisons pour lesquelles j'ai acquis cet ouvrage, et pourquoi je l'aime"? J'aimerais cela, et nul doute que ces mots résonneraient en chaque amateur. C'est en tout cas quelque chose que je pourrais dire et écrire en prenant chacun de mes livres en main. Bon, vous n'en savez pas beaucoup sur ma bibliothèque, mais un peu plus sur moi, et moi aussi d'ailleurs, après cet exercice d'introspection bibliophilique. Ce n'est pas si mal !Pinhas S., aussi surnommé Bey des M., ou Lord High Life."

lundi 28 décembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Mon mari est bibliomane. Que faire, cher Maître ?


Voici en quels termes, je reçois cet appel désespéré d'un cliente de Pierre qui m'a glissé cette missive dans la boite aux lettres, ce matin. Jamais un vendeur de livres ne donnera de remède contre cet aimable penchant, vous vous en doutez. Autant se tirer une balle dans le pied diraient certains ! Mais, moi, vous savez…

Tout d'abord et avant de donner la réponse géniale qui s'impose, il faudrait cerner de façon précise et concise ce que l'on entend par " bibliomane ". Pour ma part, je pense que le bibliomane peut être défini comme une personne qui achète trop de livres par rapport à son salaire ou à la taille de son logement. Il aime les livres et la littérature. Il peut récupérer les livres des amis qui divorcent, simplement pour leurs éviter le pilon. Il lit les livres, il les a lu ou il les lira s'il a le temps. Ses proches, ses amis et sa famille le prennent pour un original mais il ignore ces reproches… Le bibliomane est un brave homme.


Voyons donc la lettre de Nicole :

" Votre Grandeur,

Mon mari a une maîtresse exigeante ; le livre. De plus, c'est un généalogiste amateur... Tout espoir est-il perdu ? Tout d'abord, laissez moi vous présenter sa bibliothèque.

En fait, on ne devrait pas dire "la bibliothèque de mon mari"mais les bibliothèques car la maison étant ancienne et grande, il y a des étagères de livres dans toutes les pièces. La maison est comme un musée ou une boutique d’antiquaires. Chaque pièce a des livres rangés par thèmes différents.

Commençons par une des chambres : D'un côté se trouvent toute une collection de bandes dessinées et une série de livres de cuisine (normal pour un cuisinier d’avoir des recettes de régions ou de pays différents !), de l’autre, tout un pan de mur est réservé à une collection presque complète de série noire, de San Antonio et de policiers. Il y a aussi comme dans toute bibliothèque, je suppose, des encyclopédies qui sont peu utilisées.

Dans le salon on trouve des petits livres anciens avec des couvertures cartonnées, et des étiquettes écrites à la plume. Dans la chambre voisine, des livres régionaux avec de belles photos de paysages. A l’étage supérieur, la bibliothèque la plus importante se situe dans le bureau. Je n’ai jamais envisagé de compter les livres, seulement de les dépoussiérer. Ah ! Pourquoi garde t'il les livres de son enfance ; bibliothèque verte (collection Michel) ou bibliothèque rose (le club des cinq) ? Les étagères qui atteignent le plafond sont séparées et regroupées par auteurs et éditeurs différents. Il y a aussi les collections « j’ai lu » « livre de poche », « folio » et je ne vous parle pas des ouvrages qui sont encore dans leur carton.


Ensuite, il y a les livres d’histoire, une des passions de mon mari, ainsi que tout ce qui se réfère à la généalogie. Par exemple, il y a sur une étagère 10 grands livres sur l’histoire de la Lorraine ! Ce sont des ouvrages du début du XVIIIe siècle écrits par l’abbé de Senones, Don Calmet. Ces livres sont lus régulièrement ; ils regorgent de renseignements historiques et généalogiques mais quand même…Autre passion de mon mari qui a épousé une bretonne, il possède un tas de livres sur la Bretagne dans le petit salon.

Pour couronner le tableau, je dois vous avouer qu'il n’y a pas de pièce bien définie où mon mari aime lire. Cela peut être dans le bureau, le salon ou la chambre. D’ailleurs, sur la table de nuit il y a au moins une dizaine de livres qui sont dispersés à tel point que je ne sais plus où mettre les pieds !

Voila donc, cher Maître, le domaine littéraire envahissant de mon mari. Pourriez-vous trouver une idée pour qu'une telle chose ne se reproduise plus dans l'avenir, que nos enfants ne connaissent pas ça ? Moi, ma vie est faite et j'aime mon mari. Mais pour les autres ? Nicole "

Chère Nicole,

Je crois avoir trouvé la solution à votre problème et je vais, de ce pas, en parler à Frédéric M dont je tairais le nom et la fonction par modestie puisque c'est un de mes disciples, mais qui en tant que ministre de la culture me doit bien ce petit service. Je crois pouvoir vous assurer qu'un projet de loi va être présenté au parlement sous peu afin de guérir de façon définitive les bibliomanes de cette manie grâce à une mesure phare et forte :

" L'interdiction de lire dans les lieux publics "


Finie la lecture après le café au restaurant, terminées les évasions littéraires pendant les transports en commun ou au travail pour les fonctionnaires… La tendance sera à la bibliophilie pure et dure à horaires restreints. Qu'il soit un amoureux de la lecture ou un collectionneur monomaniaque, voici quelques solutions que votre conjoint pourra utiliser avant de se tourner vers le médicament biblioprive, en attendant. Nombreux sont ceux qui sont attachés à la gestuelle de la lecture. On humidifie légèrement le bout de son doigt, on penche un peu la tête pour faire glisser ses lunettes sur le bout de son nez, on porte sa main vers ce crayon de bois qui va immortaliser la pensée fulgurante que l'on va noter dans les grandes marges du livre… Fini, tout ceci grâce au port de moufles, le tue-l'amour de la lecture ! Pour un budget raisonnable, vous voici armés d'un outil très efficace. Environ 20% des personnes arrivent à cesser d'acheter des livres grâce une autre méthode révolutionnaire qui nous vient des U.S.A : Le patch. Il faut vous mettre, malgré tout, en garde contre des risques d'échecs qui sont souvent dus à des sous-dosages ou à un arrêt trop précoce du traitement. De plus, il faut bien choisir son patch ; un patch au Montaigne ne fonctionnera pas pour Lamartine et inversement. Par contre, un patch au Sully Prud'homme est efficace contre toutes sortes de lectures et donne des résultats proches de la vaccination.

Voici donc, chère Nicole, quelques petits trucs qui pourraient vous permettre de guérir votre conjoint de sa bibliomanie en attendant les résultats de l'intervention que je vais faire en hauts lieux. De mon côté, je ne proposerai rien à la vente, aujourd'hui, de peur de tenter les plus faibles. Votre toujours dévoué. Philippe Gandillet