lundi 22 février 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Science du bien vivre à table.


Je ne réponds jamais au téléphone lorsque je suis dans un dîner en ville, question de politesse. Quand j'ai vu le prénom de Pierre apparaître sur l'écran de mon portable, samedi soir, j'ai dérogé à cette règle élémentaire de bienséance et ai demandé à la maîtresse de maison l'autorisation de converser avec notre infortuné libraire.

Un empêchement, un service, un problème ? Rien de tout cela. Ayant été invité à souper chez un de ses riches clients un peu mécène, il désirait m'entretenir des quelques règles de savoir-vivre qui lui seraient nécessaires pour paraître. On peut dire ce que l'on veut sur mes talents d'écrivain mais ce n'est pas sans raison que je suis invité à toutes les grandes réceptions mondaines de Paris et de province. Voici en quelques lignes les conseils que je lui ai donnés. Vous les retrouverez, d'ailleurs, dans les deux ouvrages que je vous présente ici et qui vous seront utiles quand vous serez invités dans le beau monde. Mais si, mais si…


Arrivez exactement à l'heure qui vous a été fixée - Posez votre chapeau, canne, pardessus, manteau dans le vestibule mais gardez votre veste et votre pantalon. Un "Merci, mon brave" fera toujours plaisir au majordome qui vous aidera dans cette manœuvre tout en vous abstenant de lui glisser une pièce dans la main, surtout si c'est le mari de la maîtresse de maison qui vous accueille - Entrez discrètement. Si l'on vous présente à une autre personne, serrez la main qu'on vous tend sans la broyer. Avant de vous mettre à table, prenez toutes vos petites précautions pour n'avoir pas à vous déranger par la suite. Madame, rappelez-vous que dans une salle à manger vous ne devez pas vous remettre de poudre, de rouge ou de noir et refusez toute autre boisson qu'un "Kir-champagne" bu du bout des lèvres - Au moment de vous mettre à table, asseyez-vous en ayant soin de ne pas cogner vos genoux contre un pied de table et si cela vous arrive, ne poussez pas un juron retentissant qui ferait sursauter l'assistance. Dépliez votre serviette, ne la mettez pas autour de votre cou, ni dans votre col ; placer-la sur vos genoux. Admirez sans rien dire la belle ordonnance de la table, jetez un coup d'œil à vos commensaux, souriez leur discrètement et repérez ceux qui, pouvant vous être utiles, seront le sujet de toute votre attention.


Ne vous mettez pas à astiquer votre assiette. Attendez que tous les convives soient servis avant de commencer à manger. Si votre potage est très chaud, ne souffler pas dessus mais attendez qu'il refroidisse. Ne frappez pas la cuillère dans l'assiette et ne l'inclinez pas pour la portez à votre bouche - Durant l'attente du prochain plat, ne frappez pas votre verre avec votre couteau sous prétexte de vous rendre compte si c'est bien du cristal. Ne faites pas de boulettes avec la mie de pain. Rompez-le puis remettez-le à plat sur le plateau, dos en l'air. Ne ramassez pas la sauce avec et évitez à tout prix de le sucer puis de le replonger dans le plat en arguant que la préparation est délicieuse - Essuyez-vous aussi la bouche avant de boire afin de ne pas laisser de trace de graisse sur le bord du verre. N'avalez pas le contenu de votre verre d'un trait et après avoir bu, ne poussez pas un soupir à fendre l'âme. Pas de rot non plus, ou bien excusez vous auprès de la maîtresse de maison qui avec hypocrisie et stoïcisme vous affirmera que cela n'a aucune importance…


Soyez gentil et prévenant avec vos voisins, surtout avec la douce et jolie jeune femme à votre droite. N'en profitez pas pour lui raconter des histoires de corps de garde - Ne parlez jamais à table de médicaments, d'opérations chirurgicales, de noyés, d'animaux crevés ou de pêche à l'asticot. Ne faites du genou ou du pied à votre voisine qu'avant d'être absolument certain que cela lui plaira et dans ce cas seulement, faites attention à ce que son mari ne s'en aperçoive pas. Si par mégarde, vous laissez tomber votre fourchette, ne plonger pas aussitôt sous la table où se déroule une vie intime qui doit le rester mais redemandez un autre couvert au serveur.


