vendredi 7 décembre 2012

Les " Causeries littéraires et historiques " du vendredi soir de Jules Janin...


La mode littéraire, au 19eme siècle, fut aux causeries ; celles de Sainte-Beuve (1804 – 1869), celles de Philippe Gandillet (1807- 2319) et celles de Jules Janin (1804 – 1874) ayant marqué leur temps…

Pour les critiques littéraires, notamment Baudelaire en 1865, le nom de Jules Janin est synonyme de négligence et d'opportunisme dans l'exercice du métier d'homme de lettres. La mort empêcha ce dernier de terminer sa lettre à Jules Janin qui commençait ainsi : " Vous êtes un homme heureux. Je vous plains, Monsieur d'être si facilement heureux. Faut-il qu'un homme soit tombé bas pour se croire heureux…"


De 1830 à 1874, Janin est critique littéraire au Journal des débats. Celui qu'on surnomma le « prince des critiques » tire gloire d'y avoir écrit deux mille deux cent quarante feuilletons hebdomadaires, « Deux mille deux cent quarante sacs de papier, de vent, de niaiseries, de truquages » selon Thibaudet, à commencer par un pastiche du roman noir L'Âne mort et la femme guillotinée qui lui apportera la gloire.


Partisan déterminé de la monarchie de Juillet, fort richement payé et très sûr de lui, il sut user et abuser des pouvoirs qu'une presse en plein essor confère aux feuilletonistes et aux critiques. Il fut un des premiers à comprendre son importance. Dans la préface des Contes nouveaux (1833) il écrit: " Le journal est le souverain maître de ce monde, c'est le despote inflexible des temps modernes; c'est la seule souveraineté inviolable; c'est mieux qu'un pouvoir de droit, c'est un pouvoir de fait. Toutes les grandeurs du monde viennent se briser sur cet écueil "


Ce bavard, aimé du public, passe à l'époque pour brillant et plein d'humour. Il reste célèbre chez les bibliophiles pour être un grand amateur de belles éditions reliées par les artistes à la mode mais, à sa mort en 1874, sa bibliothèque va être vendue à l'encan et dispersée comme tant d'autres, cette bibliothèque qui, selon la pensée de son créateur, devait se conserver intacte dans un dépôt de l'état, et que la veuve n'a pas eu le temps de défendre contre le fatal et inexorable coup de marteau du commissaire-priseur ! 


Paul Lacroix (le bibliophile Jacob) qui écrivit, avant la vente en 1877, un ouvrage en petit nombre intitulé "La bibliothèque de Jules Janin" disait : Avant un mois, il ne restera plus de cette charmante et aimable bibliothèque qu'un bon et correct catalogue, dû aux soins pieux du savant libraire et bibliophile M. Potier, et l'on se dira tristement que cette bibliothèque, qui n'ajoutera pas plus de 70,000 francs à la riche succession de la famille Huet, aurait été, dans un demi-siècle, le plus curieux monument de la littérature d'une époque où Jules Janin fut l'arbitre du goût, l'oracle de la critique, et le véritable représentant de l'esprit français.


Deux confidents, deux témoins sincères des idées de Jules Janin, Messieurs Piedagnel et A. de la Fizelière, l'un son secrétaire dévoué et désintéressé, l'autre son admirateur assidu et son intime conseiller tentèrent d'entretenir la mémoire de notre Académicien et de faire éditer ses œuvres complètes (le deuxième y arrivera). Cette élégante édition de ses causeries, que je propose aujourd'hui à la vente, comblera les amateurs. Pierre 


JANIN (Jules). Causeries littéraires et historiques. Molière, le bon Rollin, Daniel de Foë, la fin du Grand Siècle et du Grand Roi, Madame de Maintenon. Librairie Ch. Delagrave 1884 - Un volume grand in-8. Reliure demi-chagrin vert, dos à nerfs orné de caissons, filets et motifs floraux dorés. Cartonnage éditeur, plat supérieur estampé, toutes tranches dorées, gravures h.t. Pas de rousseurs. Bel état. 35 € + port 

jeudi 6 décembre 2012

Les Révolutions de l'abbé de Vertot...

