vendredi 28 janvier 2011

Hubert Martin Cazin et le livre de poche…

In folio, in quarto, in 8, in12, in 18…

J'ai le chic pour me poser des questions superfétatoires... Ma dernière : Pourquoi Cazin a-t-il commercialisé des ouvrages au format in-18 ? J'imagine mal que les gens lisaient en dehors de chez eux, à cette époque et qu'ils avaient besoin de livres de poche…. Pour les voyages, peut-être ? L'argument de la mise à disposition d'ouvrages libertins ou prohibés ne tient pas car l'essentiel de l'offre de Cazin concerne des auteurs ou des écrits classiques. L'argent ? Je ne vois que cette hypothèse. Pour échapper au fisc, il doit mettre à la disposition de sa clientèle des ouvrages discrets. Mais pourquoi une boutique de libraire, alors ?

Il n'empêche que l'on peut considérer que Hubert Martin Cazin(1724 - 1795), avec d'autres évidemment, a été le promoteur au 18eme siècle du "livre de poche" : Un livre au format de la poche ou un livre qui rentre dans les manchons des dames !


Le livre de poche moderne a suscité de nombreux débats et j'imagine qu'il en fut de même à cette époque. Quand Cazin a commercialisé ses livres avec succès, on imagine que ceux-ci devaient intéresser par définition l'ensemble de ses contemporains et répondaient à un besoin. Car le livre est une marchandise qui répond aux mêmes critères que tous les produits. Pour le confectionner il a fallu réunir des matières premières, faire intervenir des corps de métiers différents, imprimeurs, couseurs, relieurs, enfin il a fallu résoudre les problèmes de distribution et de vente comme pour une quelconque savonnette. C'est en cela que Cazin est un novateur. Il a compris qu'il y avait un besoin, chez les lecteurs de la fin du 18eme siècle, d'ouvrages peu onéreux à la vente et facilement transportables sur soi.


Revenons un instant sur sa vie, déjà très bien présentée sur d'autres blogs bibliophiles. Celui-ci succéda à son père qui était libraire et relieur en 1755. D'abord installé à Reims, il rejoignit la capitale vers 1782 et s'associa avec Valade, qui était déjà un spécialiste des petits formats. A la mort de Valade, Cazin lui succéda complètement et continua l'édition de petits formats. Par extension, les livres de petit format de la fin du 18ème siècle sont souvent qualifiés à tort de Cazin, et les cazinophiles contribuèrent largement à la confusion en attribuant à Cazin des ouvrages qui n'étaient pas de lui, nous rappelle Jean-Paul Fontaine qui est un spécialiste de ce libraire d'origine rémoise. Au total, Cazin publia environ 350 volumes répartis en 200 titres.


Je vous en présente quelques exemplaires ici. Certains ne sont peut-être même pas de lui, d'ailleurs… Ils sont facilement identifiables à leurs plats ornés de trois filets. La mention de date et de lieu d'impression est souvent fictive. Si vous désirez collectionner des "Cazins", vous économiserez sur l'achat de la bibliothèque. Voilà une bonne nouvelle ! Je trouve personnellement le format très élégant mais la lecture d'une œuvre dans ce format nécessite une bonne acuité visuelle... Autre avantage ! Contrairement à beaucoup d'éditeurs du milieu du 19eme siècle qui ont commercialisé ce type de format, il n'y a pas, à ma connaissance, de textes religieux ou liturgiques dans les "Cazins". Pierre


