lundi 7 décembre 2015

Les traditions populaires de Noël à Tarascon en Provence

LA TABLE
La table est recouverte de trois nappes blanches, disposées par grandeur décroissante, qui resteront jusqu’à l’Epiphanie. Trois chandelles blanches « très candèlo » sont allumées près des trois coupelles de blé germé, ceinturé du ruban rouge, qui a été planté le jour de la Sainte Barbe. Le nombre trois est essentiel, c’est le symbole de la Trinité : Le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Houx et rose de Noël
En décoration, on ajoute sur la table du petit houx à boule rouge (verbouisset) mais surtout pas de gui, réputé pour porter malheur. Trône aussi la Rose de Jéricho, dite rose de Noël ou rose de Judée. C’est un crucifère en forme de thym, originaire d’Arabie, de Syrie et d’Egypte, de couleur rose des sables. Elle est placée dans un verre d’eau où elle s’épanouit pour être exposée dans la crèche et sur la table de Noël. Son épanouissement dure cinq à dix jours. Retirée de l’eau, la plante se recroqueville à nouveau et peut resservir des années durant. Les premières roses auraient été importées par des pèlerins ou des croisés.

 Le couvert du pauvre
Dans certaines familles, une place est réservée pour le pauvre. Dans d’autres, on réserve une part qui est offerte à un enfant qui s’en voit récompensé.


LE GROS SOUPER

Pas de viande. Le gros souper, est aussi appelé souper maigre. Il exclut toute sorte de viande car la veille de Noël est jour d’abstinence. Il se déroule le soir du 24 décembre avant de se rendre à la messe de minuit. Le gras, c’est pour le lendemain, le 25 décembre, où l’on mange la dinde. Chaque région de Provence a ses coutumes et ses plats spécifiques au terroir. Dans un souci d’unification, le félibre provençal Frédéric Mistral a établi un menu type, fait de plats et de légumes incontournables.

Les plats
• la morue : frite à l’huile (« en raïto »), rôtie, aux câpres, en bouillabaisse, en brandade
• le muge (ou mulet) : aux olives
• les escargots
Quelques variantes locales : la matelote d’anguille, le poulpe en daube, le cabillaud, le thon, le loup, la sole ou la dorade, moules farcies, omelette...

Les légumes de saison
• les cardons : à la crème, en gratin, en sauce piquante
• le céleri : en salade, en gratin
Quelques variantes locales : la tarte ou le gratin d’épinards, le chou-fleur en gratin, les salsifis, les blettes, l’artichaut, les lentilles (en Camargue), la soupe à l’ail ou«aïgoboulido», le tout accompagné de sauce blanche, vinaigrette, et de la fameuse anchoïade.

Le pain calendal« lou pan Calendaù »
C’est un bon gros pain de forme ronde, fait de pure farine de blé. Représentant le Christ, il est accompagné de douzepetits pains figurant les apôtres. On le garnit parfois de myrte « nerto ». L’aïeul prend le pain calendal et y fait un signe de croix au dos avec la pointe du couteau. Puis il le répartit aux convives, en priant Dieu d’assurer le pain quotidien à chacun d’eux.

Le vin
Les vins de terroir les plus fins accompagnent le gros souper et sont présentés dans de larges pichets. Le vin cuit « lou vin cue », la Carthagène, ou à défaut tout autre vin liquoreux arrosent les 13 desserts. Le vin cuit est toujours présenté en bouteille.


LES TREIZE DESSERTS : « Caleno vo Careno »

Ils se  dégustent au retour de la messe de Minuit. Les 13 desserts sont d’origine marseillaise et apparaissent au début du XIXème siècle. Il est vrai que Marseille, porte de l’Orient, s’est ouverte en premier au monde exotique en consommant dattes, oranges et mandarines. Le nombre 13 est hautement symbolique, il représente le Christ et les 12 apôtres.

