lundi 14 décembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Google Earth près de chez vous.


Une fois n'est pas coutume, Pierre est passé me voir hier dans ma propriété. Il avait l'air soucieux. Quand le majordome m'en a informé sur mon portable, j'étais au fond du jardin. J'ai donc pressé le pas et, dix minutes plus tard, j'arrivais dans le vestibule où j'accueillai notre brave libraire avec la chaleur que l'on réserve aux amis.

"Soucieux, non " me dit-il "mais la renommée de ma librairie traîne un peu en longueur et j'aimerais que vous me trouviez, vous qui êtes prodigue de vos bontés, un moyen de me faire connaître du monde entier ! "

Il partit sans prendre le temps de goûter à l'excellent thé que nous avait préparé Désiré. Je ne sais pourquoi je me suis attaché à ce libraire dépourvu de la moindre élégance naturelle et qui doit boire du café, s'il se trouve…

Pierre m'a laissé, ce matin, un ouvrage à promouvoir, dans lequel il a glissé un petit mot " Ces livres peuvent aider un bibliophile à s'y retrouver dans la littérature religieuse mais je ne crois pas qu'il y ait de marché pour ce type de bouquin. Essayez quand même ! Pierre"


Ma première tache consiste donc à présenter la boutique de Pierre sur "Google Earth". Facile. Vous pouvez le faire avec moi.

- Au fond, la carré noir délimité mais illimité avec les petits points blancs et scintillants, c'est la galaxie. Vous y êtes.

- Au milieu, la grosse sphère, c'est le monde ou plutôt notre monde.

- Vous distinguez la terre avec sa drôle de couleur grise et la mer qui est toute bleue ? Choisissez la terre.

- Les traits jaunes délimitent les pays.

- Dans l'hémisphère nord, vous choisissez " la France ". On ne peut pas se tromper, on ne voit qu'elle car tous les autres pays sont autour.

- Vous cliquez deux fois sur la carte de France. Vous ne vous occupez ni d'Andorre ni de Monaco. A ce propos, je me demande pourquoi on ne leur déclarerait pas la guerre à ces deux petits pays, histoire de resserrer le sentiment d'identité nationale à bon compte ?

- Vous cliquez deux fois sur le sud-est de la France.


- Vous cliquez deux fois entre Marseille et Avignon.

- De chaque côté du Rhône, vous avez les deux villes de Tarascon et de Beaucaire. Choissez, bien sûr, " Tarascon " !

- Quand vous descendez du pont, vous prenez à droite et vous rentrez dans Tarascon au premier embranchement à gauche. Il y a un petit rond-point, théoriquement bien fleuri, mais nous sommes en hiver comme vous pouvez le voir (ce n'est pas une vue de l'esprit, vous le voyez sur l'image satellite)

- Vous cliquez sur le seul petit carré bleu de la rue principale et vous êtes chez Pierre.

N'est-ce pas magique ? Il me reste à trouver la méthode pour vous faire passer la porte de la librairie. Mais Google Earth n'est pas à un miracle près. Je n'oublie pas de vous présenter les quatre ouvrages sélectionnés par Pierre. L'ensemble est à 40 € port compris. S'il les vend, ceux là, je veux bien me faire curé !

Votre dévoué. Philippe Gandillet


BARDY (Gustave). Littérature latine chrétienne. Bloud et Gay, Paris 1929 - 231pp ; Paru dans la collection "Bibliothèque catholique des sciences religieuses" N°20

MIGNON (Maurice). Littérature italienne chrétienne. Bloud et Gay, Paris 1935 - 190pp ; Paru dans la collection "Bibliothèque catholique des sciences religieuses" N°68

CHABOT (J.B). Littérature syriaque. Bloud et Gay, Paris 1935 - 231pp ; Paru dans la collection "Bibliothèque catholique des sciences religieuses" N°66 Vendu

KARST (J). Littérature géorgienne chrétienne. Bloud et Gay, Paris 1934 - 231pp ; Paru dans la collection "Bibliothèque catholique des sciences religieuses" N°62

dimanche 13 décembre 2009

Livres de prix au 17eme siècle. Nouvelle présentation.

Un volume in-4 en plein veau, aux grandes armes de Louis XIV, avec un semis de fleurs de lys et de "L", les oeuvres de Sidon ,1652.