Si l'on vous présente des rince-doigts, trempez-y simplement l'extrémité de votre main et ne retroussez pas vos manches ni ne faites du clapotis avec vos doigts. Ne fumez pas pendant le repas sous prétexte que c'est une habitude contractée du temps où vous étiez célibataires - Si le plat est particulièrement réussi, vous pouvez féliciter discrètement la maîtresse de maison mais n'allez pas vous aviser de lui dire que son rôti de veau est excellent si c'est du porc que l'on vous a servi. Enfin, si par malheur en fin de repas quelque convive raconte une histoire drôle, ne vous écriez pas "Celle-là, je la connais !" mais souriez gentiment comme vos voisins qui la connaisse aussi - Pour terminer, essayez pendant ce repas d'être spirituel et léger et vous serez à coup sûr, invité une deuxième fois. Si un convive, par exemple, révèle une information confidentielle destinée à être ébruitée dans les ministères, n'hésitez pas à vous fendre d'un "Parbleu, ça me troue le cul !" qui est toujours du plus bel effet...

A bon entendeur, salut ! Votre toujours dévoué. Philippe Gandillet



BEN (Paul) & DESREZ (Auguste). Science du bien vivre ou Monographie de la Cuisine Envisagée sous son aspect physique, intellectuel et moral. Guide de la Maîtresse de maison, suivie de Mille nouvelles recettes par ordre régulier du service de la table...Troisième édition. PARIS, Au Bureau du Musée des Familles, 1846, broché, grand in-8, couverture illustrée, (7), 232p, frontispice, titres illustrés et nombreuses illustrations in-texte en noir ; texte sur 2 colonnes. Rousseurs en fin d'ouvrage (7 pages). Ensemble solide aux cahiers bien réglés et très correct mais le 1er plat et le dos présentent des signes d'usage. Monographie de la Cuisine Envisagée sous son aspect physique, intellectuel et moral. Guide de la Maîtresse de maison, suivie de mille nouvelles recettes par ordre régulier du service de la table, d'une liste des provisions que l'on doit faire dans un ménage, et de l'indication des pays d'où elles peuvent être tirées; d'un calendrier culinaire; d'une nomenclature des vins de choix et de l'ordre dans lequel ils doivent être servis; de la préparation et de l'arrangement du dessert; d'une nomenclature de tous les ustensiles nécessaires dans une cuisine; d'un vocabulaire des termes employés à la cuisine et à l'office; des travaux de l'office; de la description des menus pour 3, 5, 7 et jusqu'à 20 convives; de la composition des menus de dîners maigres; des moyens de bien faire le café, suivis de quelques conseils sur la manière dont il doit être servi et augmentée de l'Art d'utiliser les restes. 95 € + port.

samedi 20 février 2010

La Rochefoucauld. Pensées, Maximes et Réflexions morales (Ganeau, 1741) dans une belle reliure.


L'évocation de Saint Evremond, dans la chronique précédente m'amène tout naturellement à vous présenter un écrivain moraliste de la même époque dont le chemin fut, à bien des égards, comparable comme vous le constaterez mais dont la renommée est restée intacte avec le temps qui passe. Laissez-moi donc vous conter la triste vie de Mr le Duc François de La Rochefoucauld (1613-1680). 
 
Amour : Il épousa à quinze ans, sans amour, une femme à laquelle il fera par distraction huit enfants. Je ne sais quelle courtisane entretenue par un Duc fort laid parlait de sa chambre à coucher en la qualifiant de "chambre expiatoire". Cette image pathétique accompagnera la vie sentimentale de La Rochefoucauld toute sa vie…


Faits d'armes : Soldat et conspirateur dans l'âme, il reçut trois coup de mousquet au siège de Mardyck, en Flandre, complota avec la duchesse de Chevreuse contre Richelieu, puis avec Cinq Mars, puis avec Condé en devenant comme Saint Evremond ennemi de Mazarin, puis avec les espagnols et Mme de Longueville puis avec… il conspira toute sa vie.

