jeudi 27 janvier 2011

Louis Figuier vous présente Gutenberg…


Alors que je feuilletais négligemment quelques incunables d'un regard distrait, ou plutôt post-incunables puisque imprimés au tout début du 16eme siècle, je me suis dit qu'une présentation de Gutenberg serait opportune sur le blogue. J'ai trouvé une biographie de notre imprimeur dans un ouvrage particulièrement beau, écrit par Louis Figuier et qui nous dresse, ici, un joli florilège de savants du moyen age. Gutenberg est pour l'occasion à la table (des chapitres) de Thomas d'Aquin, Bacon, Arnault de Villeneuve, Christoph Colomb, Fust, Schoeffer et Améric Vespuce. Que du beau monde, comme vous pouvez le constater !


Déjà connu des savants par de nombreux mémoires publiés de 1847 à 1854 dans les Annales des sciences et au Journal de pharmacie, Louis Figuier (1819-1894) s'est surtout rendu populaire par des écrits de science et d'histoire vulgarisées. Sa carrière scientifique s'est, malheureusement pour lui, terminée par son opposition aux thèses de Claude Bernard sur la fonction glycogène du foie. Nous avons perdu un bon chercheur. Nous avons gagné un excellent écrivain…


Les Vies des savants illustres avec l'appréciation sommaire de leurs travaux se composa de 5 volumes entre 1866 et1870. Nous en proposons, aujourd'hui, un exemplaire de la troisième édition qui brille par sa présentation.


Revenons à Gutenberg. Au début du Moyen Âge, les livres étaient fabriqués un à un dans des monastères spécialisés comme on en voit dans le film de Jean-Jacques Annaud, Le nom de la Rose. À partir des années 1200, les monastères abandonnent cette activité à des ateliers laïcs installés près des universités. Des copistes recopient les textes à la plume d'oie sur des feuilles de parchemin ou de papier, à partir d'un original, cependant que des enlumineurs agrémentent les pages de délicates miniatures aux couleurs vives. Les ateliers approvisionnent ainsi à prix d'or les clercs et les bourgeois assez riches pour se payer des manuscrits.


L'imprimerie est dérivée de la gravure sur cuivre ou sur bois, une technique connue depuis longtemps en Europe et en Chine mais seulement utilisée pour reproduire des images. Gutenberg, graveur sur bois, a l'idée aussi simple que géniale d'appliquer le procédé ci-dessus à des caractères mobiles en plomb. Chacun représente une lettre de l'alphabet en relief. L'assemblage ligne à ligne de différents caractères permet de composer une page d'écriture. On peut ensuite imprimer à l'identique autant d'exemplaires que l'on veut de la page, avec un coût marginal plus faible.


Avec son associé Johann Fust, Gutenberg fonde à Mayence un atelier de typographie. Au prix d'un énorme labeur, il achève en 1455 la Bible , dite Bible de Gutenberg. Ce premier livre recueille un succès immédiat. Il est suivi de beaucoup d'autres ouvrages. Je compte les feuilles de mon exemplaire (interlude...) C'est ça ! Douze cent quatre vingt deux pages in folio, de deux colonnes à la page et de quarante deux lignes par colonne si j'ai bien compté !! Les livres de cette époque portent le nom d'"incunables" (du latin incunabulum, qui signifie berceau).


Les conséquences de l'imprimerie sont immenses. D'abord sur la manière de lire et d'écrire : les imprimeurs aèrent les textes en recourant à la séparation des mots et à la ponctuation ; ils fixent aussi l'orthographe. L'instruction et plus encore l'esprit critique se répandent à grande vitesse dans la mesure où de plus en plus de gens peuvent avoir un accès direct aux textes bibliques et antiques, sans être obligés de s'en tenir aux commentaires oraux d'une poignée d'érudits et de clercs.