Je reproduis ici un article publié par Hugues sur le Blog Du Bibliophile au sujet des livres de prix et en particulier au sujet d'un ouvrage du 17eme siècle qu'il possède et qu'il avait parfaitement présenté à l'époque. Le hasard fait que ne désirant pas, par bravade, décrire un ouvrage de même nature dans le billet précédent j'ai réalisé que mon billet ne tenait pas la route. Je vous demande donc de vous reporter aux commentaires de Hugues dont j'ai mis une photographie du livre en présentation, les trois autres provenant de mon exemplaire (ils se ressemblent !). Je ne crois pas que Hugues vende le sien ;-))

"Même si leurs reliures sont parfois frappées des armes d'un collège, d'une ville ou d'un donateur, les Livres de Prix se distinguent des livres aux armes (stricto sensu) par leur fonction.

En effet, si les livres aux armes ne sont en fait que des livres "classiques" frappés d'une marque de propriété, les livres de prix sont destinés à récompenser les meilleurs élèves d'un établissement de type scolaire (et les armes qu'ils portent identifient alors le plus souvent un généreux donateur ou l'institution).Cette pratique qui n'existe quasiment plus aujourd'hui a pris son essor au 17ème siècle pour disparaître progressivement dans le dernier tiers du 20ème siècle, au moment où la notion de classement est devenue moins centrale dans notre système éducatif.

Au départ, elle était surtout l'apanage des grands lycées jésuites, qui récompensaient ainsi leurs élèves grâce à des livres offerts par les plus hauts personnages de la ville, de la province, voire du royaume. La remise des prix n'était pas régulière et dépendait entièrement de la générosité de ces mécènes, dont le but était double : manifester leur attachement à l'établissement, mais aussi, naturellement, affirmer une certaine position sociale.


A cette époque, la cérémonie n'est pas une pratique généralisée, ni même annuelle, dans ces établissements. Elle fluctue en fonction des libéralités des généreux donateurs. C'est seulement à partir des années 1730-1740 qu'elle se généralise et tend à devenir régulière et organisée. C'est Fénelon (1651 - 1715) qui semble évoquer le premier cette tradition dans L'éducation des filles, paru en 1687, il y écrit son souhait de voir les élèves recevoir "un livre bien relié, doré même sur la tranche, avec de belles images et des caractères bien formés ".

Après le 17ème, et une pratique irrégulière, les cérémonies deviennent plus fréquentes et mieux organisées à partir du milieu du 18ème, jusqu'à ce qu'on atteigne le stade des livres de prix en reliure éditeur, vers 1840, qui fait passer cette tradition à un stade plus "industriel", principalement grâce à la percaline. Apparemment, les livres de prix les plus anciens conservés dans les bibliothèques françaises datent de 1609 (Collège de La Flèche) et 1611 (Châlons). C'est parfois le roi en personne qui récompense ainsi les plus jeunes de ses sujets. On trouve par exemple la trace d'une somme annuelle de 400 livres allouée par le monarque au collège de La Flèche pour l'année 1653.

Naturellement, les volumes ainsi offerts sont reliés aux armes des donateurs (souvent accompagnés de semis de fleurs de lys), et ce jusqu'au 19ème où les armes de la ville ou de l'institution viendront les remplacer. En fait, les livres offerts diffèrent réellement selon ces deux grandes époques (1600 - 1840 d'une part, et après 180 d'autre part).


Au cours de la première période, les volumes offerts sont rares (26 livres distribués à Amiens entre 1626 et 1697) et sont généralement des grands formats (in-folio et in-quarto) dont le contenu est principalement constitué par des textes anciens dans leur langue d'origine, voire des livres contemporains écrits par des jésuites. Plus rarement, les lauréats se voient remettre de véritables éditions anciennes, tel que l'heureux comte de La Marck, qui fût récompensé par une géographie de Strabon (Bâle, 1523), au collège des Grassins à Paris, en 1686.... et que dire du petit Le Brethon, qui reçût un incunable en 1698, à Amiens!
Avec la seconde période et le début d'une généralisation/industrialisation de la pratique, le nombre de prix distribués augmente et nécessairement la qualité et le format des ouvrages vont évoluer, notamment parce des établissements plus modestes (et non "sponsorisés" par les notables) vont adopter cette tradition. Ce sont alors l'in-8 et l'in-12 qui se taillent la part du lion, reliés en basane (puis en percaline, voire en cartonnage), et aux armes de la ville ou de l'établissement. Les contenus évoluent aussi, et ce sont surtout des ouvrages de morale, de religion ou de vulgarisation (histoire et science), d'auteurs plus contemporains.

