jeudi 7 avril 2011

Histoire de l'Allemagne par E. Denis, de la Sorbonne.


C'est en réalisant qu'une confusion nous faisait croire que la guerre de 1870 avait été perdue par l'armée française contre l'Allemagne alors qu'elle a été perdue contre la Prusse que je me suis décidé à rechercher sur mes étagères un ouvrage qui rappelle l'histoire de la construction de cet état qui a toujours été un de nos plus fidèle allié. Deux guerres, avec l'Allemagne ? En un siècle ? Tiens…Vous croyez ?

Juste un petit résumé très incomplet :

Si l'Allemagne moderne voit le jour entre le fin du 15ème et le début du 16ème siècle, ce n'est pourtant que depuis 1871 qu'elle est une réalité étatique, bien que ses frontières aient été revues plusieurs fois depuis lors. Le phénomène fondamental de la création de l'Allemagne moderne, c'est la Réforme luthérienne. Elle constitue en effet une détermination religieuse et culturelle d'une grande partie de l'identité de l'Allemagne moderne. De même, elle est à l'origine du clivage de l'Allemagne jusqu'au 20ème siècle… Il est vrai que les différences entre pays catholiques et protestants commencent seulement aujourd'hui à s'estomper.


Les provinces allemandes furent longtemps dominées par l'Autriche dans le cadre du Saint-Empire romain germanique (de 962 à 1806) puis de la Confédération germanique (de 1815 à 1866). En 1871, à la fin de la guerre franco-prussienne, ils furent réunis dans un État dominé par la Prusse, donnant ainsi naissance à l'Allemagne unifiée moderne, dite également Deuxième Reich (riche empire…). La défaite allemande qui suivit la Première Guerre mondiale provoqua, en 1918, l'avènement de la République, puis en 1933 celui du Troisième Reich, lequel s'effondra en 1945 dans la défaite qu'entraîna la Seconde Guerre mondiale.


D'abord occupée par les forces armées de ses vainqueurs, l'Allemagne fut séparée en deux parties en 1949 qui formèrent la République fédérale d'Allemagne (dite Allemagne de l'Ouest) et la République démocratique allemande (dite Allemagne de l'Est). La réunification a eu lieu le 3 octobre 1990, 11 mois après la chute du Mur de Berlin, qui marqua la réunification populaire. En 1990, sa capitale redevient Berlin. Voilà donc pour aujourd'hui et j'espère pour demain...


L'Allemagne est une république fédérale constituée de 16 États fédérés. Le pays a longtemps été constitué de plusieurs États plus ou moins autonomes, avec leur propre histoire, culture et affiliation religieuse. Tout le monde sait que l'Allemagne est le bon élève de l'Europe. "La mentalité germanique" disent les envieux ! Le résultat est que l'Allemagne est une puissance économique majeure, la première d'Europe. Actuellement, elle est classée quatrième puissance économique mondiale selon le critère monétaire traditionnel, derrière les États-Unis, la Chine et le Japon. L'Allemagne est le second exportateur de marchandises dans le monde : Un exemple donc.


Vous retrouverez, dans l'ouvrage que je propose à la vente, les grandes dates qui s'attachent à la construction de cet état. Les bibliophiles, amateurs de percalines ornées, apprécieront la reliure illustrée. Y a-t-il des bibliophiles en Allemagne ? Évidemment !! Fidèles à leur réputation d'exigence, ils sont même imbattables sur les collations d'ouvrage. Ce n'est pas Martin qui nous contredira… Pierre


DENIS (E). L'Allemagne. 1789-1810 (Fin de l'ancienne Allemagne). Paris, Ancienne Maison Quantin, Librairies-imprimeries réunies, sd (1900). In-8, 343 pp. Percaline rouge ornée sur le premier plat d'un décor végétal doré sur emblème de la bibliothèque illustrée, titres en noir. Dos lisse et lettres dorées, dernier plat avec la vignette de la maison d'édition en noir. L'Allemagne au XVIIIème siècle - L'Allemagne et la Révolution française - Fin du Saint-Empire Romain Germanique - L'âge d'or de la littérature Allemande - L'Allemagne française et le réveil du sentiment national. Demi chagrin vieux rouge de l'époque, dos à nerfs richement orné, plats toilés avec fers du Lycée Ampère de Lyon. Nombreuses illustrations dans le texte et à pleine page. Petite tache sur le coin du premier plat. Bon exemplaire. Vendu


