vendredi 14 décembre 2012

L'envers du décor au théâtre par M.J.Moynet...


Je vous propose, aujourd'hui, dans ce petit ouvrage à la vente, de découvrir le théâtre, du feu de la rampe qui le sépare du public jusqu'au mur terminant la scène, depuis le sol du dernier dessous jusqu'au sommet de l'édifice. Il n'est pas traité, ici, de l'art du comédien, de la littérature ou de la musique mais de l'art combiné du régisseur, du peintre, du décorateur, du machiniste, du luministe, de l'habilleuse, de la maquilleuse, du pompier de service, du souffleur et de tous les professionnels qui interviennent au théâtre pour que le décor, les effets et la mise en scène vous émerveillent.


C'est Edouard Pailleron qui parlait si bien des rapports instaurés entre le spectateur et la scène :

 










" Et puis, voulez-vous savoir la vraie cause de cette influence énorme du théâtre ? C’est qu’il tient à l’âme même de l’humanité, c’est qu’il est, entre tous les arts, le mensonge charmant de la vie. Ah ! Ceux qui parlent de vérité au théâtre me font sourire. La vérité ! Au théâtre ! Mais tout y est faux, convenu, arrangé ; tout, depuis le ciel en toile jusqu’au soleil en gaz, depuis l’acteur qui interprète l’œuvre avec un costume, une figure, une voix, des gestes qui ne sont pas les siens, jusqu’à l’œuvre elle-même qui exprime en musique, en vers ou en prose comme on n’en parle guère, des sentiments comme on n’en trouve pas ; depuis l’auteur qui a médité ses naïvetés, calculé ses audaces, dosé ses émotions, jusqu’au spectateur qui n’ignore rien de ces habiletés, tant que le rideau est baissé, et qui les oublie, dès que le rideau se lève. Non, non ! pas d’art sans artifice ; et, encore une fois, le public le sait bien. Entre celui qui a fait la pièce et celui qui l’écoute, un contrat est intervenu, un contrat tacite par lequel le spectateur a dicté et l’auteur accepté ces conditions sous-entendues : « Je ne suis pas ici pour juger mais pour sentir, tu n’es pas là pour m’enseigner mais pour m’émouvoir ; je ne viens pas chercher la réalité mais la fuir, je veux voir d’autres hommes, rire d’un autre rire, pleurer d’autres larmes plus douces encore que le rire. Montre-moi la vie moins plate et plus rapide, le malheur plus mérité, le bonheur moins rare. Ennoblis mes passions par leur puissance, grandis mes luttes par leurs complications, égaie mes bassesses et mes hontes par le ridicule, sois exagéré, sois invraisemblable, sois faux, ne crains rien : mon imagination suivra la tienne aussi loin que les enchantements de ton art pourront la conduire. Va ! devine ce que je veux, dis ce que je sens, incarne ce que je rêve, et si, par tes impostures charmantes, tu prolonges l’illusion que je te dois, si tu flattes jusqu’au bout ma chimère, je te récompenserai magnifiquement, plus peut-être que tu ne le mérites. Mais prends garde ! Ne me laisse pas retomber à terre, réfléchir, me reprendre, ou ma raison, ce dragon que tu n’avais qu’endormi, se réveille et te dévore ! "

 








Tout est ici dit et bien dit. Pour la réalisation pratique, je vous renvoie à l'ouvrage de Moynet qui est fort bien expliqué et fort bien illustré ! Pierre


MOYNET (M.J). L'envers du théâtre. Machines et décorations. Paris, Librairie Hachette & cie, 1874. 1 volume In12. Deuxième édition illustrée de 60 vignettes sur bois par l'auteur. Reliure demi basane havane, dos lisse, titre et filets dorés, gardes colorées. 290 pages. Très bel exemplaire. Vendu

jeudi 13 décembre 2012

Léo Lelée au service de bienfaiteurs du livre : un bibliophile de 1900, Léon Lebègue, Jouaust, Jules Garnier...


Ces deux ouvrages sont un mystère et une œuvre d'art. Mystère, car on ne sait quel bibliophile a eu dans l'idée d'associer, par amour pour le livre, trois illustrateurs différents pour un même texte et dans un même volume. Œuvre d'art, car un des artistes, et pars n'importe lequel : Léo Lelée, s'est prêté au jeu de dessiner et de peindre sur les deux plats des reliures en parchemin un dessin original, qui fait de ces deux livres deux remarquables œuvres originales.


