samedi 19 juillet 2014

Charles Nodier sous les ors de l'édition romantique…


Les cartonnages romantiques, aussi beaux soient-ils, n'ont pas fait que des adeptes à leur époque. Voyons ce qu'en disaient nos aïeuls quand ils étaient jurés lors d'une exposition de reliure en 1878 :


" Mais revenons à la France, car nous n'avons pas étudié la partie la plus… j'allais dire sérieuse, selon l'opinion du plus grand nombre de jurés, celle qui donne le plus gros chiffre d'affaire ! Est-ce que nous allons revenir au veau d'or ? Allons nous, nouveaux descendants d'Israël, danser devant l'arche et ne reconnaître de bon que ce qui produit n'importe comment, beaucoup et encore beaucoup ? Car là est le seul mérite de la fabrication, de l'usine, comme nous l'appelons, par dérision, il est vrai. Du trompe l'œil, tout à la surface rien au fond. Quelles lamentations pourrait faire un nouveau Jérémie sur ce sujet, qui a pour résultats principaux, par la division du travail, de faire des ouvriers, des machines de chair inconscientes, dépourvues de tout sentiment artistiques et même d'indépendance, et, en plus, de livrer au consommateur un produit inférieur, du vin au bois de campêche


Oh ! Cela a de l'œil ! Le libraire qui ne vise qu'à percevoir au moins 30% n'en demande pas plus, certain que les consommateurs ne sont pas des connaisseurs et qu'ils se laisseront prendre aux apparences. Il ne demande surtout qu'à rentrer de l'argent dans la caisse. […] Ces livres ont des mors faits au moyen de la machine rouleau, le papier supplée au fil qui manque pour le faire ; mais l'enfant qui a eu ce livre pour récompense, et qui croit s'en servir et le conserver, devra abandonner cet espoir ! […] De 1830 à 1850, les Huet, les Boutigny, Scheck, Lenegre, scheck et Engel firent de la fabrication ; mais jusqu'à l'introduction des machines, ces quatre dernières maisons, tout en faisant de l'emboîtage, à l'imitation des anglais, les faisaient solides […].


A peu près vers la même époque on inventa la toile cannelée. Les couvertures alors recouvertes de belles plaques historiées, dues pour la plupart au burin de Haaraus, passionnèrent par leur richesse et leur éclat, les amateurs de clinquant. Le balancier à percussion de Duchenay venait d'être avantageusement remplacé par celui à colonne de Steinmetz […]. 


C'était un véritable perfectionnement ; les résultats étaient sérieux. Il suffit de revoir, pour s'en rendre compte, les publications de cette époque : La Bretagne, la Normandie avec leurs belles plaques mosaïque et or, les fleurs animées, Jérôme Paturot, etc… […] Puis les éditeurs sacrifièrent l'âme du livre au profit de l'extérieur et du bon marché. […]. La parure se fit à coup de serpe et tout à l'avenant : Beaucoup d'or, du vernis, un cachet mais alerte ! La voiture attend... Cette appréciation brève et sévère est nécessaire pour bien faire comprendre que l'art a tout à perdre avec cette nouvelle façon de faire…"


Lorsque, grâce à l'attention de leurs propriétaires, ces ouvrages ont traversé le temps, le résultat est cependant remarquable. J'en veux pour preuve deux exemplaires de cartonnages romantiques à plaque dont le texte est dû – en partie - au plus romantique et au plus bibliophile des auteurs de ce temps : Charles Nodier.