René-Auber d'Aubeuf, abbé de Vertot, naquit au château de Bennetot, dans le pays de Caux, le 25 décembre 1655. Certains verront dans cette date de naissance symbolique un bon augure et c'est vrai que la vie de l'abbé Vertot fut celle d'un saint de la littérature… Il fit ses études au Collège des Jésuites de Rouen, puis au Séminaire diocésain, d'où il s'échappa pour aller s'enfermer au couvent des Capucins d'Argentan, dans lequel il fit profession sous le nom de frère Zacharie. Forcé, pour cause de santé, de quitter cet Ordre, il obtint du Pape l'autorisation d'entrer dans l'Ordre moins austère des Prémontrés.


Il fut ensuite pourvu de la modeste cure de Clichy-la-Garenne, près de Marly ; mais, désirant encore une retraite plus éloignée de Paris, pour se livrer à ses travaux d'historien, (il publie, en 1689, une histoire de la conjuration du Portugal qui lui assure le succès ) il demanda et obtint la cure de Fréville, en Caux qu'il quitta pour la cure de Saint-Paër, en Haute Normandie, lieu éloigné de tout sauf du Seigneur  ;-))


Jouissant d'un revenu de 3,000 livres, installé à la campagne avec sa bibliothèque, près de sa famille et de son pays natal, il travaillait tout à son aise à l'histoire et au salut des âmes. En 1696, l'année même de son installation à Saint-Paër, il publia son Histoire des Révolutions de Suède, qui eut un immense succès. Je présente aujourd'hui cette étude à la vente, dans une édition de 1768.


Le roi de Suède en fut si émerveillé qu'il fit offrir, par son ambassadeur, à l'abbé Vertot, une somme de 2 000 écus, le priant d'entreprendre une histoire générale de la Scandinavie. Le diplomate chargé de cette mission  crut, en arrivant à Paris, trouver l'abbé de Vertot mêlé à tous les gens de lettres et répandu dans le grand monde. Il fut bien surpris d'apprendre que c'était un curé de campagne, vivant en province, et dont seuls, ses ouvrages étaient connus… Un effet de la grâce, sans nul doute  ;-))


En 1701, le roi Louis XIV ayant réorganisé l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et augmenté le nombre de ses membres, l'abbé de Vertot fut nommé académicien associé. Le règlement exigeait alors la résidence près du cénacle mais comme notre abbé n'était pas assez riche pour vivre dans la capitale, on fit une exception en sa faveur. Il vint se fixer à Paris en 1703. En 1705 il fut nommé académicien pensionnaire, et c'est alors que commencera une série de travaux qui ne finit qu'avec sa vie. 


En 1710 parut le Traité de la mouvance de Bretagne et en 1709 l'Histoire des Révolutions de la République romaine. C'est vraisemblablement cette même année qu'il reprend l'étude qu'il fit sur la conjuration du Portugal sous le titre d'Histoire des révolutions du Portugal. C'est également ce titre que je propose aujourd'hui à la vente. En 1715 le grand maître des chevaliers de Malte le nomma historiographe de l'ordre, lui permettant d'en porter la croix et autres insignes. En 1726 il publia son Histoire des chevaliers de l'ordre de Malte, ce qui lui valut le titre de commandeur. L'abbé de Vertot jouit alors d'un grand revenu et eut son logement au Palais-Royal. C'est là qu'il est mort en 1735, à l'age de 80 ans… On dit qu'il est aujourd'hui conservateur à la bibliothèque du Paradis… Pierre


VERTOT (Abbe de). Révolutions De Portugal. A Paris Chez Aumont, 1768. Un volume in-12. Reliure plein veau marbré, dos lisse orné de caissons encadrés de filets dorés et avec en leur centre un motif floral, pièce de titre en maroquin avec lettres dorées, filet sur les coupes, tranches jaspées, gardes colorées à coquilles. XV, 382pp + [16ff dont table]. Illustré d'une gravure en frontispice et d'un arbre généalogique dépliant. Intérieur propre, une infime tâche en titre, tranches frottées. Belle reliure. 55 € + port