Écriture : Ses réussites dans l'édition ne furent guère meilleures. Dès 1662, ses premiers écrits (mémoires) furent sujets à erreurs et contrefaçons. Ses " Réflexions ou Sentences Morales " parues en 1664, si elles lui amenèrent la notoriété se révèlent être aujourd'hui, un recueil de mots d'auteurs plus ou moins corrigés dont il fut loin d'être le seul initiateur.
Ligne de chance : En un seul jour de 1672, La Rochefoucauld eut un de ses fils tué à la guerre, un autre gravement blessé et perdit le petit fils qu'il eut de sa maîtresse, Mme de Longueville et qui était sa fierté.



Postérité : Connu pour des maximes qu'il a piochées chez ses maîtres, il participera pendant cinq ans à l'écriture de la Princesse de Clèves dont Mme de Lafayette restera l'unique bénéficiaire. Trop timide pour parler en public, il refusera d'entrer à l'Académie Française à cause du discours de réception qui devait être lu devant l'auditoire.
Maladie : La goutte le clouera sur une chaise, les dix dernières années de sa vie.
L’édition définitive de ses pensées avec les sept cents Maximes n’a paru qu’en 1817. S'il me fallait me souvenir d'un seul de ses aphorismes, je choisirais celui qui se prête le mieux à ma belle existence en constatant le triste déroulement de la sienne :" La vie nous donne assez de force pour supporter les maux d'autrui ". Pierre



LA ROCHEFOUCAULD François (duc de). Les Pensées, maximes et réflexions morales de M. le Duc ***, onzième édition augmentée de remarques critiques, morales et historiques, sur chacune des réflexions par M. l'abbé de La Roche. Paris Ganeau 1741, in-12, XXIV-299 p., veau blond, dos à 5 nerfs ornés de motifs et pièce de titre en maroquin rouge, roulette dorée sur les coupes, tranches rouges. Armes de la famille de Mr le Comte De La Combe et chiffres aux quatre coins sur les deux plats (double C entrecroisé), Armes manquant, d'ailleurs, de noblesse… Coiffe supérieure arasée et coins frottés. Bel exemplaire néanmoins (sic), d'une édition peu commune à la vente. Vendu

vendredi 19 février 2010

Mr De Saint-Evremond. Chez Pierre Mortier en 1706.


Charles Marguetel de Saint-Denis, plus connu sous le nom de Saint-Évremond (1614-1703) est un écrivain libertin qui a eu la particularité d'avoir été connu de son vivant mais surtout édité après sa mort.

Jeune élève des jésuites et brillant étudiant en droit, il préférait alors être remarqué pour ses dons de cavalier et son adresse à l'épée. Vous connaissez peut-être " La botte de Saint Evremond " ? Entre deux faits d'armes, il discutait philosophie avec Gassendi, bonnes manières avec la Marquise de Rambouillet et libertinage avec Marion de Lorme et Ninon de L'Enclos. Sa séduction ne tenait pas à son physique si l'on en juge par son portrait.


La " Comédie des Académistes pour la réforme de la langue française " marquera sa première disgrâce auprès des bien-pensants. S'étant attiré l'antipathie du Cardinal de Mazarin, il s'exila en Angleterre où il resta même quand il lui fut possible de rentrer en France. La cuisine sans doute… Il s'était lié à Swift et sa réputation était grande au café "Will" qui lui tenait lieu d'Académie ; en tout cas c'est ce que disait le patron (en anglais).


Lecteur de Montaigne et de Cervantès, il correspondit avec Corneille, La Fontaine et Spinoza. Il écrivit un " Jugement sur quelques auteurs Français " qui montre qu'il était visionnaire et lucide. Sauf en amour ! A cinquante six ans (bel age s'il en est un), il tomba amoureux d'une demoiselle Hortense de vingt huit ans qui le ruina. Les temps n'ont pas changé me direz-vous. Il écrivait en pensant à elle :

Plutarque est suspendu, Don quichotte interdit
Montaigne auprès d'Hortense a perdu tout crédit
Racine lui déplait, Corneille l'importune
Et ce bon La Fontaine a la même fortune.