Né à Besançon, le 29 avril 1780, poète, romancier, grammairien, bibliophile, il fut nommé conservateur à la Bibliothèque de l'Arsenal où son salon devint le centre d'une société littéraire et où il accueillit les premiers écrivains romantiques en 1823. Des livres à lire et à regarder, donc… Pierre


NODIER Charles. Contes : Trilby. Le songe d'or. Baptiste Montauban. La fée aux miettes. La combe de l'homme mort. Inès de Las Sierras. Smarra. La neuvaine de la Chandeleur. La légende de la soeur Béatrix. Victor Lecou J. Hetzel Cie, sd (1840). Un volume au format in-4. Reliure éditeur, percaline polychrome estampée. Jolie plaque historiée signée sur le premier plat par Liebherre. Dos orné de motifs floraux polychromes. Vignette sur le dernier plat. 3 tranches dorées, 310 pages avec 8 planches hors-texte d'eaux-fortes et nombreuses illustrations en vignettes par Tony Johannot. Rousseurs éparses. Vendu


NODIER Charles. Les environs de Paris. Paysage, histoire. Monuments, mœurs, chroniques et traditions. Ouvrage réalisé pa&r l'élite de la littérature contemporaine sous la diection de Ch Nodier et Louis Lurine. Illustré de 200 dessins par les artistes les plus distingués. Paris, Boizard, Kugelmann, éditeurs, sd (1844). Un volume au format in-4. Reliure éditeur, percaline estampée. Jolie plaque historiée. Dos orné de motifs dorés à la fanfare. Décor sur le dernier plat, 3 tranches dorées. 1 frontispice, 27 gravures ht et environ 180 dessins dans le texte de Nanteuil, Baron, Beaumont, etc… restauration ancienne dont frontispice. Mors du premier plat restauré. Bel ex-libris, peu de rousseurs. Bel état général. 135 € + port

Voiture de fonction pour libraire d'ouvrages anciens...


Poursuivant ma quête afin de trouver le véhicule de travail idéal pour la profession de libraire d'ouvrages anciens, je vous présente ma dernière acquisition qui va rejoindre au garage les deux autres que je n'utilise plus en raison de leur inadéquation à cette tâche : couleur trop sombre pour l'une – moteur trop bruyant pour l'autre…


Cette automobile a ceci de bien qu'elle permet de ramasser sur le sol, presque sans se pencher, les ouvrages tombés sur le sol pendant le déménagement de la bibliothèque. Pierre

vendredi 18 juillet 2014

Œuvres de Virgile traduites par L'abbé Des Fontaines.


Poète latin (70-19 av. J.-C.), Virgile, auteur de l'Énéide, récit épique considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature mondiale, qui eut une influence considérable sur les écrivains européens.


Virgile, de son vrai nom Publius Vergilius Maro, naquit, selon la tradition, à Andes, un village proche de Mantoue en Italie du nord. Il fit de solides études en littérature grecque et latine, en rhétorique et en philosophie, successivement dans les villes de Crémone, de Milan, de Rome et de Naples. Protégé par un homme d'État du nom de Caius Mécène, Virgile, libre de tout problème financier, put se consacrer entièrement à l'écriture et à l'étude. Il passa la plus grande partie de sa vie à Naples, ou dans ses environs et comptait au nombre de ses proches amis non seulement son protecteur mais aussi Octave, futur empereur Auguste, ainsi que de nombreux poètes renommés tels que Horace.


En 37 av. J.-C., Virgile acheva la première de ses œuvres majeures, intitulée les Bucoliques dans un style dont Jacques Vanière, que j'ai présenté dernièrement sur le blog ici, s'inspira. Ces poèmes pastoraux étaient construits sur le modèle des Idylles de Théocrite, un poète alexandrin du IIIe siècle av. J.-C. Virgile conserva tous les traits pastoraux que comportait l'œuvre de son prédécesseur (chants des bergers, par exemple) mais les Bucoliques n'en sont pas moins une œuvre profondément originale, dotée d'un fort caractère national. Virgile y évoque des personnages et des événements réels sous le couvert de l'allégorie. Le quatrième poème, par exemple, célèbre la naissance d'un enfant qui va marquer le début d'un nouvel âge d'or, empli de paix et de prospérité. Par la suite, et jusqu'au Moyen Âge, cette allégorie sera interprétée dans un sens chrétien et considérée comme une prophétie annonçant la venue du Christ...


