mercredi 11 novembre 2009

Commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918


11 novembre : Armistice 1918

Cette année, c’est une première pour la commémoration de l’armistice du 11 novembre car la France a invité Angela Merkel, la chancelière allemande en signe de réconciliation définitive entre la France et l’Allemagne. Après quatre ans de combats épuisants dans les tranchées, le bilan fut lourd pour les différents pays car l’on recensa près de 18 millions de morts au total ! Sans oublier les millions de mutilés et d’invalides. Avec la capitulation de l’Allemagne, le cessez-le feu entra en vigueur à 11 h le 11 novembre 1918.

J'ai trouvé sur mes rayonnages une petite plaquette éditée en 1915 qui rappelle la souffrance des femmes et des mères touchées par la disparition d'un mari ou d'un fils. J'en reproduis la préface. Elle cautionne le sacrifice des soldats à la patrie. Elle en explique les raisons. Elle en excuse les conséquences. Le raisonnement sonnait juste à l'époque.


"A celles qui pleurent…Aux femmes chrétiennes et françaises que la guerre endeuille si douloureusement chaque jour, je dédie ces simples pages où, sous forme de lettre à une mère dont le fils est mort au champ d'honneur, j'ai essayé, en m'inspirant de l'Evangile et de la doctrine de l'Eglise, de dire la parole de réconfort, de consolation et de surnaturelle espérance dont ces cœurs meurtris ont besoin.

Et je prie Dieu d'avoir pitié de ceux qui sont partis, comme de ceux qui restent et qui les pleurent. Je le prie de bénir et de féconder le sang des uns et les larmes des autres, pour la victoire de nos armes et la résurrection de la patrie…"

"Alliance du sabre et du goupillon", que de crimes avons-nous perpétués en ton nom !

Pierre

GAMBER (S. Abbé). A celles qui pleurent. Marseille, Imprimerie provençale, 1915, plaquette in-8, 24pp, une tache coin sup droit du premier plat, cahier mobile mais ensemble très propre. Vendu.

PS : Pour finir sur une note plus gaie, le 11 novembre c'est aussi le jour de mon anniversaire !

lundi 9 novembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Propos sur le livre ancien avec Edouard Rouveyre.


Chacun de nous peut, aujourd'hui, se trouver amené à prendre la parole en public. Surtout moi !

Les mille circonstances de la vie nous en fournissent l'occasion et il était nécessaire pour Pierre et pour la renommée de sa librairie que je ne décline pas l'invitation qui m'a été faite, ce lundi soir, de présenter un "Propos sur le livre ancien" à une honorable assemblée de notable tarasconnais. Je considère cette invitation comme un honneur pour l'humble collaborateur que je suis mais aussi comme un véritable devoir social car, en exposant, en développant et en soutenant les idées que je crois justes sur le livre ancien, l'assistance pourra en tirer, sans nul doute, un large profit… Pierre dont on sait la maladresse à s'exprimer en public m'a chargé de cette tâche en me demandant de faire preuve de clarté et de concision car ma présentation se faisant avant le repas, les auditeurs verraient comme une charmante attention de ma part de pouvoir manger chaud. Ils peuvent compter sur moi pour ne pas m'étendre. Me planter, oui ! Mais m'étendre, jamais.

Je vous livre quelques extraits de mon allocution. J'ai choisi sur les rayonnages de Pierre un ouvrage dont je me suis inspiré pour étayer mon propos. Je le mets à la vente comme il est de tradition sur ce blogue mais ce livre lui manquera.


" Mesdames, Messieurs,

Il est bien porté de médire des clubs-services et de dénoncer leur stérilité parfois un peu trop bruyante. Qui de nous n'a cédé à ce penchant ? Cependant, tout le monde peut constater que ces assemblées deviennent de jour en jour plus nombreuses et réunissent un nombre d'adhérents de plus en plus grand. C'est donc que les "Clubs Services" considérés en eux-mêmes sont utiles ! (applaudissements)

On ne saurait donc se plaindre qu'ils se proposent d'examiner, par l'appel à d'humbles sommités (murmures), des sujets qui sont vitaux pour notre patrimoine et en particulier pour notre patrimoine littéraire et artistique. J'aborderai, ce soir, un thème qui répond à ce besoin : La bibliophilie et en particulier l'art de faire connaître le livre ancien.