VERTOT (Abbé de). Histoire des Révolutions de Suède, où l'on voit les changemens qui sont arrivés dans ce Royaume, au sujet de la Religion & du Gouvernement. Nouvelle édition. A Paris, chez Panckoucke, 1768. Deux volumes in-12. Reliure plein veau marbré, dos à nerfs orné de caissons encadrés de filets dorés et avec en leur centre un motif floral, pièce de titre en maroquin avec lettres dorées, filet sur les coupes, tranches jaspées, gardes colorées à coquilles. Tome I : [8ff], 401pp, [2ff]. Tome II : 362pp. Coiffes restaurées. Une petite tâche sur la page de titre. Bel ensemble. 80 € + port

mercredi 5 décembre 2012

Tout sur Henri Cyral Editeur...


J'avais, il y a quelques temps, présenté un article sur l'éditeur Cyral dont j'apprécie particulièrement les publications, étant à la fois amateur de bons textes, de bons dessins, de belles couleurs dans de belles éditions au beau papier et à la présentation flatteuse. J'ai rencontré, à cette occasion, des bibliophiles qui possédaient quelques exemplaires ou la collection complète des publications de cet éditeur. C'est à l'un d'eux que j'ai demandé, sous la torture, de me fournir un excellent article sur Cyral éditeur… Ce qu'il a fait  ;-))  Merci Calamar (c'est un pseudo) !

En 1924, Henri Cyral annonce la publication du roman d’Alphonse Daudet : Fromont Jeune et Risler Aîné . Ce roman est illustré par Paul-Loïs Armand de 60 aquarelles, reproduites au pochoir. La ligne éditoriale sera simple : nommée « Collection Française », Cyral offre une nouvelle collection dédiée aux romans d’auteurs français, richement illustrés au moyen de l’aquarelle, avec un tirage suffisamment large et un prix raisonnable. Le tirage sera en général d’une vingtaine d’exemplaires de tête sur Madagascar ou Annam, comprenant chacun plusieurs aquarelles originales, 30 exemplaires sur Arches, et 970 exemplaires sur vélin de Rives. Le prix variera entre 200 francs pour les exemplaires sur Rives et 400 francs pour les exemplaires sur Madagascar.


La Collection française comptera au total quarante titres, et sera complétée par la « Collection Stendhal », suivant la même formule, qui comprendra quatre titres, et par des titres hors collection, sans qu’on devine toujours bien la raison de ce choix. Hors collection seront notamment publiés les Romans et Contes de Voltaire, ainsi que les Contes, puis les Fables, de La Fontaine. Tous ces titres sont en deux volumes. Au final, ceci représentera quarante-neuf titres. A noter que Luc Monod attribue à Cyral une publication qui ne lui appartient pas : « Cadences », de Pierre Camo, publié en 1925 par Garnier, dans la collection « la Muse française », avec un frontispice de Maillol. Peut-être un raccourci trop rapide sur le titre de la collection ?

Henri Cyral n’est pas un novice du monde de l’édition. Avant 1900, il publie des articles dans la revue Le Monde colonial . De 1902 à 1912, il dirige la revue « La Vie coloniale », dans laquelle il publie des " romans coloniaux ", en feuilletons. Aucun de ces romans n’a donné lieu à publication en librairie, l’aspect « roman » étant un peu négligé, au profit de l’aspect « colonial » et journalistique. Pendant cette période, il publie tout de même deux ouvrages : l’un sur la guerre des Boers, l’autre sur le maréchal Faidherbe, ce dernier  publié par les éditions de la Vie Coloniale.

Une des publications de Cyral dans sa revue, « la Vie coloniale ».
 
Ce passé « colonialiste » marquera ses activités éditoriales. Les papiers choisis, Madagascar et Annam, sont issus de colonies françaises. Les auteurs sont exclusivement français, et certains titres évoqueront les colonies, comme « Yamilé sous les cèdres », de Henri Bordeaux, illustré par Suzanne-Raphaële Lagneau, en 1927, ou les romans de Pierre Loti, comme « un pèlerin d’Angkor », en 1930, ou « Aziyadé », en 1931.