Les Géorgiques, poème composé de quatre chants, fut ensuit écrit entre 36 et 29 av. J.-C. Aucun texte de la poésie latine, dit-on, n'avait atteint ce degré de perfection artistique et sa publication confirma Virgile comme le plus grand poète de l'époque. Même s'il se présente comme un traité sur l'agriculture, ce texte célèbre surtout la vie des gens qui travaillent la terre et constitue un appel au retour à la vie paysanne traditionnelle en Italie. Œuvre universelle, les Géorgiques traitent également de la guerre, de la paix, de la mort et de la résurrection, des thèmes qui viennent conclure chacun des quatre chants.


Virgile consacra les onze dernières années de son existence à élaborer l'Énéide, une épopée mythologique en douze chants, qui relate les sept années de pérégrination du héros Énée, depuis la chute de Troie, sa patrie, jusqu'à sa victoire militaire en Italie. Dans ce poème, Virgile cherche à dépeindre les origines d'une Rome idéale et, dans une certaine mesure, à retracer les événements réels de l'histoire romaine.


Au début de l'histoire, Énée est un homme vaincu qui s'enfuit de Troie, portant son vieux père sur ses épaules et tenant son jeune fils Ascagne par la main [fils de Créuse -la fille de Priam]. Après avoir constitué une flotte, il s'embarque avec les Troyens rescapés vers la Thrace, la Crète, l'Épire et la Sicile, mais son bateau sombre non loin des côtes africaines. Là, Énée rencontre Didon, la reine de Carthage, qui s'éprend de lui et se donne la mort lorsqu'il reprend son voyage : c'est là l'un des plus célèbres épisodes de l'Énéide.


Énée, parvenu en Italie, s'y installa en guerrier conquérant. Selon Virgile, les Romains seraient les descendants directs d'Ascagne  puisque celui-ci fonda Albe la Longue, ville dont seraient issus les jumeaux créateurs de Rome.


Le style de l'Énéide et le traitement du sujet mythologique trahit clairement l'influence des épopées grecques l'Iliade et l'Odyssée. Si vous aimez les pastiches… Pierre


FONTAINES (M. L'abbé Des). Œuvres de Virgile, traduites en Francais, le texte vis-a-vis la traduction, avec des remarques, par M. l'Abbé des Fontaines. Nouvelle édition, plus correcte que les précédentes. Reliure plein veau marbré, dos lisse, caissons fleuronnés, pièce de titre et de tomaison en maroquin, lettres dorées, roulette sur les coupes, gardes colorées. Signes discrets de restauration. Bel ensemble. Vendu

jeudi 17 juillet 2014

Jugemens des savans sur les auteurs par Balthazar Gibert. Éloquent !


Balthazar Gibert (1662-1741), recteur et syndic de l’Université de Paris, professeur de rhétorique au Collège Mazarin (d’Alembert fut au nombre de ses élèves) publia cet ouvrage sur la rhétorique des auteurs anciens les plus célèbres en trois parties distinctes au début du 18eme siècle.  L’idée directrice de Gibert était qu’il faut distinguer entre rhétorique et éloquence puisque "le papier ne prononce point pour nous donner le son (…) il ne figure le geste qu’il nous prescrit". L'ouvrage peut être considéré à raison comme un traité de culture générale, un traité d'éloquence et un bon moyen de mettre en valeur son intelligence (mais si, mais si… !). 


" Un homme instruit ne tombe point dans le défaut où tombe le commun des hommes, de louer ou de blâmer dans le discours le bon & le mauvais également sans le connaitre. On ne le voit point condamner ou le sublime  ou le brillant en général, ou le pathétique, ou même toute l'éloquence, sans pouvoir dire ce qu'il condamne… "


On est étonnés, à la lecture de cet ouvrage, par l'étendue des connaissances de l'auteur qui manie l'érudition et l'éloquence. L'éloquence n'est pas un art mais un talent !