J'ai déjà présenté les Cent Nouvelles Nouvelles sur le blog, ici. Voici un ouvrage dont personne n'a jamais vraiment désiré s'attribuer la paternité. Dans la préface (j'allais écrire la préfesse) on nous suggère que l'ouvrage libertin est à attribuer à Boccace…En fait, il s'agit de récits grivois de même nature, écrits pendant la même période et dans une aire géographique proche (l'Italie). Ce fut un genre littéraire qui connaîtra son apogée pendant la Renaissance et jusqu'au qu'au XIXe siècle avec Les Cent Contes drolatiques d'Honoré de Balzac ! Dans la même veine, vous trouverez plusieurs auteurs, tant de langue italienne que française, L'Heptaméron de Marguerite de Navarre en étant la plus fidèle reproduction en littérature française, Les Contes de Cantorbéry de Chaucer, l'équivalent dans la langue de Shakespeare...


Mais c'est Léo Lelée qui va retenir, ici notre attention. Ce peintre très (très) en vogue dans les salles de vente, aujourd'hui est devenu un peu l'emblème de la Provence mistralienne avec ses arlesiennes en bandeau sur de nombreux visuels.


Arrivé en Provence en 1902, il y vécut pratiquement jusqu'à sa mort. Dessinateur talentueux, aquarelliste célèbre, illustrateur de nombreux ouvrages d'art français et étrangers, archéologue et félibre… Il fut le précurseur et le promoteur de l'Art déco provençal.


Peintre visionnaire du bonheur et de la joie de vivre, des portraits et paysages chers à Daudet, de la beauté des Arlésiennes, du rythme et de l'harmonie des farandoles, cet artiste à l'âme de poète fut aussi l'animateur de plusieurs associations ou sociétés : Comités des fêtes d'Arles, des sites et monuments historiques, Ordre du Ruban …  Il fonda, avec H. Bellon et J. des Vallières, la société des Amis des Moulins et participa activement à la restauration du Moulin d'Alphonse Daudet, à la création du petit musée attenant, à la décoration de la salle de la nouvelle mairie et aux fêtes de 1935. 


Il meurt à Arles en 1947. Son œuvre, considérée comme du " Mistral" ou "d'Arbaud" en images, vaut à la Provence une bonne part de son rayonnement.
 

Ces deux ouvrages valent, bien évidemment pour les dessins de Leo Lelée, pour les illustrations de Lebègue et leur suite sur Chine ainsi que pour la fameuse édition de Jouaust mais j'ai une pensée pour l'émérite bibliophile qui est à l'origine de cette exceptionnelle réunion de talents… Pierre


LELEE (Léo). Réunion de deux ouvrages numérotés des cent Nouvelles Nouvelles illustrées par Jules Garnier et Leon Lebègue. 2 volumes in 8. Reliure hollandaise sur parchemin. Premier plat illustré d'un dessin original aquarellé signé par Léo Lelée, dos et plats illustrés par l'éditeur, titre en lettres façon médiévale. Tranche supérieure dorée. Les deux ouvrages ne sont pas reliés à la suite mais dans l'ordre des sonnets. DE LA SALE (Antoine). Les dix dizaines des cent Nouvelles Nouvelles. 2 premiers volumes. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1874. Réimprimées par les soins de D. Jouaust. Tome I : LXXIX ,118, 83 pp. Tome II : 103, 105 pp. Couverture et dos conservés. Avec notice, notes et glossaire par M. Paul Lacroix. Complet des dessins gravés de Jules Garnier. Bandeaux, lettrines et culs-de-lampe. Tirage de 200 exemplaires sur grand papier. Un des 170 sur papier de Hollande. Celui-ci n°142.