DENIS (E). L'Allemagne. 1810-1852 (La confédération germanique). Paris, Société française d'édition d'art. L. Henry May. Sd (1900). In 8, 312 pp. Percaline rouge ornée sur le premier plat d'un décor doré sur emblème de la bibliothèque illustrée, titres en noir. Dos lisse et lettres dorées, dernier plat avec la vignette de la maison d'édition en noir. Les guerres de l'indépendance, le congrès de Vienne, l'hégémonie autrichienne, le réveil de l'Allemagneet la dernière victoire de Metternich, la jeune Allemagne-Frédéric Guillaume IV, la révolution de 1848. Nombreuses gravures dans le texte. Bon exemplaire. Vendu

mardi 5 avril 2011

Marius AUDIN. Histoire de l'imprimerie par l'image


Nul doute que Marius Audin aurait été invité à un "dîner de cons"… Il en est ainsi de ces passionnés qui vivent en dehors du monde, dont on se moque mais qui se révèlent être, a posteriori, des gens exceptionnels.

Né d'une famille de paysans modestes à Beaujeu, Marius Audin (1872-1951) se lança dans l'étude de l'histoire naturelle de son pays natal dès ses plus jeunes années. Collectionneur-né, il a déjà à l'âge de vingt ans, un herbier comptant un millier d'espèces. Mais s'il adore rassembler des choses ce n'est pas simplement dans le but d'en faire une collection ; c'est aussi pour y mettre de l'ordre. C'est une activité dont il ne se lassera jamais jusqu'à la fin de sa vie. (On a estimé qu'il a rédigé plusieurs millions de fiches au cours d'un demi-siècle de recherches historiques sur des sujets aussi divers que l'histoire locale, la papeterie et le patois beaujolais.)


Quelques années plus tard, en 1892, on le trouve installé à Lyon où il est commis-greffier près du Tribunal de Commerce. Il restera greffier jusqu'en 1905, treize ans pendant lesquels il mènera une sorte de double vie partageant son temps entre son travail et ses recherches botaniques. Ce n'est que vers 1906, à l'âge de 34 ans, que les intérêts et la carrière de Marius Audin commencent à prendre une autre tournure. Ses recherches botaniques se poursuivent mais, depuis un certain temps, il s'est lancé dans son Essai de bibliographie beaujolaise. C'est aussi en 1906 que, grâce à l'intervention de l'imprimeur Alexandre Rey, Marius Audin va enfin pouvoir quitter son poste de greffier. Rey, patron de l'une des plus grosses imprimeries de la ville, lui confie la direction d'un journal d'annonces judiciaires, la Gazette judiciaire. Désormais, il sera en contact direct avec le monde de l'imprimerie.


A partir de 1909, ses travaux botaniques sont de plus en plus remplacés par des études historiques. Son Essai de bibliographie beaujolaise sera suivi d'une série d'articles sur le même thème publiés entre 1906 et 1908 dans le Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais. En même temps ses publications commencent à refléter son intérêt croissant pour des sujets plus artistiques : Bibliographie iconographique du Lyonnais, études sur les sculpteurs Lamoureux et le graveur Claude Séraucourt.


Mais, en 1910, un nouveau changement se produit dans la vie professionnelle de Marius Audin. Ayant fait ses preuves chez Rey, il quitte la direction de la Gazette judiciaire pour prendre en main son concurrent, les Petites affiches, édité et imprimé par l'imprimerie P. Decléris. Dès lors, le monde de l'imprimerie ne le lâchera plus jusqu'à la fin de sa vie. La grande guerre marque une pause dans les écrits de Marius Audin, mais pas dans ses recherches, de plus en plus engagées dans la voie de l'histoire des arts appliqués en général et des arts graphiques en particulier. Le monumental Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art du Lyonnais, préparé en collaboration avec un autre érudit lyonnais Eugène Vial, paraît en deux tomes en 1919.