Voilà ce que nous dit Figuier dans son ouvrage et qu'il développe ensuite avec les progrès de l'imprimerie par Schoeffer. Mais vous apprendrez aussi beaucoup d'autres choses dans ce livre ! Pierre [ quelque chose vous tracasse dans ce billet, je le vois bien ;-)) ]


FIGUIER, Louis. Vies des savants illustres. Depuis L'antiquité Jusqu'au dix-neuvième siècle. Savants du Moyen Âge. Troisième édition accompagnée, de 35 portraits ou gravure. Dessinées d'après des documents authentiques. Paris, Hachette 1883 .3eme édition. Format grand in-8. [2f], VII, 503 pages. Avec 35 gravures sur bois HT. Reliure d'époque demi-chagrin tabac avec plats de percaline estampés de la même couleur. Dos à 5 nerfs. Caissons ornés de filets dorés, titre et auteur en lettres dorées, toutes tranches dorées. Reliure signée Ch Magnier. Contient les biographies d'homme célèbres à travers un tableau des sciences chez les nations arabes depuis la prise d'Alexandrie jusqu'au XIIIeme siècle dans un premier temps puis en Europe au moyen age. Cahiers très homogènes. Très bel état et sans rousseurs. 60 € + port

28 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Pierre,
j'ai eu dans l'atelier à relier ces exemplaires de L; Figuier. Si j'avais eu à l'époque votre article, j'aurai eu une conversation plus interessante sur la caution à donner aux articles de L. Figuier, que discutait mon client et que je ne comprenais pas à l'époque.
Votre exposé est clair et trés bien fait.
Bien à vous
Sandrine.

Pierre Bouillon a dit…

Pierre,
Quelque chose me tracasse dans ce billet. Vos photos montrent de longs extraits en latin. D'où viennent-ils ?
Salutations
Pierre B.

Pierre a dit…

Bien vu Pierre ! Trois post-incunables reliés dans un même volume que je compte vous présenter dès traduction complète ;-))

Pas à moi, bien sûr... Pierre

Anonyme a dit…

Qui est Améric Vespuce?
Sandrine.

Pierre a dit…

Amerigo Vespucci aurait découvert un continent auquel on a donné son nom ;-))

Les deux orthographes sont classiques. Pierre

Anonyme a dit…

je croyais que c'était Christophe Colomb qui avait découvert ce continent en 1er alors qu'il avait posé en fait, un pied sur Madinina... mais il avait aussi pris les Indes pour l'Amérique. Tant que ce n'était pas moi que l'on prit pour une dinde ;-))
j'avoue que mes connaissances sont lointaines en ce domaine et cet Améric ne m'avait pas particuliérement marqué. Merci Pierre pour ce petit caillou qui manquait à ma culture.
Bien à vous
Sandrine

intaglio a dit…

En fait c'est à Martin Waldseemüller que l'on doit la première utilisation du mot "America" en référence au prénom d'Amerigo Vespucci, dans sa Cosmographiæ Introductio de 1507. On revient au livre...

Pierre a dit…

Cette date est la date d'impression des ouvrages que je vous ai présenté en même temps que le Figuier. Je ne me lasse pas de voir que, dans des conditions de conservation normales, ces ouvrages aient pu traverser le temps sans signes de dégénérescence naturelle. Ils paraissent comme neuf !

Je me demandais à partir de quand les imprimeurs ont arrêté de mettre le jour et la mois de l'impression avant l'année pour ne mettre que cette dernière. Pierre

Anonyme a dit…

S'ils ont arrêté, c'est très récemment car j'ai en main un livre des éditions Acte Sud ( Invisible - Paul Auster) et il est mentionné "achevé d'imprimé en roto-page en février 2010". :)

Textor

Pierre a dit…

J'avoue que votre aide me serait précieuse pour donner une paternité à ces trois ouvrages. Vous ne passez jamais par le sud de la France dans le cadre de votre activité professionnelle ?