Je n'ai pas trouvé d'exemplaires de cet ouvrage à la vente chez mes confrères. Faut-il en faire une rareté, cependant ? Je ne le pense pas. Ce type d'ouvrage, fréquent sur les rayonnages les libraires d'anciens n'est tout simplement plus référencé par manque de lecteurs… Pierre


GIBERT. Jugemens des savans sur les auteurs qui ont traité de la rhétorique avec un précis de la doctrine de ces auteurs. Tome 1. Les auteurs grecs, et les latins jusqu'à Quintilien. Paris, chez Jacques Estienne, 1713. Tome 2. Ce qui s'est dit de plus curieux sur l'éloquence, tant sacrée gue profane, depuis Quintilien jusqu'au milieu du dix-septième siècle. Paris, chez Estienne Ganeau, 1716. Tome 3 et dernier. Les maistres les plus fameux qui ont écrit de l'éloquence dans les derniers temps. Paris, chez Pierre-Alexandre Martin, 1719. Faux-titre au tome 1 : Pour faire suite au Jugemens des savans de Baillet. 3 volumes in-12. Reliure plein veau, dos à nerfs, caissons fleuronnés, tranches mouchetées rouges, gardes colorées. T 1 : L, [1f table], 471pp, [19ff table et app]. T 2 : [3ff], 471pp, [11 ff table et app]. T 3 : [3ff], 527pp, x, [2 ff app]. Bel ensemble bien complet. Signes de restauration discrète. 215 € + port

mercredi 16 juillet 2014

L'histoire de France de Guizot dans une jolie reliure éditeur signée Engel et Magnier...


J'ai déjà présenté une édition équivalente de couleur vert empire de cet ouvrage sur le blog. D'aspect extérieur tout aussi flatteur que la première publication, celle-ci est  proposée aujourd'hui en chagrin et percale de couleur rouge cerise. Les reliures de l'exemplaire que je vous présente ici sont, de plus, signées ! Des ors, des plats décorés, des tranches brillantes… Un vrai cadeau de Noël en plein été !


On doit à l'injustice du pouvoir d'avoir laissé, de François Guizot, le souvenir d'un ministre de Louis-Philippe impopulaire. On a oublié qu'il fut un grand historien et une belle plume. La renommée de Guizot reposait sur ses qualités d’écrivain et de conférencier sur l’histoire moderne. Ce n'est qu'à l'âge de quarante-trois ans qu’il montra ses talents d’orateur. En janvier 1830, il fut élu à la chambre des députés par la ville de Lisieux, siège qu’il conserva durant toute sa vie politique. On lui doit la première loi progressiste sur l'instruction primaire (1833).


Cette loi proposée par François Guizot, ministre de l'Instruction publique dans le premier gouvernement Soult, et qu'il contribua activement à mettre en place, précède celle de Jules Ferry, plus connue. C'est l'un des textes majeurs de la monarchie de Juillet.


Reposant sur l'idée que l'instruction contribue au progrès général de la société, la loi Guizot organise l'enseignement primaire au profit des classes populaires autour de deux principes : La liberté de l'enseignement primaire et l'organisation d'un enseignement public, intégré au sein de l'Université : Tout individu âgé de dix-huit ans pouvait exercer librement la profession d'instituteur primaire, à condition d'obtenir un brevet de capacité, délivré à l'issue d'un examen, et de présenter un certificat de moralité.


Le débat parlementaire fut difficile. Le texte fut attaqué par les catholiques, hostiles à l'existence de l'enseignement public, et par la gauche anticléricale, qui combattait la liberté de l'enseignement confessionnel. Si, après ça, vous n'êtes pas impopulaire, c'est qu'il n'y a plus de justice !


La mise en œuvre de la loi Guizot contribuera à développer grandement l'alphabétisation de la France : En 1848, les deux tiers des conscrits savent lire, écrire et compter. A comparer avec les 25 % d'élèves qui ne maîtrisent plus le français écrit, au même âge, de nos jours (ce n'est pas moi qui le dit), on voit que le progrès est en marche à grands pas…


Ces exemplaires combleront les bibliophiles par la qualité de leurs reliures (Magnier et Engel), les lecteurs par la richesse des informations qu'ils contiennent, et les acheteurs par le prix raisonnable proposé. Pierre