MOLIERE. Oeuvres. Nouvelle édition. A Londres, 1784. 7 tomes in-18 (format Cazin), reliure plein veau. Dos lisse à faux nerfs. Caissons ornés de filets dorés. Pièce de titre et tomaison en maroquin noir. Encadrement des plats par 3 filets dorés. Toutes tranches dorées. Tome premier. Portrait de Molière en frontispice.314 pages. Vie de Molière par Voltaire. L'étourdi ou les Contre-Tems. Le dépit amoureux. Le cocu imaginaire. Tome second.322 pages. Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux. L'école des Maris. Les Fâcheux. L'école des Femmes. Tome troisième.307 pages. La critique de l'école des Femmes. L'Impromptu de Versailles. Le Mariage forcé. Le Mariage forcé, Ballet du Roi. Dom Juan ou le festin de Pierre. L'Amour médecin. Tome quatrième.341 pages. Le Misanthrope. Le Médecin malgré lui. Le Sicilien, ou l'Amour Peintre. Le Tartuffe. Tome cinquième.321 pages. Amphitryon. L'Avare. Georges Dandin ou le Mari confondu. Tome sixième.392 pages. Les fourberies de Scapin. Les Femmes savantes. La Comtesse d'Escarbagnas. Le Malade imaginaire. Tome septième.341 pages. Monsieur de Pourceaugnac. Les Amans magnifiques. Le Bourgeois gentilhomme. Défauts de reliure aux coins et aux coiffes. Intérieur en bel état. Edition complète très homogène. Vendu



VOLTAIRE (Francois-Marie Arouet). Théâtre...Augmenté de plusieurs pieces qui ne se trouvent pas dans les Editions précédentes.A Londres, 1782. 7 volumes sur 8, in-18, plein veau, dos lisse orne de doubles filets a la place des nerfs, entre-nerfs ornes d'une fleurette entourée d'une paire de volutes de feuillage, triples filets d'encadrement sur les plats, roulettes sur les chasses, signets de soie verte, tranches dorées. (Reliure de l'époque).Ces charmants volumes font partie de la seconde période des formats Cazin, c'est-a-dire celle qui coïncide avec l'installation d'Hubert-Martin Cazin à Paris et son association avec Jacques François Valade pour certains titres de sa collection parisienne in-18. Notre exemplaire est incomplet du premier volume. La piece ''Irène'' du cinquième volume qui était trop épais, est mise comme il se doit, à la fin huitième volume… Usures aux coins, accrocs aux coiffes et défauts de reliure. Cahiers solidaires. 125 € + port


BERNARD (Pierre Joseph, dit Gentil-Bernard). Oeuvres complètes. A Londres, 1777. In-24 Reliure plein veau (de l'epoque), dos lisse orné de motifs dorés, pièce de titre, triple filet doré sur les plats, tranches dorées, 204 pp, frontispice gravé sur cuivre par N. de Launay d'après Marillier. Le format nous fait penser qu'il ne s'agit pas d'un "Cazin" même si une fausse adresse de Londres est mentionnée. Défauts de reliure. Intérieur parfait. 30 € + port

GRESSET. Oeuvres de M. GRESSET. A Londres 1780. Ensemble complet de ses deux volumes in-18. Reliure de l'époque plein veau, dos lisse orné de motifs, pièces de titre, plats encadres d'un triple filet doré, toutes tranches dorées, roulettes intérieures et filet en coupe. 1 frontispice pour le tome I. Menus défauts de reliure. Bel état. 60 € + port

23 commentaires:

pascalmarty a dit…

J'ai tout Racine, comme ça, en trois tomes, format 8,5 x 14 cm., chez les frères Bonnet, libraires à Avignon, 1804. Demi reliure toile (on dirait d'ailleurs plutôt du papier gaufré). C'est vrai que ça ne prend pas trop de place. Mais c'est vrai aussi que je n'ai plus tout à fait les yeux qu'il faut pour lire un texte composé en nompareille

Pierre a dit…

Œuvres de Racine avec les jugemens De La Harpe sur les tragédies et de nouvelles notes grammaticales Par M. De Levizac ?

Bravo pour l'utilisation fort à propos du terme nompareille ! Avec Jean-Michel, je sais maintenant que je suis entouré d'amateurs éclairés ! Pierre

Leo Mabmacien a dit…

Ben alors Pierre on utilise une photo de BiblioMab sans faire mention de la source ;-)

Cf : http://bibliomab.wordpress.com/2009/05/09/les-formats-des-livres-anciens-usages-et-pratiques/

et sinon toujours sur Cazin :
http://bibliomab.wordpress.com/2008/09/25/hubert-martin-cazin-libraire-editeur/