Audin s'engage aussi dans une collaboration avec l'éditeur lyonnais Cumin et Masson. Il s'occupe d'abord de la Collection des Amis du vieux Lyon, puis, il commence une série d'ouvrages sur le livre et le papier dont les premiers seront La Vie des livres, leur histoire en images, racontées par eux-mêmes, publié à vingt-cinq exemplaires en 1917, et Nos vieux moulins du Rhône, publié un an plus tard. Bien plus important est la parution en 1921 chez Cumin et Masson du Livre, sa technique, son architecture et en 1929 de l'Histoire de l'imprimerie par l'image en 4 tomes qui sont rapidement devenus des références pour les bibliophiles. C'est ce dernier ouvrage que je vous propose à la vente aujourd'hui.


On sait combien rares sont les études techniques rédigées en connaissance de cause par des hommes de l'art et qui sont capables d'y intéresser des lecteurs. Tel est le cas de ces ouvrages, œuvres d'un technicien réputé, qui ne s'est pas contenté d'écrire son ouvrage, il l'a imprimé lui-même, avec une rare perfection.


La première partie est une étude sur l'histoire et les techniques de l'imprimerie et contient un album de 249 figures. L'étude comporte une série de notices sur les essais pré-typographiques, sur l'invention de la typographie proprement dite et sur les principaux imprimeurs de l'âge héroïque. Suit l'étude analytique des caractères avec 266 figures, la présentation de ces caractères sous forme de livres avec 243 gravures et pour terminer l'utilisation de ces caractères dans l'élaboration de petits travaux de presse qui ne contient que 13 pages de texte pour tout le tome. Ces ouvrages ne visent à former, ni une histoire chronologique de la typographie, ni un traité de typographie rétrospective ; elles se contentent de présenter chaque technique ou matériel et permettent au lecteur de se faire son opinion à lui, s'il le désire.


Inutile de dire combien sont précieuses pour le profane les indications de Marius Audin sur l'outillage et les procédés des vieux imprimeurs. L'histoire se poursuit à travers les siècles modernes : double histoire, des grands imprimeurs et des procédés. L'atelier, la casse et les caractères ; la presse ; le papier ; l'encre — puis, lorsque le machinisme industriel envahit l'imprimerie, les machines à composer (linotype et monotype) et la presse mécanique font l'objet de notices toujours conçues dans le même esprit. L'album, excellent, est en liaison étroite avec le texte. On y trouve des spécimens des plus remarquables impressions connues, des origines de la typographie jusqu'au xxe siècle ; des reproductions de marques et de titres célèbres ; des dessins de machines ou d'outils, depuis les plus anciennes presses jusqu'aux rotatives contemporaines ; des portraits de grands imprimeurs et de grands techniciens du livre, depuis les grands ancêtres jusqu'à leurs successeurs du xixe siècle. Tout cela est un régal pour les yeux. Avec la collaboration de M. Febvre… Pierre


AUDIN (Marius). Histoire de l'imprimerie par l'image. Henri Jonquières, Paris 1929. 4 volumes in 4. Brochés. Tome I : L'histoire et la technique.126 pages, 250 illustrations. Tome II (non coupé) : La lettre d'imprimerie. 105 pages, 266 illustrations. Tome III (non coupé) : Esthétique du livre. 111 pages, 242 illustrations. Tome IV : Bibelots et bilboquets. 13 pages et de nombreuses illustrations. Histoire des premiers imprimeurs, évolution des techniques d'impressions, diffusion de cet art. Illustré de très nombreuses reproductions de gravures anciennes et modernes. Très bel état. Vendu

lundi 4 avril 2011

Causerie du lundi d'Aimée la relieuse : L’atelier de François-Louis SCHMIED


Absent pour cause de pêche à la ligne, j'ai demandé à une excellente amie de nous parler de l’histoire extraordinaire de l’atelier de François-Louis Schmied, imprimeur, graveur, éditeur, relieur et bibliophile du début du 20eme siècle. Je m'efface. Philippe Gandillet

