mardi 9 février 2010

Calmet Antoine : Dictionnaire de la Bible, édition de 1747.


Je prépare, en ce moment, une liste de dictionnaires bon marché, sur les thèmes les plus variés qui soient, à l'attention de mes clients privilégiés.


" Qui peut le moins, peut le plus " me suis-je dit et c'est pourquoi je vous présente un dictionnaire que j'aime particulièrement admirer sur mes rayonnages. Les raisons ?


Je crois que c'est de prendre en main cet ouvrage qui explique la première raison à ce choix. Il est imposant mais léger. La texture douce, agréable et élégante de la reliure en parchemin y est pour beaucoup. L'état de conservation est remarquable. Ensuite, on ouvre l'ouvrage. Aucune trace d'humidité et pourtant une odeur de vieille cave où l'on trouve les millésimes du beau-père nous monte au nez. On sait que l'ouvrage est resté pendant longtemps dans une pièce froide, à peine humide, silencieuse et propice au recueillement. On feuillette rapidement et de belles gravures hors texte s'offrent à nos yeux ; pas un seul froissement. C'est à se demander ce que lisaient nos bons moines franciscains dans ce monastère (ex libris). Le texte est en latin mais les notices sont claires. Un ouvrage de bibliophilie, c'est sûr ! Un ouvrage de bibliophile ? Cela ne tient qu'à vous. Pierre


CALMET Augustino - MANSI Giovanni Domenico. Dictionarium historicum, criticum, chronologicum, geographicum, et literale Sacrae Scripturae, Cum figuris Antiquitates Judaicas repraesentatibus. Sebastianum Coleti editore, Venezia 1747 - Authore R.P.D. Augustino Calmet ordinis S. Benedicti Abbate, e gallico in Latinum translatum A. Joanne Dominico Mansi, Congregationis Matris Dei, Lucensi. Editio Venera post Secundam, cui addita fuerant, & locis suis inserta ipsiusmet Auctoris supplementa, Tertia, longe emendatior, & accuratior.


Ouvrage en deux volumes in folio, reliure parchemin en très bel état de conservation. 616 p + 676 p, 10 gravures hors texte dans le premier tome et 14 gravures dans le deuxième, certaines étant dépliantes (Cartes de la Terre Promise, objets sacrés des juifs, plan de Jérusalem, une plante du paradis, la Mandragore, des arbres généalogiques, le système la création du monde, instruments musicaux, vêtements liturgiques, candélabres d'or, etc) . Préface de l'auteur. À la fin du dictionnaire historique est insérée la table chronologique depuis la création du monde 4000 avant J.-C ( Tabula Biblicae historiae generalis ) suivie de la grande table sur des monnaies juives avec des planches gravées. Index des noms en hébreu contenus dans les deux volumes à la fin de l'ouvrage. Rousseurs irrégulières sur le texte mais pas sur les illustrations.


L'auteur, Antoine Calmet (1672 - 1757), Dom Augustin en religion, fut un érudit lorrain du XVIIIe siècle, connu sous le nom de Dom Calmet, bénédictin de la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe. Cet ouvrage capital a été plusieurs fois réimprimé depuis sa première édition (1722-1728) et a reçu des augmentations considérables dans les éditions postérieures telles que présentées ici.


Gian (Giovanni) Domenico Mansi (1692 - 1769) était un théologien, un érudit et un historien italien du XVIIIe siècle. Il est connu pour son travail colossal sur l'histoire des conciles et ses traductions latines de Calmet. On ne lui en demandait pas tant !


Vendu. D'autres photographies peuvent être envoyées sur demande.

lundi 8 février 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Droit de réponse, devoir de réponse ?


Je connais des gens qui ne répondent jamais aux lettres.