En fait, au 17ème et 18ème, le contenu des livres offerts est choisi sans trop de considération pour le récipiendaire, mais plutôt en fonction des valeurs de l'institution... Par la suite, on verra apparaître des contenus plus dédiés aux enfants ou aux adolescents (le nouveau robinson, des géographies simplifiées, etc.) L'habitude disparaîtra progressivement... "

Merci Hugues pour cette belle présentation. Pierre

vendredi 11 décembre 2009

Peut-on aimer un livre uniquement pour ses atours ?


Un homme d'affaire allemand présentait, il y a quelques mois, des ouvrages anciens à la vente aux enchères dans des reliures flatteuses et dans un écrin savamment étudié. L'enchère proposée pour tous ces livres donnait le tournis mais on avait quand même l'impression d'être devant un trésor ! Des protestations indignées de bibliophiles se sont alors élevées car cette bibliothèque vendue au poids, au nombre ou à la couleur selon votre vision des choses ne présentait pas les ouvrages accompagnés d'une notice bibliographique digne d'eux. Et puis, l'estimation globale de la bibliothèque privait le particulier d'en acquérir un en particulier. De plus, il s'agissait d'un investissement reconnu à but spéculatif et l'on sait que les français dont on connaît l'éthique et la morale désintéressée n'aiment pas parler d'argent !


Cette nouvelle façon de vendre des livres anciens en choqua plus d'un et nous ne sommes pas près de voir ça en France ! Ou plutôt, vous n'étiez pas près de voir ça en France car c'est moi qui vais commencer aujourd'hui…

Je le ferai à petite échelle, si vous le voulez bien, en ne vendant qu'un seul livre par cette méthode. Par défi, je le fais avec un ouvrage que j'aime particulièrement. Mais le principe est le même pour une bibliothèque complète.


Exceptionnel, voici un magnifique livre du 17eme siècle de 17cm sur 24 cm et pesant plus de 1,3 kg. Il est composé de près de 1200pages sur du papier très bien conservé. Il y a deux tomes et il est écrit en français. La reliure aux armes est en plein cuir avec des motifs dorés sur les deux couvertures et sur le dos. Pour avoir plus de détails vous pouvez regarder les photographies.

Outstanding here is a beautiful book of the 17th century 17cm 24 cm and weighing over 1.3 kg. It is composed of nearly 1200pages on paper very well preserved. There are two volumes and is written in French. The binding arms is in full leather with gilt decorations on both covers and spine. For more details you can view photographs

erausragend ist hier ein schönes Buch aus dem 17. Jahrhundert 17cm 24 cm und einem Gewicht von über 1,3 kg. Es ist fast 1200pages auf dem Papier sehr gut erhalten aus. Es gibt zwei Bände und ist auf Französisch verfasst. Die Bindung Waffen ist in vollem Leder mit goldenen Verzierungen auf beiden Abdeckungen und Wirbelsäule. Für weitere Informationen können Sie sich Fotos.


Ce petit billet est facétieux, vous l'avez bien compris. Il n'est pas dans ma nature de faire ainsi et j'aime passer du temps sur un livre pour en tirer une notice un peu détaillée qui respecte les codes en vigueur dans le petit monde du livre ancien. C'est ma façon de donner sa vraie valeur au livre et de justifier ma marge. Cet ouvrage le mérite. Mais, après tout, on peut acheter un livre pour ses atours ! Souvent l'acheteur en sait plus que le libraire et une belle collection de photographies est, en effet, parlante. Je réfléchis à tout ceci en tapant sur mon clavier... Ce n'est pas une blague, l'ouvrage est (était) vraiment à la vente. J'envoie la notice bibliographique au cas où.

mercredi 9 décembre 2009

Jean Rostand. Un grand moraliste du 20eme siècle.


