samedi 26 janvier 2013

Denis Diderot : Est-il bon ? Est-il méchant ?


Il y a chez Diderot un goût singulier pour la mystification, qu'il appelait de la perversité et qu'il garda jusqu'à la fin de sa vie. Sa mort elle-même fut une mystification posthume ; il fut autopsié, à sa demande… Jeune, Denis Diderot (1713-1784) se crut une vocation religieuse. Il en joua jusqu'à en persuader sa voisine d'étage, Madame Champion, pour capter l'attention de la bonne dame et séduire sa fille qui devint effectivement Madame Diderot. De nombreux points de sa biographie restent cependant obscurs. De sa jeunesse bohémienne, il nous laisse un trou de dix ans où brillent quelques lueurs incertaines, quelques vagues anecdotes à la Murger… Le plus grave est que nous ignorons tout de la crise intellectuelle qu'il traversa pour aboutir au scepticisme et à l'incroyance.


Il fréquentait beaucoup les cafés, principalement le Procope, sur la rive gauche, devant la comédie française et le café de la Régence devant le Palais royal. Il se lia avec Le Sage, Rameau et bien d'autres compositeurs mais la rencontre la plus marquante qu'il fit fut celle de J.J Rousseau qui essayait, à cette époque, de faire adopter son nouveau système de notation musicale.


Voici donc nos deux compères devenus amis (leurs femmes aussi). Diderot travaillait à des traductions pour des libraires pendant que Rousseau paradait près des grands de ce monde. Un jour, le libraire Le Breton lui proposa d'adapter en français l'encyclopédie anglaise de Chambers. Il eut alors l'idée de faire éditer la sienne. L'encyclopédie était née ! Évoquons maintenant la douloureuse gestation.

Il se mit à recruter des collaborateurs : Rousseau pour la musique, D'Alembert pour la partie scientifique, Buffon, etc… Cette bataille, car il faut utiliser le mot de bataille, dura plus de vingt ans et les difficultés ne vinrent pas toujours de l'extérieur ; les philosophes au siècle des lumières étaient prudents avec le pouvoir, malgré tout. Les écrits qui font maintenant sa gloire ne furent, d’ailleurs, jamais imprimés de son vivant sous son propre nom !


L'Encyclopédie tour à tour poursuivie et tolérée parut grâce à la persévérance de Diderot et à l'appui de Malesherbes, directeur de la librairie du roi qui partageait ses idées et les couvrait. Plus sympathique que le sec Voltaire, moins farouche que Rousseau, Diderot avait ce côté humain qui le rendait agréable aux gens de son époque et qui font qu'on le lit encore aujourd'hui avec plaisir.


On va me dire que Diderot fut volage et que sa correspondance avec Madame Volland prouve qu'il n'était pas infaillible. A sa décharge, je répondrai en disant que sa femme avait, de notoriété, fort mauvais caractère et qu'il avait des scrupules. Il en sera pour cela pardonné… Pierre

DIDEROT Denis. Œuvres complètes de Denis Diderot. A Paris, Chez A. Belin, Imprimeur-Libraire, 1818-1819. 6 volumes in-8, relies, demi percaline vert olive et papier coloré, dos lisses avec motif, pièce de titre et tomaisons en maroquin cerise. Œuvres en partie originale, elles contiennent  plusieurs textes inédits : Voyage e Hollande, Salon de 1761, 5 dernières lettres du salon de 1759, 3 dialogues, Mon père et moi, fragments politiques… 754, 736, 795, 751, 678, 525, avec in fine du premier volume, 2 grandes planches dépliantes, dont une de figures géométriques et en début du volume second, une planche dépliante intitulée "Système Figure des Connaissances Humaines". Coins légèrement frottés, les coiffes sont toutes intactes ainsi que les mors. Des rousseurs claires irrégulières. L'ensemble est de belle qualité. Reliure en bon état. 200 € + port

5 commentaires:

pascalmarty a dit…

Si on en croit Attali, qui vient de publier sa bio, c'est surtout Papa Diderot qui avait des ambitions religieuses pour son fiston. La crise de foi du jeune Denis ne serait donc pas le résultat d'un intense bouleversement intellectuel, mais juste l'évolution d'un esprit plus attiré par la découverte du savoir que par les dogmes.
Mais bon, ce que j'en dis… j'y étais pas, moi, hein…

Anonyme a dit…

le problème c'est qu'Attali non plus il y était pas ...

B.

pascalmarty a dit…

Sans doute, mais à ce compte il faudrait renoncer à écrire des biographies. Au reste, comme je n'y étais pas je ne peux rien dire pour Attali. Peut-être bien qu'il y était, lui…
;-)

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Bien dit Pascal.
Jacques Attali n'est pas historien, mais est bien capable, autant que d'autres non historiens, à recréer une histoire comme s'il y était.Et personne aujourd'hui ne pourra se prévaloir d'être le seul contemporain crédible.

Pierre a dit…

La réalisation d'une biographie incontestable est délicate. Il y a celle de Jésus, par exemple... Ce n'est pas le manque de témoignages sur les événements qui est alors en cause, mais l'interprétation des faits donnée par les observateurs qui vont les relater. L'idéal aurait été que Jésus fasse sa propre autobiographie ;-)) Pierre