Tout d'abord, qu'entendons-nous par livre ancien ? Dans son acceptation le plus générale, l'expression désigne l'ensemble des éditions épuisées qui ne sont plus vendues dans le circuit de distribution du livre neuf. On peut également y rattacher les estampes, manuscrits et autographes anciens. Dans l'acceptation d'un bibliophile, d'un amoureux en somme, un livre ancien est un ouvrage épuisé qui possède des mérites suffisants pour être conservé, protégé ou collectionné ce qui laisse une grande marge d'appréciation au gré de la sensibilité de chacun. La plupart des bibliophiles cherchent à posséder les livres qu'ils convoitent. Il est couramment admis qu'on peut étudier les livres anciens, les connaître sans vouloir en être le propriétaire. C'est le cas de nombreux universitaires et en particulier de ceux qui, comme mon honorable collègue ici présent (salut respectueux), sont des spécialistes des incunables, ouvrages témoins du début de l'imprimerie et qui sont inabordables à l'achat pour beaucoup d'entre nous.

Bien qu'il ne soit pas nécessaire de rappeler le vocabulaire du livre à une assemblée comme la votre mais sachant que vous avez invité vos épouses (rires), je m'en vais vous présenter les termes qui sont le plus communément employés pour le décrire et vais m'aider pour cela des ouvrages que je vous ai portés.

Les formats des livres sont traditionnellement désignés par le mode de pliage des feuilles de papier utilisées par l'imprimeur. Jusqu'à l'avènement du papier machine dans la première moitié du 19eme siècle et avant les rotatives qui présentent le papier en rouleaux gigantesques, les feuilles de papier fournies par les papetiers étaient d'un format relativement homogène, environ 45cm par 65cm. Les ouvrages fabriqués à partir de feuilles pliées en deux sont dénommés "in folio" comme celui-ci, les feuilles pliées en quatre donnent les "in quarto" comme cet autre, celles pliées en huit les "in octavo" et ainsi de suite. Attention, celui là est fragile…

Contrairement aux livres contemporains, dont les pages sont en général assemblées et collées, les livres anciens ont une structure cousue qui rend leurs pages solidaires. Les feuilles de papier sont pliées pour former des cahiers puis ceux-ci sont cousus entre eux sur des ficelles ou des rubans. Les ouvrages brochés comme celui-ci sont recouverts d'une simple couverture papier, alors que dans les ouvrages cartonnés ou reliés, les extrémités des rubans ou ficelles sont solidement fixées aux cartons de couverture. Faites passer cet exemplaire à la salle et ne me le tâchez pas avec vos cendres de cigares, s'il vous plait! (sourires)

L'ensemble peut être ensuite habillé de cuir ou de toile, soit en partie, on dit que c'est une demi-reliure, ou en totalité et on dit que c'est …joli (silence. Blague loupée). Trois peaux sont principalement utilisées par le relieur "la basane" qui est une peau de mouton fragile mais peu chère, "le veau" plus résistant et "le maroquin" avec un "q", à l'origine une peau de chèvre du Maroc, belle peau à gros grain réservée aux reliures de luxe. La dernière reliure dite en "chagrin" ne mérite pas son patronyme. Façonnée avec du cuir de cheval, la "peau de chagrin" est solide et ne rétrécit pas avec le temps qui passe… (sourires complices)

Avant de recevoir vos amis, vous vous livrez toujours à quelques préparatifs pour bien les traiter, n'est-ce pas ? Faites de même pour vos livres. Votre plaisir de bibliophile comme la valeur de votre bibliothèque n'en seront que plus grands. Placer cette dernière dans une pièce sèche, à l'écart de tout ensoleillement et à l'abri des mains profanes ; je parle de vos petits enfants, bien sûr.