Cette Hortense lui fit perdre la tête. Elle l'a perdit aussi en 1699 quand elle se suicida. Dans ses derniers jours, on le conjura de se réconcilier avec la Foi. " Je préfère que l'on me réconcilie avec l'appétit " dit-il dans une dernière bravade de mousquetaire. A 86 ans, il s'éteignit. Ses derniers vers l'annonçaient :

Aucun vin ne me fait envie
D'aucuns mets je suis tenté,
Que puis-je faire dans la vie ?
Je prends peu de plaisir à lire,
J'oblige le public en m'abstenant d'écrire…

Il y a des langueurs magnifiques, n'est-ce pas ? Les anglais qui sont clairvoyants l'ont enterré à côté de leurs poètes à l'Abbaye de Westminster. Hats off, gentlemen ! Pierre


SAINT-EVREMOND. Oeuvres mêlées, 1 seul volume sur les 5 volumes de l'édition. Amsterdam, P. Mortier, 1706, vol. in-12, veau marbré, Plats aux Armes de Charles –Maurice Le Tellier, Archevêque de Reims, dos à 5 nerfs ornés, caissons entièrement décorés, tr. rouges mouchetées, pièces de titre et de tomaison (rel. de l'époque.). Édition augmentée de nouvelles remarques. Reliure usagée, mors fendus, coiffes absentes et coins frottés. Ex-libris de la bibliothèque St Geneviève. 3 gravures dont une dépliante. Cet ouvrage est une impression elzévirienne dont Pierre Mortier fut un nom de façade quand ces imprimeurs ne voulaient pas voir révéler leur nom. Le Tellier , mort en 1712 à l'age de 78 ans légua ses livres à la bibliothèque Sainte Geneviève ce qui explique l'ex-libris prestigieux. La provenance prestigieuse et la rareté des exemplaires à la vente de cette bibliothèque en font un exemplaire digne d'interêt.

jeudi 18 février 2010

Manuel du démagogue par Raoul Frary


Les élections approchent. J'ai pensé qu'un petit manuel de démagogie pourrait vous servir à soutenir une conversation ennuyeuse ou à vous armer contre elle.

Beaucoup d'hommes politiques ont usé et abusé de ce procédé pour se faire élire mais il n'est pas interdit à chaque concitoyen de faire preuve d'un peu de démagogie dans la vie de tous les jours pour se faire remarquer ou pour se faire aimer, c'est humain ! Personnellement je n'ai jamais utilisé ce recours avec mes lecteurs car tout le monde sait que les bloggeurs sont trop intelligents pour se faire prendre à ce jeu…

Et puis, trop de personnes confondent la démagogie et le bon sens ce qui n'est pas votre cas !


D'ailleurs la vie serait plus facile si l'on écoutait un peu plus les gens…

Contre le chômage, il suffirait de forcer les patrons à acheter des légumes produits en France par des sociétés qui exportent à l'étranger. La violence dans les lycées n'existerait pas si on mettait un policier à l'extérieur des établissements, derrière chaque surveillant qui serait embauché pour résorber le déficit de la sécurité sociale. Les cartables des étudiants seraient bien plus légers si l'on n'y mettait pas des livres de classe indispensables qui devraient être pris en charge par le Conseil Général qui ne sert à rien. Les jeunes seraient moins obèses s'ils respectaient leurs parents en n'allant pas manger des hamburgers dans des fast-foods alors qu'ils n'ont pas d'argent pour se les payer. "On" sait bien que le téléphone portable donne le cancer des testicules quand on le garde dans sa poche mais "on" ne dit rien pour ne pas faire d'ombre aux sociétés pharmaceutiques qui font des profits sur le dos des africains qui meurent de faim dans le désert qui recule. La télévision rend les gens abrutis et il faudrait les forcer à lire le soir au coin du feu mais le gouvernement n'a jamais rien fait contre les exploitants agricoles qui déforestent nos montagnes en tuant des ours qui mangent nos agneaux qui viennent de Nouvelle-Zélande. Les guerres sont injustes et meurtrières, c'est pourquoi il faudrait les interdire par la force. Les femmes voilées devraient avoir le droit de ne pas y être sans que le gouvernement prenne de mesures pour les empêcher de ne pas y être. Les vaches font plus de trous dans l'atmosphère que les fumeurs qui polluent la couche d'ozone en prenant à la gorge les buralistes qui travaillent le dimanche mais tout le monde s'en fout !


