vendredi 20 janvier 2012

Un livre japonais entièrement illustré en couleurs ou peut-on en bibliophilie aimer ce que l'on ne comprend pas ?

Je n'ai pas honte de dire, comme Bertrand du Bibliomane moderne, que pour moi, le japonais, c'est du chinois !


Alors, quand je fais l'acquisition d'un ouvrage dans la langue de Bruce Lee, c'est que je sens que l'ouvrage a un intérêt bien supérieur à son aspect. Celui-ci m'a plu par la qualité de son papier (ou son manque de qualité), son format élégant, la finesse de ses illustrations et l'intuition que ce livre datait du début ou du milieu du XIXeme siècle. Une simple sensation… Non étayée, évidemment !


Il s'agit d'un papier "Japon" sur trame, dans lequel semble incorporé des fibres végétales (riz ?). Peut-être pas un papier de grande qualité car assez grossier. Si ce n'était le soin apporté aux illustrations, je dirais même que c'est un ouvrage populaire [il faut relativiser la formule : combien de japonais comprenaient le japonais à cette époque ?].


Il semble avoir été cousu de façon assez simple, par ailleurs : Les feuilles pliées en deux sont rapprochées par leur bord latéral et cousues entre elles dans un ordre indiqué par une mention en milieu de feuille qui se retrouve au bord médial. Il ne faut surtout pas utiliser de coupe-papier car vous auriez alors un livre avec un seul côté des feuillets, imprimé. Suis-je clair ?


Je rappelle que la page de titre est à droite et que le livre se lit de droite à gauche. La mention de l'éditeur, du titre, de l'année… (etc) doit donc se trouver en avant dernière page et la dernière garde ressemble à nos couvertures en papiers imprimé du milieu du XIXeme siècle. Deux feuillets vierges sont interposés entre la fin du livre et le quatrième de couverture. Ils sont de qualité moindre que les feuilles imprimées et on retrouve la technique utilisée pour fabriquer le papier.


Les illustrations sont faites au pochoir et rappellent, par certains aspects, nos chromolithographies. La première page de couverture est particulièrement bien colorée. Les visages sont délicats, les costumes magnifiques et les décors d'une grande finesse. Il n'est pas toujours aisé de déterminer le sexe des personnages qui ont les mêmes traits. Comme chez nous, la femme porte le balai et le plateau de thé alors que l'homme a un sabre. Cela aide…


J'ai noté de grandes similitudes entre les postures. Il n'est pas impossible que les mêmes personnages soient reproduits dans les mêmes positions avec des accessoires différents et des couleurs de costume différentes.


Il semble que nous ayons à faire à une idylle entre un samouraï et une jeune femme… pas de bagarre, pas de sang versé, pas de sexe. Il ne s'agit peut-être pas d'un manga. Ou bien alors, c'est un manga soft !


Je ne refuserais pas un petit coup de main pour présenter une notice acceptable sur cet ouvrage, vous l'avez bien compris. L'estimation ? Je patauge encore plus. Je ferai ça de façon très méthodique, comme d'habitude ;-)) Pierre


Jérome et Benoît me livrent quelques renseignements concernant l'ouvrage présenté sur le lien:

Il s'agit vraisemblablement d'un roman populaire illustré, dans le genre des kusa-zôshi. Ces oeuvres étaient très en vogue au Japon dans les milieux populaires et bourgeois de la période d'Edo et surtout du début à la fin du 18ème siècle. Le principe est le suivant: Les illustrations couvrent la plus grande partie de la surface, et le texte rédigé en syllabaire hiragana (ie. le système d'écriture le plus basique) est placé dans les marges ou insérés dans les illustrations. La plupart des fascicules se composent de cinq demi-feuilles pliées en deux. La lecture facile des ouvrages et le ton souvent léger leur a permis de connaître un grand succès dans les milieux populaires des grandes villes.