Ce n'est pas me flatter que de dire que sur ce point là, je suis irréprochable, aussi quand un article est la réponse à un courrier empressé d'un de mes lecteurs, j'ai quelque déception, je dois le reconnaître, à ne pas avoir ce petit commentaire élogieux qui chatouille ma vanité Académique. Quand, dans Les Lépreuses, Pierre Costals note sereinement ceci " Cette lettre a été classée par le destinataire, l'enveloppe non ouverte" il donne la preuve de sa muflerie. Sans se montrer aussi cyniques que lui, certains se flattent de laisser dormir leur courrier sur la table encombrée, pendant des jours, des semaines, voire des lunes. Il paraîtrait qu'on se rend compte, un certain délai écoulé, que tels échanges ont perdu avec le temps, tout objet. C'est un peu la même chose avec mes causeries qui sont chassées par l'actualité du blogue de Pierre, me direz-vous !


C'est un des effets pervers de la rapidité supposée des échanges sur la toile que de vouloir qu'ils perdurent dans la mémoire. Y a-t-il des délais à la suite desquels un article est classé sans suite ? Huit jours affirment doctement les manuels qui règlent ainsi l'étiquette d'un cœur endeuillé. Le plus sage et le plus courtois est de répondre par retour du courrier, comme on disait au temps des diligences. Consacrer une demi-heure par jour à sa correspondance, voilà la bonne règle.

Evidemment, si vous avez à dépouiller tel un ministre un volumineux courrier, vous devez faire preuve d'organisation. L'urgence que je recommande ici, touchant le délai des réponses, doit s'entendre surtout aux commentaires sur un blogue. Par contre certains propos profonds méritent la méditation, le temps qu'on les mûrisse. Et je ne parle pas des missives aigres-douces auxquelles le sommeil de la nuit apporte son conseil de modération.


En principe, il est à déconseiller de garder toute sa correspondance. Certaines lettres d'amour devraient disparaître avec leur auteur pour en protéger l'image. Je frémis en pensant qu'un beau jour, un de mes amours adolescents n'étale ma prose amoureuse dans le best-seller impudique d'un éditeur en manque de tirage…

Le blogue a ceci de désolant qu'il vous contraint malheureusement à l'immortalité. C'est ce qui m'a amené à développer, ce matin, cette réflexion dans ma causerie du jour car Pierre vous propose les lettres de Madame de Sevigné dans une belle édition bourgeoise. Quel manque à la richesse de notre littérature si elle n'avait répondu aux lettres de ses correspondants ! Quand aux miennes…

Votre dévoué. Philippe Gandillet


SEVIGNE (Madame de). Lettres. Librairie Félix Juven sans date (1930), Paris, lettres recueillies et commentées par Leo Claretie, illustrations de C.Chalus. in-4, 23x31 cm, Couverture rigide. Cartonnage d'éditeur. 320p illustrées de nombreuses gravures noir et blanc dans le texte, toilé gris, collection : les classiques de la jeunesse. Notice sur Madame de Sévigné, table des gravures et notes. Très bel état. 115 € + port

samedi 6 février 2010

Les Editions du Panthéon, version après-guerre.


Le petit billet que je vous propose ce soir est plutôt comme une question à laquelle je ne trouve pas la réponse. J'ai toujours aimé rassembler les ouvrages commercialisés par une maison d'édition d'après guerre que je trouve, en regard du prix des volumes, des illustrations et du tirage, d'un bon rapport qualité/prix : Les Editions du Panthéon, 7 Rue Dupuytren à Paris dans le sixième arrondissement.


Cette maison d'édition « semi-luxe », crée au lendemain de la Seconde guerre mondiale produisait des livres en tirage limité toujours très bien illustrés (Chopy, Edou Martin, Patte, etc). Elle a été reprise en 1992 et bien que de belle qualité de production, elle ne possède pas cette harmonie de présentation de la collection d'après-guerre qui plait au collectionneur que je suis.


Je cherche donc quelques renseignements sur son histoire. A-t-elle été rachetée ? Par qui ? Quand ? A qui profite le crime ? (le fameux WWWW…) . Ci-joint quelques exemplaires pris au hasard.