1/ la pompe à l’huile : C’est une sorte de galette ronde et aplatie, confectionnée avec la meilleure farine, lameilleure huile d’olive, de la cassonade, de l’eau de fleur d’oranger et parfois parfumée de citron. On la mange le soir de Noël trempée dans le vin cuit ou dans tout autre vin liquoreux. Selon les régions, la pompe à l’huile est aussi appelée «Fougasse»ou «Gibassié» (en raison des bosses que la cuisson provoque à sa surface - gibe signifie bosse en provençal). On trouve aussi de nos jours des « pompes au beurre », plus douces au palais et rappelant la brioche, mais ce ne sont pas les vraies !

2/ le nougat noir (ou rouge) : Il a été longtemps de fabrication maison. Il est fait à base de miel et d’amandes. Selon la couleur du miel utilisé, il peut varier du rouge clair au noir foncé.

3/ le nougat blanc : Il est fait à base de miel clair et d’amandes essentiellement, mais aussi de pistaches, de pignons, et de noisettes. A la différence du nougat noir, on ajoute des blancs en neige et du sucre. Certains voient dans le nougat la symbolique du bien (nougat blanc) et du mal (nougat noir).

Ensuite… Les fruits secs, appelés « les quatre mendiants » :
Leur couleur est celle des différents ordres religieux du 19ème siècle, dits « mendiants »

4/ les noix ou noisettes, symbole des Augustins
5/ les figues sèches, symbole des Franciscains
6/ les amandes, symbole des Carmes
7/ les raisins secs, symbole des Dominicains
Les gourmands conseillent de placer une noix dans une figue, ce qui deviendra le « nougat du capucin ». De nos jours, on agrémente souvent les fruits secs et les dattes de pâte d’amande.

Les fruits frais :
8/ les dattes
9/ les oranges
10/ les mandarines
11/ les pommes
12/ les poires
13/ les raisins frais

Des variantes régionales : melons d’hiver, châtaignes, fruits confits, confitures de citre ou de pastèque, pâte de coing ... et c’est très tentant, les douceurs du coin (calisson d’Aix, suce-miel d’Allauch, casse-dents...).


LA BÛCHE : « Cacho-fio »

Les Provençaux apportent au foyer le joyeux cariguié, ou vieux tronc d’olivier choisi pour brûler toute la nuit, il est aspergé trois fois de vin cuit. La personne la plus âgée et l’enfant le plus jeune se saisissent alors de la buche chacun à une extrémité et font trois fois le tour de la table dressée avant de la déposer dans l’âtre enflammée, l’aïeul proclame alors :


« A l’an que vein se noun sian pa maï que noun segan pa mein »
« A l’an prochain si nous ne sommes pas plus nombreux
surtout que nous ne soyons pas moins »

Cartonnages romantiques à plaque de chez Barbou : Beaux dehors… Biens dedans…


Voici tout à fait le genre d'ouvrages que j'aurais aimé que l'on m'offre en 1862 comme cadeau de Noël - le même ex praemio présent en page de garde de chacun de ces cartonnages prouve que la jeune personne les méritait. Jules Verne peut bien aller se rhabiller !  Chacun de ces textes emporte son lecteur dans l'aventure…


Le premier livre nous conte l'histoire vraie de Jean Sobieski relatée par Léonce de Bellerive : Nous sommes au début du règne de Louis XIV, au temps de l'infortuné Charles 1er d'Angleterre et du glorieux Gustave-Adolphe de Suède. Dans un temps où la pologne avait à soutenir une interminable guerre avec l'Empire Ottoman. Le fameux Zolbieski, aieul maternel de notre héros national, avait battu les moscovites en 1610, pris Moscou et Tsar Basile qu'il amena à son roi Sigismond III. En 1620, s'ouvrant un passage à travers cent mille turcs et tartares qui l'investissaient en Moldavie, il faisait une retraite admirable (il avait, lui aussi, tout perdu hors l'honneur…). Arrivé aux frontières de la Pologne, il fut trahi par son armée. Sa cavalerie traversa la Dniester, abandonnant son général et son infanterie… Il avait à ses côté un fils qui le suppliait de penser à son propre salut – fuir et laisser ses hommes se faire égorger par les bachibouzouks ! Jamais… Jamais !