Écho paru dans « la Gazette du Nord Madagascar », le 7 avril 1928.
 
Mais ce serait tronquer cette collection de la réduire à cet aspect. Cyral publie également des auteurs contemporains, comme Edouard Estaunié (5 titres),  des écrivains reconnus, comme Alphonse Daudet (11 titres, l’auteur le plus représenté), des classiques, comme Gustave Flaubert (4 titres). Sept auteurs totalisent trente-sept des quarante-neuf titres ! De même, Cyral choisira ses illustrateurs parmi un petit groupe homogène : dix illustrateurs, pour un total de quarante neuf titres différents. Encore peut-on cerner plus finement : Daniel-Girard illustrera à lui seul 17 titres, et Pierre Rousseau 11…

Critique parue dans le Figaro Littéraire, le 15 décembre 1928. 

Ces publications sont bien accueillies. D’un prix raisonnable, constantes dans leurs qualités, les nouvelles éditions jouent sur l’aspect « série », renforcé par le nombre réduit d’auteurs et d’illustrateurs. Pendant une dizaine d’années, Cyral publiera ainsi avec succès 5 titres par an. Mais les effets de la crise de 1929 n’épargnent par l’éditeur. Les volumes publiés en 1932 sont tirés à 700 à 800 exemplaires. Le dernier titre publié, « quarante ans de Paris », d’Alphonse Daudet, illustré par Pierre Rousseau, sort en 1933, à seulement 750 exemplaires sur Rives. Daudet aura ainsi commencé et clos cette série…

Publicité insérée dans « La Revue de Paris », le 1er novembre 1933. 

Cyral publiera un dernier volume, en 1937, « le Temple sur la mer », de Fabrice Del Dongo, pseudonyme de Jean-Marie Charles-Roux, frère d’Edmonde Charles-Roux, cette publication étant sans aucun rapport avec la « Collection Française ». Il nous laisse un ensemble de livres de « demi-luxe », comme on disait à l’époque, qui sont toujours recherchés, et qui ont plutôt bien vieilli. Relativement courants sur vélin de Rives, les exemplaires de tête sur Madagascar avec aquarelles originales sont beaucoup plus difficiles à dénicher. Calamar

J'ai bien peur que cet excellent article, lu par plusieurs milliers  de lecteurs du blog, n'engendre à court terme, par la loi de l'offre et de la demande, une flambée du cours du Cyral…  N'achetez pas à la hausse, vous dira Calamar  ;-)) Pierre

mardi 4 décembre 2012

La révolution du 18mars 1871, vous connaissez ?


Qui connaît la révolution du 18mars 1871 ? La République n'en parle jamais, préférant baptiser ce mouvement populaire et insurrectionnel : La Commune…


Le 18 mars 1871, une émeute éclate à Paris, sur la butte Montmartre. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire de la République, renonce à la réprimer et s'enfuit à Versailles avec tous les corps constitués. Maîtres malgré eux de la capitale, les révolutionnaires et militants socialistes vont offrir à la bourgeoisie républicaine l'occasion de creuser un fossé toujours présent dans nos institutions entre la réalité du pouvoir et l'idéal républicain. Il en coûtera 20.000 victimes…


À l'automne précédent, après avoir capturé l'empereur Napoléon III et son armée, les Prussiens ont assiégé la capitale et le gouvernement qui s'est entre-temps réfugié à Bordeaux avec Gambetta, s'est résigné à signer un armistice. Les vainqueurs se voient accorder le droit de défiler le 1er mars 1871 dans Paris mais devant des statues recouvertes d'un voile noir. Les Parisiens ruminent leur humiliation. Après avoir soutenu un siège très pénible, ils se sentent trahis par leurs gouvernants. L'Assemblée nouvellement élue et où dominent les monarchistes attise les tensions. Après l'arrêt des combats contre les Prussiens, elle renonce à revenir à Paris et quitte Bordeaux pour Versailles, symbole de la royauté !