Bon pour cette fois je ne vous ferais pas un procès ;-))
Bien à vous
Léo

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Difficile, ici, de développer le sujet.
Cazin n'a fait que poursuivre la collection de Valade dans le petit format in-18, dont il avait hérité du fonds très important, pour des raisons purement commerciales: il n'a en effet jamais été l'éditeur d'ouvrages dits "érotiques", en dehors, peut-être, d'une édition de La Pucelle d'Orléans,mais non illustrée.
On n'oubliera surtout pas, en outre, que nombre de ses confrères parisiens et provinciaux éditaient aussi dans ce format : question de mode, et, probablement, de facilité pour le transport et le passage des frontières,en particulier avec Bouillon ou Neuchâtel.
Cazin éditait également dans des formats plus grands, et a participé à quelques aventures journalistiques.
Enfin, pour en revenir à la collection in-18, les éditions réalisées par Cazin lui-même dans ce format, datées de Reims,de Paris et de Londres (i.e. Paris), ne sont que 56 (jusqu'à nouvelle découverte ...improbable): les petits formats datés de Genève ont été édités à Lyon.

Pierre a dit…

Vous avez raison de mentionner, Léo, que Cazin à la cote sur les blogs bibliophiles et j'ai mentionné que sa vie avait été particulièrement bien évoquée, en particulier par Jean-Paul Fontaine.

Pour ma part, j'ai essayé de voir s'il avait été novateur avec son format in-18 éponyme. Peut-on attribuer à ses ouvrages, les standards du livre de poche d'aujourd'hui ?

Le collectionneur de "Cazins" a cet avantage de ne pas trop rogner sur l'argent du ménage ;-)) Pierre

Pierre a dit…

Merci au bibliophile Rhemus pour son commentaire bienveillant. Je dois reconnaitre que, quand j'ai tapé le texte au clavier, j'avais un peu l'appréhension qu'il ne soit au dessus de mon épaule avec un stylo rouge ;-)) Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Je n'ai pas la science infuse, Pierre, ni la prétention de ne rien apprendre des autres, que ce soit sur Cazin ou un autre sujet : disons que j'ai un peu d'avance sur les autres sur Cazin parce que "je vis" véritablement avec lui depuis une vingtaine d'années, ayant fouillé la France, la Belgique, l'Allemagne,la Suisse et même les USA (pour ses descendants) à sa recherche.
Et je cherche toujours un portrait de Cazin ...

Anonyme a dit…

Et alors, personne ne parle de la veuve Cazin pffff... Et voilà encore une injustice de plus faites aux femmes GRrrrr.....
Merci quand.
Bien à vous
Bon week end
Sandrine

Anonyme a dit…

Et des poésies de Béranger...
Sandrine

Anonyme a dit…

La veuve cazin aurait vecu juqu'en 18.. et des bananes, continuant l'oeuvre de son mari?
C'est une question.
Il me semble voir eu dans l'atelier un livre édité chez lz veuve Cazin eet pas chez la veuve Valade... je ne retrouve pas dans mes archives GRrrr..
Bien à vous
Sandrine.

Anonyme a dit…

Dans les archives retranscrites, vous avez un certain nombre de renseignements qui ne sont pas à mette en dout puisqu'il s'agit de documents retrnscrtis.
La famille a balancé les correspondances .. donc toutes les spéculations sont permises.
Bien à vous
Sandrine.

Anonyme a dit…

Ou l'art de ne rien dire (d'utile) en 4 commentaires....
Alain

Anonyme a dit…

Quelle sévérité. un blog est un espace ou tout le monde peut s'exprimer.
Vous pouvez allez vérifier sur Archives.org au sujet de Cazin.
La famille Cazin ayant jeté les correspondances, cela n'empêche pas de vouloir trouver en un endroit encore inconnu de nouveaux éléments; Si je dois être la cible de vos critiques, au moins qu'elles soient élégantes.
Il y a fort à parier que vous ne devez pas être amateur de conversation ou seulement intélligente...
Bien à vous
Alain

Anonyme a dit…

Et encore un commentaire inutile...-)
Le précedent commentaire etant signé , comme celui ci
Sandrine.