Une bibliothèque, c'est un jardin pour le plaisir du cœur et de l'esprit mais aussi pour celui de la vue, de l'odorat et du toucher. Choisissez les ouvrages illustrés par les meilleurs graveurs et n'oubliez jamais que la qualité et la beauté d'une reliure décuplent réellement la valeur marchande d'un livre. Eh oui, chers amis ! Des investisseurs et non des moindres, vous confirmeront qu'en temps de crise ou d'incertitude économique comme nous le vivons depuis huit cents ans (sourires), le livre ancien est un refuge égal à l'or… Choisissez les ouvrages réalisés dans les plus riches matières. Écartez tout ce qui est tape à l'œil, tout cuir de basse qualité et faites-vous conseiller par un libraire honnête et désintéressé comme celui que vous avez dans votre cité, je veux parler de Pierre, bien sûr ! (distribution de cartes de visites).

Évitez les reliures au mètre. Dans une époque où se fabrique essentiellement de l'éphémère destiné à brève échéance à être jeté, il est rassurant et plus que jamais nécessaire d'acquérir des livres qui se transmettent de génération en génération.

Quelques conseils pour finir avant de nous retrouver pour des questions plus personnelles : Lorsque vous rangez un livre, posez le à sa place sans faire frotter les arêtes ou les coins des couvertures sur le rayonnage. Quand vous le sortez, ne le tirez pas par la coiffe, prenez le à deux doigts sur les plats et soulevez le. A la lecture, ne le posez pas à plat sur son envers et servez vous du signet pour marquer votre page et interrompre votre lecture. Tels sont les bons gestes qui peuvent sauver le livre des outrages du temps.

Mais le pire ennemi du livre, chers amis, ce ne sera jamais vous (surprise) ! Ce ne seront pas non plus le soleil, l'humidité, les insectes ou les rongeurs que vous maîtriserez toujours. Non, chers amis et j'en terminerai ainsi, le pire ennemi du livre reste l'emprunteur (rires) ! Aussi, faites comme nous le conseillait un illustre bibliophile anglais dont j'ai oublié le nom. Ayez toujours trois exemplaires d'un ouvrage que vous aimez, chez vous. "Un" pour le plaisir des yeux. "Un" pour lire ou comme exemplaire de travail, et enfin "Un" pour prêter à vos amis si vous désirez qu'ils le restent…

Une dernière solution consiste à devenir libraire mais vous en avez déjà un à Tarascon… Merci de votre attention et bon appétit (applaudissement soutenus)."

Je n'oublie pas de citer ma référence. Philippe Gandillet


ROUVEYRE (Edouard). Connaissances nécessaires à un bibliophile. Rouveyre 1883 - Ed. Rouveyre & G. Blond éditeurs, Paris. Troisième édition, revue, corrigée et augmentée. Accompagnée de 7 planches et de 5 spécimens de papier. Edition sur grand papier Vergé. De nombreux renseignements sur l'établissement d'une bibliothèque, entretien des livres, les formats et reliures, des signes distinctifs des anciennes collections, les degrés de rareté des livres, moyens pour la restauration des livres et estampes, etc. In-8°, en deux tomes de XIV, 198, XI, 164, (3) pp en tout, couvertures conservées, relié pleine toile, dos lisse orné de motifs dorés. Vendu

samedi 7 novembre 2009

Les œuvres de Gilles- Augustin Bazin dans une belle reliure.


Pour tirer un fil aux sujets présentés sur les ouvrages incomplets puis sur les reliures en maroquin, j'ai pensé qu'un article sur des maroquins incomplets permettrait de finir la semaine en beauté. De plus, un ami un peu espiègle m'a envoyé des photographies de ses maroquins pour me faire envie. Je ne voudrais pas engager une guerre à l'arme blanche (le livre) avec lui ; si, un peu quand même ; car je sais que ses meubles contiennent des trésors que seul son grand age peut expliquer (sic) mais il n'y a pas de raison d'en rester là, quand même.