Ceci est une première. Votre billet du jour est garanti "sans Wikipédia". La faute en revient à trois de mes enfants présents à la maison pour des raisons variées, ce soir (fâcherie avec la copine, CDI, examen) et qui ont squatté tous les ordinateurs connectés à l'intelligence artificielle du réseau. Il ne me reste plus que mon petit disque dur personnel, façon diencéphale, pour vous présenter le livre de ce jour. J'ai retrouvé un vieux 486 SX2 pourvu de Word dans le placard. Je le branche. C'est parti !

Il y a des gens dont le physique inspire la sympathie, Jean Rostand est de ceux-là. Avec lui, pas besoin d'ouvrir de fenêtres Internet pour se représenter le personnage. Même gamin, je savais qui il était. En fait, j'ai longtemps cru que Jean Richard et Jean Rostand étaient la même personne. Il est des approximations d'enfant qui ne trompent pas : Même pipe au bec, même environnement animalier, même bonhomie. Ils inspiraient le respect, surtout Jean.

On peut dire sans se tromper qu'il a été un des plus grands moralistes du vingtième siècle. L'objectivité de ses remarques, la sincérité de ses aveux et le raccourci de ses maximes m'ont marqué à jamais. On peut le dépeindre en disant : De la rigueur, du style mais sans ornement et du désespoir sans amertume. En comparaison avec lui, La Bruyère s'amuse et La Rochefoucaud égrène ses froides ironies au ras du sol. Seul Pascal réussit à élever l'homme dans l'univers comme Rostand et comprit que l'épouvante était précisément là !


Nourri aux disciplines de la science, Jean Rostand a levé les yeux de son microscope pour observer l'être humain dans ses comportements avec ses semblables et s'observer lui même. Quel défi ! C'était aussi l'époque où je lisais Konrad Lorenz. Vous imaginer bien que les deux bonshommes n'ont pas été sans influence sur l'attrait que j'ai eu pour le monde animal par la suite.

Jean Rostand n'était pas, à proprement parlé, un scientifique arraché à la nomenklatura universitaire, loin s'en faut. Il portait, de plus, un nom lourd du poids des succès et de la renommée artistique de son père. Cela lui a d'ailleurs valu un certain dédain de ses confrères scientifiques qui prirent l'habitude de voir Jean Rostand entretenir ses lecteurs de leurs progrès. Sous la froideur simulée d'un exposé objectif, Jean Rostand nous communiquait les nouvelles des dernières découvertes accomplies par la science dans les perspectives de l'éternelle question : Pourquoi sommes nous sur la terre, pourquoi la vie existe-t-elle ? Je crois qu'à ces questions, seul l'Abbé Moreux avait la réponse mais Rostand ne le savait pas. (Faites-moi penser à vous parler de l'abbé Moreux, un de ces jours !)


Comprenez bien que Rostand était l'exemple même du rationaliste aux antipodes de l'esprit religieux. Il était moraliste sans être moralisant mais, métaphysiquement parlant, les esprits religieux, les croyants sont des optimistes ; les incroyants sont des pessimistes. Ils n'ont pas d'espoir ! Jean Rostand était-il sans espérance ? L'a-t-il perdue ? C'est vraisemblable. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de lire les pensées de Jean Rostand en écoutant du Roberta Flack sur votre radio mais c'est hyper déprimant. Je vous livre quelques pensées prises dans l'ouvrage présenté :

" La science ne fait que donner à l'homme une conscience plus nette de la tragique étrangeté de sa condition, en l'éveillant pour ainsi dire au cauchemar où il se débat "

" L'homme, cet arrière-neveu de limace "

" La science nous enseigne notre néant "

Moi, j'ai toujours pensé que Rostand était un "pince sans rire", un faux pessimiste et qu'il se faisait un malin plaisir de choquer. Peut-être s'est t'il brûlé à la lumière de la vérité scientifique. C'est vrai qu'elle éblouit et déçoit à la fois.

" La biologie est arrivée au point de son évolution où les conséquences de ses découvertes vont atteindre l'homme lui-même ". Quel visionnaire !


Rostand (Jean). Ce que je crois. Grasset 1954. 10€, port compris
Rostand (Jean). La formation de l'être. Hachette, 1930. 10 €
Rostand (Jean). Inquiétudes d'un biologiste, Stock, 1967. 10 €
Rostand (Jean). Pensées d'un biologiste, Stock, 1947. 10 €
Rostand (Jean). L'homme. Gallimard, 1941. 10 €

lundi 7 décembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Discours sur la méthode de Legris.