"Si vous désirez la sympathie des masses, vous devez lui dire les choses les plus stupides et les plus crues" diront les démagogues. Ce principe ne correspond absolument pas à ma tendance post-soixanthuitarde-écologico-autogestionnaire-de-gauche. Je vous parlerai donc sans complaisance ni forfanterie et le seul bénéfice que je souhaite dans le commerce de ce petit ouvrage de Mr Frary, c'est votre bonheur car :

- Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles.
- Les monarchies meurent du favoritisme. Les démocraties ont le leur. Il se nomme démagogie. Et elles en meurent aussi.
- La démagogie s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe d'égalité s'abâtardit en principe d'identité.
- La démagogie est à la démocratie ce que la prostitution est à l'amour.

Pierre


FRARY (Raoul). Manuel du démagogue. Paris, Librairie Léopold Cerf, 1884. 2eme édition, In-12, 310 pp. Broché. Très bon état. Quelques rousseurs en fin d'ouvrage. Le Manuel du démagogue a été édité sous la IIIème République et s'adressait à un jeune homme destiné à embrasser la carrière politique. Il est toujours d'actualité aujourd'hui. C'est aussi un manuel de mauvaise foi il va sans dire… 29 € + port

mardi 16 février 2010

A Amsterdam chez Louys & Daniel Elzevier en 1661.


Qu'auriez-vous fait à ma place ? Après le précèdent billet, il ne me restait plus qu'à chercher sur les rayonnages de ma librairie cette fameuse édition pour bibliophile de "L'Histoire du Roi Henry le Grand " mentionnée par notre zélé chroniqueur du lundi. Le hasard est étrange… Je l'avais. On a voulu ravir à Hardouin de Péréfixe de Beaumont (1606-1671) la gloire de cette production. Des critiques ont prétendu qu'il avait emprunté la plume de Mézeray, d'autres ont assuré que le véritable auteur était le Père Annat, confesseur de Louis XIV mais tous leurs efforts ont été impuissants, et la Vie de Henry le Grand reste à Péréfixe, qui nous apprend dans la préface qu'il l'a tirée d'un Mémoire de l'Histoire Générale de France, qu'il avait composé par l'ordre du Roi, ouvrage demeuré inédit et qui s'est perdu.


L'édition originale a paru sous l'adresse Paris, Edme Martin, 1661. C'est en raison de la mode du 19eme siècle pour les productions elzéviriennes que cette première édition hollandaise est plus connue et recherchée que la précédente. Les Elzevier (également orthographié Elzevir) sont une illustre famille de typographes néerlandais d'origine arabe (el zefir signifie le vent ), actifs durant tout le XVIIe siècle, principalement à Leyde et à Amsterdam. Ils ont inventé le caractère typographique qui porte leur nom. Doté d'un empattement triangulaire, il donne plus de légèreté à la page et permet ainsi, tout en conservant une grande lisibilité, d'utiliser un corps plus petit. Cette innovation donne la possibilité d'imprimer une grande quantité de texte dans des ouvrages de petit format. Le format privilégié des Elzevier sera le petit in-12, d'une hauteur tournant autour de 130 mm. Louis, imprimeur à Amsterdam, adopta pour marque une Minerve avec l'olivier et cet ancien adage : Ne extra oleas (ne dépassez pas les oliviers, c'est-à-dire les limites indiquées par des oliviers plantés à l'extrémité du stade où les Grecs s'exerçaient à la course). Le sens profond d'un tel précepte ? Aucune idée…


En frontispice de l'ouvrage on trouve une belle illustration gravée sur cuivre montrant Henri IV sur son cheval blanc, rayé de noir dont la couleur est connue de chacun. L'image d'un roi aimable et souriant est la première qui se présente à nos yeux quand nous pensons à ce monarque. On cite ses bons mots et ses réparties et on en oublierait presque que son règne s'est déroulé au milieu de toutes les tristesses du monde. Que d'intrigues et de complots, que de massacres. Et puis, ces guerres de religion ! Comme tout ceci a du être affligeant… Mais par un phénomène providentiel, ce monarque n'a laissé derrière lui que son panache blanc. Henri IV, c'est une légende en fait !