- DAUDET (Alphonse). Lettres de mon moulin. Paris, éditions du panthéon, 1951, collection pastels, 10 illustrations de Chopy, exemplaire numéroté, ed à 3800 ex. belle présentation, beau papier. Vendu
- BALZAC (Honoré de). Eugénie Grandet. Paris, éditions du panthéon, 1957, collection pastels, 10 aquarelles de Chopy, exemplaire numéroté, belle présentation, beau papier. Vendu
- ROSTAND (Edmond). L'aiglon. Paris, éditions du panthéon, 1951, collection pastels, 10 illustrations d'Edou Martin, exemplaire numéroté, ed à 2350 ex. belle présentation, beau papier. Vendu
- STENDHAL. Le rouge et le Noir. Paris, éditions du panthéon, 1947, collection pastels, 10 illustrations d'A Patte, exemplaire numéroté, ed à 3000 ex. belle présentation, beau papier. Vendu

vendredi 5 février 2010

Une reliure d'exception de l'atelier d'Antoine Ruette.


Il s'agit d'une reliure que l'on pourrait qualifier de monogrammée. Un terme plus classique existe sûrement. Rappelons la définition du monogramme. C'est un emblème qui réunit plusieurs lettres en un seul dessin, avec ou sans ornements supplémentaires. On le trouvait en priorité sur le linge de maison des familles aisées. Comme tout emblème, il représente une personne, une entité ou un groupe. Il peut aussi servir à signer, à marquer un sceau, des meubles ou tout autre objet appartenant au propriétaire du monogramme. Le livre en est un exemple. Le monogramme est souvent appelé "chiffre" lorsqu'il se résume à ses initiales. Dans le cas présent, le monogramme "L" du roi et la couronne couverte qui est l'emblème de la maison royale sont associés, c'est pourquoi le terme de "monogramme" me semble plus justifié.


Il est cerné par des fleurs de Lys, qui sont devenues à partir du Moyen Âge (d'or sur champ d'azur) l'emblème de la royauté française. Ces "petits fers" ont été apposés de façon régulière sur les deux plats ainsi que sur le dos de l'ouvrage de manière à en faire un semis très élégant. L'appartenance, dans ce cas, est toutefois un peu trop marquée. Le semis de monogrammes et de fleurs de lys est bordé sur les plats par un triple filet doré et sur le dos par un double filet.
Rien dans tout cela que de très exceptionnel !


Passons au texte. Les plus blasés se désespéreront de trouver un "Office de la Semaine Sainte" qui est le best-seller de l'époque. Il faut se rappeler que Louis XIV, s'il pouvait se targuer d'affirmer "L'état, c'est moi !", aurait pu aussi revendiquer son catholicisme à travers l'expression " Dieu, c'est moi !". Dans le domaine religieux comme dans les autres, il visa à contrôler l'ensemble de ses sujets. C'est ainsi qu'il en arrivera vingt ans plus tard à la révocation de "L'édit de Nantes". Donc pour l'heure, il est représenté sur le frontispice priant à côté de Jésus, frontispice gravé en taille-douce, non signé, représentant Louis XIV enfant à genoux devant la Sainte Vierge et le Christ, à qui il offre la couronne et le sceptre. A noter que sur le frontispice on voit, juxtaposées, les armes de Marie-Thérèse d’Autriche et celles de louis XIV.


Cet office qui est en latin a cet avantage que les rites qui accompagnent les textes y sont mentionnés en français ce qui permet de mieux suivre la messe pour les non initiés.
La typographie est très belle, l'impression est en deux couleurs sur un texte réglé. Deux autres gravures hors texte sont présentes au coeur de l'ouvrage. Les titres des chapitres sont en français. Une personne bienveillante a mis du scotch sur une déchirure du frontispice. C'est désolant mais cet événement fait maintenant partie intégrante du passé de l'ouvrage. En faisant une recherche ADN sur le papier adhésif, on pourrait même connaître le propriétaire qui a fait ça et qualifier l'outrage " d'Ex-libris"… Les tranches sont dorées, le bord des plats présente une belle roulette dorée, les coins et les coiffes n'ont pas souffert d'une manipulation maladroite.