L'occasion était aussi d'attirer l'attention sur un savant dont le nom est tombé dans l'oubli presque complet : Gilles- Augustin Bazin, (1681-1737) qui fut un ami et un correspondant fidèle de Réaumur (précurseurs de l'éthologie ; l'étude des comportements animaliers) et contemporain de Buffon dont on ne peut penser que certaines de ses descriptions lui ont été inspirées. Comme cela se faisait à l'époque (Fontenelle ; Entretiens sur la pluralité des mondes), il s'agit de causeries mondaines propices à l'éducation de la jeunesse, des jeunes filles en particulier et de toute personne désirant s'instruire. Il serait facile, aujourd'hui, de se moquer du ton de l'œuvre. Les civilités ne sont plus à la mode… Elles n'ont pas été remplacées, quel vide !


Pour que les ouvrages présentés soient complets, il aurait fallu que je possède les quatre volumes de l'édition originale (2+2). Je n'en ai que deux, un de chaque. Le premier tome de l'Histoire des abeilles et le deuxième tome de l'histoire des insectes manquent. Une sombre histoire de famille doit en être la cause. Le frère et la sœur, ignares patentés et sujets aux plus basses mesquineries n'ont, semble-t-il, pas voulu être en reste d'un morceau d'héritage. Ils ont partagé les livres du Papa bibliophile de la façon la plus bête qui soit sans penser un seul instant, qu'au 21eme siècle, un libraire désenchanté mais pas désintéressé puisse condamner la manœuvre…

J'ai acheté ces ouvrages alors que je n'étais pas encore un bibliophile averti. Un homme averti en valant deux, un demi-bibliophile pouvait bien acheter la moitié de ce qu'il aurait du acheter s'il avait été expérimenté ! Ébloui par la reliure, j'avais cédé à l'envie bibliomaniaque. Le ferais-je encore ? J'ai bien peur que "oui" car ces ouvrages me paraissent, à la façon d'un Buffon, complets en eux même et la livrée est magnifique, ne trouvez-vous pas ?


Vous comprendrez donc mon dilemme Cornélien :

Vous proposer un incomplet est indigne d'un Bibliophile. Vous proposer un joli Maroquin sur un ouvrage digne d'intérêt, qui plus est, bien illustré est un sujet de fierté pour un libraire. A vous de décider comment va se terminer l'intrigue.

Le bibliophile se soumet : Tapez 1

Le libraire s'efface : Tapez 2

Je peux vous envoyer la table des matières des ouvrages. Bonne fin de semaine. Pierre


BAZIN (G. A). Histoire naturelle des abeilles ; avec figure en taille douce. Paris chez les frères Guérin 1744. 2vol in-12. Ici un seul tome présent (tomeII). IV, 441pp, approbation, 7 planches dépliantes. Reliure plein maroquin. Pièce de titre et tomaison, dos à 5 nerfs. Motifs et filets dorés sur le dos, roulettes sur les plats et bords. Parfait état. Vendu

BAZIN (G. A). Abrégé de l'histoire des insectes, pour servir de suite à l'histoire naturelle des abeilles, Paris : les frères Guérin, 1747, 2vol in-12, ici seul le tome premier, XX, 328pp, 7 planches dépliantes. Reliure plein maroquin. Pièce de titre et tomaison, dos à 5 nerfs. Motifs et filets dorés sur le dos, roulettes sur les plats et bords. Parfait état. Vendu

jeudi 5 novembre 2009

Maroquin rouge aux armes de Louis XV datant de 1732


Je regarde assez peu le site "EBay" depuis que je suis libraire (simple manque de temps) mais le hasard a voulu que, la semaine dernière, je sois tombé en arrêt sur un ouvrage que j'avais sur mes rayonnages ! Rapide vérification faite à la boutique et je réalisais qu'un libraire vendait l'identique ; le mien (1732) étant un peu plus ancien que le sien (1748) mais dans un moins bel état semble-t-il. Quelle aubaine ! J'allais connaître le juste prix du marché, du marché Ebay en tout cas, et gagner du temps à présenter l'ouvrage.