Quand le hasard me fait tomber sur un collègue au génie étincelant, je l'accueille toujours avec plaisir dans le cénacle des bienfaiteurs de l'humanité auquel j'ai l'insigne honneur d'appartenir depuis que j'ai inventé le moteur perpétuel. Vous l'avais-je dit ?

Qu'importe. Je vais donc vous présenter mon excellent confrère L. Legris qui prendra, une fois n'est pas coutume, la plume après ma petite introduction. Vous pourrez lui poser quelques questions en fin d'exposé mais notre temps sera compté car je dois, ensuite, l'amener au Panthéon pour l'éternité.

L. LEGRIS (Léon ? Ludovic, celui qui est inscrit sur copain d'abord ?) est né à Celle-sous-Chantemerle dans la Marne en 1786 et était ingénieur-géomètre. Deux seuls exemplaires de l'ouvrage qu'il va nous commenter aujourd'hui sont indexés au catalogue général de France et la B.N.F n'a pas pu nous informer sur l'année de son décès ni nous confirmer s'il était toujours mort d'ailleurs… Il est aussi l'auteur d'un ouvrage de génie militaire. Il indique dans cet ouvrage qu'il était auparavant expatrié aux Etats Unis d'Amérique et que c'est l'Ambassadeur de France, lui-même, qui a demandé à ce qu'il soit renvoyé en France pour faire bénéficier son pays natal de ses inventions. A cet effet, il précise qu'il se propose d'offrir au peuple ses brevets.


Ce volume décrit de nombreuses machines à eau, à vent ou actionnées par des animaux ou des humains. L'originalité de ce livre, outre la description des machines, réside dans le fait qu'elles vont modifier complètement notre société. C'est le thème de la communication que va maintenant nous présenter Monsieur L. Legris. Je vous demanderai pendant cet exposé d'éteindre vos téléphones portables pour ne pas perturber l'attention de votre voisin. Chuttt…

" Mesdames, Messieurs,

Comment a-t-on pu ignorer que le plus grand pouvoir qui puisse être sur la terre est la mécanique ; peu employée, elle sert à faire la guerre ; mieux appréciée, elle peut la rendre impossible. (murmures)

C'est donc dans cette science seule que l'homme peut puiser la plus grande somme de bonheur ; car s'il veut boire et manger tout ce qu'il y a de plus exquis, être logé, chauffé, habillé le plus magnifiquement du monde, avoir de nombreux et magnifiques spectacles en tout genres, le temps d'y assister, celui de s'instruire sur toutes sortes de choses, et à bon marché, pour être plus civilisé, il est bien certain qu'il cherchera tout cela en vain ailleurs que dans la mécanique !

Pour détruire tous les préjugés qui veulent que la mécanique enlève le travail des ouvriers, et par conséquence leurs moyens d'existence, je vais démontrer au contraire, que plus il y aura de mécanique, plus les ouvriers auront d'ouvrage, plus ils gagneront d'argent, et moins il leur en faudra pour pouvoir assurer leurs besoins. (Il tourne une page)

Supposons donc qu'au moyen de la mécanique l'agriculture soit rendue une fois plus productive avec moitié moins de travaux de la part des hommes ou avec moitié moins de dépenses ; ses productions pouvant alors se vendre une fois moins cher, rendront la consommation beaucoup plus grande et par conséquent les ouvriers une fois plus riches, en diminuant de moitié la dépense nécessaire à leur existence ; d'où il suit que la plupart d'entre eux passeront inévitablement dans la classe des rentiers, où ils augmenteront l'ouvrage des ouvriers restants en ne travaillant plus, et bien plus encore par la grande consommation qu'ils feront des objets d'utilité factice. (Une main se lève au fond)

- Pardon, Maître, mais ne pourrait-on pas imaginer, alors, une sorte d'impôt négatif prélevé sur la machine qui rétribuerait l'ouvrier qui accepte de ne pas travailler ?

- C'est envisageable. Il faut espérer que bientôt les hommes sauront qu'ils ne doivent pas être employés à aucun travail de corps pénible ; qu'ils ne devraient jamais y avoir de malheureux. Oui, la mécanique appliquée à tout peut aplanir toutes les difficultés ; par elle la culture n'est bientôt plus un travail ; les éléments lui obéissent, l'air, le feu, l'eau et la terre sont ses auxiliaires et vont assurer son bonheur ! (Applaudissements et du fond de la salle un adolescent, du nom de Proudhon, s'exclame…)

- Alors, M'sieur, ce sera "le grand soir" ?