Anonyme a dit…

J'ai oublié ceci... personne ne m'a repondu quant à la veuve cazin, qui aurait continué l'oeuvre de son mari en faisant mettre son nom sur des livres de condition moindre, plus destinés à la jeunesse, plus religieuse.
j'ai eu dans l'atelier un exemplaire mais ne me souviens plus exactement du titre. la veuve cazin etait décrite comme charmante et les plus grands personnages de l'époque venaient se servir chez elle.
Mais à moins que vous n' alliez encore rejoindre la grande communauté des mysogines, le fait d'être une femme semble la réduire à l'etat de néant.
Et alors mes interventions, n'en parlons même pas. Il est vrai qu'à part satisfaire les besoins de ces messieurs, à quoi pourrions nous servir?????
;-))
Bien à vous
Sandrine

Nadia L* a dit…

Sandrine : un proverbe dit, je crois "le silence est le meilleur des mépris". J'ai trouvé quelqu'un d'encore plus réactif que moi ! dingue...

Jeanmichel a dit…

Je suis avec vous Sandrine. :-)
Dire que quatre commentaires sont inutiles c'est en faire un cinquième qui les surpasse.
Il y a hélas beau temps que la conversation a disparu, chacun croyant - sans doute à tort - que rien de palpable, de pondérable, en un mot d'immédiatement utile n'en pourrait issir. Ce qui paraît inutile semble ne pas valoir chipette, et en son temps déjà Barbey d'Aurevilly le regrettait :
" Avec l'esprit et les manières de son nom, la baronne de Mascranny a fait de son salon une espèce de Coblenz délicieux où s'est réfugiée la conversation d'autrefois, la dernière gloire de l'esprit français, forcé d'émigrer devant les moeurs utilitaires et occupées de notre temps. C'est là que chaque soir, jusqu'à ce qu'il se taise tout à fait, il chante divinement son chant du cygne... Rien n'y rappelle l'article de journal et le discours politique, ces deux moules vulgaires de la pensée du dix-neuvième siècle. "
Mais chez Pierre, on peut toujours causer comme on causait chez la baronne...

Pierre a dit…

Le commentaire de 14h09 est signé "Alain" et celui de 14h14 "Sandrine" et j'avoue ne pas comprendre... Qu'importe ! Chez la baronne on cause avec courtoisie comme le rappelait Jean-Michel.

Bonne soirée. Pierre

Anonyme a dit…

OUi ,oui, merci pour un soutien nécéssaire en ces temps de grand vent , ou plutôt pour le soutien de ce salon "on ne peut plus raffiné qu'est le blog de Pierre, où l'on voit sous un apparent ton désinvolte la culture poindre, de bien des interlocuteurs. Mais comme tous les gens cultivés, ceux là se font discrets et aimables chacun avec leur personnalité, que l'on peut aisément voir avec un peu d'attention.
Bien sûr que personne ne sait tout et que l'art de converser agréablement, même en étant pas en accord, ne se passe pas de civilités, encore moins auprés des dames(n'est-ce pas Nadia)? et je dirai encore plus avec un bon verre de bon vin.
bien à vous
Sandrine.

Pierre Alain est intervenu la veille.

Nadia L* a dit…

Sandrine, Pierre parle des commentaires d'aujourd'hui ou vous avez rectifié celui de 14h09 à 14h14 en le signant Sandrine.

Anonyme a dit…

J'ai oublié de signer le dit commentaire de 14H09. En fait il fallait dire
Bien à vous, Alain.
Sandrine.
J'en ai oublié de signer ..... ;-))
Sandrine

Anonyme a dit…

Bonjour
je suis Un CAZIN mais Bernard et je possède,entre autre un livre ''la vénerie'',(augmentée selon le titre) ''Du Miroir de la fauconnerie'' de jacques Du FOUILLOUX, de 1610, en très très bon état.Les dessins sont remarquables comme les partitions musicales.

Pierre a dit…

Un peu dans ce genre là ?

FOUILLOUX (Jacques). La Venerie de Jacques du Fouilloux.. De nouveau revue & augmentée du Miroir de Fauconnerie. In-4°,chez Pierre David ou Cramoisi ?

Belle pièce ;-)) Pierre