lundi 24 janvier 2011

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : L'abbé Henry Bolo à l'épreuve du mariage…


Vous ai-je dit que j'avais une nièce qui habite Tarascon ? Je déjeune chez elle le lundi midi quand les clients à la librairie sont rares et elle semble trouver de l'agrément à la compagnie d'un vieil Académicien puisqu'elle profite de ma présence pour me demander conseil. Elle a dû glisser, hier soir, ce petit mot sous la porte afin que je le trouve à l'ouverture de la boutique…


Cher oncle,

Comme je vous l'avais dit la semaine dernière, les affaires sont arrangées et la date de mon mariage est fixée au 24 avril. Je vous écris ce petit mot pour vous apprendre la grande nouvelle mais nous aurons, la prochaine fois, tout le temps d'en causer plus longuement.

Hubert est un garçon charmant et il a très grande mine dans son charmant uniforme de chasseur à cheval. Nous éprouvons l'un pour l'autre, une vive sympathie et c'est assurément un gage de bonheur, n'est-il pas vrai ? Cher oncle, comment vous exprimer ma reconnaissance pour tout ce que je vous dois, pour les soins apportés à mon éducation, pour vos bons conseils et pour le choix de mon époux. Merci aussi pour la dot que vous avez eu la gentillesse de m'allouer. J'ai bien essayé de comprendre la différence entre les actions, les obligations et les valeurs à lots mais c'est affreusement compliqué et je n'y ai absolument rien compris. Je vous serais reconnaissant d'expliquer ceci à mon futur mari puisque c'est lui qui tiendra les cordons de la bourse.

Ce cher Hubert a un caractère vraiment parfait, bien meilleur que le mien, en tout cas. C'est certainement le mari qu'il me fallait, même si notre différence d'age semble importante, et je me rends parfaitement compte que les passions éphémères que j'ai eu avec des jeunes gens de mon age auraient fait mon malheur. Pourriez-vous trouver sur les rayonnages de votre ami libraire un ouvrage qui soit pour moi comme un guide pour mon bonheur à venir ? Je sais que votre choix sera le bon. Votre nièce qui vous embrasse affectueusement.


Voici la réponse que je viens de poster. Je ne doute pas un instant que tous les pères et toutes les mères qui vont lire ce billet en feront lecture à leurs filles.

Ma chère petite nièce,

Cette nouvelle me remplit de joie. N'oublie pas cependant que le mariage est comme ces places fortes où ceux qui sont dehors veulent aller dedans mais ceux qui sont dedans souhaitent en sortir…

Hubert a à peine cinquante ans. Je dois t'avertir que, tout bon, tout excellent qu'il parait être, il est encore ignorant des femmes. Entre l'état de virginité qui est surhumain et demande beaucoup de vertu, et l'état de mariage qui est un abîme de soucis et demande beaucoup de dévouement, certains hommes se sont imaginés que la vie est une fête et non une laborieuse fonction. Ils ont formé cette race hybride d'égoïstes qui s'appelle " les vieux garçons ". Hubert est de ceux-là !


Un jour, le cœur palpitant, ce malheureux vient s'offrir sur l'autel du mariage. Il est accueilli comme un sauveur. Il a la naïveté de croire qu'une femme épouse un homme pour lui apporter le repos des sens et l'infortuné, après avoir bafoué stupidement plus d'un mari, a fini par trouver le foyer salutaire. Il apporte avec joie son cœur et son nom et, sinon un passé innocent, du moins un avenir fidèle. Il se promet que son autorité sera suave et son cœur généreux, car il veut être aimé. Il s'attendrit même à rêver d'un intérieur calme et doux et imagine sa main passant avec amour dans les boucles de la fourrure d'un chien endormi près du feu…

Pauvre homme qui ne sait pas !

La femme a été faite principalement pour la maternité. Dès son jeune age, la jeune fille s'exerce avec ses poupées aux devoirs du foyer et sauf le privilège d'une vocation spéciale, elle sent dans son cœur la mystérieuse attente de la maternité. Où est la femme est le foyer. Où est le mariage est l'enfant !


Il faudra donc, ma chère nièce, expliquer tout ceci à notre brave Hubert et tu trouveras, à la boutique de Pierre, l'ouvrage que tu m'as demandé et qui est nécessaire à toute jeune fille pour assurer la paix de son ménage. Le bon Abbé Henry Bolo a, en effet, présenté son expérience sur le mariage, ses attentes et ses tribulations dans un recueil fort bien fait.

Un homme qui devient père, une femme qui devient mère ne sont plus ni le même homme, ni la même femme et l'amour que l'on porte à ses enfants est plus violent que l'amour que l'on porte à l'autre…Les nuits sans sommeil, les jours sans repos seront le ciment de votre couple.

Allez tiens, je vous envie ! Votre dévoué oncle. Philippe Gandillet


BOLO (Abbé Henry). 2 volumes au format in-8 en un même ouvrage. Reliure demi-chagrin havane, dos à 5 nerfs, pièce de titre et nom de l'auteur en lettres dorées sur maroquin, tranches mouchetées. Du mariage au divorce. Paris, René Haton éditeur, 1892, 265pp et table des matières. Les mariages écrits au ciel, René Haton éditeur, 1894, 290pp et table des matières. Très bel exemplaire. 42 € + port

13 commentaires:

Pierre a dit…

Ce billet léger a été écrit en l'honneur de la naissance de Tristan et je renouvelle à Alexandra et Bertrand toutes mes félicitations pour cet heureux évènement.