Donc, si mon intuition est bonne, l'avant-dernier enchérisseur d'Ebay va me contacter dans peu de temps. Ce maroquin s'est vendu 1350 €… Allez ! Un petit effort, Pierre. Les fêtes approchent, ma femme croit encore que je suis vétérinaire, mes enfants voudront des appareils numériques jetables hors de prix pour Noël et Oscar, mon scottish terrier, a besoin d'un détartrage… Donc je le propose à 990€ (clin d'œil à un ami qui n'aime pas les comptes ronds).


Je rappelle néanmoins pour les lecteurs qu'il faudra attendre un peu de temps avant de profiter pleinement du livre. La Semaine Sainte achève le temps du carême. Elle commence avec le dimanche des Rameaux, inclut le Jeudi Saint, le Vendredi Saint, le Samedi Saint et s’achève avec la Vigile Pascale et le Jour de Pâques. Cette semaine commémore les derniers jours du Christ (le repas de la Cène, sa Passion, sa mort et sa Résurrection) et est le moment le plus fort de l'année liturgique (j'aime bien Noël aussi). Par contre, pour ceux qui comme moi sont amoureux de ce type de reliure, le plaisir sera immédiat.


L'Office de la Semaine Sainte, à l'usage de la maison du Roy. Par Monsieur l'abbé de Bellegarde. Chez Jacques-François Collombat, Paris 1732, in-8 (13,5cm x 20,5cm), XX, 654, privilège, LX pp, 4 belles gravures Hors texte. Reliure de l'époque en plein maroquin vieux rouge, dos à cinq nerfs orné de caissons et de fleurs de lys dorés, filet doré sur les coupes, dentelle fleurdelisée sur le bord des plats, Armes dorées de Louis XV au centre de chaque plat, toutes tranches dorées, signet. Édition enrichie d'un superbe frontispice gravé sur double page représentant d'un côté le Roi et la Reine Marie Leczinska à genoux en train de prier et de l'autre deux anges au pied de l'autel avec les armes de France entre leurs mains et entourés des emblèmes royaux. Cuir passé à certains endroits, rares usures intérieures (page de 7 à 10 décalées) sinon bel exemplaire bien conservé à la prestigieuse provenance. Vendu

mercredi 4 novembre 2009

Contribution à l'étude des "Fous Littéraires".


Il y a quelques temps, je vous avais présenté l'Archéomètre de Saint-Yves d'Alveydre, ouvrage présentant un outil de mesure synthétique de tous les arts contemporains. Un bibliophile lecteur (et dans ce cas précis, le mérite est d'autant plus grand) de Belgique propose à votre sagacité un autre appareil de mesure original ; l'Harmonimètre, appareil de transposition musico-colorimetrique. René se pose légitimement la question de savoir si nous avons affaire à un "Fou littéraire" ou bien si cet ouvrage est à classer dans le rayon "Sciences", voir dans le rayon "Bricolage".

Ne voulant pas rester en manque, je vous présente deux ouvrages à la vente dont on pourrait se demander pour le premier si, mais nous sommes larges d'esprit, l'auteur ne serait pas à classer dans cette catégorie. Charles Nodier, dans une édition présentée par Jean-Luc Steinmetz nous donnera quelques réponses à ces questions et abordera l'étroite frontière qui existe entre la folie des auteurs et la folie des acheteurs de livres dans le deuxième ouvrage.

Je passe le clavier à René de Braine le Comte.

"Dans son ouvrage "Les Fous Littéraires" (page 778), André Blavier décrit en détail cette sorte d'abaque permettant de relier "harmonieusement" les sons et les couleurs.