Dès le lendemain, parmi ses premières mesures, le gouvernement supprime l'indemnité due à la garde nationale. Or, à Paris, la garde nationale rassemble pas moins de 180.000 hommes issus de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier qui se sont portés volontaires pour défendre la capitale contre l'ennemi et se sont habitués à vivre sous les armes. L'atmosphère s'échauffe. Thiers décide de récupérer 227 canons financés par les Parisiens en vue de la défense de la capitale. La garde nationale les a disposés sur les buttes de Montmartre et de Belleville pour les mettre hors d'atteinte des Prussiens lors de leur entrée dans la capitale.


Le samedi 18 mars, Thiers envoie une colonne de 4.000 soldats avec l'ordre de les récupérer. On sonne le tocsin. La foule s'assemble. Les soldats entourés se débandent ou se rallient au petit peuple. Le général Lecomte, qui commande l'une des brigades, est fait prisonnier. Un autre général, Clément-Thomas, est arrêté à son tour par les émeutiers. À 17 heures, les deux hommes sont exécutés par la foule ! C'est une nouvelle révolution !


Des émeutes se produisent au même moment en d'autres quartiers de Paris. Adolphe Thiers renonce à les réprimer. Peut-être juge-t-il l'entreprise trop risquée avec 30.000 soldats à la fidélité incertaine face aux 150.000 hommes de la garde nationale ? Il ordonne donc à l'armée et aux corps constitués d'évacuer sur le champ la capitale pour Versailles.


Abandonné par la République, Paris s'en remet à des militants jacobins nostalgiques de la révolution de 1789, à des anarchistes, des socialistes et des utopistes. Pris de court par le vide du pouvoir, ces militants au nombre d'une trentaine se réunissent dans la plus grande confusion à l'Hôtel de ville. Ils organisent des élections municipales le 26 mars. La Commune est proclamée ! Elle est représentée par une assemblée de 79 élus et son nom fait référence à la Commune insurrectionnelle du 10 août 1792.


La capitale doit dès lors supporter un deuxième siège, non par les Prussiens mais par l'armée française. Il s'achèvera dans la tragédie, avec la  Semaine sanglante, deux mois plus tard. Cette blessure, jamais cicatrisée, continuera de séparer la gauche de la droite. Mais, au fait, combien de révolutions avons-nous eu, à Paris, depuis 1789 ? D'un point de vue général, ces trois publications, à la vente aujourd'hui, sont une expression de l'histoire de la politique française du 19eme siècle vue par ses propres acteurs. Pierre

L'ensemble 70 € + port
 1) Documents sur les événements de 1870-71. Littérature  officielle sous la Commune. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1871. Un volume in-12, 140 pp. Broché à couverture bleue. Quelques rousseurs. Bon état. 25 €
 2) Documents sur les événements de 1870-71. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1871. L'armée de Versailles, dépêches militaires. Rapport de Mac-Mahon. Un volume in-12, 108 pp. Broché à couverture bleue. Quelques rousseurs. Bon état. 25 €
 3) Documents sur les événements de 1870-71. La crise constitutionnelle en août 1871. Prposition Rivet. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1871. Un volume in-12, 100 pp. Broché à couverture bleue. Quelques rousseurs. Bon état. Rares ouvrages en édition originale. 25 €

lundi 3 décembre 2012

Alphonse Esquiros, saint laïc mais pas martyr de la liberté…


  Les avez-vous reconnus ? Une liste serait la bienvenue...

" Nul ne fut plus humble que lui. Il était l'ami des bons et des pauvres gens. Le Christ, qu'il semblait avoir pris pour modèle, aimait à vivre au milieu de simples pêcheurs ; et lui, lorsqu'il revenait à Marseille, se délasser des fatigues endurées au service de la grande cause républicaine, ce n'était pas à la porte des lettrés et des riches qu'il allait frapper ; non, c'étaient toujours vers les déshérités de l'instruction. Alphonse Esquiros fut donc un saint laïc…"


Voici le portrait flatteur de l'auteur dont je présente aujourd'hui un exemplaire à la vente. Il écrit cette histoire des martyrs de la liberté en 1851 pour remercier ses électeurs de l'avoir élu à l'assemblée nationale. Cette tradition n'est plus guère suivie de nos jours ; il y a tant de choses plus sérieuses à faire comme les réunions, les commissions, les groupes de réflexion, les discours, les repas de travail, les congrès, les rassemblements, les meetings, les rencontres et les rendez-vous avec la presse que les députés n'ont guère de temps pour écrire eux-mêmes leurs livres !