- Oui, mon Bonhomme. " Le Grand Soir " !


Avant de revenir à la librairie de Pierre où m'attendaient quelques clients pressés, j'ai raccompagné mon collègue en voiture jusqu'à sa dernière demeure. Avant de monter les marches, il m'a dit " Je meurs rassuré sur l'avenir de l'homme". Je n'ai pas osé le contrarier. Philippe Gandillet


LEGRIS (L.) La mécanique des gens du monde ou les moteurs rendus plus puissants, plus nombreux, plus économiques, plus utiles et plus faciles à utiliser.... Ouvrage contenant 54 inventions illustrées et commentes. Paris, chez A.J Sanson , 1824. - in-8, 68pp.- 1 planche dépliante en début d'ouvrage contenant 54 dessins. Broché bleu d'attente de l'époque. Édition originale. Trous de vers n'empêchant pas la lecture mais la contrariant quand même. Ouvrage digne d'intérêt. Vendu

vendredi 4 décembre 2009

Les lettres de mon moulin dans une jolie présentation


Hier, j'ai vendu un livre.

Bon, en soi même, l'information n'est pas un événement exceptionnel, je vous rassure ! Mais comme c'était un dépôt fait par un ami, c'est l'occasion de vous expliquer comment je gère la chose. D'autres font sûrement différemment.

Tout d'abord, je dois vous dire que je n'aime pas accepter de livres en dépôt (et j'en ai très peu). Je n'ai pas vraiment d'arguments pour étayer ce mauvais pressentiment mais je me dis que si je n'ai pas acheté ce livre dès le départ c'est que : Soit il ne m'intéressait pas vraiment, soit que je pensais que ma clientèle n'avait pas les moyens de se l'offrir (trop cher). Je le fais pour des amis. C'est quelquefois un redoutable moyen pour les perdre…


Plutôt que de mettre en place un difficile pourcentage de marge, je me mets d'accord, dès le départ, sur le prix que veut en tirer le propriétaire. Après, le bénéfice c'est mon problème ! Comme ça, les choses sont simples… Malgré tout, je trouve cet arrangement bancal. Et puis, la responsabilité est tout autre et il n'est rien de plus difficile à entendre qu'un "Alors ? Ce livre, tu le vends ?" ou pire, une fois que l'affaire est faite de se retrouver débiteur d'un ami pour le bénéfice qu'on a fait sur son dos. Pour cet exemple, il est quasiment nul mais c'est quasiment un bon ami aussi. Vendu


Bon point pour moi, ce livre a fait le bonheur des visiteurs pendant sa présentation car il est très typé "Provence" et l'édition comme la reliure sont remarquables. A noter toutefois, une petite faute de goût sur le contre-plat et la garde dont la soie "vert empire" et la roulette dorée ne vont pas vraiment avec la reliure ciselée "art-nouveau". Ce n'est que mon avis.

Je profite de ne rien avoir à vendre, aujourd'hui, pour envoyer un signe d'amitié et des remerciements aux membres privilégiés qui ont bien voulu d'inscrire sur "blogger" et en particulier aux membres habitant dans un pays étranger qui ont beaucoup plus de chemin à faire que les autres pour arriver sur la page d'accueil ;-))


Je pense en premier à Aurélia d'Australie, à Denis du Japon, à Pierre du Québec, à René de Belgique et à Aimée de Paris en France. Je tiens d'ailleurs à remercier ces dames de ne pas prendre en "grippe" ce blogue en raison des causeries du lundi de Philippe Gandillet qui peuvent paraître taquines pour les femmes si on ne savait pas que ce dernier se repent de ses billets, tout le reste de la semaine, par une attitude soumise et respectueuse envers la sienne … Pierre

mercredi 2 décembre 2009

Pierre Jules Hetzel. Un brillant éditeur.