J'ai eu la chance d'acquérir, chez un bouquiniste de Bruxelles, un ensemble de manuscrits de Henri Poutet décrivant, en autres choses, la genèse de son Harmonimètre. Le lot comportait plusieurs exemplaires de l'objet, édités ACA ainsi que divers nuanciers réalisés par collage de minuscules éléments coloriés aux crayons, témoignant de la part de l'auteur, d'une patience, d'une méticulosité et d'un soin inouïs.

Il semble que ce "Quadrateur" ait eu une activité constante dans le domaine des sciences occultes et pseudo-sciences, à en juger par des carnets relatant des séances de spiritisme et des recueils de théories aussi variées que l'"Harmonie Universelle", le "Ternaire Sacré" et la "Trisection de l'Angle".


Comme le dit André Blavier, l'expression "Fou littéraire" n'a rien de péjoratif. Fou ne veut pas dire stupide, d'ailleurs qui est fou et qui ne l'est pas, de quel côté des grilles sommes-nous ?
Les bibliomanes - bibliophiles compris - sont-ils fous, je crains fort que la réponse soit positive et pour les non-bibliophiles cela ne fait aucun doute ! Mais que serait la vie sans un grain de folie ? "

Mais au fait, qu'est-ce donc pour vous qu'un "Fou littéraire" ? Faut-il y adjoindre ceux qui sont devenus, pour différentes raisons, des "Littérateurs fous" (Thomas de Quincey, Gérard de Nerval) ? Pierre


GUYOTAT (Pierre). Le Livre. Ed Gallimard, 1984, in-8 broché, 210pp mais je vous mets au défi d'aller jusqu'au bout ! 15€ port compris

NODIER (Charles). L'amateur de livres précédé du Bibliomane, de Bibliographie des fous et de la Monomanie réflective. Edition présentée par JL Steinmetz. Le Castor Astral. 1993. Broché petit in-8, 140pp, imp 2007.12€ port compris

lundi 2 novembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Un incomplet qui plait…


Vous savez que je suis peu enclin aux longs discours, que ma nature me pousse à privilégier le fond au détriment de la forme et que je cherche à travers quelques mots choisis, quelques phrases concises à présenter à mes lecteurs du lundi, un ouvrage dont Pierre pourra tirer quelques profits à la vente tout en sachant qu'il revient à un ami désintéressé comme je le suis de ne pas compromettre le fragile équilibre financier de sa boutique par une sensiblerie qui me pousserait à faire preuve d'une prodigalité, d'un désintéressement ou d'un altruisme en opposition avec les règles fondamentales, j'allais dire capitales, du commerce. C'est pourquoi le courrier que je reçois cette semaine d'Ilies Andila, un jeune bibliophile avide de conseils avec qui nous avions devisé de la pertinence de posséder ou non, de commercialiser ou non, des incomplets a attiré mon attention, provoqué en moi de légitimes confusions d'âme et que je vous restitue, in texto, nos échanges épistolaires où vous constaterez que ce dernier ne manque pas d'arguments pour bousculer mon infaillibilité légendaire. Vous me direz si j'ai eu raison de céder à sa demande.


Cher Monsieur Gandillet,
N'étant qu'un jeune esprit qui, quoique se réservant de renier ou, qui pis est, désavouer ce siècle, n'a, transi, que la ferveur du novice, et m'étant, peut-être un peu grâce à ce siècle (« Qu'il vienne, qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne ! » ), religieusement épris - et pis ! - des livres que le Déluge a, dans sa fulgurance, épargnés, je me demandais, avec une certaine naïveté il est vrai, si, par Jupiter, vous n'auriez pas quelques conseils (que la nuit ne me donnera pas), quelques connaissances utiles et que je ne trouverai pourtant point dans les Encyclopédies, en un mot quelques faibles avantages à donner à un être qui, voulant consacrer son éphémère destinée à flairer l'immortelle « poussière grecque et latine », fard des bouquins, se voit, mieux que sa propre étoile peut-être, à l'aube d'une frissonnante voie jonchée de ronces vermoulues et de chausse-trappes béantes ; en un mot à un roseau, en qui les livres trouveront peut-être un jour un doux maître ; ou, si ce que les livres vous ont dit - les vers que vous leur avez tirés si j'ose dire - vous tient trop à coeur, peut-être auriez-vous, au fin fond de votre serre à codex - grenier, quelques ouvrages de rebut (incomplets) dont vous faites peu de cas et dont vous pourriez me faire gracieusement offrande?