C’est en me promenant dans la merveilleuse Bibliothèque Wittockiana à Bruxelles que j’ai été victime d’un coup de foudre. A l’instant où mes yeux se posaient sur « lui », je sentis que j’étais frappée au cœur, irrémédiablement et pour toujours. Et avec Phèdre j’aurais pu déclamer

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler
Je sentis tout mon corps et transir et brûler. »

Mais qui est ce « lui » ? : Un livre, vous l’aurez deviné. Mais pas n’importe lequel. Il s’agit en effet d’un livre relié et décoré par François-Louis Schmied et Jean Dunand : Daphné d’Alfred de Vigny. Reliure en maroquin brun, sur les plats et le dos muet, décor mosaïqué de pièces de maroquin orange, marron, noir, beige et bordeaux. Sur le premier plat, incrustation d’une grande laque figurant une colonne antique faite de fragments de coquille d’œuf.


A partir de ce jour, je n’ai eu de cesse de savoir qui était le génial créateur de l’objet de ma passion. C’est ce que je vous invite à découvrir ici :

La Formation : Né en 1873 à Genève, François-Louis Schmied dessine et peint dès son plus jeune âge. Il entre à l’Ecole des Arts Industriels de Genève à l’âge de 17 ans et y rencontre Jean Dunand, élève en sculpture. Tous deux deviennent des amis inséparables et travailleront ensemble jusqu’à la fin de leur vie. Après un passage à l’Ecole des Beaux-arts de Genève, François-Louis Schmied quitte la Suisse et part s’installer à Paris. De ses longs moments passés à la bibliothèque municipale de Genève lui vient son goût pour les livres anciens, il y découvre notamment les éditions lyonnaises du XVIème siècle, les livres d’heures et les manuscrits de la Renaissance italienne.


Les débuts à Paris : Agé de 22 ans, François-Louis arrive à Paris en 1895 pour y vivre de son art, Jean Dunand le rejoint peu après. Les deux amis partagent tout : le toit, le couvert et le travail. Les débuts sont très difficiles : Ils gagnent très modestement leur vie avec des travaux « alimentaires » mais ne cessent pas pour autant de créer : gravures sur bois et estampes pour François-Louis Schmied, métal et laque pour Jean Dunand. En 1899, bien décidés à s’imposer sur la scène artistique française, François-Louis Schmied et ses amis fondent l’Association des Artistes Suisses de Paris. Dès ses premières expositions, François-Louis Schmied se fait remarquer par la qualité de ses œuvres. La finesse et l’habileté technique de ses gravures sur bois le propulsent tout de suite au premier rang des graveurs de son époque.


François-Louis Schmied, un maître de l’estampe : Soutenu financièrement par des gens qui croient en lui, François-Louis Schmied peut installer un atelier avec une presse et du matériel d’imprimerie. Des cours du soir à l’école Estienne lui permettent d’acquérir les bases de l’imprimerie. Dès 1907, il tire lui-même ses estampes et commence à produire des bois gravés de grand format avec des juxtapositions de couleurs et des compositions audacieuses.


L’épopée du Livre de la Jungle : En 1910, Paul Jouve, artiste que connait bien François-Louis Schmied est commandité par la société de bibliophilie Le Livre Contemporain pour illustrer Le livre de la Jungle. S’y connaissant peu en gravure sur bois, il se tourne vers Schmied et lui demande de réaliser 90 illustrations en couleur. Schmied va investir toute son énergie créatrice à ce projet. Deux presses à bras sont spécialement installées dans un atelier du XIVème arrondissement de Paris, près de 1.000 blocs de bois sont gravés…Mais la Guerre impose de suspendre le travail (François-Louis Schmied, engagé aux côtés des français perd un œil dans une bataille de tranchées dès les premiers jours de guerre), les feuilles déjà tirées sont mises à l’abri en province. Finalement ce ne sera qu’en 1918 que le livre est achevé. C’est un chef d’œuvre, l’une des plus habiles et riches productions de l’édition de l’époque .C’est cette expérience réussie qui décide François-Louis Schmied à devenir son propre éditeur et à concevoir désormais les livres dans leur intégralité : illustration, gravure, impression, reliure, décor. Il ambitionne de créer les plus beaux livres de tous les temps et il parviendra à hisser ses créations au sommet. En effet, le nom de son atelier évoque à lui seul aujourd’hui une œuvre incomparable qui comprend les livres les plus luxueux et les plus typiquement art-déco des années 20.