GUIZOT (François). Histoire de France, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789, racontée à mes petits-enfants. Paris, Hachette, 1872-1876. Cinq volumes in-4. Reliure demi-chagrin rouge cerise. Plat de percaline rouge avec une très riche décoration dorée et noire. Dos à cinq faux nerfs avec des dessins aux fers dans les caissons, titres et tomaisons dorés. Toutes tranches dorées. 394 figures gravées sur bois, dans le texte et à pleine page, d'après Alphonse De Neuville et (pour le cinquième volume) Philippotaux, Ronjat, etc. Index général à la fin du dernier volume. Tome 1: 578 pp, 75 gravures.
Tome 2 : 574 pp, 66 gravures. Tome 3 : 564 pp, 74 gravures. Tome 4 : 570 pp, 94 gravures. Tome 5 : 598 pp, 85 gravures. Premier tirage des illustrations. Le cinquième et dernier volume a été rédigé par Mme de Witt d'après les notes de son père. Reliures signées Engel, Engel & fils et Charles Magnier en queue. Des frottements d’usage et des rousseurs éparses. L'ensemble est néanmoins en très bel état. Vendu


mardi 15 juillet 2014

Népal et Pays Himalayens par Isabelle Massieu. Félix Alcan éditeur, 1914.


Avant Alexandra David-Neel, la France connaît mal ses grandes voyageuses. Pourtant, aventurières, artistes, expatriées, touristes, colon(e?) s, militantes, premières femmes journalistes, ethnologues de terrain ou missionnaires, elles sont nombreuses à avoir pris la route avant 1900 pour la Sibérie, le Sénégal, la Chine, le Népal , le Brésil ou la Perse et souvent triomphé d'épreuves impressionnantes.


Contrairement à d’autres aventurières telle qu’Alexandra David-Néel, le récit d’Isabelle Massieu n’est pas teinté de quête spirituelle. C’est juste une observatrice attentive et curieuse qui pose un regard sensible et émerveillé sur ce qu’elle découvre. Elle court le monde pour son plaisir, mais aussi pour satisfaire une soif de connaissance de l’ailleurs.


« Il est des pays qui nous hantent, nous fascinent, nous appellent. Et quand on les a une fois visités, on ne se résigne jamais sans serrement de cœur à ne plus les revoir. Leur attrait vient tantôt de la nature qui les a parés plus généreusement, tantôt des hommes qui les habitent. Les pays neufs n’ont point de secret, mais les vieilles terres d’histoire et de civilisation, où tant de générations ont senti, pensé, aimé, adoré, gardent je ne sais quoi de mystérieux et de profond qui nous enveloppe et nous captive. »


Isabelle Massieu (1844-1932) fut exploratrice, photographe et écrivain (e). Elle est l’épouse d’un avocat, membre du Conseil de l’Ordre à Caen avec qui elle visite l’Europe, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Tripolitaine. Devenue veuve, elle poursuit ses voyages et remonte le Nil en 1892, puis visite la Syrie et le Liban.


En 1895, elle se dirige vers Ceylan et s’enfonce dans l’Inde anglaise mais la guerre du Tchitral l’oblige à se rabattre sur le Cachemire.  Elle atteint le lac Pangong à la frontière chinoise. En 1896 et 1897, elle visite la Cochinchine, le Cambodge, parcourt le Siam, la Birmanie et se rend au Laos. Après de nombreuses villes et des milliers de kilomètres parcourus à travers la Chine, elle visite les ports de la Corée et, parvenue à Pékin, traverse en charrette chinoise le désert de Gobi puis poursuit sa route par le Baïkal, Irkoustk, Tomsk et Omsk. Elle évite la voie ferrée du Transibérien et franchit 3.000 verstes pour gagner Samarcande et rentrer par le Caucase à Moscou.