Mais le poète romantique et écrivain socialiste Alphonse Esquiros (1812-1876) n'est pas, comme il le prétend, un enfant du peuple ; il est issu d'une famille bourgeoise. Il reçoit au petit séminaire une éducation religieuse qui le marquera fortement. Admirateur passionné de Victor Hugo, il aura plus de succès que lui en politique bien que leurs opinions et leurs parcours furent très proches.


A l'origine c'est un recueil poétique, Les Hirondelles (1834), où Esquiros développe en préface son rêve d'une République des lettres, qui est favorablement accueilli par la critique malgré le petit nombre d'exemplaires vendus. Message d'espérance, ces pièces d'inspiration nettement panthéiste s'efforcent de préserver le fragile équilibre qui hanta la pensée romantique, entre bonheur individuel, idéal socialiste et mystique chrétienne.


De 1834 à 1837, des articles donnés à la France littéraire et à La Presse, où Victor Hugo le fait entrer comme spécialiste des sciences occultes, rendent compte des activités multiples de l'écrivain : il fréquente les salons littéraires, les théâtres, les cours de la Sorbonne, les soirées et les bals. Cette période agitée et un peu déréglée engendre un roman philosophique, Le Magicien (1837), traduisant ses angoisses et ses incertitudes : soif d'absolu, tentations de la science et de la beauté idéale qui se soldent par la mort ou le suicide des héros, espérance finale de rédemption par l'amour de la femme.

Il est élu à l'assemblée nationale en 1850 lors d'une élection partielle député démocrate-socialiste de Saône et Loire et prend place sur les bancs de l'extrême-gauche. Il doit s'exiler lors du coup d'état de décembre 1851. Il rejoint d’abord la Belgique, puis passe en Angleterre. De Londres, il écrit des chroniques publiées dans La Revue des deux mondes et réunies progressivement dans une série de volumes édités par Hetzel et portant titre "L’Angleterre et la vie anglaise".

Son retour en France en 1870 le fait entrer dans le cénacle des dirigeants républicains de la France. Il est nommé Administrateur dans les Bouches du Rhône. Il est lâché par Gambetta en raison de ses positions par trop populistes mais restera sénateur jusqu'à son décès. Une belle vie, en somme, qui lui a permis de mettre son nom sur la page de titre de l'ouvrage mais heureusement pas dans la table des matières… Pierre

ESQUIROS Alphonse. Histoire des Martyrs de la Liberté. Chez J. Bry Ainé, Editeur, Paris 1851. Reliure demi percale marron. Cartonnage vert. [6ff], VIII,  240 pp,[1f bl]. Texte imprimée sur deux colonnes, avec de très nombreuses gravures dans le texte et hors-texte sous serpentes, dont un frontispice remarquable par David, Nanteuil, Frère, Beaucé, Staal,etc… 45 € + port

samedi 1 décembre 2012

La Rochefoucauld-Liancourt : Les Etats-Unis comme modèle au siècle des lumières…


Il manque le tome I à ce remarquable ouvrage retraçant le fabuleux voyage fait de 1795 à 1797 par la Rochefoucault-Liancourt aux Etats-Unis d'Amérique. C'est dit… On en reparlera plus ensuite ! Je peux même vous en donner la raison, la même que celle que Victor Hugo avait invoqué devant la bibliothèque de l'Arsenal brûlée pendant la commune : la bêtise, l'ignorance… Un ouvrier, pendant les travaux effectués par l'ancien propriétaire dans sa bibliothèque, a piqué un volume. Comme ça… Le détenteur ne savait pas pourquoi et il est vraisemblable que le voleur non plus !