L’âge d’or de l’atelier : Les années 20 marquent l’âge d’or de l’atelier de François-Louis Schmied véritable temple du livre où toutes les compétences artistiques de François-Louis vont s’épanouir. Une équipe de 4 graveurs sur bois travaille sous la supervision de Théo Schmied, le fils de François-Louis qui a suivi les cours de l’école Estiennne et qui collabore avec son père depuis son adolescence. L’atelier de l’ami fidèle Jean Dunand est situé juste à côté et les deux artistes travaillent étroitement sur la plupart des projets. Des années 20 à 30, quelques livres qui sont de véritables trésors vont sortir de l’atelier. Citons en quelques uns :

- Daphné, premier grand livre de François-Louis Schmied où l’osmose entre la typographie et l’illustration est portée à son plus haut point. Des bandeaux ornés d’or et d’argent évoluent de page en page, des lettrines rythment les chapitres et attirent le regard, la typographie parfois démesurée exprime la passion avec une intensité dramatique…Deux années sont nécessaires pour achever cet ouvrage qui renouvelle totalement la conception classique du livre, où chaque page est conçue comme une création en elle-même.

- Le cantique des cantiques. La division de l’œuvre en strophes incite François-Louis Schmied à réaliser une illustration page par page, avec 80 compositions gravées et imprimées sur fond or.


Ayant noué des liens d’amitié avec Joseph-Charles Madrus, traducteur des Mille et une nuits, François-Louis Schmied collabore avec lui pour plusieurs ouvrages de thème oriental où il peut donner toute la mesure de son art:

- La princesse Boudour , Là aussi 2 années de travail sont nécessaires pour un livre dont les 390 vignettes, toutes de couleurs différentes, s’unissent intimement au texte et dont les illustrations sont colorées à la main dans l’atelier de laquage de Jean Dunand. Le livre est tiré à seulement 20 exemplaires, ce qui en fait un ouvrage extrêmement rare et très recherché encore par les bibliophiles d’aujourd’hui.

- L’histoire charmante de l’adolescente sucre d’amour avec 649 bois gravés. Le texte vit autour des gravures, le trait du dessin est très libre.

- Ruth et Booz , livre baigné de lumière orientale où l’illustration et la typographique forment un tout homogène. Les illustrations se suivent un peu à la manière d’une bande dessinée, les motifs géométriques fournissent mouvement et vibrations (trois années de travail)


- Le Paradis musulman (5 ans de travail). L’illustration de la page de titre a nécessité à elle seule 35 bois gravés et a demandé 2 mois de travail !

- Le livre de la vérité de parole : les variations géométriques scandent le livre, le motif cartouche sert le texte, les 12 chapitres s’ouvrent par des portes. Trois années sont nécessaires pour achever ce livre.


En 1927, alors qu’il vient d’être décoré de la Légion d’honneur, François-Louis Schmied expose ses œuvres à New-York et y remporte un vif succès. Son talent est très apprécié outre-Atlantique les belles ventes réalisées auprès de collectionneurs américains lui permettent de s’offrir une goélette dont il confie l’aménagement intérieur à Jean Dunand. D’une croisière en méditerranée sur ce magnifique bateau dont la proue est sculptée en laque et la voile peinte de compositions géométriques oranges et noires, il rapporte des photos, aquarelles et impressions qui deviendront plus tard un livre original, composé sur deux colonnes et ajouré d’illustrations verticales ou carrées. Philanthrope, Schmied crée Les Editions du Bélier sous la direction de son fils Théo, pour soutenir et éditer de jeunes artistes. Malheureusement, faute de moyens, cette société devra cesser son activité après avoir publié seulement 4 livres. Son activité créatrice dépasse l’univers du livre puisqu’il crée des décors de théâtre et d’intérieurs, il conçoit des tapisseries pour La Manufacture des Gobelins, il s’entoure d’artistes, illustrateurs de mode, couturiers, sculpteurs. Un de ses amis les plus proches est Louis Barthou, académicien et plusieurs fois ministre, bibliophile reconnu.