PEREFIXE DE BEAUMONT (Hardouin de). Histoire du Roy Henry Le Grand. Composée par Messire Hardouin de Péréfixe Evesque de Rodez, cy-devant Precepteur du Roy. Chez Louys & Daniel Elzevier, A Amsterdam, 1661. Petit in-12. Titre-frontispice, XII, 522 pp, plein cuir, dos à 4 nerfs, motifs et pièce de titre entre les nerfs frottés, coiffes et coins usés, petite restauration de protection sur les coiffes le tout en bon état néanmoins avec une intégrité totale des feuillets bien solidaires. Plats aux Armes de Brueys d'Aigalliers ? Colbert ? Première édition imprimée par Elzevier. Première des deux éditions elzéviriennes sous cette date, se distinguant, entre autres, de la 2e en ce que la dernière ligne du 1er alinéa de la p. 194 contient les mots 'gens de guerre' (au lieu de 'guerre' seulement). Ces deux éditions sont également belles et ont à peu près la même valeur." (Berghman). 210 € + port

lundi 15 février 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet . L'amateur de simples livres...

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » avait dit Lamartine. « Un seul être arrive et tout se repeuple » ai-je dit à Pierre, sur le ton de la boutade, lorsqu’il m’a laissé les clefs de sa librairie, en cette fin de semaine.

Et comme il m’a laissé libre choix de ma présentation, j’ai pensé qu’un beau texte historique vous conviendrait mieux que ses choix discutables où parure et rareté prennent l’ascendant sur la lecture lorsqu’il s’agit de provoquer l’intérêt du client potentiel. A cet égard, j’ai suivi avec beaucoup d’attention l’interview philosophique et l’introspection académique proposés par des sites bibliophiles amis, ces derniers temps, car j’ai reçu de nombreuses lettres d’entres-vous qui m’ont dit s’être sentis exclus de cette assemblée en raison de ses exigences. C’est vrai que les qualités requises pour appartenir à cet honorable cénacle bibliophile s’apparentent à l’excellence, voire à l’utopie quelquefois.


Ma causerie est donc faites pour vous, vous qui n’avez jamais réussi à réunir une bibliothèque cohérente, vous qui achetez par nécessité et sous la contrainte d’un budget familial étisique des éditions populaires tout en rêvant aux catalogues des librairies de luxe, vous qui recherchez à travers de termes simples mais choisis un juste panégyrique des auteurs oubliés que vous souhaiteriez voir sortir du néant pour accéder au panthéon de notre patrimoine littéraire, vous qui cachez vos incomplets de façon pudique où qui les glorifiez pour en cautionner l’achat de circonstance, vous qui ne possédez qu’un vernis de culture par la faute d’une mémoire défaillante, vous qui confondez le triste chagrin et l’exotique maroquin et qui n’osez l’avouer, vous qui hésitez à me laisser d’élogieux commentaires sur ce blogue alors que vous en mourrez d’envie parce que votre style, vos mots, vos opinions ne sont pas celles imposées par ce cénacle et pour terminer, vous qui pensez , en ce moment, que si je suis entrain de me lancer dans une grande démonstration de démagogie populiste à seule fin d’attirer vers Pierre un réseau de clients bienveillants qui puisse lui assurer une juste subsistance. .. Ai-je oublié quelqu’un ?