François Alexandre Frédéric, duc de La Rochefoucauld-Liancourt, naît, en 1747, dans une grande famille de la noblesse française. Descendant du mémorialiste, il hérite, en 1769, de la charge de grand-maître de la garde-robe sous Louis XVI. Mais, il est attiré par les temps nouveaux, et se rend en Angleterre où il acquiert les idées qui marqueront sa vie : rôle de la science dans l’amélioration de l’agriculture, potentialités immenses de l’industrie, nécessité de l’enseignement et des institutions pour faire évoluer la société. Revenu à Paris, il fonde une ferme modèle, puis l'Ecole nationale des Arts et Métiers. Il introduit la vaccine en France et propage l'enseignement populaire. 


Fidèle au Roi, mais hostile à la monarchie absolue, sa vie entière s'enracine dans le mouvement des Lumières et dans le processus de révolution des sciences, des techniques et des mœurs. Il est élu aux Etats Généraux de 1789. Député à la Constituante, il en est le premier président. Il y est également rapporteur du Comité pour l’extinction de la mendicité et fondateur du département de l'Oise. Emigré en Angleterre puis aux Etats-unis, revenu en France sous l’Empire, mais se tenant à l’écart du pouvoir, il écrira différents ouvrages sur le monde anglo-saxon et se composera une des plus belles bibliothèques de l'époque.


Retraçons son périple on the other side of the pond...
   

En1795, il entame avec cinq compagnons un voyage qui couvre une grande partie des États du Nord et du Canada. Lui et ses compagnons traversent le Niagara pour Fort Érié, ville frontière avec les Etats-Unis. Mais il n'obtient pas l'autorisation de poursuivre son voyage et reçoit de Lord Dorchester, gouverneur du Canada, un ordre d'expulsion. Dépité, il s'en retourne aux États-Unis en rejoignant Albany.


Au cours de ses différents voyages en Amérique septentrionale, il a rédigé une dizaine de volumes de carnets, qu'il annotera ensuite durant toute sa vie. Ces manuscrits sont conservés aux Archives Nationales, à Paris. Une édition en 8 volumes en a été publiée dès son retour en France en 1799, dans l'indifférence générale. C'est cette édition originale que je vous propose aujourd'hui à la vente. Quelques exemplaires en subsistent encore, dont l'un est conservé aux Archives gadzarts de Liancourt, dans l'Oise. Les autres s'exposent sur les rayonnages de grandes librairies à des tarifs que la morale réprouve  ;-))


Si vous avez besoin d'un petit prêt-relais pour acquérir cette rare et belle série en parfait état, je vous conseille de vous adresser à la Caisse d'Epargne. La Rochefoucauld-Liancourt en fut le premier président en 1818, et le restera jusqu’à sa mort en 1827. Il vous suffira donc de faire référence à ce grand humaniste du siècle des lumières pour que cette noble institution vous déroule le tapis rouge… Bon! C'est fermé le samedi mais vous pouvez y aller lundi avec ce petit billet en poche ;-))  Pierre

ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT (François Alexandre Frédérique, duc de). Voyage dans les États-Unis d'Amérique fait en 1795, 1796 et 1797. Paris, Du Pont - Buisson - Charles Pougens, 1799. 7 volumes in-8, manque le tome I  (205 x 127 mm). Plein veau glacé et marbré, plats avec filet d'encadrement, dos lisse, caissons encadrés (filets et roulettes) avec au centre une ornementation de style empire, pièces de titre et de tomaison en maroquin cerise et vert, lettres dorées, filet doré sur les coupes, toutes tranches rouges, gardes colorées. Reliure de l'époque signée de la veuve Cuyol, relieur de la Marine, N°10 Rue des Bernardins à Paris. Tome II ; [2] ff., iv, 349 pp. Tome III ; [2] ff., iv, 384 pp. Tome IV ; [2] ff., iii, 349 pp. Tome V ; [2] ff., iij, 384 pp. Tome VI ; [2] ff., iii, 336 pp. Tome VII ; [2] ff., iv, 366 pp. [1] f. Tome VIII ; [2] ff., [1] ff., 244 pp. 2 cartes dépliantes (dans les volumes 4 et 7), nombreux tableaux dans le texte, à pleine page dont plusieurs dépliants.). État de fraicheur remarquable. Vendu