Depuis la réforme liturgique élaborée lors du concile Vatican II, en 1965, les curés sont devenus de piètres latinistes. Quant à moi, c'est à la limite de la nullité ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Bonjour Pierre
N'y-a-t-il pas une étudiante ou deux en lettres anciennes et qui n'ont pas encore trouvé de sujets de thése, qui seraient ravies de travailler sur ce très beau livre, sous votre regard emu et reconnaissant
;-))
Bien à vous.
sandrine

Pierre a dit…

Sous un regard ému et reconnaissant, certes, mais pas concupiscent...

Une étudiante en lettres anciennes à Tarascon ? Je pars à la recherche du Graal ;-)) Pierre

Jeanmichel a dit…

La "Bible de Gutenberg", pour autant qu'on le sache, ne portait pas de colophon car elle était devenue la propriété de Fust et Schöffer à la suite d'un procès gagné par Fust qui réclamait l'argent qu'il avait investi.
L'inventeur doux rêveur désargenté poursuivi et condamné par les spéculateurs sans scrupules, voilà où réside la véritable entrée dans le monde moderne.

Anonyme a dit…

@Bravo pour ce commentaire, Jean Michel.
@Pierre, pour un homme de votre qualité, à la lecture de votre blog, je n'ai jamais imaginé une chose pareil que la concupiscence.... Mot terriblement sournois... ;-))
Bien à vous;
Sandrine

Anonyme a dit…

Je n'ai pas trouvé votre billet sur le même livre presenté sur le blog du BM,Avez vous quelques informations sur ce dessinateur? J'ai fait quelques recherches et n'ai trouvé que les références.... à lire sur les commentaires dudit blog.
Associer recherche littéraire et curiosa est une façon d'élever un peu le débat... je crois que la BNF fait une expo sur ce théme jusqu'en Février 2011?
Bien à vous
Sandrine

Pierre a dit…

Mon billet du 9 octobre 2009 "Qu'est-ce qu'un curiosa ?" était simplement là pour présenter le terme à des lecteurs qui ne le connaissaient pas.

Quand aux dessins présentés avec l'ouvrage, je les ai trouvé franchement laids, pour vous donner mon avis. J'allais dire : "Un enfant ferait mieux !!". Ils manquent d'élégance et de volupté. Je ne suis pas un amateur mais des gravures de Deveria me plaisent mieux. Pierre

Pierre a dit…

Bien vu, Jean-Michel ! Bon... pas de page de titre et pas de colophon. Comment je fais pour le reconnaitre s'il passe devant mes yeux ? Pierre

Anonyme a dit…

N'êtes vous pas un peu sévére Pierre? Il convient de replacer ces dessins dans le contexte artistique de l'époque entre 2 souffrances.
Votre avis ou le mien peut-il prédominer en matiére de critque sur la forme, ou sur le fond. Personnellemnt, je me prononce sur le fond, traitant ce sujet comme un autre, révélateur d'une époque, d'une maniére de penser, d'un moralisme moralisant.
Mais... je vous aime bien quand même Pierre
et les plus grandes découvertes se font souvent dans le chaos des voix... Il semble que je sois un peu seule sur ce coup là:)
La qualité de votre ton m'enthousiasme vraiment et je ne vois franchement pas où est le mal.
Bien à vous
Sandrine

Pierre a dit…

Le fait que je trouve les gravures de l'ouvrage présenté sur le BM, sans charmes, qu'elles ne provoquent en moi aucun imaginaire agréable m'est personnel, bien évidemment. Ce qui ne signifie pas qu'elle puissent plaire et qu'elles soient caractéristiques d'une époque, j'en conviens. Pierre

Nadia L* a dit…

(Sandrine est déchaînée en ce moment)...