Voici donc offert à vos yeux inondés par les larmes de la reconnaissance l’exemple même de l’ouvrage sans charme extérieur réel qui peut prendre place dans votre bibliothèque. L’Histoire du Roi Henri-Le-Grand, suivie d’un recueil de quelques belles actions et paroles mémorables de ce prince par Messire Hardouin de Péréfixe, Evêque de Rodez, ci-devant précepteur du Roi, nouvelle édition revue et corrigée pour l’usage de la jeunesse de 1834 est un traité complaisant mais non pas sans qualité. Notre cher collègue, Paul-Philippe Hardouin de Péréfixe (1605-1670) qui fut élu à l'Académie Française en 1654 a pu s’enorgueillir du succès de son Histoire du Roi Henri IV qui connut de nombreuses rééditions jusqu’à nos jours. Elle est proposée ici pour la somme de 30 € port compris et ne possède, je le garantis, aucun des attraits qui puisse vraiment intéresser un bibliophile.


Vous constaterez en regardant les quelques photos associées à cette chronique que l’ouvrage présente des défauts qui sont loin d’être minimes, que la couvrure ne peut être attribuée à aucun grand relieur, que la provenance de l’ex-libris est quelconque, que les défauts d’usages sont notoires, que la coiffe supérieure qu’on peut qualifier de frottée est en fait totalement absente et que le cuir d’un coin du premier plat n’a pas disparu, doux euphémisme, sous l’effet du temps qui passe mais sous l’action conjuguée d’un choc violent et d’un mustélidé bibliophile. De même, la mise en scène photographique se veut sans séduction et devrait éloigner l’esthète bibliophile qui sommeille en vous.


J’ai mis un point d’honneur à ne pas vous présenter la célèbre contrefaçon de l’édition originale éditée par Louis et Daniel Elzevier à Amsterdam en 1661, maison dont l’emblème fut si célébrée par Charles Nodier et qui fit des livres de ces imprimeurs des objets de collection aux prix inestimables à une époque. Je n’ai pas plus présenté l’édition originale de 1661 où la page 194 mentionne un adjectif qualificatif à « guerrier » qui n’est plus présent dans la deuxième impression originale… Non ! Pas de ça chez moi ! Pas plus que cette même édition dans un état irréprochable et dans une reliure plein veau aux Armes d’un seigneur de belle noblesse, reliure qui aurait échappée à la mode du maroquin signé de l’époque… Et d’ailleurs, un pareil exemplaire existe-t-il encore à la vente aujourd’hui ? Je n’ose imaginer le prix que devrait consentir un bibliophile pour se l’approprier.

Non ! L’exemplaire que je propose est très commun mais je garantis un texte complet de ses mots, de ses phrases et de tout son illustre contenu. Je vous en livre quelques passages pleins de bon sens, de pertinence et d’érudition.

Votre dévoué et très démagogue. Philippe Gandillet.


« Sitôt qu’il fut né, le grand-père l’emporta en sa chambre. Il frotta ses petites lèvres d’une gousse d’ail et lui fit sucer une goutte de vin dans sa coupe d’or, afin de lui rendre le tempérament plus mâle et plus vigoureux… »
« Depuis cela, comme les vices qui se contractent à l’entrée de la jeunesse, accompagnent ordinairement les hommes jusqu’au tombeau, la passion des femmes fut le faible et le penchant de notre Henri… »
« Sur cela commença l’année 1598 que tous les astrologues judiciaires avaient dans leurs pronostics appelée la merveilleuse année. En France la terre trembla tout du long de la rivière de Loire et en Normandie aussi… »
« La guerre avait rompu le commerce, réduit les villes en village, les villages en masures et les terres en friches ; et néanmoins les receveurs contraignaient les paysans de payer les charges pour les fruits qu’ils n’avaient pas cueillis… »
« Quelques uns ont voulu dire qu’il n’aimait point les hommes de lettres ; mais ils se sont trompés. Il est certain qu’il n’était pas extrêmement savant mais il savait un peu de latin… »

jeudi 11 février 2010

CODE DES IMPOTS… SALVT ! TVA BIEN ?