En ce qui concerne le titre de l'oeuvre; il s'agirait a priori (d'une adaptation) de Inaka Genji, une célèbre pièce de Kabuki (ie. le théatre populaire de la période) composée par Sakurada Jisuke III (1802-1877) et jouée pour la première fois au célèbre théatre Ichimura-za d'Edo (ie. Tokyo) en 1851, mais cela reste à vérifier vu que le titre figurant sur la couverture ne correspond pas exactement à celui de l'oeuvre originale.

Pour réagir enfin aux commentaires de l'auteur du lien, le papier japonais sur lequel l'ouvrage est imprimé est bel et bien composé de fibres végétales, mais il ne s'agit pas de riz mais plus vraisemblablement de mûrier (comme le papier des estampes). Ce papier est d'assez mauvaise qualité comme la plupart des romans de l'époque: Le livre est un bien de consommation au Japon (c'est encore le cas aujourd'hui) et non pas un objet d'art comme en Occident: On lit et on jette, ou le plus souvent on emprunte ou achète d'occasion.

Il s'agit enfin d'un ouvrage populaire, et il n'est pas forcément nécessaire de relativiser puisque la majorité des Japonais des villes savaient lire à cette époque; le système éducatif était déjà bien développé et le taux d'alphabétisation dépassait certainement celui des pays d'Europe.

Ces infos sont à prendre avec précaution, il reste délicat d'identifier un bouquin sans l'avoir entre les mains,

10 commentaires:

Bertrand a dit…

Superbe ! Les couleurs sont vives et nombreuses.

Beau livre d'un autre monde...
Mais mes yeux apprécient.

B.

Anonyme a dit…

La langue de Bruce Lee ?! :-)

Anonyme a dit…

Oublié de signer : Jean-Michel

Pierre a dit…

Bruce Lee (nom de naissance : Lee Jun-fan 1), né dans le quartier de Chinatown à San Francisco d'origine chinoise ;-))

En effet, je suis aussi nul en culture japonaise qu'en culture chinoise ! En plus, j'ai jamais vu un film de cet artiste.

Je rectifie : La langue de Kōichi Yamadera... Pierre

Nadia a dit…

Pierre, je me marre en vous imaginant en pilou devant la télé, le chat sur les genoux, une bière à la main et la télécommande de l'autre, regarder du Bruce Lee... c'est tout à fait vous ça !

C'est drôle, je suis aussi hermétique à propos des chinoiseries et japonaiseries.

Pierre a dit…

Je dois, en effet, préciser que l'image que vous évoquez est à l'opposé de la mienne, Nadia.

Le soir, je porte un smoking léger sur une chemise légèrement déboutonnée, je fume des cigarettes blondes au goût mentholé en buvant des "Martini on the rocks" et j'écoute de la musique classique, Samuel Barber et son concerto désopilant ayant ma préférence...

Un grand Barzoï est allongé devant le feu qui crépite sur une peau d'ours blanc que j'ai ramené d'un voyage en Alaska et une jeune femme blonde au regard de braise m'écoute déclamer les derniers vers que je viens d'écrire sur mon carnet de moleskine avec mon styloplume "Meisterstuck" de chez Mont-Blanc...

En fait, j'ai une vie bien banale, vous savez... Pierre

Textor a dit…

Mais qu'ont-ils tous à présenter des livres en japonais d'époque indéterminable...en précisant qu'ils se lisent de droite à gauche, ce qui nous est bien égal ! Moi, les livres japonais, je les lis aussi bien de droite à gauche que de gauche à droite, avec la tête légèrement penchée à cause de mon astigmatisme persistant.

Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Oui, un peu marre des "japoniaiseries" ...avec le sourire...jaune

Pierre a dit…

C'est la spéculation d'avoir un ouvrage rare (et cher) qui nous attire, chers amis, ainsi que la légitime pensée que cet ouvrage pourrait trouver, par ce biais, un bibliophile attentionné qui le chérirait à l'autre bout de la terre* ;-))

* Si tenté de penser que la terre a deux bouts...

Pierre a dit…

Voici les réponses à mes questions. Elles sont insérées en fin d'article. Merci à Benoît et à Jérôme pour leur attention à mon égard et pour la rapidité de leur intervention ! Pierre