Il vit expirer son fils, et lui-même transpercé de coups ne lui survécut dans l'horreur que quelques heures. Le général turc lui fit couper sa tête et l'envoya au sérail pour rassurer son Vizir. Cette tête fut rachetée et le même tombeau vint renfermer et le père et l'enfant avec cette inscription latine au fronton du tombeau : Exoriare aliquis nostris es ossibus ultor (Puisse un vengeur sortir de nos cendres !). La suite ? Ni Taken I, ni Taken II, ni Taken III ne viendront à la cheville des exploits de Sobieski qui assurent encore à nos nations la gloire de l'Europe chrétienne… A découvrir, donc.


Le deuxième livre nous conte l'histoire vraie de Louis-Hector de Villars relatée d'après Anquetil : « Sire, encore une défaite comme ça et nous avons gagné la guerre ! ». Ainsi Villars commentait-il l’issue de la bataille de Malplaquet face aux Impériaux du Prince Eugène. Figure militaire incontournable de la seconde moitié du règne de Louis XIV, manœuvrier de talent, bon tacticien, admiré de ses soldats mais réputé, à juste titre, rapace et vaniteux, Claude Louis Hector de Villars voit le jour à Moulins. Se vantant d’être d’extraction médiévale alors que sa famille, originaire du pays de Condrieu, avait été anoblie sous le règne d’Henri III, il fut particulièrement courageux et estimait qu’un général « doit exposer sa vie comme il expose celle des autres ! ». Cet homme sauva la France nous dit l'auteur et quand, plus tard, elle eut encore besoin de son bras et de ses conseils, il n'hésita pas à lui sacrifier la douceur d'une retraite méritée...  Un lieutenant de Louis XIV d'après Anquetil à découvrir, donc.


Le troisième livre nous emmène au Canada et nous conte un festin de guerre chez les sauvages relatée par un missionnaire : Ici, pas de marmite remplie d'eau bouillante où surnage un pauvre jésuite aromatisé aux plantes. Non ! La misère réduit quelquefois les Savanais à d'étranges extrémités. Soit paresse de leur part ; soit que les terres ne puissent absolument rien produire, il se trouve que lorsque la chasse et la pêche leur manquent, sans aucune provision, ils ne feraient aucune difficulté de se manger les uns les autres… Les plus chétifs passent les premiers, on est rassuré !  On assure aussi que la coutume est parmi eux que quand un homme est arrivé à un âge avancé et qu'il ne peut être qu'une charge à sa famille, il se passe lui-même un corde autour du cou et en présente les extrémités à celui de ses enfants qui lui est le plus cher ! Heureusement de nombreuses autres traditions, moins barbares nous sont présentées dans cet excellent récit de voyage. Un festin de guerre chez les sauvages par un missionnaire à découvrir, donc, et à consommer sans modération. Les cartonnages romantiques à plaque : Beaux dehors… Biens dedans… Pierre


COLLECTIF. Lot de 3 volumes in-8 (21/13cm) polychromes dans une même série de cartonnages à plaque. 1er volume : La gloire de l’Europe chrétienne par Leonce de Bellerives. 2eme volume : Un lieutenant de Louis XIV d'après Anquetil. 3eme volume : Un festin de guerre chez les sauvages par un missionnaire. A Limoges, chez Barbou frères, imprimeurs-libraires. Percalines éditeur polychromes à décor romantique géométrique, tranches mouchetées, pages de garde en papier coloré. Très bel état. Le lot de 3 ouvrages : 135 € + port

samedi 5 décembre 2015

Proverbes dramatiques de Leclercq illustrés par Tony Johannot : Un bon proverbe vaut mieux qu'un mauvais...