LEBEGUE (Léon) : Cinquante dessins pour les cent Nouvelles Nouvelles. Aquarelles d'après les originaux. Préface de Jules de Marthold. Paris, Charles Carrington, Editeur, 1900. 120 exemplaires numérotés, le notre N° 8, en tirage de tête sur papier de Rives, avec une suite en noir sur Chine des planches. 28 pages de texte. Tome I : 12 planches aquarellées et leur suite sur Chine. Tome II : 10 planches aquarellées et leur suite sur Chine.Rare exemplaire de bibliophile avec remarquable travail de reliure. Vendu

mercredi 12 décembre 2012

Un livre sur le mariage dédié à une Princesse célibataire par Jacob Cats en 1643 : Faces Augustae Sive Poematia…


Voici un petit recueil d'épithalames (Je vous prête mon dictionnaire ?), de questions relatives au mariage, à l'amour, et aux moeurs nuptiales à travers le monde (chez les Moscovites, les Juifs, les Suisses, les Indiens, les Bataves, etc...). Il fut composé par trois auteurs flamands dont le poète hollandais Jacob Cats (1577-1660), l'historien et géographe Caspar van Baerle (1584-1648) et Cornelius Boyus (1611- 1665).


L'ouvrage est dédié à la Princesse Elisabeth de Bohème, alors âgée de 25 ans, qui manifestait depuis sa jeunesse un goût prononcé pour l'étude de la philosophie et qui refusait de se marier de peur d'en être écartée. En 1644, Descartes qu'elle avait pris pour maître, lui dédiait ses Principes de la Philosophie en la proclamant " la première et la plus savante de ses disciples"…

 








Il s'agit, en fait, d'une ode nuptiale que l'on pourrait comparer aux toasts prononcés par les témoins des mariés, le jour de la cérémonie. Cependant une petite différence, ici ; le texte est intégralement en latin qui est toutefois, avouons-le, plus facile à comprendre que le néerlandais gothique et même le néerlandais moderne…


Voici pour ceux qui ne comprennent pas le latin comment tourner un chant nuptial à notre époque :


" J'aimerais dire deux ou trois mots en ma qualité de garçon d'honneur. C'est la deuxième fois seulement que je remplis ce rôle. J'espère l'avoir bien tenu la première fois. Les mariés, en tout cas, continuent de me parler. Et j'avoue que j'ai de la chance, car eux ne se parlent plus… Ils ont divorcé et ne s'adressent plus jamais la parole. Mais on m'a assuré que je n'y étais pour rien. Marie de Saxe aurait su, de toute façon, que son futur mari couchait avec sa soeur avant que je n'en parle dans mon discours. Euh... le fait qu'il ait couché avec sa mère l'a surprise, par contre. Mais je pense, avec le recul, que ce n'était rien comparé au cauchemar et à la violence des deux jours qu'a duré leur mariage... Mais passons à un autre sujet... Pour le moment, je dois vous parler d'Elisabeth de Bohème, qui n'a rien à cacher, elle. En tout cas, c'est ce que je croyais jusqu'à que... mais j'y reviendrais dans une minute car je voudrais dire autre chose.


Euh… Je suis plus que jamais plein d'admiration devant ceux qui prennent le genre d'engagement qu'Elisabeth de Bohème va  contracter dans l'avenir car je sais que j'en serai incapable et je trouve très bien qu'elle puisse le faire. Alors pour en revenir à la jeunesse d'Elisabeth de Bohème … Non, en fait, c'est une mauvaise idée !  Parlons de demain : Quand la routine s'installera, je souhaite du fond du cœur que vous vous rappellerez l'émotion que vous avez ressentie lorsque vous avez échangé votre premier baiser devant l'autel de l'église… Chers amis, je vous propose de lever vos verres et vos fesses et de porter un toast à l'adorable Elisabeth de Bohème pour qui nous avons écrit ces poèmes en latin…"

Celui qui achètera l'ouvrage à la vente, aujourd'hui, fera, sans aucun doute, mieux avec le "Gaffiot". Pierre


CATS (Jacob) [Jacobus Catsius, Caspar Barlaeus, Cornélius Boyus]. Faces Augustae Sive Poematia Quibus Illustriores Nuptiae, a Nobili & Illustriviro, D Jacobo Catsio, Eq. & Praepor. Holl. As Frisiae Occidentalis Ord. Syndico, Antehac Belgicis Verisibus Conscriptae. iam a Caspare Barlaeo & Cornelio Boyo latino carmine celebrantur, ad Serenisimam Principem Elizabetham, Fred. Regis Bohemiae & Electoris Palatini filiam. Dordraci (Dordrecht), sumptibus Matthiae Havii & typis Henrici Essai, anno 1643 cum privilegio xv, annorum.  Un volume petit in-8 de l'époque. Reliure postérieure demi basane, dos lisse orné de filets et pièce de titre. Mention de tomaison ancienne indépendante de l'œuvre complète. [3ffbl], [7ff nch], [1 portrait Elisabeth de bohème], [24ff préface, etc…], 272pp, 32pp, [3ffbl]. 13 gravures sur cuivre en demi page dans le texte + portrait à pleine page gravés par l'artiste anversois Crispyn Van Qeeborn. Première édition collective de ce rare recueil de poèmes. Bon état. 175 € + port

mardi 11 décembre 2012

Livres de seconde main cherchent à changer de main...