Anonyme a dit…

Bonsoir Nadia,Bonsoir Pierre
Merci pour cette petite concéssion. Votre avis est respectable.
Quand on aime, on ne compte pas... Vous savez ce que c'est que d'être un peu comme libricatenati.
Ce que je lis n'implique quand même pas forcément! que je veuille faire des expériences à tout va...... ;-)
Et dés que l'on se place sur le terrain de ces messieurs, avez vous remarqué comme il vous tourne le dos et vous trouve peu fréquentable, finalement.... et abdique un peu de leur superbe...mais n'en pense pas moins... C'est là tout leur charme.
Bien à vous.
Sandrine.

Textor a dit…

Bonjour Pierre, Textor présent !
Non je n’ai pas programmé de visite dans le sud de la France dans les prochaines semaines. Quelle est la question ? Vos colophons me paraissent self-explaining comme disait Shakespeare. Celui des héritiers d’Octavio Scott est d’ailleurs très esthétique. L’impression est de Venise parM. Bonlieu de Bergame , un ecclésiastique. Belle impression en vérité. Le BM avait consacré une chronique sur la dynastie des Scott , dont les descendants semblent s’être reconvertis en librairie, si je comprends bien. (Ou bien, il faisiat appel à la sous-traitance, vue la charge de travail …)

Textor

Textor a dit…

La belle marque de Scott, croix de Lorraine blanche sur fond noir (ici teinté postérieurement ?) avec les lettres OSM dans un cercle (Octavianus Scotus Modoetiensis) sont là pour rappeler que les Scott venaient de Monza (vous savez, le circuit …). Octaviano est arrivé à Venise en 1479, à l’âge de 35 ans, donc déjà âgé, et sa presse a fonctionné jusqu’en 1484. Puis il poursuivi son activité comme éditeur jusqu’en 1499, avant que son frère et ses neveux ne reprennent le flambeau ( 1499-1532).

Voilà, je vous épargne la peine d'inviter des étudiantes en leur promettant de leur montrer votre colophon.

Nadia L* a dit…

Dommage que Textor soit intervenu ! avec tout le respect que je lui dois, je pense que Pierre aurait préféré recruter des jeunes filles...

Pierre a dit…

Textor, vous êtes une mine et m'avez fait gagner une éternité de recherches stériles !

D'un autre côté, une étudiante insipide en lettres anciennes, à qui on enlève ses lunettes et qui, d'un mouvement de tête langoureux laisse tomber sa chevelure soyeuse sur ses épaules ambrées pour nous faire découvrir un sourire ravageur, c'était pas mal non plus ;-)) Pierre

Vieux fantasme vu dans un film américain, je crois...

Textor a dit…

Le Textor est une mine mais le Textor ne travaille pas seul: il emploie à plein temps trois étudiantes au pair, une blonde, une brune et une rousse, qui préparent le concours d'entrée de l'école Estienne. Elles ont accès à ma bibliothèque en contrepartie de menus sévices (non, pardon, Services)
;)

T

Anonyme a dit…

Franchement Nadia... je n'attends pas moins d'une réaction digne de ce nom devant ces messieurs.
Merci textor. Comme quoi, on en revient toujours à l'histoire et aux textes fondateurs avec beaucoup de vérifications et de travail à faire... Cela reste sans fin comme somme de travail.
D'ou l'idée de mettre à contribution toutes les ressources Fiables et donc (savoir trier) d'internet.
bien à vous
sandrine.

Nadia L* a dit…

Souvent, les étudiantes et autres filles pulpeuses, pour peu qu'elles soient malignes, savent tirer parti de leurs charmes pour mieux se rendre irrésistibles. Nous ne sommes pas toutes exploitées, nous savons aussi oeuvrer pour que l'on oublie pas nos épaules satinées ou nos décolletés suggestifs.

Tout le monde y trouve donc son compte.
Quant aux ménagères qui râlent, elles n'ont qu'à passer l'aspirateur déguisées en soubrette, et leurs maris suivront peut-être avec la serpillère !

(pardon Sandrine... mais vraiment pardon, je dois être souffrante ce soir)