L’OFFICE DE LA SEMAINE SAINCTE Corrigé de nouveau par le commandement du Roy, conformement au breviaire et missel de nostre S.P. le Pape Urbain VIII. Édition publiée et reliée par Antoine Ruette. Imprimée en rouge et noir, avec grandes lettrines imprimées en rouge. L’exemplaire, entièrement réglé, s’ouvre sur un frontispice gravé et comprend une deux gravures sur cuivre à pleine page (cène et résurrection de Pâques).

Fils de Macé Ruette, Antoine Ruette fut nommé « relieur ordinaire du roi» à la mort de son père en 1644. En tant qu’éditeur, il publia trois Offices de la Semaine Sainte: en 1644, 1659 puis en 1661, notre édition. L’atelier de reliure se fit une spécialité de couvrir en nombre les productions de l’imprimerie, entrant ainsi en concurrence directe avec les diverses Semaines Saintes reliées dans d'autres ateliers ( Macé, Antoine Michel Padeloup).

Cet exemplaire est sans doute exceptionnel. La dorure et le décor, d’une grande finesse de travail et d’exécution, sont encore réalisés aux petits fers, comme toute la production de Ruette. Vendu. Pierre

mercredi 3 février 2010

Hommage à Willy Ronis et Pierre Mac Orlan.


Un des avantages et non des moindres des métiers de la librairie ancienne est qu'ils vous forcent à être continuellement en phase avec l'actualité… La disparition le 11 septembre 2009 à Paris de Willy Ronis, a été l'occasion pour moi de redécouvrir ce photographe, un des représentants les plus éminents de ce que l’on a appelé par la suite " la photographie humaniste ", dont Henri Cartier-Bresson, et Robert Doisneau étaient les emblèmes et de chercher à vous présenter un ouvrage dont il a été l'illustrateur. " Des villages enclos dans Paris" est, je crois, un bel exemple de son talent de mise en scène. S'il y a un lieu qui a su inspirer les photographes de l'époque qu'ils soient français ou non, c'est bien Paris. Les photographes y ont capté le quotidien des Parisiens dans leur travail aussi bien que dans leurs loisirs et cela, du début des années 1930 jusqu'à la fin du courant humaniste avec les manifestations de mai 1968. Cette passion pour les Parisiens ne tardât pas, d'ailleurs, à faire ressortir certains archétypes du Français ou du Parisien ; on peut citer le personnage de la concierge ou des écoliers. Ces photographies ne sont pas étrangères à l'image que les autres pays se font de la France et des Français aujourd'hui, il faut l'avouer.



Le livre que je vous présente a ceci de caractéristique qu'il est le fruit de la collaboration d'un photographe et d'un auteur. Cette complicité était fréquente, à l'époque. On peut citer la collaboration de Aragon et Henri Cartier-Bresson à "Ce soir" et la célèbre rencontre de Blaise Cendrars et Robert Doisneau qui donnera lieu à "La Banlieue de Paris". Intéressons-nous donc à l'auteur : Pierre Mac Orlan, de son vrai nom Pierre Dumarchey, (1882 –1970) est un écrivain français, créateur d'une œuvre imposante mais diverse. Du roman à la chanson, de l'essai à la poésie, son œuvre s'organise autour de quelques idées au premier rang desquelles est décrit un abord original et poétique de la vie. Ami de André Salmon et de Guillaume Apollinaire, Pierre Dumarchey arriva à Paris, au cours de l'hiver 1899 et vécu une existence de jeune homme bohème, imitant en cela, la vie frivole d'Henri Murger quelques années auparavant dans ce même quartier. Les moyens de subsistance de Mac Orlan étaient en effet toujours précaires. Il tentait de gagner sa vie en vendant des chansons qu'il composait, et en écrivant des ouvrages à caractère érotiques qu'il publiait sous un pseudonyme. Puis la grande guerre… en héros.