Voilà, je viens de changer l'aspect de ma librairie à l'approche des fêtes de Noël !

 









Il parait qu'après les jeux de société, l'informatique, les parfums, les cravates, les albums photos, les sous-vêtements affriolants, les pilous confortables, les écharpes de soie, les coffrets de musique, les boites en chocolat, les téléphones portables, les cadeaux séjours, les bérets, les santons, les peignoirs brodés, les bouteilles de vin fin, les briquets, les stylos et l'argent cash, le cadeau traditionnel de Noël reste le livre et en particulier le beau livre d'image.

 









J'ai un grand nombre d'ouvrages de seconde main (traduction anglaise du livre d'occasion) que je propose à des prix modestes. Je pourrais vous en faire une liste mais c'est vraiment trop lourd... Vous pouvez passer à la boutique pour faire votre choix.









 

Le vrai défi n'est pas de trouver de superbes ouvrages récents en bel état à proposer à la clientèle : le vrai défi, c'est de trouver de la place pour ranger les livres anciens qui étaient au même endroit sur ces rayonnages  ;-))  Pierre

lundi 10 décembre 2012

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : La petite ville de Tarascon vue par Remy de Gourmont et Louis Jou…


Mes vacances de Noël en Provence commencent un peu plus tôt que prévues, le crédit alloué au chauffage de la coupole ayant été dilapidé aux premiers frimas de l’hiver ! Me voilà donc tenant, ce matin,  la boutique de Pierre, notre libraire...

Tarascon : cette petite ville est agréable à contempler. On en voit de partout, en province, de ces îles de pierres accumulées émergeant d'une mer de verdure. D'entre les pierres surgissent quelques rocs sveltes et dentelés ; ce sont les flèches de leurs églises, jadis phares des âmes ; ce sont les remparts de leurs châteaux, jadis garants de leur sécurité. De toutes ces pierres, à certaines heures, tombe la voix des cloches ; l'air limpide se résout en musique, comme l'air gris se fond en pluie en ce jour de ciel bas. Les ondes se sont maintenant dispersées ; rassuré, le silence recommence sa promenade éternelle le long des rues désertes. On appelle Tarascon " La belle endormie ", ce n’est pas pour rien…


La diffusion des livres dans les rayons du supermarché local tue lentement les librairies. Il y en a encore trois : une librairie générale, où on trouve toutes les nouveautés, avec un fonds assez solide de classiques anciens et modernes ; une librairie-papeterie où se débite la littérature régionaliste centrée sur notre héros tarasconnais ; enfin la boutique de Pierre, où je me souviens d'avoir acheté mes premiers livres curieux. Seule, la deuxième librairie survit, mais on y vend maintenant beaucoup d’ouvrages scolaires jusqu’au jour où nos enfants auront remplacé leurs livres de cours par des tablettes tactiles plus légères. La petite ville est dans une profonde décadence intellectuelle.


La Collégiale Sainte Marthe domine, écrase, dévore la petite ville qui l'entoure et qui semble en découler comme une source de pierre. Cet amas harmonieux de sculptures, de flèches, de dômes, de porches, n'a pas suffi à rassasier l'activité constructive des siècles : deux autres églises, encore vastes et belles s'élèvent à ses côtés et l'on se demande comment purent être conçues et créées, en un temps aussi bref, tant de prodigieuses architectures. Il y a une telle disproportion entre les ressources artistiques actuelles de la cité et les anciennes réalisations ! Aujourd'hui, non seulement la ville ne pourrait édifier ces merveilles, mais à peine pourrait-elle en avoir l'idée qu’elle serait embarrassée pour les maintenir en bon état. Il faut que cela soit un gouvernement sans religion qui veille sur l'intégrité de ces monuments religieux. Abandonnés aux mains des fidèles, ils seraient depuis longtemps de belles ruines. La foi qui les construisit n'a plus assez de force pour les soutenir. Ceux-là mêmes qui les admirent sont devenus incapables d'une admiration active et ceux qui y prient ne voudraient pas se priver d'un déjeuner pour contribuer à la réfection d'une seule de ces pierres sculptées. Ils sauraient pleurer, ils ne sauraient faire que cela.