Le déclin de l’atelier et l’exil : La crise financière américaine de 1929 fait ressentir ses effets en France vers 1931-1932. La clientèle de Schmied est directement et profondément affectée par la récession, la valeur du livre baisse, et l’univers de l’artiste s’écroule rapidement. Il tente de racheter ses éditions mais perd tout très vite. François-Louis Schmied est contraint de fermer son atelier où seul Théo continue à travailler. En 1934, François-Louis Schmied part pour une croisière au Maroc où il est payé pour dessiner des publicités pour la compagnie de navigation. Dans l’incapacité d’éditer des livres il se consacre à la peinture. Son fils Théo traduira en gravures les peintures de son père et fait paraître un album de 30 planches en 1938. Il tente en 1941 de faire éditer par Gallimard un autre travail de son père sur Vol de Nuit de Saint-Exupéry mais faute de moyens le projet ne peut aboutir. En 1941, François-Louis Schmied qui est déjà malade, s’éteint à Tahanaout. Un an plus tard son équipier et ami fidèle Jean Dunand meurt à l’âge de 65 ans.


Théo Schmied le successeur : Associé dès son adolescence aux travaux de son père, Théo Schmied monte un atelier à Montrouge avec son épouse et achève les livres commencés avant la mort de son père. Après la guerre, Florence et Théo Schmied se consacrent à l’édition de livres pour enfants pour lesquels Théo illustre, grave et compose les textes. Dans les années 50, il est soutenu par quelques grands libraires et des sociétés de bibliophiles et son atelier produit de très beaux ouvrages. C’est l’époque où les livres d’artistes commencent à voir le jour, et ses rencontres et collaborations avec Matisse, Laurens ou Lapicque donnent naissance à des livres publiées avec ces artistes. Théo met alors sa carrière d’architecte du livre en veille. Son atelier tire et grave les œuvres des artistes. Parallèlement, Théo et sa femme enseignent la gravure sur bois et la typographie. A la fin de sa vie il se tourne vers la peinture, comme son père l’avait fait. Il meurt en 1985.


L’atelier Schmied a été actif durant 80 années. Cependant son nom évoque surtout la période de l’entre-deux-guerres, âge d’or de la bibliophilie française. François-Louis Schmied est allé au bout de son rêve, celui de créer les plus beaux livres de son temps. Aimée

samedi 2 avril 2011

Quand Madeleine de Saint Joseph bâtit son carmel à Notre Dame des Champs…


Comment un billet vient à naître ? D'un détail … Pour ce dernier, il s'agit d'une station de métro de Paris, "Notre-Dame des Champs" dans le 6e arrondissement, pas loin d'où je traîne quand je monte à la capitale. Le nom de la station m'a plu et c'est en cherchant à en savoir plus que j'ai trouvé, sur mes rayonnages, un ouvrage qui pouvait s'y adosser.

Et quel ouvrage ! Une biographie rare d'une des fondatrices du "Carmel de l'incarnation", dont les bâtiments furent construits sur les ruines de "Notre-Dame des Champs". Situé à Paris, en face du Val de Grâce, il ne reste aujourd'hui que le portail classé que l’on peut voir à travers une vitrine au 286 rue Saint Jacques. Je vérifierai la chose dans quelques temps…


En 1604, six carmélites espagnoles fondèrent sur ce lieu le premier carmel (monastère) de la réforme thérésienne (Sainte Thérèse d 'Avila) en France. Sur un prieuré bénédictin abandonné pendant les guerres de religion, "Notre Dame des Champs", qui donna son nom à cette station métropolitaine, une église fut restaurée et des bâtiments reconstruits. Le monastère prit le nom de « Carmel de l’Incarnation ».