Les années d'après-guerre seront des années fastes pour Pierre Mac Orlan. Sa réputation littéraire grandit grâce à la publication de romans tels que Le Nègre Léonard et Maitre Jean Mullin qui lui valent les compliments de Marcel Proust, et Antonin Artaud (Le Quai des brumes et son "Atmosphère" c'est aussi de lui !) En 1950, il est élu, à l'unanimité, membre de l'Académie Goncourt (il reprend le couvert de Lucien Descaves, fidèle de Leon Bloy dont il faudra que je vous parle). Il mourra riche dans la pauvreté. C'est souvent ainsi quand la vieillesse est nostalgique du passé. L'ouvrage que je vous présente ici est recherché par les amateurs de photographie. J'imagine que l'on peut dire que ce sont aussi des bibliophiles ? Pierre



RONIS Willy & MAC ORLAN Pierre : Belleville Ménilmontant. Les Imaginaires. B.Arthaud, 1.3.1954. - Broché 28 x 23, couverture rempliée, jaquette photo avec bande de lancement. Édition originale sur Johannot d'Annonay. Photographies de Willy Ronis. Texte introductif imprimé en gris, plan et liste des lieux photographiés. Comme neuf. Vendu

mardi 2 février 2010

Faire ou ne pas faire de commentaires...


Chers amis lecteurs,

Pendant tout le mois de février et suite à un déstockage sans précédent, le commentaire sera en solde ! Nous attaquerons, dès le démarrage de cette campagne, par la deuxième démarque.

Je vous rappelle notre promotion à 5 lettres : Super ! (Le point d'exclamation est offert par la maison)

N'oubliez pas nos charmants 4 lettres, à savoir, "grav" et "ctro".

En 3 lettres vous avez le choix entre "lol" , " "top" et " bi1" qui sont autant de raccourcis empruntés, de façon pertinente, au langage SMS.

Vous pouvez aussi utiliser notre " lang abréG " qui vous fera faire de notables économies sur vos claviers.


Pour les accrocs à l'esprit et l'éloquence, je conseille toutefois d'avoir recours à l'ouvrage ci-dessous qui est, lui aussi, en promotion.

Bonne journée ; un peu fraîche, malgré tout. Pierre


DESONAY, Fernand. L'art d'écrire une lettre. Collection "Bien écrire et bien parler" - Bruxelle aux éditions Baude, 1945. In-8, 324 pp., broché. Très bon état. Nombreuses lettres d'écrivain en exemple. 15 € port compris

lundi 1 février 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Un siècle de N.R.F


Pierre me fait passer, ce matin, un petit message où il me demande de répondre aux légitimes questions d'un lecteur du blogue. Je cite :

" Je n'ai jamais eu l'occasion d'avoir l'album NRF dans les mains, serait-il possible d'avoir un petit résumé du contenu ? Ou un avis, parce que entre l'ouvrage "L'oeil de la NRF", "Une histoire de la NRF" et l'"Album de la NRF" je ne sais plus où donner de la tête..." Johan

Je me sens indigne, cher Johan, de l'honneur qui m'incombe de retracer l'histoire de la N.R.F pour vous et si je viens aujourd'hui en fils très aimant et très reconnaissant adresser un suprême hommage à André Gide, excellent confrère dont la personnalité a marqué la création, la renommée et la diffusion des revues et titres de cette vénérable institution, c'est parce que j'ai encore quelques regrets de ne pas avoir usé de ma haute influence auprès de mes collègues de l'Institut pour faire entrer notre cher Nobel au sein de l'Académie Française.

Et que l'on ne ma dise pas que c'est la réputation d'homosexualité de Gide qui lui a fermé l'entrée de notre noble cercle. D'autres, qui comme lui, sont entrés à l'Académie en étaient suspect... (je sais, je suis en forme !) Mais dans la vie, il faut quelquefois choisir. Homosexuel, Académicien et Prix Nobel de Littérature sont trois composantes qui s'associent par deux mais qui ne supportent pas un troisième dénominateur commun (je viens de vérifier). Dure loi de la nature et de la mathématique...