On se présente, mais non tu connais déjà
On est là pour te pomper
T'imposer sans répit et sans repos
Pour te sucer ton flouze -Ton oseille - Ton pognon - Ton pèze - Ton fric - Ton blé - Tes économies - Tes sous - Ton salaire - Tes bénefs - Tes bas de laine - Tout ce qui traîne - C'que tu as sué de ton front - On te le sucera jusqu'au fond

On est là partout
Même quand tu joues
Pauvre idiot, on est là partout
Le loto, c'est nous - Le bingo, c'est nous - Le tiercé, le quarté , le quinté - C'est encore nous - Le quinté plus, on te re-suce

Faut qu'tu craches, faut qu'tu payes
Faut qu'tu craches, faut qu'tu payes
Pas possible que t'en réchappes
Nous sommes les frères qui rapent tout


T'a pensé à payer ta Taxe, foncière,Taxe immobilière,Taxe professionnelle,Taxe sur le personnel,Taxe d'apprentissage,Taxe si t'es pas sage,Taxe sur tout ce qui bouge, Sur tes clopes et sur ton rouge, Sur tes cachets d'aspirine, Sur ta vodka, sur ton gin ah ! ah !
Majorations relevées
Vignettes et timbres fiscaux
Cartes grises et assurance auto
PV droit d'immatriculation
Crache, crache
Essence, péage, héritage, partage, ménage, concubinage
On est là à tous les étages

Nous sommes URSSAF, CANCRAS et CARBALAS
Qui que tu sois, quoi que tu fasses
Faut qu'tu craches, faut qu'tu payes
Pas possible que t'en réchappes
Nous sommes les frères qui rapent tout.


Je t'offre un pot ! Et oui un pot - Impôts fiscaux - Impôts locaux - Impôts directs - Et indirects - Impôts fonciers - Impôts rentiers - Impôts sur les grandes fortunes - Impôts même si t'as pas de tunes - Impôts sécheresse - Impôts richesse - Impôts nouveaux - Impôts rétros - Impôts recto - Impôts verso - Impôts sur le revenu - Impôts sur les revenants

Nous sommes URSSAF, CANCRAS et CARBALAS
Qui que tu sois, quoi que tu fasses
Faut qu'tu craches, faut qu'tu payes
Pas possible que t'en réchappes
Nous sommes les frères qui rapent tout.
Et s'il te reste quelques sous
Pour tout savoir sur nous
Avec ces trois bouquins
Tu f''ras face aux requins.
Ce n'est pas du pipo
Tu n'auras plus d'impôt !!

Au fait, qui a dit "Enrichissez-vous ", Karl Marx, François Guizot ou Frederick Taylor ?



RENARD (X. G.) & EDWARD (J.), DUBOUT (Albert) Code général des impôts, texte officiel. Extraits choisis et commentés par X. G. RENARD & J. EDWARD. Illustrations en couleurs de DUBOUT. Maurice Gonon 1958 - , 16,5 X 23,5 cm, rel. éd., 42 illustrations en couleurs, couverture illustrée en couleurs, 4e de couverture illustrée en couleurs, imprimé avec les formulaires des déclarations des revenus, exemplaire non numéroté relié par Ginoux, Bon état, 275 p. Vendu

HÉMARD (Joseph). Code général des impôts directs et taxes assimilées.- Illustré par Joseph Hemard. Texte intégral des lois, décrets, décrets-lois, décret de codification, suivi d'un formulaire administratif. Paris. Librairie Le Triptyque. 1944. In-8 (164 x 235mm) broché, couverture imprimée en noir et rouge et illustrée d'un petit dessin couleurs, 330 pages, nombreuses illustrations dans et hors texte en noir et en couleurs. Bel état. 47 € + port

TAHON (Maurice). Physiologie du contribuable. Illustrations en couleurs de Dugo. Paris, René Kieffer, 1936 ; in-8, broché couverture rempliée, deux plats décorés d'un dessin en argenté, 88 pp, nombreux dessins en couleurs in-texte. Tirage total à 1050 exemplaires, celui-ci un des 1000 exemplaires sur vélin de cuve (Nº 655). Coloris exécutés par E. Charpentier. Exemplaire en bel état, non coupé. Vendu