Après Anne de Jésus et Anne de St Barthélemy, la prieure de la communauté a été une française, mère Madeleine de St Joseph (Madeleine du Bois de Fontaine : 1578 – 1637). Elle laisse le témoignage d’une grande sainteté et d’un esprit exceptionnel qui lui a valu le titre de Vénérable ; un doigt en dessous de la sainteté, quand même…


Elle entra au Carmel de l’Incarnation à Paris le 11 novembre 1604. Elle y reçut des compagnes de Ste Thérèse et sut transmettre aux jeunes carmélites françaises l'esprit de sa formatrice. Elle fit faire profession à plus de 80 sœurs. Beaucoup de celles-ci devinrent prieures dans les nouvelles fondations (à la mort de la mère Madeleine, il y avait 52 carmels en France). Sa vie n'est pas sans rappeler celle de Sainte Jeanne de Chantal qui créa les monastères de la Visitation, à la même époque.


Mère Madeleine de Saint-Joseph, première prieure française du Carmel de Paris, contribua aussi avec la duchesse d'Aiguillon à la fondation de deux communautés à Québec : Les ursulines et les hospitalières. Peu après sa mort en 1637, un culte est diffusé par l'entremise d'images et de reliques. Un tableau est d'ailleurs conservé au monastère des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec. Agenouillée au pied de l'autel, Mère Madeleine de Saint-Joseph adore le Saint-Sacrement au-dessus duquel paraît la colombe du Saint-Esprit dans un rayonnement lumineux. Les anges omniprésents soutiennent l'ostensoir et, perchés sur un nuage, survolent la Vénérable…


Madeleine de Saint Joseph est née à Paris en 1578, dans une famille tourangeaine. Elle a été la sixième de quinze enfants et a grandi à Tours, ce qui explique que les ex-libris présents sur la page de garde proviennent de cette région. Elle rencontra Pierre de Bérulle, qui était sur le point d'introduire le Carmel thérésien en France. Conquis par l'idéal proposé par le futur cardinal, elle décida de rejoindre les Carmes Déchaux, et en Juillet 1604, à Paris, elle rejoint le groupe qui, sous la direction de Barbara Acarie (Marie de l'Incarnation), était prêt à embrasser la réforme de Teresa. Le 17 octobre 1604, Madeleine et ses compagnes entrent au monastère de l'Incarnation, construit pour eux à Paris.


Le 20 avril 1608, Madeleine est élue prieure, et montre immédiatement sa maturité apostolique. Réélu en 1611, elle dirige le monastère jusqu'à Mars de 1615. Puis, en Juillet de cette année, elle est envoyée à Tours pour aider la prieure du monastère qui avait été établi par le père de Madeleine. Après une brève escale à Paris, elle fonde le monastère de Lyon, et en 1617, une autre à Paris dédié à la «Mère de Dieu». En 1624, elle est rappelée au monastère de l'Incarnation à Paris jusqu'à sa mort en 1637. Voilà pour les grands points de sa biographie que vous découvrirez sous la plume de l'Abbé Sénault.


Madeleine du Bois de Fontaine eut une grande influence sur ses contemporains. Très estimée par Saint François de Salles et par Sainte Jeanne de Chantal de Fremiot, elle était écoutée par Richelieu qui l'avait en estime et lui demandait conseil, même sur des questions politiques. St. Vincent de Paul a également été en contact avec elle… Que de bonnes relations, donc ! Pierre


SENAULT (P. Jean-François). La Vie de la mère Magdelaine de S. Joseph, religieuse carmélite deschaussée par un prestre de l'Oratoire (P. Jean-François Senault, oratorien). A Paris, chez la veuve Jean Camusat et Pierre Le Petit , 1645. Petit in-4 (22x16,5), reliure plein veau, dos à 5 nerfs orné de caissons dorés, pièce de titre en maroquin cerise. [1bl], [13ff non chiffrés], 460pp, [1bl]. Marque d'éditeur en page de titre, vignettes et culs de lampe. Défauts de reliure aux mors, les coins ayant été renforcés par du parchemin d'époque. L'ouvrage présente des signes de restauration d'époque sur quelques feuillets. Collationné complet. Ex-libris. La page de garde a été en partie déchirée. Une provenance illégitime ? On imagine le parcours cahoteux de l'ouvrage avant d'arriver chez moi. Si les livres pouvaient nous raconter leur histoire…Dépôt  rendu

vendredi 1 avril 2011

Une région Alsace-Lorraine souvent convoitée, par le passé…


Pour faire suite au célèbre adage d'Erasme qui dit que "Les sardines à l'huile sont meilleures au bord de la mer", j'ai pensé que les trois ouvrages que je vous propose aujourd'hui à la vente seraient mieux dans leur beau pays d'origine ; l'Alsace-Lorraine ; que sur les rayonnages d'un petit libraire de Provence. Le hasard des déménagements rend les livres un peu bohèmes mais je suis là pour leur montrer le droit chemin…


Ces magnifiques ouvrages photographiques de la fin du 19eme siècle sont en allemand et en français. Warum ?... me diront nos lecteurs germanophiles qui n'ont pas encore étudié la guerre Franco-prussienne de 1870, au collège.