Spécialiste du proverbe dramatique, Théodore Leclercq (1777/1851) se fit une véritable réputation : ses petites pièces n'étaient pas destinées à la scène mais étaient reconnues pour leur finesse dans l'analyse des mœurs. Moraliste indulgent et critique enjoué, M. Leclercq a représenté, dans une suite de tableaux de genre, les vices, les travers, les ridicules de tous les temps, mais avec les traits distinctifs de son époque.


Un certain nombre de pièces sont des satires politiques écrites avec une verve hardie et qui peignent la situation des esprits dans les dernières années de la Restauration, car M. Leclercq, bien qu’il eût peu de goût pour la politique, ne pouvait demeurer indifférent aux grands débats qui agitaient la société de son temps. Remarquons en passant que la critique de M. Leclercq, pour vive qu’elle soit, ne va jamais jusqu’à l’injure, encore moins à la calomnie. Ses traits sont aigus, mais non pas empoisonnés - Il sait railler, mais il ne sait pas haïr !


Avec ses proverbes publiés dans l’édition complète de Delahays que je propose aujourd'hui à la vente, Leclercq s’impose comme le deuxième auteur de référence dans l’histoire du genre, non seulement par le nombre de pièces composés, mais aussi par l’importance, immédiatement après Carmontelle, qu’on considère comme le père du proverbe dramatique parce qu’il en fut le premier théoricien et le plus infatigable producteur dans les années 1760-1780.


Aux beaux jours du Consulat, Mme de Genlis encore à la mode, un soir qu’elle devait recevoir beaucoup de monde, eut l’idée de jouer au coin de sa cheminée un Proverbe improvisé. Pour lui donner la réplique, elle choisit le jeune Théodore Leclercq, avec qui elle s’était liée d’amitié. - Lui s'était, de son côté, lié d'amitié avec une autre plumitif, Joseph Fiévée… Avec une pointe de malice, Mérimée fait remarquer, dans une de ses chroniques, que leurs rôles, arrangés selon l’usage pendant « un aparté de cinq minutes » de manière à former un petit canevas, joignaient l’outrance du ridicule à quelques traits biographiques : Félicité de Genlis jouait « celui d’une femme de lettres ridicule », tandis que « M. Leclercq représentait un jeune poète à sa première élégie ». L’auditoire trouva que Mme de Genlis n’avait jamais eu tant d’esprit ; elle en sut gré à son jeune acteur et l’engagea à composer des comédies…


Les proverbes dramatiques de Leclercq consistent en la mise en scène d’une petite action théâtrale autour d'un proverbe connu, donné comme sujet à remplir ou à deviner, et doit servir de moralité et de mot final à la représentation. Je vous en donne un exemple ? " Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints ". Pour vous permettre de perpétuer le genre avec le détachement qui s'impose, je vous soumets quelques proverbes modernes qui mériteraient une petite mise en scène théâtrale : A vos plumes !


- L'eau prend toujours la forme du vase.
- Chute dans l'escalier, mal de tronche assuré.
- Plus on pédale moins fort, moins on avance plus vite.
- L'avenir appartient à ceux qui se lèvent.
- Il vaut mieux s'en aller la tête basse que les pieds devant.
- Tout a une fin, sauf le saucisson qui en a deux.
- Il n'y a aucune honte à être pauvre, mais c'est bigrement incommode.
- Si tu ne veux pas te taper sur les doigts, prends ton marteau à deux mains.
- La forme des pyramides le prouve, l'homme a toujours eu tendance à en faire de moins en moins.


Et je termine par ce fameux syllogisme : - Plus il y a de gruyère plus il y a de trous, mais plus il y a de trous moins il y a de gruyère, donc plus il y a de gruyère moins il y a de gruyère… Imparable ! Pierre


LECLERCQ, Théodore. Proverbes dramatiques. Nouvelle édition augmantée des proverbes inédits. Précédées de notices par MM. Sainte-Beuve et Mérimée. Paris, Delahays, sd (1852-1853). 3 volumes in-8.  Reliure demi-chagrin marron, dos à nerfs, caissons fleuronnés, gardes colorées. XX-519 pp / 518 pp / 511 pp.78 gravures sur acier d'après les compositions de MM. A. et Tony Johannot. Trois premiers volumes de cette nouvelle édition, augmentée de proverbes inédits, qui en compte quatre, précédés de notices par MM. Sainte-Beuve et Mérimée. Très bon exemplaire. 75 € + port

vendredi 4 décembre 2015

De l'utilisation du papier aux temps anciens : c'est à dire hier...