Si cela advenait, je vous jure sur tous mes dieux que si les plans de la machine à voyager dans les temps tombent dans la fiole d'un génie, je vous rapporterai de mon Odyssée un livre qui fut perdu et qui n'existe plus : sacredieu ! Il siérait au sort de m'aider un peu ; mais dès que « ma seule étoile est morte », ô bibliophiles des quatre vents, ô Monsieur, ne m'aiderez-vous point à aimer les livres à bon escient ?

Je vous salue de bon coeur, un coeur respectueux, Monsieur, et que Dieu bénisse les incomplets !

Cher Ilies Andila,
Pierre est bien trop avaricieux pour offrir gracieusement les trésors de sa boutique, même incomplets. Par contre, étant personnellement détaché des choses matérielles de ce monde et n'ayant aucun scrupule à céder un livre qui ne m'appartient pas, il n'est pas impossible que je puisse profiter de son absence pour me livrer à des actes de saine générosité, mon salut étant à ce prix. De surcroît, ayant trouvé un maître dans la concision épistolaire, vous comprendrez que je me sente votre serviteur et par conséquence votre débiteur.

Pierre cherchant à gonfler l'audimat de son blogue par le parrainage d'émérites intervenants, accepteriez-vous que je publie notre correspondance ? Philippe Gandillet


Cher Monsieur Gandillet,
Ah ! Vous qui eûtes la bonté de faire quelque état du vacillant appel de mon âme sans lisière, vous ne vous déroberez pas, il le faut croire, à la saine lecture de ce qui doit être, en désespoir d'effet, à la merci de vos yeux.

Considérant, en foi, la Conscience universelle comme un seul et même Être, et chaque être vivant comme une simple parcelle de celui-ci, chaque échange, étant conséquent, me paraît être pour ainsi dire un transvasement ; puissent les lecteurs, en recevant le mien, si pauvre de rosée astrale, ne pas s'exclamer, tel l'esprit follet que je suivis à la trace naguère et qui dit, en parlant de moi, et du Livre : "Que ses lexiques s'effacent ! Et fasse la Sylphide que l'acide filtre par la fine fibre qu'ainsi fit l'insigne fils de sa frénésie sise aux cimes frisselissantes, l'intensifie, si un temps il s'y fie, hélas !" mais y baigner leur coeur.

En un mot, et si votre souhait s'attache toujours à ce mot, je consens à ce que votre bonté vous a suggéré. Je vous salue. Ilies Andila

Cher Ilies Andila,
Comme vous, critique aux rites des lettrés à l'éthique étriquée qui rient de l'incomplet qui plait, irai-je chercher dans l'erratique érotique ou l'irritant hérétique, dans le doux décent ou le récit sensé le livre qui sied à votre souhait ? En un mot, avez vous une préférence pour une thématique particulière ? Et ne me répondez pas les maroquins cerises in-4 aux armes de Louis XV, s'il vous plait...

Avec un peu d'inquiétude tout de même. Philippe Gandillet


Cher Mr Gandillet,
Rassurez-vous sur le chapitre des maroquins cerises aux armes : j'ai une conception trop naturelle de la bibliophilie pour qu'il me vienne à l'esprit ce genre d'ouvrages ; j'aime mieux un ouvrage sans éclat, mais auquel je puis attacher une valeur sentimentale, une spécificité ou un souvenir, qu'une prestigieuse provenance qui ne dise rien à mon coeur ; tout ce que je demanderais, si ce vous convient, c'est que l'ouvrage soit antérieur au 19è siècle (donc 18è, 17è, ou 16è si Dieu s'en mêle) ; mis à part cela, je vous déclare ingénument que je n'ai point de thématique précise : faites à votre guise, vous ferez toujours bien. Ilies Andila.