Un petit rappel d'histoire s'impose. Je résume :

En juillet 1870, la France déclare la guerre aux prussiens (casques à pointe) qui l'avaient bien cherchée. Comme nous avions de bons fusils mais que nous avions commandé nos cartouches à une société belge sous capitaux prussiens qui ne livrèrent pas les cartouches, nous avons perdus la guerre à Sedan.


A la suite du traité de paix de Francfort signé en 1871, la France vit son territoire amputé de l'Alsace (sans Belfort) et d'une partie de la Lorraine (avec Metz). Ces deux régions furent intégrées à l'empire allemand et reçurent le statut de "territoires d'empire". De plus, une somme de cinq milliards en francs or devait être payée par la France, une armée d'occupation devant rester sur une partie du territoire jusqu'au versement complet de la somme.


Une conséquence de la guerre fut la révolution parisienne qui dura trois mois et que l'on nomme la "Commune". Cette guerre civile eut, entre autres, pour cause le mécontentement des parisiens après plusieurs mois de privations dû au siège de Paris par les armées allemandes. L'armée de la Commune (les Communards ou les Fédérés) se barricadèrent et affrontèrent énergiquement l'armée régulière (les Versaillais). Finalement, la révolution fut matée et le gouvernement, sous la direction d'Adolphe Thiers put se consacrer à la réfection de la France.


De son côté, l'ex-empereur quittera sa prison de Wilhelmshösse, dans la Hesse, et rejoindra sa femme, l'ex-impératrice Eugénie, à Londres. C'est là qu'il mourra le 9 janvier 1873, en se faisant opérer de la maladie de la pierre. Son fils unique, le prince Eugène, sera tué en combattant les Zoulous d'Afrique du Sud au service de l'armée anglaise, en 1879. La mort tragique du Prince impérial laissera orphelins les derniers bonapartistes et c'est pourquoi nous sommes toujours en république…


Ces provinces d'Alsace-Lorraine ne redevinrent françaises qu'après la défaite de l'Allemagne en 1918. Mais c'est une autre histoire… Les ouvrages que je vous propose à la vente sont de magnifiques documents d'histoire utiles aux passionnés de cette région. Le format, la présentation et la qualité des photographies raviront les bibliophiles. Pierre


COLLECTIF. Ober Elsass – Haute Alsace & Unter Elsass– Basse Alsace. En deux volumes. Mulhouse, Alphonse Wioland Cie, Imprimeurs-Libraires, vers 1900. In-4, format à l'italienne, reliure de l'époque pleine percaline lie-de-vin, titre frappé or encadré de filets repoussés à froid sur le plat, dos lisse, titre frappé or. En deux volumes, chaque ouvrage est illustré de 100 planches photographiques, montées sous onglet, en héliogravure sous serpente légendée d'un descriptif placé en regard de la photographie en langue française et allemande représentant des vues, gravures et plans de l'époque sur Strasbourg et ses environs et quelques lieux incontournables de l'Alsace. En début d'exemplaire, la table des planches photographiques. Excellents ouvrages, bel état de fraîcheur. Vendu


Collectif. Lothringen - Lorraine. Mulhouse, Alphonse Wioland Cie, Imprimeurs-Libraires, vers 1900. In-4, format à l'italienne, reliure de l'époque pleine percaline lie-de-vin, titre frappé or encadré de filets repoussés à froid sur le plat, dos lisse, titre frappé or. Illustré de 100 vues reproduites d'après photographies avec texte descriptif en français et en allemand, augmenté d'un plan de la cathédrale de Metz. Bon état. Vendu