Douée de grandes qualités et de volonté, elle accomplit [tardivement] ce long voyage escortée d’un seul domestique, choisissant de préférence les chemins non frayés. En 1908, elle part assister à l’inauguration du palais français des Maharajas puis rentra en Europe au début de 1909. Les récits des premières voyageuses françaises s'inscrivent dans l'histoire du XIXe siècle, ce siècle d'expansion des connaissances et des territoires, de prosélytisme culturel, social et religieux. Destinées par les mentalités de l'époque à une vie domestique plutôt qu'à l'aventure, ces auteurs(e?) fonderont les prémices d'une littérature féministe Les rares personnes myosines qui lisent ce blog vous diront que l'expédition d'Isabelle Massieu était, en fait, partie à la recherche de l'abominable homme des neiges - le yéti - dont la réputation, aux jeux de l'amour, était flatteuse. Je n'en crois pas un mot ! Elle sera décorée de la Légion d’Honneur le 10 mars 1906, promotion des Explorateurs. L'édition  originale de cet ouvrage est fort rare, vous le constaterez. Pierre 



Massieu (Isabelle). Népal et Pays Himalayens. Paris, Librairie Felix Alcan, 1914. Un volume grand in-8 (25 x 16,5 cm). Broché à couverture illustrée. 227 p. avec 6 cartes et 74 figures hors texte. 90 € + port

lundi 14 juillet 2014

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Voyage en haute bibliophilie…


Parmi les modernes coryphées de la bibliophilie ancienne M. Daniel Bayard s’est fait, d’emblée, une place dominante. Vous savez que j’ai beaucoup d’estime pour notre libraire tarasconnais mais quand m’est venue l’idée, avant de descendre en Provence, de m’arrêter dans les monts du Lyonnais pour rencontrer cet éminent professionnel,  le constat fut vite établi : Pierre manque notablement de livres d’exception…


En veut-on quelques illustrations édifiantes ? Il me suffisait de demander à notre hôte de prendre quelques clichés des livres qu’il présente à la vente. La plus élémentaire décence m’a cependant amené à ne pas préciser le titre des ouvrages en question. Les amateurs trouveront par eux même… Je sais aussi que la jalousie n’est pas le moindre des défauts des membres de cette respectable corporation  qui savent que la bienveillance oblige…


A ceux que choquerait une telle confession, je recommande – pour justifier cette  pénétrante réflexion – la conversation érudite de M. Bayard qui nous a entrainé, sans avoir l’air d’y toucher,  dans les recoins les plus inexplorés de la connaissance bibliophilique. Éclectique de la culture, à la fois disert  et précis, même dans l’extravagance de certaines pièces, familiarisé avec toutes les sciences, quoique averti de leur vanité, au courant des meilleures méthodes de collation et de datation des incunables, M. Bayard se hausse avec aisance par-dessus la clôture de l’adhésion à un syndicat professionnel.


Pour ma part, et cela m’arrive assez rarement, j’ai été impressionné par la qualité des exemplaires en présentation sur les rayonnages de cette bibliothèque et par la grande exigence des critères d’achat de ce libraire. Passant des hautes sphères du berceau de l’imprimerie à des constations moins abstraites  sur des ouvrages sortant d’ateliers de restauration, je m’en voudrais, comme d’une grave injustice, de vous faire penser que nous avons affaire, ici, à un professionnel endimanché en chemise amidonnée, nœud papillon et veste de tweed. Erreur funeste! Le millerot est une espèce rustique pratiquant plus souvent le VTT que le vélo d’appartement…


Bref, ce court séjour fut enchanteur ! D’abord par la grande variété des ouvrages catalogués  – qui le fait paraitre trop court même pour un académicien solitaire, et ensuite parce qu’il empoigne l’esprit par l’érudition de son possesseur. Il doit ce double privilège au mélange judicieusement dosé de considérations sur les techniques d’impression et sur l’art de la reliure. Vous ai-je dit que l’on mangeait aussi fort bien dans les bistrots des collines du lyonnais ? Bref, ce court séjour fut enchanteur…


Vous me direz qu’il est difficile d’être juste quand on est enchanté. Il ne suffit pas de confier la critique au silence… Alors, je vous engage, si vous ne l’avez déjà fait, de rencontrer M. Bayard à l’occasion d’un de vos déplacements en province. Cela n'enlève rien à tout le bien que je pense de la librairie ancienne de Pierre, bien évidemment !


Votre dévoué. Philippe Gandillet