Il y a quelques années, mon ami M. Uzanne appelait les musées des "écoles de simulation et de pastiche", et cela m'a semblé bien près de la vérité. Il n'est pas douteux que les musées, répandus maintenant partout, ont développé outre mesure cette manie de l'imitation, qui est presque tout le génie humain. Mais il est des musées innocents comme ceux des petites villes. Celui de Tarascon n’échappe pas à la règle en proposant, au centre de la cité, une rétrospective de la vie de Tartarin qui comble le touriste dans la ville en déshérence…


La ville s’enorgueillit de posséder un grand collège et un lycée. Non pas que le corps des professeurs ait diminué de valeur, mais le niveau général des élèves s’effondre d’années en années… Je n'en rechercherai pas les causes, je constate le fait, qui est patent ; l'enseignement de l’État subit en province une crise dont il se relèvera difficilement. C'est en vain que toutes sortes d'améliorations y ont été apportées.


La bastide que j'habite ici a des parties du XVIe siècle. Elle a un grand escalier de pierre, à voûtes et à pilastres de pierre. Il y en a beaucoup d'autres dans la ville, qui a gardé aussi ses ruelles et ses tourelles. C'est très inconfortable, mais cela a une allure assez belle dans le silence. On sent qu'aux siècles passés, la vie y était assez semblable à ce qu'elle est maintenant, seulement plus ramassée encore, plus tassée sur elle-même. C'était une ville ecclésiastique. Moines et prêtres y abondaient et il est probable qu'une partie des maisons leur appartenait. Les prêtres y ont laissé la Collégiale et les deux églises dont j'ai parlé.


Heureusement, la ville possède son libraire d’ouvrages anciens que je remplace parfois, le lundi. C'est un homme respecté dans sa petite ville et qui ferait bonne figure dans les milieux parisiens. Tout ce qui concerne sa province, ou du moins sa région, lui est familier. Il connaît les fastes de chaque famille et sait ce que raconte chaque pierre des vieux monuments. Il est précieux d'être son ami quand on séjourne ou seulement quand on passe dans le pays. Les choses lui parlent et il traduit leurs paroles en des discours passionnés. S'il est un peu partial, c'est qu'à force d'étudier les choses de son pays, il a été naturellement amené à leur attribuer une grande importance. Sa maison, son jardin, ses livres et ses savantes recherches emplissent sa vie. Quoique traditionnaliste par instinct historique, il ne se mêle pas aux querelles locales, ce qui le fait un peu mépriser par les ambitieux. Il s'en console, car les compétitions politiques ne le tentent pas. 


La description de cette petite ville de Tarascon, nous la devons, en fait, à Remy de Gourmont. Il n'était pas tendre avec notre assemblée, je dois le mentionner : " L'influence de l'Académie sur les lettres ne peut être qu'exécrable, eût-elle les meilleures intentions, et ce n'est pas le cas, car loin de chercher le beau, elle cherche le moral, qui est peut-être son contraire…". Mais nous lui pardonnons car il avait beaucoup de talent. Je vous propose d'ailleurs de retrouver l'auteur, ci-dessous, avec ce remarquable ouvrage (illustré par Louis Jou) que Pierre propose à la vente. Votre dévoué. Philippe Gandillet


GOURMONT (Rémy de). La Petite Ville Suivie de Paysages. Frontispice et en-têtes gravés sur bois par Louis Jou. Paris, Société Littéraire de France, 1916. Un volume in-8. Broché à couverture illustrée. 121pp. Cet ouvrage fut publiée, la première fois, en 1913 par le Mercure de France avec la mention suivante : Tiré à petit nombre, dont cent vingt exemplaires sont mis en vente. La présente édition comprend onze cents exemplaires numérotés, savoir : un exemplaire sur papier à la forme du Japon, numéro I, comprenant un tirage sur papier de Chine du frontispice, et un tirage sur papier pelure du bois barré du frontispice ; quarante-neuf exemplaires sur papier à la cuve du Japon, numérotés de 2 à 50, et comprenant les mêmes tirages que l'exemplaire N°1 ; mille cinquante exemplaires sur vélin blanc des papeteries de Rives, numérotés de 51 à 1 100. Le notre le N° 381. Très bel état. Vendu

samedi 8 décembre 2012

Une certaine idée du bonheur par le marquis de Carracioli : La jouissance de soi même…