La Nouvelle Revue française (NRF) est initialement une revue littéraire et de critique, aujourd'hui publiée de façon trimestrielle. Elle fut fondée en novembre 1908, par une poignée de jeunes gens passionnés, Jean Schlumberger, Marcel Drouin, Jacques Copeau, André Ruyters et Henri Ghéon, sous le patronage d'André Gide. Le premier réel numéro parut en 1909. En 1911, Gaston Gallimard acquiert la revue qui deviendra dès lors le fleuron de la maison. J'ai souvent coutume de dire lors de dîners mondains où l'on m'invite pour mon esprit facétieux et mes bons mots que la NRF est l'oriflamme plantée dans le camp Gallimard et qu'elle lui sert de particule de noblesse. Les rieurs qui m'apprécient portent alors leur serviette aux lèvres dans un mouvement élégant afin d'empêcher qu'un peu de potage aux truffes ne vienne à couler aux commissures et ne tombe inexorablement sur l'habit vert qui leur a coûté si cher à louer… Mais il est aussi vrai que sans Gallimard, la revue NRF eût existé, eût fait sans doute du bon travail mais elle n'eut pas survécu à 100ans d'existence.


Il en fut de même pour la « La Bibliothèque de la Pléiade » créée en 1931 par Jacques Schiffrin. Quand ce dernier rencontra quelques difficultés de trésorerie, André Gide et Jean Schlumberger, tous deux administrateurs de la NRF, conseillèrent alors à Gaston Gallimard de lui porter secours. C'est pourquoi cet Album de la bibliothèque de la Pleiade, "Un siècle NRF", peut puiser aux sources de l'éditeur toute l'iconographie, tous les documents et tous les meilleurs textes qui font de cet album un excellent ouvrage de référence sur l'histoire de la NRF.

Une remarque néanmoins avant de commander éventuellement à Pierre cet album. Il est indiqué dans la plaquette publicitaire fournie avec l'album que cet ouvrage est "offert" en librairie pour l'achat de 3 volumes de la collection. D'aucuns pensent donc qu'il est gratuit et qu'il n'est pas légitime qu'un libraire puisse en tirer un bénéfice éhonté ! Je rappelle aux personnes naïves, aux crédules qu'il n'y a rien de gratuit dans la vie, que le prix de cet album est compté dans le bénéfice escompté sur l'achat des trois autres volumes de la collection, qu'une carte de crédit n'est pas une carte de crédit mais une carte de débit et que quand vous achetez un vêtement en solde, Mesdames et Messieurs, vous ne gagnez pas de l'argent mais vous en dépendez ! Je vaticine le pire si vous n'en n'êtes pas conscients.


Revenons à nos moutons. L'histoire de la NRF est intimement liée à quelques faits qu'il faut rappeler.
- La collection "blanche" définit un grand nombre d'ouvrages de cet éditeur par la couleur crème de ses livres brochés.
- L'éditeur que l'on qualifie alors par son patronyme "Gallimard" est connu pour monopoliser les prix littéraires et en particulier le "Goncourt" qui lui est souvent revenu.
- L'attitude bienveillante de l'éditeur face à l'occupant a donné à la fin de la deuxième guerre mondiale une image en demi teinte à cette maison, dirigée alors par Drieu La Rochelle.
- La "Série Noire" est une collection NRF et quand vous achetez des "folio" de poche, NRF est encore là.


Vous vous demanderez évidemment pourquoi cette maison n'a pas fait appel à moi pour engranger de somptueux bénéfices en commercialisant mes œuvres littéraires. Ils n'ont pas reconnu mon talent mais le temps me donnera sans nul doute raison. Étant de nature susceptible, vous ne serez donc pas surpris que j'aie choisi un ouvrage édité par un concurrent pour illustrer ma causerie. Il s'agit de l'histoire de la "Maison Hachette" que je vous conseille. Et pan !

Votre dévoué. Philippe Gandillet

MISTLER (Jean) La librairie Hachette de 1826 à nos jours. Hachette, 1964, in-4, 407 pp, un portrait en frontispice de Louis Hachette et 64 pl. de gravures et photos hors texte, un tableau généalogique, reliure plein chagrin bordeaux éditeur, dos à nerfs, tête dorée, étui borde'. Tirage limite a' 3000 exemplaires, celui-ci un des 400 ex. hors commerce numéroté 312. Bel exemplaire. Vendu