Si vous tapez "Hetzel" sur le clavier de votre ordinateur, immanquablement vous bifurquerez sur Jules Verne, l'auteur qui lui a apporté la renommée. Et pourtant l'œuvre d'éditeur de Pierre Jules Hetzel ( 1814-1886) vaut qu'on s'y attarde un peu. Il a publié des ouvrages de qualité et imprimé, la mode et la technique le permettaient à cette époque, des cartonnages toilés de luxe, les fameux monochromes ou polychromes de la collection Hetzel. Ne soyons pas réducteurs néanmoins, des belles reliures 1/2 chagrin et des ouvrages brochés au papier de qualité étaient aussi proposés au public. Ces ouvrages publiés pour la jeunesse ont connu depuis lors un grand succès et font le bonheur des grands enfants que nous restons quelquefois.


Son premier grand succès sera "Vie publique et privée des Animaux", étude des moeurs contemporaines auquel il s'attacha en 1839-1840 en faisant appel à des grands écrivains comme Balzac, George Sand, Charles Nodier,Louis Viardot et au dessinateur Grandville. En 1843, il fait paraître son livre Voyage où il vous plaira illustré par Tony Johannot. En 1843 il fonde le Nouveau magasin des enfants. Les auteurs seront Charles Nodier, Tony Johannot, Alexandre Dumas, George Sand, Musset et les illustrateurs Bertall et Gavarni. En 1848, Hetzel, fervent républicain, est chef de cabinet d’Alphonse de Lamartine, alors ministre des Affaires étrangères, puis auprès du ministre de la Marine. Lors du Coup d'État du 2 décembre 1851 qui voit l’avènement du Second Empire, il s’exile en Belgique, et il y continue son travail d’éditeur, publiant clandestinement les Châtiments. Lorsque le régime se libéralise, il rentre en France. Il publie Proudhon et soutient Baudelaire. On lui doit une édition marquante des contes de Charles Perrault illustrée par Gustave Doré, qu’il préface lui-même. Il crée la Bibliothèque illustrée des Familles, qui devient Le Magasin d'éducation et de récréation en 1864 auquel participe Jean Macé (1815-1894).



Pierre-Jules Hetzel écrivit aussi des romans pour la jeunesse sous le pseudonyme de P.-J. Stahl. Sa maison d’édition, reprise par son fils à sa mort, fut ensuite rachetée par Hachette, la maison concurrente en 1914. Le népotisme n'a jamais été une valeur sure… Je vous présente quelques ouvrages qui ont en commun leur format, grand in-8 et leur présentation générale. Pour chacun d'eux, je peux envoyer des photographies détaillées si la convoitise vous tenaillait. Pierre




FATH, Georges. Un drôle de voyage. Hetzel et Cie, Paris, sans date (1878). Cartonnage toilé marron et or, reliure Engel. Trois tranches dorées, illustrations en noir de l'auteur, quelques feuillets légèrement décalés, pas de rousseurs. Voyage fantastique en Amérique de deux enfants. Bon état.Vendu
LAURIE André. Le capitaine Trafalgar. Paris, Bibliothèque d'éducation et de récréation, J. Hetzel et Cie, 1886. 258 pp. Percaline rouge d'éditeur ornée. Cartonnage polychrome avec motifs, fleurs et personnages. Avec catalogue de la collection Hetzel. Quelques feuillets légèrement décalés, rousseurs légères mais généralisées. Très bon état. Vendu
LAURIE André. Tito le florentin. Paris, Bibliothèque d'éducation et de récréation, Hetzel et Cie, 1885. 272 pp. Percaline rouge d'éditeur ornée. Avec catalogue de la collection Hetzel. Feuillets solidaires, pas de rousseurs. Excellent état.
LAURIE (André) La Vie de collège en Angleterre. Paris Hetzel 1885, reliure d'éditeur percaline bleue et or décorée, tranches dorées. Illustrations de P. Philippoteaux. Feuillets solidaires, légères rousseurs généralisées. Catalogue de l'éditeur avec les nouveautés pour 1886. Relieur Lenegre et Cpie. Excellent état. Vendu
BIART (LUCIEN), Un Voyage involontaire. Paris, Hetzel et Cie, sd. In-8°, 2 ff. (frontispice : 3 personnages sur une ancre marine, vignette sur le titre : deux personnages portant des bagages), 264 pp. Avec 22 planches hors texte gravées par Meyer. Cartonnage percaline rouge, premier plat illustré d'un décor doré de Souze figurant un paysage de jungle, dos lisse orné de motifs dorés similaires, tranches dorées. Feuillets solidaires, légères rousseurs généralisées. Bon état. Vendu