Le dix-huitième siècle est particulièrement sensible à ce type d'interrogation alors qu’il pose les fondements d'une société recomposée. De grands auteurs comme Rousseau et Diderot, surtout, essaieront de reconsidérer l’ensemble de cette problématique qui rejoint, en fait, celle de la définition de la nature humaine. Pour les adolescents prépubères qui nous lisent, je dois néanmoins leur préciser, tout de suite, que cet ouvrage au titre équivoque n'envisage pas le plaisir des sens, ne traite pas d'onanisme ni ne recense les techniques masturbatoires et les pathologies supposées qui s'y rattachent… La haute tenue morale de ce blog nous l'interdit !


La jouissance de soi-même ne doit présenter à l'esprit que le bonheur de posséder notre âme et d'en profiter avec patience conformément aux paroles de l'évangile. C’est pourtant une littérature souriante que Louis-Antoine Caraccioli (1719-1803) nous propose ici, lui qui a sillonné une partie des routes du continent pour nous ramener le fruit de son expérience.


Après une formation oratorienne, très poussée puisqu’il devint enseignant dans les meilleurs collèges de l’ordre, il se mit à voyager, d’abord en Italie, pays d’origine de sa famille paternelle puis en Europe Centrale, en Pologne et même en Hollande. Il exerça la tâche de précepteur auprès d’un fils de famille polonais, Seweryn Rzewuski qu’il accompagna dans son " Grand Tour ", passage obligé de la noblesse érudite de l'époque.


Ses voyages les plus importants cessèrent vers 1763, où il revint en France et s’installa comme littérateur. Ses premières oeuvres traitaient essentiellement de théologie mais très vite, il diversifia sa production et s’ouvrit aux analyses politiques ou historiques rédigées à partir de ses voyages ainsi qu'à des réflexions qui rendaient compte avec impertinence des préoccupations de son temps. C'est une étude de ce type que je propose aujourd'hui à la vente : La jouissance de soi-même ! Vaste programme...


Habile biographe, il produisit également des monographies et s’attacha enfin à rédiger des textes épistolaires qui se voulaient un semblant de conversation écrite fondée sur le coq-à-l’âne et la digression. L’ensemble de son oeuvre fut marqué par une nette évolution vers une idéologie reprenant de plus en plus les options modérées des Lumières. C’est dans ce cadre favorable aux idées nouvelles que s’inscrit, semble-t-il, son enthousiasme pour la diffusion de la culture française.


Les réflexions qu'il nous soumet prouvent la cohérence de ses jugements. On constate cependant un fort légitimisme religieux dans sa pensée. La jouissance de soi même est pour lui indissociable de la foi chrétienne. On imagine bien que ce philosophe des lumières, en raison de ses opinions religieuses sera méprisé par les tenants des idées révolutionnaires. Il perdra ses revenus et vivra dans la misère. La Convention nationale lui attribuera néanmoins, en 1793, un secours annuel de 2 000 livres et à sa mort, dix ans plus tard, dans un état proche de l’indigence, il ne laissa à son fidèle domestique que 24 francs pour tout héritage et la recommandation de ses amis...


Faire connaître Louis-Antoine Caraccioli, aujourd'hui, tient donc un peu de la réhabilitation… Vous pourrez  juger des chapitres envisagés dans cet ouvrage en  cliquant sur les clichés si dessous. Pierre


CARACCIOLI [Louis]. La jouissance de soi-même. A Amsterdam chez E.Van Harrevelt, 1760. Un volume In-12. Reliure pleine basane marbrée, dos à nerfs, caissons ornés de motifs floraux dorés encadrés par filets et roulette, pièce de titre en maroquin cerise, roulette sur les coupes, toutes tranches jaspées, gardes colorées jaspées. [1f], xvj, 440 pp, [1f]. Menus défauts de reliure, intérieur parfait. 75 € + port