lundi 17 janvier 2011

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Un honnête homme...


Je vais mieux mais le coup n'est pas passé loin…

Une mauvaise grippe asiatique m'a fait un moment croire que je n'étais pas immortel et je ne dois la guérison qu'à la providence qui m'a fait brûler un cierge bienfaisant et protecteur dans la chapelle de la Sainte-Enfance à Notre-Dame de Paris. J'avais en effet demandé le réconfort à Saint Paul Tchen, jeune martyr chinois dont les reliques sont déposées depuis 1920 en la basilique (bas-côté Nord). Pour tout ce qui touche à l'Asie, c'est le meilleur !


C'est donc un nombre impressionnant de télégrammes que j'ai trouvé, ce matin, à l'ouverture de la boutique. Beaucoup de clients s'inquiétaient de l'avenir de la librairie de Pierre et de l'avenir de la lecture en France tout court si je devais, par malheur, disparaître. Nous n'en sommes pas là… Je passerai sur les messages de bon rétablissement pour vous soumettre une lettre qui a retenu mon attention. Le courrier vient de Charente Maritime. Notre lecteur se reconnaîtra.

Cher Maître,

On ne connaît rien de vous. Je n'ai pu participer à la célébration que vos collègues de l'Académie avaient organisée, à Paris, en l'honneur de votre rétablissement, aussi je voudrais savoir si une plaquette relatant votre vie ou un modeste ouvrage panégyrique a été édité à l'occasion de votre guérison. Si tel est le cas, je vous serais reconnaissant de m'en fournir un exemplaire contre rétribution. Je sais que le bénéfice de cette transaction ira intégralement dans la poche de Pierre, le libraire. Considérons ceci comme le denier du culturel… Ch de P***
Le hasard est étrange, il déclenche les choses… J'avais été sérieusement souffrant dans les années 1960 et un groupe d'amis, sous la direction de Ado Kyrou, avait publié, sous forme de quelques photos choisies adossées à un texte sans emphase, un livre retraçant les événements majeurs de ma vie. Par pudeur j'avais, bien sûr, demandé à ce qu'un prête-nom serve de pseudonyme à ma biographie. Il se trouve que Pierre possède ce livre sur ses rayonnages. Je vous en livre quelques passages. Ne soyez pas surpris que l'ouvrage soit sous-titré dans la langue de Shakespeare… Je suis assez connu de l'autre côté de la mare !


Il voulait vivre en honnête homme
Mais hélas la société,
Le jetant de Gomorrhe en Sodome,
Pour lui n'eut jamais de pitié.

Pour parfaire sa formation
Il fréquente tous les théâtres
Et subit bien des tentations
Qu'il essaie de combattre.

Ah ! Combien sont aimables
Les formes qu'emprunte le diable

Déjà il se voit condamné
Par la féroce société
Emprisonné durant sa vie,
Mené au bord de la folie,
Et qui sait, peut-être, à bien pis…

C'est ainsi que finit l'histoire
Et bien des yeux auront pleuré,
De l'infortuné Philippe Gandillet
Que l'amour des mots liait
A tous les écrivains enterrés
Au Panthéon de la gloire…

Votre dévoué. Philippe Gandillet


KYROU Ado. An honest man - English version by Alan Hull Walton – Un honnete homme. Le Terrain vague/Rodney Books 1964. In-8 broché sous couverture rempliée, non paginé, exemplaire163/2000 illustré de documents n/b anciens. Une belle plaquette dans la grande tradition de l'édition surréaliste. 120 cartes postales 1900 servant de trame à une histoire contée par l'auteur.Vendu

7 commentaires:

Bertrand a dit…

Un honnête homme je vois à peu près mais une honnête femme, j'ai beau chercher là je ne vois pas... ;-))

B.

Nadia L* a dit…

Quoi ? je reviens !
un tour en cuisine d'abord...

Pierre a dit…

Vous connaissez l'adage : Il n'y a pas de remède de bonne femme contre les mauvaises ;-))

En fait, il faudrait écrire "fame " comme "fameux". A cette époque, toutes les femmes étaient honnêtes et quand on mettait le qualificatif d'honnête devant un nom d'homme, c'est qu'on en avait trouvé un, par le plus grand des hasards ! Pierre

Nadia L* a dit…

Ouf ! je sors d'une longue conversation téléphonique avec Philippe Gandillet. Sur le coup, il ne voulait pas me parler, disant que mes interventions sur le blog de son ami Pierre étaient souvent impertinentes, et pas toujours d'ordre bibliophile (je confirme !). J'ai dû faire pression sur sa secrétaire, entre consoeurs, hein ? mais je suis tombée sur un reliquat de secrétariat des années 30, quand on portait le café à son chef, quand on disait amen à tout ce qu'il disait, bref, une époque heureusement disparue où ce corps de métier ne s'épanouissait qu'au son de la voix de son maître...

Une fois que j'ai eu les bonnes grâces de Mr Gandillet, j'ai pu exposer ma requête ; je vous la livre ci-après :

Ce blog est un repaire de misogynes, un lieu où si les choses sont laissées en l'état, sans garde-fou, sans intervention douce et féminine comme je sais si bien les faire, on va voir bientôt l'audimat frôler la sclérose. Et je sais que Pierre est féru de statistiques !

J'en appelle aux femmes ! on ne peut se laisser traiter de malhonnêtes, fourbes, créatures, sans réagir ! nous sommes des êtres sensibles et délicats, ignorantes de tout vice et de toute perversion, aimant et servant nos époux avec dignité et....

(je m'égare ! où ai-je la tête, on n'est plus dans les bouquins de Pierre sur les femmes des années 50 !)

... pour conclure, je dirai qu'il a été difficile de convaincre Mr Gandillet du bien-fondé de ma requête : INTERDIRE CE BLOG AUX HOMMES. Ou alors aux eunuques seuls... moi, perso, je n'en connais pas... c'est une idée à lui.

Pierre ? envisageriez vous une émasculation pour pouvoir continuer à y sévir ?

Pierre a dit…

Avec l'age, mon appareil uro-génital devenant de plus en plus urinaire et de moins en moins génital, l'intervention ne sera pas nécessaire ;-))

Parler des femmes, c'est les aimer et les écrivains ne se sont pas privés pour aborder le sujet... C'est même l'essentiel de la littérature.

En dehors des bibliopégimanes qui ne s'intéressent qu'à la reliure (et encore, ils recherchent la douceur d'une peau satinée !), on peut donc affirmer que tous les bibliophiles aiment les femmes à part quelques misogynes qui les idéalisent... Pierre

Textor a dit…

Néanmoins nous avons beaucoup évolué, la misogynie n'est plus ce qu'elle était ....
Nadia, pour votre édification, (et aussi pour comprendre combien la société a évolué), je vous conseille de vous procurer dans une bonne librairie, le Manuel de savoir vivre et des usages du monde de Berthe Bernage, 1928. Vous y apprendrez comment Philippe Gandillet aime que les dames tiennent leur ménage.

Anonyme a dit…

Bonjour,
oui oui, la misogynie n'est pas une valeur en perte de vitesse .... tout est question de subtilité...
D'un blog à l'autre, d'un commentaire à l'autre... Contagion
C'est bien connu, l'homme n'a pas toujours le cerveau à la bonne place...
Bien à vous;
bonne journée
Sandrine.