Il est évident que, comme à l'habitude, je ne cautionne absolument pas les propos de Philippe Gandillet. Pierre

Anonyme a dit…

Nadia.. Où étes-vous?, je crois que je vais avoir besoin de votre soutien pour resister à cet envie de pourrir l'espace vital de ces messieurs , qui dés le début de semaine revenue, repartent dans les mêmes délires.
Fadaises, les jeunes couples d'aujourd'hui partagent la maternité... étant entendu que c'est le papa qui changent les couches, fait les biberons et laisse sa douce et tendre dormir d'un repos salvateur pour retrouver toute son ardeur amoureuse devant tant de preuves d'amour et de compréhension.
Je me joins à Pierre pour ces félicitations renouvellées.
Bien à vous ;
Sandrine.

Lauverjat a dit…

Louables efforts pour vendre un livre...difficile!
Mais dites moi monsieur Gandillet, avez vous bien toutes les garanties sur cet Hubert? Au moins est-il bibliophile?

Lauverjat

Anonyme a dit…

Notre ami Hubert est bibliophile, ce qui en fait un honnête homme et en fera un bon mari...

D'ailleurs, avez-vous remarqué que les amoureux des livres anciens sont souvent des gens fort bien élevés ? Ph Gandillet

Jeanmichel a dit…

Comparer le mariage à une place forte n'est pas sot, et la métaphore poliorcétique va même plus loin puisque pour entrer il suffit d'insérer dans l'huis une balanagra, cette clef à secret en forme de gland qui force la barre de fermeture à se dérober, alors que pour sortir et s'enfuir, libre, à travers champs, c'est une autre histoire ! Trois lignes successives à vaincre après le coup de balanagra : contrevallation, ligne des assiégeants et circonvallation.

Nadia L* a dit…

Misère... je vois que la conversation que j'ai pu avoir avec Ph. Gandillet n'a rien changé à la teneur de ce blog.

Il est épuisant de lire, le lundi soir, quand après avoir goûté aux affres de la reprise du travail, on s'étale, fourbue, sur sa chaise d'ordinateur, espérant trouver joie et douceur sur cet espace feutré, je disais il est épuisant de voir que Mr Gandillet a repris du poil de la bête et a renfourché son cheval de bataille (à défaut d'enfourcher autre chose, hein ?). Ce genre d'ouvrage qui circule sous le manteau, avec la complicité de certains libraires dont on pourrait penser qu'ils sont libérés, ne peut être que néfastes pour nos filles...

Pierre a dit…

Un ouvrage sur le mariage écrit par un homme d'église, c'est un peu comme un cours d'art militaire donné par un exempté du service, j'en conviens, Nadia ! Mais ne dit-on pas aussi que la guerre est quelque chose de trop sérieux pour que son ministère soit confié à un militaire ?

Ce genre de livre devient une rareté ;-)) Pierre

Nadia L* a dit…

Tellement rare que j'ai l'impression que vous en avez au moins 60 dans votre boutique !

Pierre a dit…

Il y a, en effet, dans la technique de séduction masculine (si je me souviens bien) un peu de poliorcétique, Jean-Michel. Ces opérations consistent souvent en un blocus de la jeune femme dans un restaurant branché, qui permet d’affaiblir la place en la coupant de tout soutien auprès de ses copines. L’objectif étant d’obtenir sa reddition ou de réaliser sa prise plus facilement en la raccompagnant chez elle...

Mais c'est une image ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Hum! mais je suis où là? Aurais-je fais un voyage dans le temps sans m'en apercevoir?
Deux mariages sur Trois se finissent mal... Ce qui ne veut pas dire que les histoires d'amour tombent à l'eau pour peu que le futur ex marié mette du bon vin dans la coupe de sa futur ex nouvelle promise....
Les familles recomposées sont légions...Les enfants, ça leur fait plus de fréres et de soeurs à voir pendant les vacances.
;-)
Merci bien Nadia de votre soutien.
Bien à vous.
Sandrine.

Bertrand a dit…

Merci Pierre, je conserve ce billet et le glisse dans la boîte à souvenir de Tristant. Qui sait ? un jour ces préceptes du Sieur Gandillet pourront lui être profitables.

B.

Textor a dit…

Surréaliste, cet abbé Bolo!! qu'il écrive sur le saint sacrement du mariage, passe encore, mais sur les affinités électives, lui qui ne devait avoir de contact avec ses paroissiens qu'au travers de la grille du confessionnal, on allucine !!

Ceci dit, ce livre vaut de l'or, vous avez raison !!

@ Bertrand : je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais puisque l'abbé Bolo donne l'exemple, je pense, Bertrand, que vous écorchez le nom de votre fils et que Tristan ne prend pas de t à la fin. Alors qu'Apolline, prend 2 l....

Textor

Bertrand a dit…

bien vu Textor... mon clavier à fourché... Tristan oui.. c'est bien ainsi... ;-))

B.