Cette correspondance s'est arrêtée là, cher Lecteur. J'ai choisi pour Ilies Andila un ouvrage qui me semblait coller à la mode actuelle pour l'histoire d'Angleterre, pour le Roi Arthur et son amusante évocation sur le petit écran. Ai-je eu raison de dire en débutant " Un incomplet qui plait " ?

Votre dévoué. Philippe Gandillet

D'ORLEANS (Le Père). Histoire Des Révolutions d'Angleterre, Tome 1. A Amsterdam, aux Dépens De La Compagnie, 1766 - Un volume petit in-8 en plein veau de l'époque. Dos à 6 nerfs richement orné mais avec manques. Pièce de titre tronquée en maroquin rouge, tomaison absente. Coiffes frottées, coins usagés et amortis. XXII, 492 pp avec table. Enrichi d'1 carte dépliante de l'Angleterre et de 8 portraits de roi gravés H.T. Tome 1er uniquement jusqu'à 1273.

vendredi 30 octobre 2009

Anthologie d'épigrammes funéraires, d'épigraphes mortuaires et d'épitaphes de la même couleur…


Il est des matins où l'on ne se sent pas très bien. ("faites-vous sentir par un autre" dirait Pierre Dac). Le hasard vous fait tomber, au réveil, sur le dernier chapitre des "Misérables"; tout le monde connaît l'intrigue du roman mais il faut attendre la dernière page de l'œuvre pour entendre souffler le vent du vrai génie romantique * ; et l'on découvre médusé que l'on n'a absolument pas pensé à mentionner dans son testament la phrase profonde qui, à la manière du frontispice d'un livre, devra orner notre pierre tombale, mettre en valeur notre absence et nous ouvrir les portes d'une postérité méritée.

* " Il y a, au cimetière du Père Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l'éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d'un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent les liserons, parmi les chiendents et les mousses, une pierre. Cette pierre (…) est toute nue. On n'y lit aucun nom. Seulement, voilà de cela quelques années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers."

Il dort. 
Quoique le sort lui fut bien étrange,
Il vivait. 
Il mourut quand il n'eut plus son ange… Victor Hugo


Passe encore d'oublier de prononcer une sentence mémorable juste avant de mourir ou pis est de prononcer, avant le grand saut, une sentence moyenne ou hors sujet que l'on regrettera ensuite ! Mais laisser un graveur latiniste, libre de toute contrainte, placer devant vos yeux ébahis un "De profundis" tronqué pour cause de rigueur budgétaire alors que vous aviez des choses beaucoup plus drôles à proposer, équivaut vraiment à une faute de goût impardonnable ! Je vous livre donc quelques idées dont les deux premières sont contenues dans le livre que je propose à la vente si vous êtes en mal d'inspiration. Mais d'où vient donc la dernière épitaphe proposée ? Et quelle serait celle que vous aimeriez voir au fronton de votre dernière demeure. A vos claviers !


Pour l'esclave : X, tel était l'homme que voici, jadis quand il vivait ; mais à présent qu'il est bien mort, il a même pouvoir que le puissant Darius.
Pour l'atrabilaire : Même mort, X est hargneux. Et toi, portier de Pluton, tremble, Cerbère, qu'il ne te morde !
Et pour nous tous : Ni meilleur, ni pire… Désolé d'avoir cassé l'ambiance. Pierre


ROQUES (D). Tombeaux grecs. Anthologie d'épigrammes. Ed Gallimard ; le promeneur. 1995, petit in-8 de 203pp à la couverture rempliée. 12 € +port
HUGO (V). Les Misérables. Reliure éditeur d'origine indéterminée. 2 gros tomes en demi-basane d'époque sous forme d'une édition complète d'un recueil de fascicules de feuilleton. Etat passable mais tous les mots du roman semblent y être. Quelques feuillets mobiles. Malgré tout, version attachante. 25 € + port