Bonjour Pierre. Tu trouveras ci-joint un petit texte dont je te laisse juge de l'opportunité de le publier sur le Blogue. Ce ne sont pas tes interrogations sur la pertinence de publier un catalogue papier qui m'ont inspiré  - au contraire, je maintiens que le catalogue papier a des attraits indéniables - c'est plutôt que rédiger un petit texte stimule mes vieilles cellules grises… Je ne sais si tu persisteras dans ton intention mais je serais, bien sûr, intéressé au premier chef par un exemplaire dédicacé ! Je te souhaite une bonne journée. René 

Aujourd'hui, je ne vais pas te parler de bibliophilie, ni même de livres, mais du papier : support du texte par excellence, depuis des siècles même si on voulait nous faire accroire qu'il est maintenant, ou sera sous peu, totalement remplacé par une image immatérielle. Ce noble et précieux matériau n'a pas toujours été ce qu'il est devenu : une denrée périssable, objet d'un gaspillage indécent, servant de support à de multiples contenus éphémères et parfois méprisables. Dans nos pays occidentaux, dits civilisés, le papier est aujourd'hui disponible partout en abondance, on peut se le procurer sans le moindre effort et le gaspiller impunément. Il n'en fut pas toujours ainsi : Aux XVIIIe et XIXe siècles, le papier était encore rare, d'un prix élevé et malaisé à  trouver. C'est ainsi qu'on a utilisé le verso de cartes à jouer en guise de cartes de visite, pour effectuer des comptes, pour établir un reçu...

Exemples trouvés dans un livre où les cartes avaient été recyclées, in fine, comme marque-page.
La seule et unique source de papier fut longtemps constituée par les almanachs dont on utilisait les marges pour consigner toutes sortes d'événements.

Comptoir Almanach gantois de 1782
Mon père agriculteur, avait conservé cette pratique jusqu'à la fin du XXe siècle. 

Almanach de Liège de 1972.
Cet usage amena les éditeurs à interfolier des pages vierges dans des exemplaires vendus. 

Comptoir Almanach anversois de 1833 comportant un feuillet blanc entre chacun des mois du calendrier ; pour sa reliure on a utilisé un parchemin, probablement de réemploi si on en juge par le ravaudage, en constituant un astucieux soufflet portefeuille.
Quel libraire ou bibliophile n'a pas rencontré des livres anciens aux pages de garde agrémentées de notes manuscrites diverses : comptes, adresses, listes... Et le Chanoine Puissant, professeur et archéologue belge découvrit des feuillets de la Bible de Gutenberg recouvrant des pots de confiture et dont il ne put hélas sauver qu'une partie.


Mais sans remonter aussi loin, les anciens qui ont connu l'après guerre 1940-45, se souviendront que l'épicier du coin effectuait l'addition au revers du paquet de sucre, à une époque où ce produit n'était pas encore accusé de tous les maux ; que la ménagère rédigeait la "prescription" pour l'apothicaire sur le rabat d'une vieille enveloppe ou sur un morceau de carton prélevé d'un emballage de vermicelle. 

Exemples cocasses que je tiens d'un pharmacien du temps
On a utilisé également le verso vierge des cartes d’État Major pour fabriquer des enveloppes. Quant aux vieux journaux, ils étaient réservés à un usage moins noble… (la cabane au fond du jardin). Sans tomber dans le misérabilisme et suivre aveuglément les  recommandations d'un pseudo-écologisme culpabilisant, nous devons nous efforcer d'être moins prodigues. En n'oubliant toutefois pas que, très souvent, le texte imprimé est  moins énergivore que l'affichage sur écran d'une page Internet qui a fait trois fois le tour de la terre - dépense qui se renouvellera à chaque consultation…

jeudi 3 décembre 2015

Petit Atlas National des Départemens de la France et de ses colonies par Monin en 1835.



A différentes reprises au XVIIIe siècle, il avait été question de remédier à la multiplicité des chevauchements des anciennes divisions territoriales du royaume. Mais il n’avait pas été possible d’envisager une réforme qui ne bouleverse pas les institutions.


Après la nuit du 4 août 1789 et l’abolition des privilèges particuliers des provinces, deux idées priment : diviser les provinces au particularisme trop affirmé et croissant, et donner la même division territoriale à tous les services publics et à la représentation nationale.


Chargé de ce travail de réforme, le comité restreint du Comité de constitution créé en juillet 1789, dont font partie Talleyrand, Sieyès, Le Chapelier et Rabaud Saint-Etienne, reprend l’idée d’un découpage géométrique à l’instar des États américains, procédé qu’avait illustré le géographe Robert de Hesseln, en 1780, en dressant une carte de la France divisée en 81 « contrées » carrées, de 18 lieues sur 18 (72 km) environ, divisées elles-mêmes en 9 districts de 9 cantons chacun ; ainsi chaque canton avait-il 4 lieues de côté et une superficie telle que, comme l'avait souhaité Condorcet, « dans l’espace d’un jour, les citoyens les plus éloignés du centre puissent se rendre au chef-lieu, y traiter d’affaires pendant plusieurs heures et retourner chez eux ». 


Mirabeau fit valoir les inconvénients de cette division artificielle, étant quant à lui partisan de 120 départements sans subdivisions intermédiaires, « pour rapprocher l’administration des hommes et des choses ». En vain. Le nombre définitif est arrêté à 83, et un nom donné à chacun des départements par le décret du 26 février 1790.


En mars 1790, à la suite de la création des départements et des districts, 4600 circonscriptions cantonales sont établies en France. Ces circonscriptions, intermédiaires entre les districts et les communes dans la hiérarchie administrative, n’ont que de faibles prérogatives. Le canton est le ressort de la justice de paix et le lieu de réunion des assemblées primaires d’électeurs. À la différence des districts, les cantons ne sont pas supprimés en 1795.


Il faudra attendre 1999 pour voir apparaitre une nouvelle couche au mille-feuilles administratif de la France. La région, dont nous allons élire bientôt les conseillers. Entre temps, les municipalités se sont dotées de Communautés de communes… Un excellent moyen pour éviter les cumuls de mandats : théoriquement ! Pierre


MONIN. Petit Atlas National des Départemens de la France et de ses colonies. 100 cartes ornées de Vues des Monumens les plus remarquables dressées par V. Monin et gravées sur acier par Alès. Paris Binet, 1835. Un volume  In-4 oblong. Reliure demi chagrin vert empire, dos lisse orné, motifs romantiques dorés, plat bien complet de sa gravure de titre illustrée, contre collée sur la 1re de couverture, gardes colorées. Nouvelle édition revue, corrigée et augmentée en 1835. Bel exemplaire bien complet des 100 cartes soit 2 cartes de France, 86 départements français, 10 cartes complémentaires : Planisphère, Alger, Sénégal, Ile Bourbon, Martinique, Guadeloupe, Guyane, St Pierre et Miquelon, Belgique + 2 cartes - Tracé des différentes enceintes de Paris et promenades au Bois de Boulogne. Carte n° 30 en double. Bel atlas.  245 € + port

mercredi 2 décembre 2015

Dictionnaire de Moréri avec les suppléments : les in-folio, c'est si beau…


Il est des ouvrages qui sont connus de tous les bibliophiles, soit parce qu'ils sont introuvables donc remarquables, soit parce qu'ils sont usuels mais qu'ils contiennent une somme d'informations telle qu'ils ont toujours leur place dans une bibliothèque de travail.


Le "Moréri"  que je propose aujourd'hui à la vente est de ceux-là ! L'auteur, Louis Moreri (1643-1680), fut un des plus grands encyclopédistes français. Il fit ses humanités à Draguignan, sa rhétorique chez les jésuites d'Aix en Provence puis étudia la théologie avant d'être ordonné prêtre à Lyon. Son encyclopédie, Le Grand Dictionnaire Historique ou mélange curieux de l'Histoire Sacrée et profane, paraît pour la première fois en 1674 en un volume. Son travail sera modifié et amélioré au fur et à mesure des éditions suivantes puisque cette œuvre sera publiée une vingtaine de fois après sa mort, entre 1674 et 1759.


Trouver ce dictionnaire, complet de ses suppléments, dans un état impeccable n'est pas fréquent pour un libraire. Le mérite en revient à ses anciens propriétaires qui ne l'ont pas beaucoup utilisé… Les 9 volumes ont été achetés en 1749, comme il est mentionné dans l'ex-dono, et représentent, comme il est écrit à la plume,  "L'édition la plus recherchée" selon son propriétaire de l'époque, Mathieu Perrodon (magistrat à Lyon, 1685-1758). 


La trace de cet exemplaire sera ensuite perdue jusqu'en 1850, année où il va rejoindre les rayonnages fermés de la bibliothèque du château d'un marquis sarthrois-bourguignon. Le dernier descendant de la famille, auprès duquel j'ai retiré cet ouvrage, m'a assuré que ses membres étaient bien trop respectueux des livres pour les ouvrir, ce qui explique leur état remarquable...


La réputation de ce dictionnaire est attestée par le vif succès qu'il reçut durant deux siècles : Victor Hugo l'utilisa fréquemment pour les indications historiques qui figurent dans ses romans. Le dictionnaire de Moréri demeure encore un des premiers répertoires de notices biographiques, spécialement en ce qui concerne l'histoire et la pensée du XVIeme siècle.


Le titre complet de l'ouvrage est : Le Grand dictionnaire historique ou, Le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane ; qui contient en abrégé, les vies et les actions remarquables des patriarches, des juges, des rois des juifs, des papes… des empereurs, des rois, des princes illustres, & des grands capitaines… l’établissement et le progrès des ordres religieux & militaires, & la vie de leurs fondateurs : les généalogies de plusieurs familles illustres de France & d’autres païs. L’histoire fabuleuse des dieux, & des héros de l’antiquité payenne : La description des empires, royaumes, républiques… avec l’histoire des conciles généraux & particuliers, sous le nom des lieux où ils ont été tenus (Et là, je ne mets pas les sous titres…]. Vaste programme comme dirait le général de Gaulle !


Celle qui passe pour la meilleure de ces publications est la vingtième et dernière éditions avec ses quatre suppléments. Nous n'en sommes pas loin ! Et puis, les in-folio, c'est si beau… Pierre


MORERI, Louis. Le Grand dictionnaire historique, ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane qui contient. 5 volumes in folio, à Paris, chez Denis Mariette, 1718, suivi de "Supplément au Grand dictionnaire historique pour servir à la dernière édition de l'an 1732 - 2 volumes in folio, , Paris, Chez Vincent, Coignard, Lemercier,… , 1735 - et suivi de "Nouveau supplément au Grand dictionnaire historique pour servir à la dernière édition de 1732 et aux précédentes" - 2 volumes in folio, Paris, Chez Vincent, Coignard, Lemercier,… , 1749. En tout 9 volumes in-folio, plein veau blond marbré, dos à nerfs, caissons fleuronnés dorés, pièces de titre et de tomaison de maroquin rouge, tranches rouges. Un titre frontispice par Desmarets gravé par Duflos et un portrait hors texte de Moréri gravé par Duflos d'après De Troye. Exemplaire en très bon état. Bel ex-libris de 1749. Petits défauts de reliure, coins et dos frottés pour certains tomes. La séquence des 9 volumes est uniforme. Vendu